V. Céphalopodes
Les Céphalopodes sont des Mollusques qui « marchent sur la tête ». Soit qu’ils rampent sur le sol, soit qu’ils naerent au milieu de l'océan, car lous sont marins, ils ont toujours la partie céphalique tournée en bas et la partie abdominale dirigée en haut. Ceux qui habitent nos côtes, tels que les Poulpes, Seiches, Sépioles, etc., n’ont pas une taille considérable et les bras ne dépassent guère un mètre de longueur; mais certaines espèces qui habitent l’océan Pacifique deviennent gigantesques, et les membres de la mission scientifique aux îles Campbell et Amsterdam nous ont rapporté la photographie d’un Poulpe géant de plusieurs mètres de longueur.
L’imagination superstitieuse des pêcheurs a longtemps enveloppé l’histoire de ces animaux d’une brume mystérieuse qui s’est répandue jusque dans les récits des naturalistes. Montfort cite les exploits d’un Poulpe gigantesque qui, près de Sainte-Hélène, vint saisir plusieurs matelots perchés, dans les cordages d’un navire, mais le monstre y laissa un de ses bras auquel on trouva une longueur de 25 pieds et plusieurs rangées de ventouses! Un autre géant de la même famille se serait cramponné une fois à la mâture d’un navire près des côtes d’Afrique et, sans la présence d’esprit des matelots, aurait certainement fait couler le bâtiment! Toutes ces histoires sont allées rejoindre aujourd’hui leurs pareilles dans le royaume des fables. De nos jours, nous reléguons de plus en plus le merveilleux du géant, du volumineux et de l’immense dans les espaces célestes où s’entrechoquent et se croisent les terres et les soleils; armés du microscope, nous découvrons tous les jours des merveilles nouvelles dans le microcosme, dans le monde des petits.
L’ŒUF
La même harmonie, le même équilibre qui président aux destinées des astres, président aussi à celles des molécules. Les lois naturelles ne sont que les tendances au rétablissement de cet équilibre qui ne saurait être parfait un seul instant sous peine d’arrêt dans le fonctionnement des organes de l’univers.
Au lieu d’admirer les exploits imaginaires d’un Poulpe géant, n’est-il pas plus juste de s’émerveiller à la vue d’une Sépia, occupée à se soustraire à la vue de son ennemi derrière un nuage d’encre, plus épais que ceux de l’antique Jupiter; ou bien de surprendre un Poulpe au moment où il se sépare d’un de ses bras, Yhectocotyle, fécondant une nouvelle génération î
La Seiche ou Sépia possède en effet, ainsi que beaucoup d’autres Céphalopodes, une poche remplie d’un liquide épais, noir ou bleuâtre, ressemblant à de l’encre. Ce produit est utilisé en peinture sous le nom de Sépia. Au moment du danger, l’animal, tout en nageant à reculons, lance dans l’eau un jet de ce liquide, la trouble complètement et, profitant des ténèbres, se soustrait rapidement aux atteintes de son ennemi. 11 est très curieux de voir le contenu de cette poche à encre se conserver dans les nombreuses espèces fossiles au point de pouvoir servir dans la peinture comme de la sépia fraîche.
Depuis les recherches de MM. Yogt et Vérany, on sait qu’un des bras des Céphalopodes mâles se transforme en organe de reproduction et peut souvent se détacher du corps de l’animal. Cuvier avait déjà observé ce fait, mais croyant avoir affaire à un parasite, il lui donna le nom d’Hectocotyle. Ce nom est resté depuis à cet organe singulier. L’hectocotvle se développe dans une sorte de capsule, puis se déroule et se charge d’une certaine quantité de semence. Soit que le bras se détache spontanément ou qu’il reste attaché au corps, il met sa semence en contact avec les œufs de la femelle et les féconde.
L’ŒUF DES MOLLUSQUES
Tous lus Céphalopodes sont ovipares. Les ovules prennent naissance dans des capsules ovariennes pédonculées, toutes attachées au même niveau d’où résulte une apparence fasciculaire. Les conduits par où les œufs passent ensuite pour aller au dehors, sont tapissés souvent de glandes diverses très puissantes. Ces glandes entourent les œufs de leurs enveloppes caractéristiques parfois très solides, souvent gélatineuses. A côté de ces glandes de l’oviducte s’en trouvent deux autres, très volumineuses, appelées glandes nidamentaires , parce qu’elles sécrètent aussi une matière destinée à entourer les œufs et à les fixer contre les corps où se fait la ponte.
Les œufs, avant la ponte, sont ovales et de couleur rouge et rosée. La membrane vitelline est remarquable entre toutes parce qu’elle se plisse transversalement ou longitudinalement de façon à former des rides qui s’enfoncent dans le vitellus et recouvrent la surface d’un élégant réseau. L’œuf de la Seiche, par exemple, est recouvert ainsi d’un treillage complet, sauf en un point libre où il existe un micropyle afin de permettre le contact de la semence et la fécondation subséquente. Une fois fécondé, l'œuf redevient lisse.
Les œufs des Céphalopodes sont pondus tantôt isolément et séparés, tantôt réunis en masses plus ou moins volumineuses dans une enveloppe commune. Les œufs de Seiche sont entourés chacun d’une capsule coriace et brune, munie d’un appendice fendu au moyen duquel ils sont fixés contre les corps sous-marins (hg. 128). Les groupes parfois nombreux de ces œufs, disposés en grappe, sont connus des pêcheurs sous le nom de « raisin de mer ». De même chez l’Argonaute où les œufs, munis d’une capsule solide et homogène, entrelacent leurs pédoncules et s’attachent par grappes à la coquille même du Mollusque. Les Tremoclopus fixent leur ponte aux ventouses d’un de leurs bras. A cet effet, ils entortillent les appendices des œufs de façon à en faire une sorte de
bâton dur et coriace, résultant de la superposition de plusieurs couches de matière visqueuse coagulée.
Les Poulpes enveloppent leurs œufs dans un ruban gélatineux. Les Loligos en font des chapelets gélatineux très longs qui flottent librement au milieu de la mer.
Fig. 128. — Œufs de Seiche dits « raisin de mer ».
Le développement du jeune embryon après son éclosion n’est plus compliqué de métamorphoses comme dans les ordres précédents.
Le mode de formation de l’embryon dans l’œuf est aussi tout à fait particulier et sans précédent jusque-là.
I/ŒUF DES MOLLUSQUES
Ce mode se rapproche de plus en plus de celui qui caractérise les animaux vertébrés. Ainsi le vitellus ne se segmente que sur une certaine étendue, délimitant une tache embryonnaire qui se sépare peu à peu du reste du vitellus. Quand l’embryon a pris forme par le développement successif de ses organes, la poche vitelline devient appendiculaire, mais se trouve placée au-dessus de la tête, de sorte que, dès le plus jeune âge, ces animaux méritent bien leur nom de Céphalopodes (fig. 129). L’embryon se garnit aussi partiellement d’un revêtement ciliaire qui disparaît ensuite après l’éclosion. Le sac vi tel lin contient la nourriture du jeune embryon pendant quelque temps, mais il ne tarde pas à être résorbé quand l’animal sait faire usasre de ses organes digestifs et de préhension.
Les Céphalopodes ont peuplé surtout les lointaines périodes des terrains secondai res. Ammonites et Bélemnites
du Jurassique et du Crétacé nous ont laissé les traces de leur séjour en espèces innombrables et souvent monstrueuses. On sait que les Bélemnites fossiles ne sonl autres que les analogues des « os de Seiches », organes de support interne (pii seuls, à cause de leur nature calcaire, ont pu échapper à la destruction.
Les Céphalopodes se multiplient encore abondamment dans les mers actuelles, mais le nombre de leurs espèces est loin d’être aussi grand que pendant ces périodes géologiques antérieures. Quoique certaines espèces actuelles soient considérées comme aliment, par exemple sur les côtes de la Méditerranée, aucune ne mérite des soins do culture ou de protection spéciaux.
Fig. 129. — Œuf de Seiche renfermant un jeune embryon.
— Le même après l’éclosion.
vin
L’ŒUF DES POISSONS
L Amphioxus et ses œufs. — Structure de l’ovule des Poissons. — Le chorion. — Le micropyle. — Œufs du Belone. — Capsule des Baies, Squales, etc. — Fécondation de l’œuf. — Développement de l’embryon. — Vésicule vitelline et son rôle. — Développement du Squale. — Poissons vivipares. — Les Lophobranches et leur chambre incubatrice. — Ennemis du frai et de l’alevin des Poissons. — Fécondité des Poissons. — Durée de la ponte. — Volume, coloration et qualités des œufs. — Caviar. — Époques du frai. — Age où les Poissons commencent à frayer. — Lieux de dépôts de la ponte. — Migrations à l’époque du frai. — Montée du Saumon. — Parure de noce. — Poissons 'ni ditiants. — Industrie du Chabot, de l’Épinoche, de l’Épinochette, etc. — Mœurs des Silures. — Durée de l’incubation. — Rapidité du développement. — Métamorphoses des Lamproies. — Pisciculture et frayères artificielles.
Dès l’aurore de la vie animale sur le globe terrestre, les Vertébrés sont représentés par leur classe la moins perfectionnée, les Poissons, qui peuplaient déjà la mer silurienne aux derniers temps de la période. Depuis lors, se reproduisant par des œufs sexués qui admettent seuls les variations latentes, ils ont peuplé toutes les mers géologiques de leurs espèces variées et, de nos jours, leur nombre incalculable pullule dans cette immense tache liquide que les océans ont répandue sur les trois quarts de la surface du globe.
Chez les Poissons qui constituent, comme nous le savons (p. 115), avec les Batraciens le groupe des Vertébrés dépourvus d’allantoïde, ou Anallantoïdiens, les œufs se forment à l’état d’ovule d’après le plan qui préside égale-
L’ŒUF UES POISSONS