‹ L'œuf chez les plantes et les animauxChapitre 50 sur 52 · L'ŒUF DUS BATRACIENS ET DES REPTILES · texte numérisé non relu

L'ŒUF DUS BATRACIENS ET DES REPTILES

généralement au printemps, dès les premiers beaux jours ou plus en avant dans la belle saison. Comme cette saison est variable avec les latitudes, il s’ensuit que les Tortues des tropiques peuvent pondre quatre ou cinq mois plus tard que celles de l’Europe ou de l’Amérique du Nord. Ainsi les Tortues géantes des Galapagos pondent au mois d’octobre et les Thalassites du Brésil du mois d’avril au mois de septembre, tandis que celles de la côte d’Or pondent du mois de septembre au mois d’avril.

En un mot, l’époque de la ponte est déterminée par les conditions climatologiques. Sur l’Orénoque, dit Schomburgk, l’éclosion des Tortues est le signe le plus certain de l’approche de la saison des grandes pluies. On a remarqué que les Tortues, tenues en captivité, pondent un mois plus tard que les Tortues de même espèce vivant en liberté. Quelques espèces attendent le coucher du soleil avant de venir confier à la terre leur charge précieuse. Ainsi fait la Cystude d’Europe. Les Thalassites pondent aussi, généralement, pendant la nuit.

Toutes les Tortues : terrestres, fluviatiles, paludines et marines, viennent déposer leurs œufs à terre. Elles choisissent de préférence un terrain meuble, sablonneux et, après avoir creusé une sorte de nid à l’aide de leurs pattes et de leur queue, y déposent leurs œufs. Généralement elles les recouvrent avec soin, laissant ensuite au soleil le soin de les chauffer et de les couver. La Tortue géante des Galapagos aime aussi le sable, mais si le sol est pierreux ou dur, elle confie souvent ses œufs à quelque fente du sol ou du rocher. La femelle seule s’occupe de la ponte, jamais *le mâle ne la suit. Elle fait preuve dans cette circonstance d’un changement de caractère assez curieux. D’un tempérament timide et méfiant en temps ordinaire, elle semble, au moment de la ponte, tellement absorbée dans l’idée de se débarrasser de ses œufs, qu’elle ignore tous les dangers qui l’envi-

roiment. Occupée qu’elle est à pondre, elle laisse approcher l’Homme sans crainte et c’est à ce moment qu’on peut s’en saisir facilement et la retourner sur le dos pour l’immobiliser. Pourtant ses mouvements, à l’époque des amours, sont bien plus vifs, et les mâles, comme chez beaucoup d’autres animaux, devenus agressifs et jaloux, se livrent même des combats singuliers. Le prince de Wied rapporte ainsi une observation qu’il fit d’une Thalassite en train de pondre : « Notre présence ne gênait nullement la Tortue dans l’accomplissement de son œuvre. On pouvait la toucher et même la soulever, ce qui exigeait les efforts de quatre hommes réunis. Tandis que nous exprimions d’une manière bruyante notre surprise, la bête ne manifesta son impatience qu’en soufflant, à peu près comme le font les oies quand on s’approche de leur nid. Elle poursuivit lentement le travail commencé à l’aide de ses pattes postérieures conformées en nageoires et creusa ainsi dans le sable un trou cylindrique de 25 centimètres de large environ en rejetant de part et d’autre, à côté d’elle, la terre affouillée, avec beaucoup d'adresse et de régularité, presque en mesure. Ensuite, elle se mit immédiatement à pondre. Un de nos soldats s’étendit alors par terre et, plongeant sa main au fond du trou, il en rejeta tous les œufs au fur et à mesure qu’ils étaient pondus. Nous recueillîmes de la sorte cent œufs dans l’espace d’une dizaine de minutes, etc. » (Voyez Brehm.)

Pour effectuer sa ponte, la Tortue femelle choisit un endroit bien exposé au soleil et le creuse. La Tortue étoilée de l’Inde met deux heures à creuser un nid de 15 centimètres de profondeur et de 10 centimètres de diamètre, puis, après avoir déposé ses œufs, elle les recouvre de terre, nivelle le petit monticule de façon à effacer toutes traces de son travail et abandonne sa nichée pour toujours. La Chelydre serpentine recouvre son nid de feuillages qu’elle dispose à l’aide de son bec. La

Gyslude d'Europe a des mœurs encore plus singulières, <pie Brelim nous a décrites. La femelle, après avoir choisi un endroit convenable, commence par se faciliter son travail en ramollissant le terrain qu’elle arrose de son urine. Elle entame ensuite la terre à J’aide de sa queue en contractant fortement ses muscles et la fait tourner en pivotant, de façon à creuser une ouverture à peu près conique. Employant ensuite ses pattes postérieures, elle élargit la cavité en arrosant le terrain plusieurs fois et arrive à fouiller un trou de 12 centimètres de diamètre. Pendant une demi-heure, ce travail se poursuit et la Tortue ne cesse de faire aller ses pattes, transformées en véritables pelles, que quand elle sent que ses efforts pour aller plus profondément demeurent sans succès. Gardant sa position, elle se met de suite à pondre. Les œufs, dont la coque ne se solidifie complètement qu’au contact de l’air, sont reçus un à un, habilement, dans la face palmaire des pattes postérieures et glissés délicatement jusqu’au fond du nid. Au bout d’un quart d’heure, la ponte de neuf œufs est terminée. Fatiguée par son travail, la Tortue semble se reposer pour gagner de nouvelles forces, car sa besogne n’est qu’à moitié finie. On la voit en effet bientôt appliquer ses pattes de derrière, véritables mains, à répandre adroitement des poignées de terre sur les œufs et combler peu à peu la cavité du nid. Si l’une des pattes est fatiguée, elle continue avec l’autre jusqu’à ce que le niveau extérieur soit atteint. Ce travail d’enfouissement a pris une demi-heure. Alors seulement la Tortue sort sa tète pour contempler son œuvre. Enhardie par son succès, elle termine rapidement, et avec des mouvements d’une vivacité extraordinaire, la dernière partie de son travail qui consiste à piler et à niveler son tertre. Utilisant toute la terre de déblayement, elle l’accumule sur son nid et, en soulevant la partie postérieure de son corps, se laisse retomber lourdement et aplatit le petit monticule. Au bout de quelque temps de cet

exercice pénible qu’elle fait en tournant, le battage est complet; toute trace de son travail est effacée et l’animal abandonne son nid pour n’y plus revenir. Telles sont les précautions prises par la Cystude, que l’observateur ne saurait reconnaître, le lendemain, l’endroit où la ponte s’est effectuée, s’il n’a eu soin de le marquer par un signe extérieur.

Mais que deviennent les œufs de Tortue et leurs habitants si la mère s’en désintéresse si rapidement?

Couvés par la chaleur solaire, les œufs abandonnés parfois à une profondeur de 8 à 10 centimètres sous terre, éclosent au bout d’un temps variable avec les espèces, le climat et les saisons. Plus la chaleur est forte et moins la durée de l’incubation est longue. Les Tortues marines éclosent ordinairement au bout de quinze à vingt jours. À Saint-Vincent, une des îles du Cap-Vert, elles mettent dix-sept jours à éclore : c’est un des endroits les plus septentrionaux où les Tortues marines pondent. Ailleurs, d’après Cuvier, l’incubation peut durer jusqu’à vingtquatre et même quarante jours. Les Tortues terrestres de Sardaigne mettent deux mois et demi à éclore. L’éclosion de la Cystude d’Europe n’aurait lieu qu’après quinze et même vingt mois !

Au moment de la sortie de l’œuf, la jeune Tortue est toute formée; elle ne se transforme pas. La carapace est molle et recouverte d’une membrane transparente; mais elle durcit rapidement.

La petite Tortue a le volume d’une moitié de coque de noix, 2 à 5 pouces de longueur ou moins, suivant la taille de l’animal adulte. Mais la croissance est rapide. Valmont de Bomare rapporte l’anecdote d’un indigène de Saint-Domingue qui, accompagnant une jeune Tortue marine en France, fut forcé pendant la traversée, longue alors, de lui agrandir plusieurs fois sa cage, ce qui lui permit d’évaluer la croissance de sa Tortue à i pied par mois.

Des observations plus récentes sur la Cystude d’Europe donnent pour le jeune, 'au moment de l’éclosion, une taille de 15 à 18 millimètres. Au bout de trois ans, la Tortue atteint 2 centimètres de long et pèse 16 grammes. L’adulte n’a que 50 centimètres de longueur.

On dit que la Tortue peut vivre très longtemps, surtout celle de grande taille comme la Tortue éléphantine. Mais pour arriver à un âge avancé, la Tortue a bien des ennemis à éviter, bien des dangers à traverser. Dès son état embryonnaire, à l’état d’œuf, elle est avidement recherchée par l’Homme. Eclose, elle devient une proie facile aux Oiseaux de toute espèce, et si, habitant la mer, elle se hâte de quitter une terre inhospitalière, elle est happée à son entrée par quelque Poisson rapace et friand de chair tendre.

Dans l’ Amérique du Nord, un des amusements favoris des enfants est la chasse aux œufs de Tortue. Les indigènes des pays chauds en retirent également un bénéfice considérable, car les œufs de Tortue sont un des aliments les pins nutritifs et les plus agréables, du moins d’après ce que nous rapporte Schomburgk : « L’époque de la ponte des Tortues, dit-il, est avidement attendue des Indiens et, en goûtant cette friandise si bien fétée, je compris la passion de ces Indiens. Que sont, en effet, auprès de ces œufs, les œufs de Vanneau si prisés chez nous! On laisse couler le blanc de l’œuf qui, loin de durcir à la coction, demeure à l’état tout à fait liquide, et l’on ne mange que le jaune qui est savoureux et nutritif. Mêlés avec quelques gouttes de rlmm et un peu de sucre, ces jaunes d’œufs produisent une friandise exquise, qui offre avec les massepains une analogie frappante,... » etc.

Les œufs des Thalassites sont les plus estimés.

Dans l’Amérique du Nord ce sont les œufs de la Chelvdre serpentine qu’on prise le plus, ailleurs ce sont ceux du Caret, de la Tortue franche ou verte, de la Tortue

géante, etc. La chasse se fait généralement à l’aide d’un bâton explorateur que le chasseur enfonce dans le soi, jugeant à la résistance plus ou moins grande que le bâton rencontre, de la présence ou de l’absence d’un nid.

Dans le bassin de l’Amazone, on récolte les œufs de Tortue en grandes quantités pour la fabrication d’une huile spéciale.

Il est facile de comprendre que, l’homme faisant par ses chasses meurtrières aux œufs de Tortue une telle concurrence aux ennemis multiples de ces animaux, il arrivera un temps où la production n’équilibrera plus la consommation, et l’espèce chélonienne deviendra de plus en plus rare, puis disparaîtra. Cuvier a appelé l’attention sur la nécessité d’établir des parcs à Tortues si l’on voulait conserver à l’alimentation un produit si précieux. On avait aménagé alors des dépôts d’œufs à la Jamaïque, mais, mal tenus, ces parcs devinrent plutôt une cause de destruction que de sauvegarde des Tortues. Il est probable que si les œufs de Tortue pouvaient rivaliser sur les tables européennes avec l’huitre, il y a longtemps que l’exploitation des parcs à Tortues serait réglée et devenue un objet de vigilante protection.

Les œufs de [Crocodile se distinguent des œufs de Tortue beaucoup plus par le volume que par les autres caractères. Blancs, parfois un peu jaunâtres ou gris sale, leur surface est lisse ou légèrement chagrinée, rugueuse, dure ou calcareuse. Les œufs sont ovoïdes, allongés (fig. 141) ; ceux du Crocodile du Nil sont deux fois gros comme un œuf d’Oie, mais ceux du Caïman ont à peine le volume d’un œuf de Dinde.

Les femelles des Crocodiles pondent deux ou trois fois par an et chaque ponte se compose au moins de vingt œufs. Le nombre total pour une femelle peut dépasser cent dans une saison, comme c’est le cas pour le Caïman à museau de Brochet de l’Amérique du Nord.

Le Crocodile, animal abhorré entre tons à cause de la

i/œuf des batraciens et des reptiles

laideur de ses formes et de ses instincts carnassiers, est digne de quelque sympathie, car le Crocodile femelle, en

Fig. 141. — LEuf de Caïman.

bonne mère, prend soin de ses petits, protège ses œufs et défend sa nichée éclose. Mais ces éloges ne s’adressent qu’au Crocodile femelle, car, comme cela arrive souvent

dans un ménage de Crocodiles de Saint-Domingue, la mère, tout en élevant et nourrissant ses petits, en leur dégorgeant elle-même la nourriture, doit défendre sa famille des fureurs oppressives et ogres du père pendant les trois mois que durent l’incubation et l’éclosion. De même le Caïman de Cayenne et de la Guyane défend ses petits avec un remarquable courage. Les habitants du Soudan affirment que les Crocodiles du Nil femelles facilitent à leurs petits la sortie de l’œuf au moment de l’éclosion, puis les surveillent et leur prêtent aide et assistance en cas de besoin.

Les Crocodiles pondent leurs œufs par terre, non loin de leur résidence aquatique habituelle. Les femelles creusent des fossettes dans le sol, espèces de nids qu’elles cachent ensuite aussi bien que le font les Tortues. La femelle du Crocodile du Nil tapisse son nid d’un lit de feuilles qu’elle recouvre ensuite de sable de façon à en effacer toute trace de présence; mais les matières organiques en putréfaction attirent des essaims de mouches qui, voltigeant au-dessus 'du nid, en indiquent le plus souvent sans faute l’établissement. Le Crocodile des

grandes Antilles dépose ses œufs dans des trous creusés dans le sable et les cache ensuite pour les découvrir au moment de l’éclosion.

La femelle appelle ses petits, qui lui répondent et qu’elle aide ensuite à sortir du nid. Le Crocodile à lunettes du Brésil pond dans le sable et recouvre ses œufs de paille ou de branchages. Plus compliqué déjà est le nid du Crocodile à museau de Brochet de l’Amérique du Nord. La femelle choisit soigneusement un endroit caché dans le fourré épais, creuse un nid et pond successivement jusqu’à cent œufs et davantage quelle dispose en couches superposées, intercalant entre chaque couche un lit de feu ill âges, qu’elle rapporte dans ses mâchoires et qu’elle mélange de terre, sans perdre sa ponte de vue. Elle devient très dangereuse à approcher, à cause de l’ardeur

qu’elle met à défendre son nid. La chaleur solaire, aidée de la chaleur que dégagent les matières organiques en fermentation, fait éclore la nichée. Les petits Crocodiles se débarrassent fort adroitement des débris de leur nid, et, sans tarder, regagnent, sous la conduite de la mère, le fleuve ou le marais voisin.

À peine éclos, les jeunes Crocodiles deviennent souvent la proie d’une foule d’ennemis parmi lesquels quelquesuns sont propres pour ainsi dire à leur espèce. Ainsi richneumon, un Mammifère carnivore voisin des Civettes, était considéré par les anciens Egyptiens comme un animal sacré à Pégal’de sa victime, le Crocodile, auquel il soustrait une quantité considérable d’œufs. Les anciens attribuaient même à leur bienfaiteur des facultés merveilleuses, disant qu’il peut s’introduire dans le ventre» du Crocodile et, après lui avoir rongé les intestins, s’échapper sans danger. La Tortue molle du Nil, ou Tyrsé, se fait également une spécialité de la chasse aux petits Crocodiles, qu’elle dévore en grand nombre au moment où ils sortent de l’œuf, rendant ainsi de grands services à l’Égypte.

Le Monitor ou Varan du Nil, Lézard de grande taille, dévore aussi, dit-on, les œufs de Crocodile et jouissait d’une bonne réputation chez les anciens Egyptiens, qui ont gravé son image sur leurs monuments.

Enfin, dans certaines contrées du globe, comme en Égypte, dans l’Inde, dans la Floride, l’homme fait la chasse aux œufs de Crocodile, recherchés comme aliment malgré un goût de musc quelquefois très prononcé.

Chez les Sauriens ou Lézards et chez les Ophidiens ou Serpents, les œufs ont une coque molle, comme parcheminée. Quelques Lézards et beaucoup de Serpents sont ovovivipares, les autres pondent des œufs qui éclosenl quelque temps après la ponte.

L’Orvet et le Lézard vivipare de la Suisse pondent des

œufs qui contiennent dos petits déjà tout formés et dont la ponte coïncide avec l’éclosion. Les Phrynosomes du Mexique semblent également être ovovivipares parce que les petits, dit-on, se mettent à courir avec une grande agilité dès la ponte, ce qui fait supposer un développement embryonnaire complet à ce moment. On cite comme tels encore les Tétradactyles et les Tridactyles de l’île Decrès ainsi que la Cicigna d’Italie (Lacerta chalcides).

Les oeufs des Sauriens sont généralement dépourvus d’albumen et ne durcissent pas à la cuisson. Leur forme» est très variable : sphériques chez les Geckos, les Lézards communs des murs, etc., les œufs sont arrondis chez les Caméléons ; un peu allongés chez les Iguanes et arrondis aux deux bouts; longs de 5 centimètres et cylindriques chez les Varans, fusiformes chez certains Agames. La coque est parfois calcareuse, mais reste très mince et très poreuse.

Leur taille est généralement celle d’un œuf de Pigeon. La couleur est, ordinairement blanche, parfois gris^ terne (Caméléon) ou jaune paille (Iguanes). Le nombre des œufs pondus pendant la saison peut aller jusqu’à quatre-vingts. La ponte a lieu au commencement des beaux jours.

Les mœurs de ces animaux, à l’époque de la ponte, rappellent, celles de leurs grands frères, les Crocodiles. Le Lézard le plus connu chez nous, où on le voit courir au printemps sur les rochers, les ruines et prendre son <( bain de soleil », ou montrer sa jolie tête par une fente enlierrée, le Lézard ngile, est un des animaux les plus inoffensifs et des plus dignes d’intérêt sympathique. Bon père, le mâle s’attache à sa compagne et pendant plusieurs années ils vivent en bonne intelligence, offrant un réjouissant tableau de bonheur conjugal. Ils font éclore leurs petits des œufs nombreux, calcareux, que la femelle dépose en lieu sur, les portent au soleil et les garantissent soigneusement du froid et de l’humidité.

L’Iguane des parties chaudes de l’Amérique dépose ses

œufs dans des trous pratiqués dans le sable et les recouvre; parfois plusieurs femelles profitent du même nid qu’elles remplissent de plusieurs douzaines d'œufs, laissant au soleil le soin de les couver. Ainsi abandonnée, la ponte est souvent détruite par les Fourmis et les Rats musqués qui en sont très friands. Les Varans pondent également dans la terre et, pour plus de commodité, choisissent souvent à cet effet les cavités toutes faites des nids de Fourmis blanches.

Le Caméléon se donne un peu plus de peine, car, à l'aide de ses pattes antérieures, il creuse une fossette et y dépose une trentaine d'œufs. 11 recouvre le tout d’un petit monticule de terre, adroitement, avec la patte antérieure comme le font les chats, que l’on sait avoir des habitudes dé propreté innées.

Les œufs de Lézard, comme ceux de l’Iguane d’Amérique, du Monilor Crocodilinus de la Guyane, sont très appréciés pour leur saveur et leur goût à Surinam et à Cayenne. Les Indiens du Mexique seraient même tellement friands des œufs d’une espèce d’iguane, qu’ils chasseraient les femelles vivantes afin de satisfaire leur

gourmandise.

Parmi les Serpents, l'ovoviviparité est plus fréquente. Ainsi les Serpents de mer des Indes et beaucoup d’espèces venimeuses, telles que les Najas et les Vipères, mettent au monde des petits vivants.

La Vipère doit même son nom à cette particularité, car ce nom dérive d’une contraction de « vivipara ».

Le vitellus des œufs de Serpents est de couleur orangée et contient beaucoup de gouttelettes huileuses. Le blanc, s’il existe, est verdâtre et à peine coagulable par la chaleur. La coque n’est jamais dure, mais parcheminée, rarement incrustée d’un peu de calcaire. Les œufs sont parfois agglutinés par une matière gélatineuse, mucilagineuse qui durcit à l’air. Ils ont une forme arrondie. La ponte peut aller jusqu'à quarante œufs comme chez la

I/ŒUF

Couleuvre à collier. Souvent le Serpent couve ses œufs dans les anneaux de son corps. Enroulé sur lui-même, ayant sa nichée au milieu, il élève de quelques degrés la température de l’atmosphère intérieure et active l’incubation.

Les petites Vipères, au nombre de douze à vingt-cinq, naissent quatre mois après la fécondation. Quittant leur mère, elles emportent avec elles les débris de l’œuf qui les renfermait, sous forme de lanières membraneuses, el dès lors deviennent indépendantes. On croyait longtemps qu’elles se réfugiaient, pu cas de danger, dans la bouche de leur mère, mais cette fable est restée telle, tandis que la fable d’antan des Serpents de mer est devenue à peu près une réalité.

On raconte également que les petits Trigonocéphales de la Martinique viennent chercher refuge auprès de leur mère en s’enroulant autour de son corps. Le Pitlion femelle jeûne pendant tout le temps que dure l’incubation de ses œufs.

Constatons en terminant que certains Reptiles ont conservé la singulière propriété que nous avons vue si accusée chez les Batraciens, de restaurer des organes entiers qu’un accident leur a fait perdre. Les anciens déjà savaient que le Lézard, l’Orvet, ne restaient pas longtemps privés de queue, mais qu’elle repoussait même assez rapidement. Pline le Naturaliste, ayant extirpé les veux à un Lézard vert, le plaça dans un vase entouré de terre humide: au bout de peu de temps, les yeux étaient refaits et l’animal rétabli. On a répété ces expériences bien souvent depuis, et trouvé que la rapidité de restauration des organes était avancée par une élévation de température et retardée par le froid. Rappelons-nous combien ces phénomènes de restauration complète sont fréquents chez les animaux inférieurs et chez les plantes. L’Hydre d’eau douce nous a offert un des exemples les plus typiques et les pins curieux. Ne dirait-on pas qu’un mode de reproduction, la

scissiparité, s'est éteint peu à peu dans l’échelle animale ascendante et que, de temps en temps, jusque dans les Batraciens et les Reptiles, des réminiscences d’un état antérieur imparfait reparaissent chez certaines espèces pour les aider à lutter victorieusement contre les chances de destruction!

L'ŒUF DES OISEAUX

Différences de taille parmi les œufs. — ■ L’œuf de l’Épiornis. — Forme; état de la surface. — Épaisseur de la coquille. — Influence du régime. — Coloration et dessins. — Caractères adaptationnels de la coloration. — Nombre des œufs pondus. — Création des races pondeuses. — Influence de la saison et du régime. — Moyenne spécifique. — Incubation et mœurs des Oiseaux à cette époque. — Température incubatoire. — Durée de l’incubation. — Loi des sexes. — Prédominance des mâles. — Précocité. — Durée de la faculté ovipare. — Époque de la ponte dépendante de la saison. — Livrée de noce. — Combats et tournois pacifiques. — Nidification. — Le Coucou. — La Salangane. — Nids des oiseaux sociaux. — L’éclosion et l’amour maternel. — Allaitement des Pigeons, etc. — Incubations artificielles. — Couveuses. — Œufs doubles. — « Œufs de coq ». — Préjugés. — Œufs à coquille double. — Œufs bardés. — Corps étrangers inclus dans l’œuf. — Putréfaction de l’œuf et ses causes. — Les Poulets monstres et leur production. — Usage des œufs. — Œufs de Pâques. — Étymologie du mot œuf.

Le chapitre m nous a appris à connaître la nature d l'œuf typique, normal, dans ses différentes parties, constitutives essentielles et avec leur signification dans l'économie du jeune dire qui s’en développe, s’en nourrit ou s’en protège.

Après avoir pris dans ce chapitre comme modèle d’un œuf parfait celui de la Poule, nous consacrerons le présent à l’examen des variations que les Oiseaux apportent à la formation de leurs œufs, aux différences de nombre, de volume, de coloration, aux instincts souvent merveilleux appliqués à la protection de la ponte, à la durée de

I/ŒUF DES OISEAUX

l'incubation, aux accidents qui déterminent les monstruosités ou la mort de l’œuf, etc.

Dans aucune classe d’animaux les œufs n’offrent des extrêmes de taille aussi éloignés que chez les Oiseaux (fig. 142). Il y a une trentaine d’années, on a découvert dans l’île de Madagascar des ossements et des débris d’œufs d’un Oiseau aujourd’hui disparu, auquel on donna le nom d ’Ëpiornis. À en juger d’après les débris, cet

Fig. 142. — Dimensions comparées de différents œufs d’Oiseau.

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