‹ L'œuf humainChapitre 12 sur 49 · PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATION · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE DE LA MENSTRUATION

En résumé, la température, l’éducation, le régime alimentaire, l’hérédité sont autant de causes capables de modifier l’époque de la puberté.

Il existe d’ailleurs des anomalies. Carus a observé une fillette qui fut réglée à 2 ans et devint grosse à 8 ans. On a vu l’instauration menstruelle apparaître à 1) mois (d’Outrepont) et même à 7 mois (Comarmont). A côté de ces menstruations précoces, on cite des cas d'instaurations tardives (20, 28 ans).

2° Période d’état. — Une fois établie, la menstruation se reproduit périodiquement. Elle se répète tous les mois, tantôt tous les mois solaires (30 ou 31 jours), tantôt tous les mois lunaires (28 jours). Certaines femmes sont réglées toutes les O semaines, d’autres tous les 21 jours.

'foutefois, cette périodicité n’est pas absolue. Pendant les premières années qui suivent la puberté, les jeunes filles sont souvent menstruées fort irrégulièrement ; cette irrégularité n’est meme pas rare chez des femmes adultes et bien portantes. P. Dubois l’a observée 120 fois sur 600 femmes qu'il interrogea à ce point de vue.

La durée moyenne d’une période menstruelle oscille entre 3 et 8 jours. Là encore, il existe des variations considérables (1 à 12 jours), comme l’indique la statistique de P. Dubois. Sur i80 femmes régulièrement réglées, 12 l’étaient seulement un jour, 2 l’étaient chaque fois pendant 12 jours.

Quels caractères présente le flux menstruel chez une femme normalement réglée ?

Le sang menstruel, rejeté par la vulve, est de coloration variable. I^arfois, l’écoulement est d'abord rosé. Puis, sa couleur se fonce progressivement, pour s’éclaircir de nouveau quand approche la fin de l’époque cataméniale. D’autres fois, le sang est noir comme du sang veineux, pendant toute la durée de la menstruation. Son odeur, forte, rappellerait l'odeur de la fleur du souci.

De consistance un peu poisseuse, au début et à la fin des règles, le sang menstruel est un sang liquide. Il se prend en caillot dans deux circonstances : 1° quand il est rejeté en grande abondance; 2° quand, après avoir été momentanément retenu dans la cavité utérine, il en est chassé brusquement. En pareils cas, il n’a pas le temps de se mélanger aux sécrétions du vagin qui font obstacle à sa coagulation.

La quantité de sang menstruel est très variable. Elle dépend en partie de la durée de la menstruation. On l’évalue, en moyenne, à 200 ou 300 grammes. Elle peut être inférieure à 100 grammes, comme elle peut dépasser 500 grammes.

Le sang menstruel est éliminé de diverses façons : chez certaines femmes il s’écoule d’une façon continue; chez d’autres, il apparaît seulement par intermittences. Chez le plus grand nombre des femmes, le flux menstruel augmente d’abondance jusqu’au troisième ou au quatrième jour, puis diminue progressivement avant de disparaître.

L’examen microscopique du sang menstruel ne présente rien de caractéristique. On y trouve des globules rouges, mêlés à des leucocytes et à des débris épithéliaux qui proviennent de l’utérus ou du vagin.

LA MENSTRUATION

§ 4. — Ménopause.

La cessation de la menstruation est parfois brusque. D’autres fois, elle est annoncée par des hémorragies de périodicité irrégulière et d’intensité variable. La ménopause s’établit de 40 à .50 ans, mais on cite des cas, exceptionnels il est vrai, où elle ne s’était pas encore produite chez des femmes de 76 ans, de 99 ans (Dupeyron), de 105 ans (Schenkius).

I 5. — Rapports de l oviilatioii et de la menstruation.

L’ovulation est une fonction ovarienne. La menstruation est une hémorragie utérine. Il nous importe maintenant de préciser quels rapports affectent entre eux ces deux phénomènes. Sont-ils sous la dépendance l’un de l’autre? Et, s’il en est ainsi, est-ce l’ovulation qui domine la menstruation ? est-ce l’écoulement menstruel qui détermine la ponte ovulaire ? Ou bien les deux phénomènes sont-ils indépendants ? Ces diverses théories ont été soutenues et rejetées tour à tour.

1*^ La menstruation précède et détermine l’ovulation. — Telle est l'hypothèse d’Aveling. Pour cet auteur, dans l’intervalle de deux menstruations, la muqueuse utérine se prépare à recevoir l’ovule. L’hémorragie se produit, et, à son tour, elle provoque l’ovulation. L’ovule, s’il est fécondé, se fixe, comme dans un nid, sur la muqueuse utérine ; dans le cas contraire, l’ovule est expulsé, et les mêmes phénomènes se reproduisent.

2® L’ovulation précédé et détermine la menstruation. — Cette seconde conception a été soutenue sous deux formes différentes. Négrier et Gendrin, frappés de l’analogie qui existe entre la menstruation et le rut des animaux, ont émis cette opinion que l’ovulation est la cause de la menstruation. L’ovule dont Lexpulsion détermine la menstruation actuelle, est celui qui vient de se détacher au cours de l’époque cataméniale.

Pour d’autres auteurs, l’ovule qui provoque une menstruation est celui qui provient de la ponte ovulaire du mois précédent. Ainsi, d’après Lœwenhard, l’œuf pondu au cours d’une menstruation ne se fixe dans l’utérus que s’il a été fécondé; dans le cas contraire, il est expulsé à la menstruation suivante.

Strassmann, en augmentant expérimentalement la tension des vaisseaux ovariques, a pu déterminer des modifications des organes génitaux, et en particulier de l’utérus. Les modifications anatomiques de l’utérus seraient donc le terme d’un réflexe dont le point de départ siège dans l’ovaire. Partant de ce fait; Strassmann suppose qu’à l’approche de chaque ovulation, la muqueuse

RAPPORTS DE l’oVULATION ET DE LA MENSTRUATION

utérine se modifie (caduque pré*menstruelle). Puis, la ponte ovulaire s’effectue quand la tension des vaisseaux ovariques atteint son maximum. Si l’œuf, émis de la sorte, est fécondé, la muqueuse se transforme en une caduque vraie : la menstruation est alors suspendue. Dans le cas contraire, la muqueuse entre en régression, et l’hémorragie menstruelle ne tarde pas à se produire.

His se range à une opinion analogue. Il a eu l’occasion d’examiner seize embryons dont l’âge pouvait être aisément connu, puisque ces embryons s étaient développés à la suite d’un coït unique. En se basant sur les dimensions de ces embryons, Mis conclut que quatre d’entre eux proviennent d’un ovule fécondé au voisinage de la dernière époque menstruelle, et qu’au contraire, pour les douze autres, l’imprégnation a eu lieu vers le moment où aurait du se produire la première menstruation qui a fait défaut.

11 est très difficile, du reste, de savoir à quel instant précis s’est effectuée la fécondation. L’ovule pondu peut, en effet, demeurer quelque temps dans les organes génitaux internes avant d’être fécondé. D’autre part, les spermatozoïdes ont la propriété de vivre plusieurs jours dans l’utérus et d’y conserver leurs propriétés physiologiques. Comment, dans ces conditions, fixer le moment où le spermatozoïde a pénétré l’ovule pour le féconder ? Il est bon d’ajouter enfin que deux embryons du même âge sont loin de présenter toujours un état de développement identique.

3° Conclusion. — Nombre d’objections peuvent être formulées contre les théories qui viennent d’être exposées.

Il est avéré que l’ovulation peut s’effectuer sans s’accompagner de menstruation. Chez certaines jeunes filles qui n’étaient pas encore menstruées, chez des nourrices qui transitoirement ne l’étaient plus, chez des sujets qui paraissaient avoir une ménopause prématurée, enfin chez des femmes qui n’avaient jamais été réglées, on a vu la grossesse se déclarer et parcourir son cycle normal.

D’autre part, il paraît à peu près certain que le processus menstruel peut se dérouler chez des femmes qui n’ont pas d’ovulation. On a même vu des femmes continuer à présenter une menstruation régulière, tout en ayant subi l’ablation bilatérale de leurs ovaires. Coste, Godard, Kôlliker, de Sinéty ont signalé des faits de cet ordre.

Si de pareils faits sont exacts, une conclusion paraît s’imposer, c’est que l’ovulation et la menstruation sont deux fonctions indépendantes l’une de l’autre.

L’une est essentielle, elle est commune à tous les animaux. L’autre est accessoire : on l’observe seulement chez quelques vertébrés. La première assure la fécondation, que semble favoriser la seconde. Dans l’espèce humaine, les deux fonctions sont rythmiques. La cause de ce rythme nous échappe : l’intervention du système nerveux, invoquée par de Sinéty, recule la difficulté sans la résoudre.

Les deux fonctions sont indépendantes l’une de l’autre, avons-nous dit, mais rien ne les empêche de se manifester simultanément. Nous savons, en effet, quelles corrélations étroites associent les divers segments de l’appareil géni-

LA MENSTRUATION

tal, si nous sommes dans l’ignorance des causes qui régissent ces corrélations.

Mais les faits de Coste, de Godard, que nous rappellions plus haut, sont exceptionnels. Ils cadrent mal avec ce que nous savons de l’involution utérine, consécutive à la castration. Peut-être sont-ils susceptibles d’une tout autre interprétation, et s’agirait-il de métrorrliagies déterminées par des lésions utérines jusque-là méconnues.

Nos connaissances actuelles sur le corps jaune nous permettent de donner de la menstruation une interprétation rationnelle. Nous avons dit que, si l’ovule est fécondé, il va trouver dans l’utérus un nid formé par la caduque et préparé d’avance pour le recevoir, nid dans lequel il va se loger, puis se fixer solidement. Nous pensons, avec Fraenkel, que le corps jaune de la grossesse dirige à la fois les modifications de l’utérus et la solidité de la fixation de fœuf. En ce cas, le caduque reste adhérente à l’utérus, et la grossesse suit son cours sans qu’aucun écoulement de sang se produise.

Si Tovule n’est pas fécondé, les choses se passent tout autrement. Le corps jaune s’atrophie, son action sur la caduque utérine n’a plus lieu de s’exercer ; aussi cette caduque, devenue inutile, se détache, comme une caduque d’avortement, en même temps que se produit une hémorragie qui n’est autre que l’hémorragie menstruelle. Le sang des règles ne serait donc, d’après cette interprétation, que l’équivalent du sang d’un avortement ovulaire sans fécondation. Le nid qui avait été préparé pour recevoir un ovule fécondé, n’en recevant pas, se détache et l’utérus revient au repos, pour, à l’ovulation suivante, repasser par les mêmes modifications. Le rythme est commandé ici par l’évolution des follicules de de Graaf et par celle des corps jaunes qui leur succèdent. La menstruation ne serait autre chose qu’un avortement (Pinard).

Sur la menstruation, consulter :

i8G8. — Raciborsky, Traité de la meiislr liai ion.

— Strassmann, Contrib. à Tétude de l’ovulat., de la menstruat. et de la conception. Arch. f. Gynæk., LU, p. i34.

Page 1