Œuf d’Épiornis
Oiseau devait être gigantesque, et égaler au moins cet autre géant fossile des Mascareignes qu’on appelle Dronte ou Dodo et qui vivait encore au dix-septième siècle. L’œuf d'Épiornis a 54 centimètres de grand diamètre sur 22 centimètres de petit diamètre et 85 centimètres de grande circonférence. 11 contiendrait huit litres troisquarts et son volume représente celui de cinquante mille œufs d’Oiseau-Mouche, celui de six œufs d’Autru- (die, de seize et demi de Lasoar et de cent (juunqDe-lqijl
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œufs de Poule ! L’épaisseur de la coquille calcaire atteint jusqu’à 3 millimètres. Les Malgaches ont conservé la tradition de l’existence antérieure d’un Oiseau gigantesque qui se serait attaqué avec succès jusqu’à des Bœufs; mais l’anatomie comparée, en prouvant l’absence d’instincts carnassiers, désavoue la légende.
Les œufs les plus petits sont ceux des Oiseaux-Mouches : pris comme unité, on voit qu’il y a une amplitude de cinquante mille entre les extrêmes de grosseur. Cependant, il ne faudrait pas conclure de la taille de l'œuf à celle de l’animal qui l’a produit, car il y a bon nombre d’exemples où des œufs de volume équivalent sont pondus par des Oiseaux de grandeur très différente. Ainsi l’œuf de la Poule n’est pas plus gros que celui du Pluvier et l’Alouette pond des œufs de la grosseur d’un œuf de Coucou. L’œuf d’Autruche est deux fois plus gros que celui du Casoar et pourtant la taille de ces deux Oiseaux est loin de différer dans les mêmes proportions. On a plutôt des raisons d’admettre qu’il y a une certaine relation entre la grosseur de l’œuf et la taille de l’Oiseau prise au moment où il en sort. On constate en effet le plus souvent que, plus les œufs sont petits et plus leur contenu vivant est faible et chétif au moment de l’éclosion.
Dans ce dernier cas, nous voyons intervenir aussi
d’une manière efficace le rôle protecteur que les parents remplissent vis-à-vis de leur nichée en garantissant par un surcroît de soins la vie de leur progéniture, née. trop tôt pour ainsi dire. L’Autruche pond des œufs très gros d’où sortent des petits déjà bien conditionnés, mais aussi abandonnés à eux-mêmes, car la mère confie sa ponte au sable et l’incubation en partie à autrui et à la chaleur solaire.
Il y a cependant, dans une même espèce, des différences dans la taille des œufs en rapport avec la taille des individus, différente selon l’âge ou la race. C’est ainsi que les Poules naines pondent des œufs qui pèsent 30 à
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40 grammes, tandis que les œufs de nos Poules indigènes pèsent en moyenne GO grammes. Les fermiers savent aussi que les Poules jeunes donnent des œufs plus petits que les adultes et que la maladie peut avoir pour effet de diminuer considérablement la grosseur des œufs, qui sont appelés alors « œufs nains » .
La forme des œufs d’Oiseau est toujours arrondie, soit ovale, soit plus ou moins ellipsoïdale. Le pôle aminci est presque pointu dans l’œuf des Pingouins et une espèce, le grand Pingouin, aujourd’hui fort rare à cause des chasses sans trêve qu’on lui a faites, possède des œufs légèrement étranglés vers le petit, bout, d’où une apparence de poire qui, jointe à la rareté, en fait un objet de haute valeur pour les collectionneurs d’œufs d’Oiseaux.
Dans une même espèce, la forme des œufs peut varier assez souvent. Ainsi les œufs de Poule sont fréquemment plus ou moins allongés, épointés ou ramassés et ovales. Parfois une sorte d’étranglement annulaire est, manifeste : ces variations sont dues à des causes mécaniques qui agissent sur l’œuf pendant son séjour dans l’oviducte et au moment où la coquille se dépose autour de l’albumen.
La surface de la coquille est ordinairement lisse, parfois, connue chez l’Autruche, le Casoar, etc., rugueuse. Dans l’œuf de Poule, on remarque souvent à une des extrémités un bourrelet d’aspérités. Elles résultent des plis de la paroi de l’oviducte et des mouvements tournants que l’œuf y effectue. Toujours le pôle pointu est dirigé en bas dans l’oviducte.
L’épaisseur de la coquille est en rapport avec les mœurs de l’Oiseau, et ses variations, observées chez les Oiseaux qui déposent leurs œufs sur la terre ou dans le sable et ceux qui les confient à un nid bien moelleux, sont un des nombreux exemples d’adaptation par sélection naturelle. Les Perdrix, les Pintades, etc., ont des œufs bien plus durs que les Outardes, Faucons, etc., quoique
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le genre de vie soit quelquefois le même, mais les unes pondent sur le sol nu, tandis que les autres construisent des nids bien capitonnés de corps mous.
On sait que la coquille doit sa dureté au dépôt des corpuscules calcaires en grande abondance, sécrétés par les parois de l’oviducte.
Il faut par conséquent que l’alimentation comprenne des substances contenant du calcaire, afin que l’économie générale mette à la disposition de ces glandes calcipares les éléments de leurs produits. C’est pour cela qu’on a souvent l’habitude de mélanger parfois aux aliments des Oiseaux de basse-cour et de volière les débris mêmes des coquilles d’œuf, qu’ils introduisent avidement dès que le défaut de cette matière première se fait trop sentir dans leur régime.
On a vu également, dans les pays tels .que les Ardennes belges, où le sol ne renferme pas suffisamment de calcaire, la coquille des œufs diminuer sensiblement d’épaisseur; mais indépendamment de cette règle générale, on observe également des différences individuelles résultant de l’état de santé de l’Oiseau ou du régime trop excitant auquel on le soumet. Ajoutons que beaucoup d’Oiseaux granivores ingèrent une quantité de petits cailloux qui doivent aider à la trituration des aliments dans le gésier et que le carbonate de chaux est soluble dans l’eau chargée d’acide carbonique.
Chez beaucoup d’Oiseaux aquatiques la coquille est enduite d’une humeur grasse destinée à empêcher le contact trop intime de l’eau sans empêcher les échanges des gaz respiratoires.
La coloration des œufs est produite par une matière pigmentaire spéciale qui se dépose dans la couche externe de la coquille. Qu’on laisse un œuf de Perdrix pendant quelque temps au contact d’un acide faible, le calcaire se dissoudra complètement laissant intact le tissu cellulaire de la coquille avec la matière colorante. On voit alors
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que les couches profondes sont incolores et que la couche externe seule est teinte.
La coloration des différents œufs d’Oiseau présente une variété infinie de teintes, de nuances, de taches ou de dessins. M. Milne -Edwards1 cite comme typiques les variétés suivantes : chez le Casoar, les œufs sont couleur vert intense; chez le Faisan doré, couleur de chair; chez le Roitelet, Grèhe, Butor, etc., couleur d’ocre; chez l’Etourneau, vert glauque; chez le Grand Tinamou, hleu intense; chez le Tinamou varié, couleur lilas; chez la Poule cochinchinoise, jaunâtre. Mais souvent aussi la matière colorante fait défaut et les œufs sont d’un blanc éclatant comme chez l’œuf de la Poule, de la Chouette, du Pigeon, etc.
Ailleurs, la teinte uniforme est interrompue par des taches ou des dessins divers. Ainsi les œufs de Cigogne, de Spatule, de Cormoran, portent des teintes rosées, grises, verdâtres, sur fond blanc; chez le Bec-fin Orphée, le Bec-croisé des Pins et la Pie-grièche à poitrine rose, les taches forment des zones ou des guirlandes presque régulières. Les Oiseaux de proie ont généralement des œufs marbrés. A citer encore les œufs des Pinsons, où de petites bandes brunâtres se détachent sur un fond azuré. Enfin la coloration et la disposition des taches varient souvent d’un œuf à l’autre chez la même espèce, par exemple chez les Mouettes et les Pingouins.
Aucun caractère extérieur n’est plus facile à donner prise aux tendances d’adaptation que la coloration. Il n’est donc pas étonnant qu’on soit tenté de considérer la teinte particulière de certains œufs comme un effet de la sélection naturelle. Gloger a remarqué que certains œufs, surtout ceux des Oiseaux coureurs qui ne peuvent
1. Les admirables Leçons de Physiologie et d' Anatomie comparées, etc., pourront être consultées avec le plus grand fruit par ceux qui désirent avoir les éléments d’une étude détaillée de l'œuf des Oisçaux.
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eux-mêmes s’occuper efficacement de la protection de leur ponte, ont la coloration du sol ou, s’ils sont à découvert dans les nids celle des objets qui les entourent, soient troncs d’arbres, ou verdure, ou roseaux, etc., de façon à échapper plus facilement à la vue de leurs nombreux ennemis. Ainsi chez l’Alouette, le Pipi, la couleur de l’œuf est celle du sol. Les Choucas, qui se cantonnent au haut des tours et dans les clochers, ont des œufs verts comme les lierres. La Grande Chevêche a des œufs rougeâtres comme les maçonneries qu’élle habite (de Chateaubriand). Nous avons constaté des effets de mimétisme pareils chez les graines des plantes supérieures.
Le nombre d’œufs pondus varie considérablement d’une espèce à l’autre, et souvent dans la même espèce, suivant les conditions extérieures, soit de climat, d’alimentation, de traitement ou de genre de vie.
Une règle générale, qui comporte cependant beaucoup d’exceptions, veut que les Oiseaux pondent un nombre d’œufs d’autant plus grand que leur taille est plus petite. Ainsi, le Roitelet et la Mésange pondent de quinze à vingt œufs à chaque ponte, tandis que la plupart des Passereaux n’en pondent que six à sept et les grands Carnassiers seulement de deux à trois. Cependant les Oiseaux-Mouches, les plus petits de tous, n’en donnent ([ue deux ou trois, tandis que le Cygne en pond généralement de cinq à huit, et le Dindon sauvage de quatorze à quinze. L’Autruche, le plus grand Oiseau vivant aujourd’hui, en pond même une quinzaine et quelquefois vingt. Cette règle, par conséquent, est plutôt apparente que réelle. Il est bien plus probable que la cause de l’augmentation du nombre des œufs réside dans une tendance à la conservation de l’espèce, qui est plus ou moins difficile, selon les mœurs de l’Oiseau et le milieu plus ou moins hostile dans lequel il se meut, que dans un simple rapport de nombre et de taille sans liaison ni effet * général.
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Nous avons déjà invoqué ce principe pour expliquer les différences parfois énormes dans le nombre d’œufs pondus par les animaux inférieurs et les plantes.
line autre cause d’équilibre, contre-balançant le nombre restreint d’œufs, est apparemment la longévité de certaines espèces. Les Faucons, Pétrels, Corbeaux, etc., vivent fort longtemps et pondent des œufs en petit nombre. En 1795 fut pris, au Cap, un Faucon orné d’un collier portant la date delGlÜ. 11 avait appartenu au roi Jacques Ier d’Angleterre, et avait par conséquent atteint l’âge respectable de cent quatre-vingts ans. Les Corbeaux qui deviennent souvent centenaires, dit-on, sont répandus sous toutes les latitudes. Les femelles ne font qu’une ponte de trois à six œufs par an.
Les Gallinacés sont d’une fécondité extraordinaire, mais très souvent l’homme intervient activement pour augmenter, par tous les moyens, cette fécondité qui doit tourner à son avantage. Certaines races de Poules, telles que les Poules campines, pondent ainsi jusqu’à deux cents œufs dans une année et jusqu’à deux œufs par jour. Mais nous avons opéré là une sélection artificielle, comme nous sommes arrivés aussi à « créer » des races de Porcs et de Bœufs où la charpente osseuse est réduite à un minimum et des races de Chevaux où la finesse des formes le dispute à l’agilité des mouvements.
Les Cailles pondent une douzaine d’œufs, et les Perdrix de dix-neuf à vingt; la femelle du Coq de Bruyère en pond une quinzaine. Ce sont là des Oiseaux sauvages et qui ne font qu’une seule ponte dans les conditions normales; cependant, poussés par un instinct des plus curieux et des plus prévoyants, ils renouvellent leur ponte quand la première a été supprimée par un accident quelconque.
En liberté et à l’état sauvage, la plupart des Oiseaux ne font qu’une seule ponte ; mais, en captivité, ils la renouvellent plusieurs fois. Les Pigeons, par exemple,
pondent trois ou quatre fois par an quand ils sont en liberté, et huit à dix fois quand ils sont en volière.
Deux causes influent spécialement sur le nombre des œufs pondus par nos habitants des basses-cours : la saison et le régime. Pendant la saison froide, ce nombre diminue et la ponte s’arrête généralement en hiver. Un régime stimulant (graines de Cliènevis, d’Àvoine, de Millet, etc.) peut amener la Pintade à pondre jusqu’à cent œufs par an, et le Canard jusqu’à cinq œufs par semaine à partir de mars jusqu’à la fin de mai.
Les Oiseaux cessent de pondre dès que le nombre de leurs œufs a atteint la moyenne spécifique. Cependant, tout le monde sait qu’on peut tromper l’instinct conservateur de nos Oiseaux de basse-cour en leur soustrayant
peu à peu la majeure partie de leur ponte en ayant soin toutefois de ne pas rendre le vol trop manifeste. A cet effet, on substitue souvent aux œufs de Poule un ou deux œufs postiches qui aident pour ainsi dire l’animal volé à se souvenir que sa ponte est incomplète. Cet instinct est une manifestation de la tendance à la conservation de l’espèce dont il est un des exemples les plus remarquables. Il se retrouve, nous venons de le dire, chez certains Oiseaux sauvages renouvelant leur première ponte dès qu’elle a été détruite par un accident. Les Oies cessent de pondre quand le nombre de leurs œufs est d’une douzaine environ, mais, en les leur soustrayant successivement, on peut les amener à en pondre, durant la saison, au delà de quarante. La ponte est arrêtée dès que l’Oiseau commence à couver : car il 11e travaille pas pour nous, avec le propos délibéré ou l’instinct philanthropique de nous nourrir, mais bien dans un but absolument, personnel, afin d’assurer la survivance de son espèce.
Dès que l’Oiseau a réuni le nombre spécifique d’œufs, il commence la couvaison ou incubation, c’est-à-dire, qu’au moyen de son corps, il maintient autoor do ses
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œufs lui c I (‘in [h* rature constante, ordinairement de 40 degrés centigrades. Souvent alors la partie du corps qui doit être en contact avec les œufs, est parcourue par un réseau de nombreux petits vaisseaux sanguins dont le contenu doit céder sa chaleur aux œufs. La femelle se charge ordinairement des soins de la couvaison et s’en acquitte avec un soin, une vigilance, un amour des plus remarquables, affrontant les plus grands dangers jusqu a se laisser capturer afin de protéger, par un suprême sacrifice, la vie de ses enfants. Mais le mâle n’est pas toujours désintéressé dans la réussite de l’incubation ; chez les Oiseaux monogames surtout, mâle et femelle se relayent sur les œufs, parfois à des intervalles déterminés, comme chez l’ Autruche d’Afrique, le mâle couvant pendant la nuit et les femelles pendant le jour. Dans les régions tropicales cependant, les œufs d’Autruche sont abandonnés à la chaleur du sable réchauffé par les rayons solaires, et le rôle des parents, disent les indigènes, consiste à les couver « des yeux ». Le Pigeon et la Cigogne mâles prennent aussi part à la couvaison de leur nichée.
Le succès de l’incubation est dû à une certaine somme de chaleur, qui peut être répartie sur plusieurs périodes sans que la température cependant doive descendre audessous d’un minimum et sans que les intervalles entre ces périodes deviennent trop considérables. M. Dareste a montré qu’une température de 50 degrés centigrades suffit pour continuer l’incubation pendant quelques jours, sans toutefois pouvoir la mener à bonne fin. D’un autre côté, un œuf de Poule fécondé n’est pas encore mort après huit jours de manque d’incubation.
La durée de l’incubation n’est pas en rapport avec le nombre des œufs pondus, quoique, pour les différentes espèces d’Oiseaux, elle soit très variable. Elle paraît augmenter avec la taille de l’espèce comme semble le prouver le tableau suivant, où sont consignées, dans un ordre