L’ŒUF DES BATRACIENS ET DES REPTILES
Têtard (fig. 1T»9). Notons cependant une curieuse exceplion, celle de l'Hylode de la Martinique, un animal voisin des Rainettes, qui parcourt la série de ses métamor-
Fig. 159. — Métamorphoses dn Crapaud.
a Œufs réunis en cordon, b. Têtards au moment de 1 éclosion, b . Un Têtard grossi avec ses branchies, c. Têtard ayant perdu ses branchies, mais n’ayant pas encore de pattes, d. e. f. g. États successifs du même montrant le développement des pattes-et l’atrophie de la queue.
plioses dans l’œuf; il vient au monde avec sa forme définitive.
Suivons le développement progressif d’un de ces animaux comme la Grenouille, par exemple, qui atteint
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le degré de différenciation le plus élevé. Le petit Têtard de Grenouille que nous avons vu éclore représente le type Poisson dont il a la forme et presque l’organisation. Le corps est ovoïde, pourvu d’une petite bouche et prolongé en arrière d’une large expansion membraneuse, la queue, qui fait office de rame et de gouvernail. Tout le corps est noirâtre, l’expansion caudale pointillée de noir. Des deux côtés du cou, deux houppettes de branchies flottent dans l’eau et officient comme organes de la respiration. Le régime du Têtard est végétal : il se nourrit d’algues et de plantes aquatiques tendres. Un peu plus tard, les branchies se ratatinent, s’atrophient, disparaissent et sont remplacées par des poumons, ce qui entraîne un changement important dans la distribution du réseau vasculaire. Ensuite la queue s’atrophie jusqu’à disparition complète, les pattes postérieures apparaissent les premières, puis les pattes antérieures; la bouche s'élargit , se garnit de pièces dentaires et. le régime devient insectivore. Le Têtard n’est' plus reconnaissable; il peut vivre dorénavant sur terre, mais il est loin d’avoir acquis son plus grand développement, qui peut durer jusqu'à dix et douze ans, quoique la Grenouille se reproduise dès sa cinquième année d’existence. Une fois cette dernière phase métamorphique passée, pourvus d’organes de respiration aérienne, les petits sauteurs quittent par bandes parfois considérables leur mare native et s’en vont à travers terre chasser l'insecte. Ce sont ces exodes qui ont donné lieu à la croyance populaire des pluies de Grenouilles ou de Crapauds, car les voyageurs choisissent le moment où l’humidité est la plus grande, après la pluie.
Chose curieuse et instructive! les métamorphoses dépendent du milieu et des circonstances extérieures. Placez des Têtards dans de l’eau à basse température ou examinez ceux que la raideur des pentes empêche de quitter l’eau et de venir sur la rive ; ils continuent à se développer jusqu’à atteindre la taille de petites Gre-
i;œtjf des batraciens et nts reptiles
nouilles sans se transformer. La forme transitoire dcxient. sous l’influence de conditions de milieu, une forme permanente et offre ainsi un exemple frappant d'un arrêt de développement.
Certains Batraciens revêtent comme les Boissons une livrée de noce. C’est, ainsi que les Tritons de nos pays se parent d’une large crête membraneuse sur le dos et le long de la queue (fig. 140); la coloration de la peau de-
Fig. 140. — Salamandre ou Triton male et femelle.
vient, plus vive et les mouvements de l’animal plus rapides. Chez d’autres, comme chez les mâles de certaines Grenouilles, la voix acquiert à cette péoque un timbre spécial, devient plus sonore et retentissante grâce à la présence de deux poches aériennes qui fonctionnent comme caisses à résonance.
On sait que les Batraciens possèdent une grande force vitale et que les Salamandres, par exemple, réparent avec une facilité étonnante toute amputation d’une partie de
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leur corps. Spallanzani vit repousser à plusieurs reprises des bras, des cuisses que, de côté et d’autre, il avait enlevés à des Tritons. Cette régénération est favorisée par le chaud et retardée par le froid. Parfois, la force de restauration dépasse le but et produit des organes monstrueux de forme et de taille. Un Triton marbré, amputé des trois quarts de la tête, fut placé par Duméril au fond d’un large bocal de cristal. L’observateur eut soin de conserver de l’eau fraîche à la hauteur d’un demi-pouce en la renouvelant tous les jours : il vit l’animal continuer à vivre pendant trois mois; le Triton respirait par la peau. On sait que les Tritons peuvent être pris assez longtemps dans la glace sans périr.
Pendant longtemps, et jusque dans les derniers temps, on s’est opposé à la multiplication d’un grand nombre de Batraciens tels que Crapauds, Salamandres, Tritons, etc., les considérant comme des animaux malfaisants, sinon très venimeux. L’idée que la Salamandre est un animal extrêmement dangereux s’est maintenue depuis Pline, qui affirmait que la Salamandre escaladait les arbres et empoisonnait tous les fruits, qu’il suffisait que sa patte eût touché le bois du four à pain pour empoisonner ce dernier et que sa chute dans un puits avait le même effet sur l’eau de ce puits.
Ces fables ont fait place à une connaissance plus exacte des propriétés de ces animaux. Il est vrai que la Salamandre porte sur le corps des glandes spéciales qui sécrètent, surtout quand l’animal est irrité, un liquide laiteux contenant réellement un principe toxique. Mais ce principe, que l’on a pu obtenir isolé et cristallisé, n’agit sensiblement que sur des animaux de petite taille tels que Lézards, Grenouilles, Oiseaux, etc., pouvant produire d’ailleurs sur les muqueuses d’un animal supérieur tel que le Chien et l’Homme, une inflammation peu intense, jamais d’accident sérieux.
Les Crapauds paraissent posséder des glandes épider-
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miques analogues, mais de puissance encore plus faible. Cependant cette propriété est loin de pouvoir justifier l’animosité qu’on entretient vulgairement contre un de nos auxiliaires les plus utiles dans nos campagnes agricoles. Ce Crapaud, en effet, comme la Taupe et les Oiseaux, nous débarrasse, surtout pendant la nuit, d’une quantité d’insectes nuisibles qui s’attaquent à noscultiires maraîchères, à nos arbres fruitiers. Les Anglais, gens pratiques et excellents travailleurs de la terre, ont su tirer pari i depuis longtemps du Batracien, qu’on s’empresse de détruire chez nous. Ils cultivent le Crapaud, lui ménagent des retraites dans leurs jardins sous des pierres, des pots de fleurs établis dans des endroits humides et ombragés. Certains fermiers font même venir des quantités de ces animaux des pays voisins pour les introduire sur leurs terres et ainsi a pu s’établir à Londres un véritable marché où l'on trafique du Crapaud comme d’un remède puissant contre les déprédations des ennemis de. nos cultures.