II. Reptiles
Les Reptiles, qui comprennent les Tortues, les Crocodiles, les Lézards et les Serpents, sont des animaux déjà plus élevés en organisation que les Batraciens et qui ont paru après eux dans les époques géologiques. Cette supériorité fort accusée dans l’animal adulte se révèle déjà dès l’époque où l’œuf fécondé développe un embryon de Reptile, car nous voyons l’embryon s’adjoindre pour la première fois deux organes importants transitoires : Yamnios et la vésicule allantoïde.
Tous les Reptiles sont ovipares, quelques-uns sont ovovivipares, c’est-à-dire que les jeunes, au lieu d’éclore quelque temps après la ponte, éclosent dans l’organisme et naissent vivants; mais ceci est une exception assez rare.
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L’œuf des Reptiles se rapproche, par sa structure et son développement sensiblement de l’œuf des Oiseaux avec lequel, surtout chez les Tortues, il présente de grandes analogies. 11 est enveloppé d’une coque plus ou moins résistante, souvent calcaire, parfois cornée ou membraneuse.
L’ovule prend naissance dans le tissu de l’ovaire bien avant la ponte, quelquefois des années avant, comme chez les Tortues, et alors l’organisme contient toute une série d’ovules à différents états de développement. D’abord formé d’une sphère vitelline assez grosse, l’œuf s’adjoint souvent plus tard une couche d’albumen et, toujours, une enveloppe commune. Ces parties accessoires sont ajoutées à la sphère vitelline pendant son trajet à travers l’oviducte par un grand nombre de glandes particulières qui en garnissent les parois. Chez les Reptiles ovovivipares, c’est cette partie de l’oviducte qui se transforme en chambre incubatrice. L’albumen entoure la sphère vitelline chez les Gbéloniens ou Tortues et manque chez les Ophidiens ou Serpents. Mais cet albumen est différent de celui qui entoure le jaune d'un œuf d’Oiseau. 11 est bien plus consistant, parfois au point de ne pas diffluêr après l’enlèvement de la coque. H est stratifié, c’est-à-dire composé de plusieurs couches superposées faciles à distinguer; mais on n’observe aucune torsion pareille à l’étranglement qu’on appelle chalcize chez les Oiseaux. Cet albumen ne se coagule pas par la chaleur et ses qualités nutritives ne sont pas appréciées. Il est parfois légèrement teinté de vert, généralement inodore; quelquefois, il développe, frais, une odeur caractéristique de musc comme chez plusieurs Tortues de mer, où l’animal luimême d’ailleurs accuse cette odeur et se fait rechercher pour cela comme friandise par les indigènes.
Quand la fécondation est opérée dans l’œuf des Reptiles, la surface du vitellus accuse bientôt à un endroit déterminé une tache incolore ou plutôt blanche, car
cette tache composée d’un amas de petites cellules claires se détache en blanc sur le fond jaune du vitellus rempli parfois de corpuscules anguleux jaune d’or. Cette tache vitelline est le premier vestige de l’embryon futur. On la voit s’allonger, devenir elliptique, se creuser d’un sillon ; puis elle forme le bourrelet dorsal et dessine, à la partie antérieure, l’ébauche de la tète qui s’infléchit et devient quelque peu libre. Dès lors l’embryon creuse de plus en plus ses différents organes tout en s’inlléchissant autour du vitellus qu’il embrasse pour ainsi dire par sa face ventrale. 11 s’entoure de l’amnios et de la membrane allantoïde tout en restant en communication avec sa poche vitelline devenue piriforme. Au moment de l’éclosion, l’embryon déchire l’amnios et casse la coquille de l’œuf. A cet effet, beaucoup d’espèces de Lézards et de Serpents sont munis temporairement, pendant leur dernier état embryonnaire, d’une dent tranchante implantée dans l’os intermaxillaire et qui sert à entamer la coquille. Les Tortues ne possèdent qu’un dur tubercule sur le bec à l’aide duquel, à l’instar des jeunes Oiseaux, ils cassent leur prison calcaire.
La fécondité des Reptiles est loin d’égaler celle des Poissons ni même celle des Batraciens. Elle est assez
forte chez certaines espèces de Tortues fluviales telles que les Podôcnémys de l’Amérique du Sud ou chez les Tortues de mer où le nombre des œufs pondus par une femelle adulte peut atteindre plusieurs centaines. Mais chez d’autres, chaque ponte ne produit que deux ou trois œufs.
La plupart des Reptiles ont l’amour de leur progéniture si peu développé, qu’à peine la ponte terminée, ils reprennent leur genre de vie ordinaire sans s’occuper de l’avenir de leurs petits, abandonnant l’incubation et l’éclosion aux faveurs du hasard. Nous constaterons cependant chez quelques Crocodiles et Serpents des sentiments un peu plus nobles qui leur font rendre une série
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de services à leurs petits, soit pendant l’incubation, soit pendant l’éclosion et même pendant les premiers temps de leur mise en liberté.
Quant à ces soins exceptionnels que quelques Reptiles donnent à leur couvée, c’est presque toujours la femelle qui supporte toute la charge, le mâle s’en désintéresse complètement, quelquefois au point d’attenter lui-même aux jours de ses petits qu’il n’a d’ailleurs jamais connus. Si encore dans les mœurs de ces animaux, qui passent vulgairement pour inspirer l’horreur et l’antipathie à cause de leur forme et de leurs instincts, on avait découvert quelque trait d’amour filial ou de noblesse de sentiment, sans doute cette qualité aurait mitigé le jugement que nous portons sur la plupart des Reptiles. Mais ces qualités font défaut, et si les anciens Égyptiens adoraient le Crocodile du Nil, à l’égal d’un demi-dieu c’était par crainte ; ils agissaient absolument comme les Indiens des rives du Gange qui, encore aujourd’hui, apportent à la lisière des jungles leurs offrandes au Tigre, au « mangeur d’hommes », afin d’apaiser son courroux et son appétit à la fois. Les Égyptiens embaumaient des Crocodiles et des œufs de Crocodile, et les déposaient dans des sortes de catacombes.
L’intelligence des Reptiles est faible et se borne généralement à l’observation des simples précautions défensives. On v reconnaît rarement une indication de ruse instinctive comme celle qu’emploient ces Tortues qui pondent sur les côtes de Ceylan. Les femelles chercheraient, dit-on, à cacher leurs nids en égarant leurs ennemis par toute sorte de détours et de crochets qu’elles feraient sur le sol en sortant de l’eau et en y rentrant. On cite l’exemple de quelques Tortues apprivoisées qui répondaient «à l’appel. On sait que quelques Lézards et Serpents peuvent être apprivoisés également, mais ce ne sont pas encore là des signes d’intelligence marquée.
Ajoutons que les Serpents amateurs des sons de lia-
geolet et les Serpents venimeux et autres des bateleurs de l'antiquité et de leurs confrères modernes, ne sont nullement apprivoisés, et que les Guèbres, qui exhibaient autrefois leurs Trigonocéphales aussi bien que les charmeurs de Serpents du Caire et de Calcutta de nos jours, ont soin de limer ou d’arracher les dents à venin de leurs élèves ou de leur faire préalablement dégorger tout le venin et tout leur courroux avant la représentation.
De tous les Reptiles, les Tortues ou Chéloniens nous offrent les détails sur la ponte et la constitution des œufs les plus intéressants et les mieux observés. Les mœurs de quelques-uns de ces animaux nous sont aujourd’hui bien connues, grâce à l’emploi que trouvent leurs œufs, dans beaucoup de pays, comme article de consommation très apprécié et très recherché.
Les œufs de Tortue sont de couleur blanche et ressemblent, suivant le volume, aux œufs de nos Oiseaux de basse-cour : œufs de Poule, d’Oie, de Pigeon, etc. Certains œufs de Tortue de mer ont jusqu’à 5 pouces de diamètre. Ceux des Tortues des Galapagos acquièrent 18 centimètres de circonférence et sont arrondis. La Tortue grecque, la Chelydre serpentine, la Cystude d’Europe, etc., pondent des œufs de la grosseur de ceux d’un
Pigeon.
La forme des œufs de Tortue varie avec les groupes : généralement elle est ovalaire, quelquefois très allongée, et le grand diamètre l’emporte sur le petit; mais toujours les deux extrémités sont de même grosseur. Ceci
surtout chez les Tortues terrestres: chez les Tortues paludines et marines, au contraire, la forme est plus arrondie, parfois sphérique comme une bille de billard, comme chez la Tortue éléphantine où les œufs ont la grosseur d’un œuf de Poule.
On trouve un albumen et une coque calcareuse très résistante, mais depaisseur variable. Cette coque est formée <1 un tissu fibreux dans lequel s’incruste du car-
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bonate do cliailx on nodules plus ou moins nombreux el compacts. Une partie de la coque existe déjà avant que l’albumen se soit complètement formé autour du vitellus. Elle est, composée de couches concentriques superposées dans lesquelles les nodules de calcaire se disposent en séries variables en produisant des sortes de stries entrecroisées. Les nodules calcaires se forment par adjonction de nouvelles couches concentriques et peuvent affecter la forme de petites colonnettes juxtaposées et plus ou moins serrées les unes contre les autres. Entre ces colonnettes, l’humidité et l’air nécessaire à la respiration du jeune embryon peuvent s’introduire dans l’œuf, car il est de première nécessité pour la vie de l’embryon que la coque protectrice soit assez poreuse pour permettre l’échange des gaz.
En général, les Thalassites ou Tortues de mer pondent un nombre d’œufs plus considérable, et cette faculté est évidemment en rapport avec la destruction plus considérable et plus facile de leurs œufs de la part de leurs ennemis.
Les Tortues géantes sont très fécondes : les Thalassites de Ceylan pondent de trois cents à quatre cents œufs à des intervalles séparés, mais chaque ponte peut donner au delà de cent œufs. La Chelydre serpentine des fleuves et des marécages de l’Amérique du Nord ne donne que vingt à trente œufs, la Tortue des marais d’Europe de six à vingt, la Tortue grecque de quatre à cinq, la Tortue étoilée de l’Inde, quatre; le Chrysemis picta de l’Amérique du Nord, de cinq à sept, et le Nanemys guttata du même pays, seulement de deux à trois. Les Tortues marines peuvent renouveler leur ponte jusqu’à trois fois dans la même saison à des intervalles, dit-on, de deux semaines environ, mais la plupart des Tortues n’effectuent qu’une seule ponte.
L’époque de la ponte ne varie pas chez les Tortues comme chez les Poissons, par exemple Elle s’effectue