‹ L'œuf chez les plantes et les animauxChapitre 47 sur 52 · Frai de Grenouille · texte numérisé non relu

Frai de Grenouille

cordons ou en chapelets par une masse gélatineuse, glaireuse, transparente, qui se gorille considérablement dans l’eau après la ponte. Cette glaire albuminoïde sert à réunir la ponte et offre aux petits Têtards éclos leur première nourriture. Le Crapaud commun pond ainsi deux cordons souvent longs de 20 à 50 pieds. Le Triton, ou Salamandre aquatique, pond scs œufs isolément et les fixe à la face inférieure des feuilles des plantes aquatiques au moyen de la glaire qui les enveloppe. La femelle apprête même une sorte de petit nid en repliant en deux la feuille qui doit porter sa nichée.

Les Batraciens anoures passent la plus grande partie de leur vie à terre et n’habitent véritablement l’eau qu’à l’époque de la reproduction. Dans l’Amérique méridionale certaines Rainettes qui vivent sur les arbres, suspendues souvent aux feuilles, ne quittent même pas leur résidence aérienne ordinaire, mais se contentent de déposer leur frai dans une de ces poches remplies d’eau que' quelques plantes se ménagent à la base de leurs feuilles ou dans le voisinage des fleurs. C’est dans ces réservoirs fort curieux, dont notre Chardon des Cardeurs peut nous donner une faible idée, que les petites Rainettes éclosent et attendent la fin de leurs métamorphoses pour commencer leurs excursions sur les arbres, à la chasse aux Insectes.

Une fois pondus, les œufs sont abandonnés presque toujours par la femelle et le mâle. Deux espèces de Crapauds cependant, le Crapaud accoucheur (Alytes obstetricans) et le Crapaud de Surinam (Pipa suriname nsis ), ont des mœurs singulièrement bizarres qui rappellent jusqu’à un certain point ce que nous avons vu chez les Poissons Lophobran elles, où le mâle se charge du précieux fardeau de la ponte.

Le Crapaud accoucheur habite certains pays d’Europe tels que la Suisse, l’Italie, la France, etc. On le rencontre dans les endroits pierreux aux environs de Paris. Au mo-

J/ŒlîK 1>ES BATRACIENS ET DES REMUES

ment de la ponte, les œufs agglutinés et formant un cordon glaireux sont recueillis par le mâle qui enroule le cordon autour de ses cuisses de derrière en le disposant en forme de 8 couché (oo ). Ainsi chargé de la ponte, le mâle va au sec où l’enveloppe des œufs durcit par la dessiccation. Il s’enfouit ensuite dans la terre, attendant le moment de l’éclosion. Au bout de onze jours ou de deux semaines, l’incubation est suffisamment avancée pour que les petits puissent éclore. On voit même à ce moment, à travers l’enveloppe transparente, les yeux du petit Têtard. Le mâle regagne l’eau dormante et, sous l’action du liquide, la coque des œufs se fend circulairemcnt. Pendant que le Crapaud nage avec vivacité dans tous les sens, les petits sortent à l’état de larve et se mettent à nager de suite. Après s’être débarrassé des débris des œufs, le mâle regagne la terre en abandonnant les petits Têtards qui vont se métamorphoser.

Le Crapaud de Surinam ou Pipa est encore plus étonnant. Il se tient ordinairement, à Cayenne et à Surinam, dans les endroits obscurs des maisons. Au moment de la ponte, le mâle recueille les œufs et, au fur et à mesure qu’ils se présentent, les place sur le dos de la femelle. Celle-ci se rend ensuite à l’eau avec une charge d’une cinquantaine d’œufs. Au contact des œufs, la peau du dos se boursoufle , s’hypertrophie autour de chaque grain en lui formant une sorte de petite niche ou alvéole, véritable chambre incubatrice dans laquelle le Têtard éclôt et demeure jusqu’à ce qu’il ait accompli ses métamorphoses (fig. 158). Il n’en sort qu’à l’état de Batracien anoure complet, c’est-à-dire après avoir perdu sa queue et développé ses pattes. A ce moment, la mère quitte l’eau et l’hypertrophie de la peau s’efface peu à peu.

Le Notodelphis ovigera, qui vit au Mexique et au Vénézuéla, est moins connu que le Pipa, mais non moins intéressant, car la femelle porte sur le dos une véritable

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chambre incubatrice en forme de poche (pii lui a valu son nom spécifique.

Les Batraciens se distinguent des autres classes de Vertébrés par les métamorphoses ou changements successifs que subit le jeune avant d’arriver à l’état adulte. De

même que, dans son genre de vie amphibien, le Batracien vit tantôt sous l’eau, tantôt sur terre, de même dans sa forme et dans son organisation pl se rapproche d’abord des Poissons et, plus tard, des animaux terrestres.

Au sortir de l’œuf, le Batracien n’a donc pas terminé l’organisation définitive de son corps : il naît à l’état de

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