PLACENTA DE I.A SOURIS
Un peu plus tard (8® jour), on trouve, sur la coupe de l’utérus, deux cavités. La cavité voisine du mésomètre n’est autre que le cavum utérin ; la cavité tournée vers le bord libre de l’utérus est occupée par l’œuf fécondé : c’est la chambre ovulaire. Le cavum utérin et la chambre ovulaire sont maintenant séparés par un pont de substance conjonctive. Ce pont a la valeur d’une cicatrice, car il résulte de la réunion partielle de la solution de continuité que l’œuf a créée en pénétrant
Fig. 8i. — Un renflement utérin de la souris au 8” jour de la gestation.
La cavité utérine et la chambre ovulaire sont séparées l’une de l’autre.
C. U, cavité utérine ; — G. O, chambre ovulaire (d’après M. Duval).
Fig. 82. — Un renflement utérin de la souris au 8® jour de la gestation (stade un peu plus avancé que dans la figure précédente).
C.U, cavité utérine; — C, tissu cicatriciel séparant la cavité utérine de la chambre ovulaire CO (d'après M. Duval).
dans la muqueuse utérine (fig*. 81). Un stade un peu plus avancé est représenté sur la figure 82.
Des phénomènes du même ordre se retrouvent chez le cobaye. Sept jours après la fécondation, alors que l’œuf n’a pas encore grossi et qu’il mesure seulement un dixième de millimètre, Spee a vu cet œuf détruire l’épithélium utérin et gagner le tissu conjonctif de l’utérus pour s’y développer. En même temps que l’œuf s’enfonce plus profondément dans l’endomètre, le trajet qu’il a creusé s’efface, de la superficie vers la profondeur, par rapprochement de ses deux lèvres. L’œuf se loge donc dans une cavité, creusée dans le tissu conjonctif, et qui n’a jamais possédé de revêtement épithélial.
FIXATION DE l’oeUF ET PLACENTATION
§ 3. — Développement du placenta humain.
1° Généralités. — Considéré à un point de vue très général, le placenta nous apparaît comme un organe d’absorption, édifié par l’organisme fœtal, pour permettre à cet organisme de puiser, dans le milieu où il est appelé à se développer, les substances nutritives indispensables à son accroisement.
Chez les Poissons, tels que les Sélaciens, chez certains Mammifères, comme les Marsupiaux, cet organe est constitué essentiellement par la vésicule ombilicale accolée au cliorion (omphalo-cliorion).
Chez les Oiseaux, M. Duval a décrit un sac placentoïde, c’est-à-dire un dispositif qui permet à l’embryon de puiser dans l’œuf la provision d’albumine que (( les organes delà mère y ont déposée ». C’est là un placenta « mi-partie ombilical, mi-partie allantoïdien », c’est-à-dire une forme de transition entre l’omphalochorion de certains Sélaciens et l’allanto-chorion des mammifères.
Enfin, chez la plupart des mammifères, le placenta est essentiellement représenté par le cliorion doublé de l’allantoïde.
Le placenta humain se ramène à un type analogue, mais l’organisme maternel intervient dans sa constitution. Il y a lieu, en effet, de distinguer dans ce placenta deux formations d’origine différente : le placenta fœtal et le placenta maternel, l’allanto-chorion et la caduque utérine; mais c’est l’allanto-chorion qui constitue, toujours, la partie essentielle du placenta.
Nous avons déjà exposé avec détails l’histoire de la caduque sérotine et celle du cliorion. 11 nous faut examiner maintenant comment ces deux organes se comportent l’un vis-à-vis de l’autre, pour constituer cet organe complexe qu’est le placenta humain. Mais, avant de décrire le placenta à terme, nous examinerons, comme l’a fait Léopold, les rapports qu’affectent entre eux l’œuf et l’utérus aux divers mois de la gestation.
Nous n’ignorons pas qu’il existe encore nombre de lacunes dans l’histoire du placenta humain. D’autre part, « les innombrables travaux publiés sur le placenta humain énoncent des résultats si divergents qu’il est difficile de les mettre d'accord sans de nouvelles recherches » (Duval). C’est pourquoi, en attendant le jour où les observateurs auront réuni une série ininterrompue de documents qui permettent d’établir l’exposé graphique de l’histogenèse de ce placenta, nous en sommes réduits, comme l’a bien montré Prenant, « à interpréter le placenta humain en faisant une sorte de choix raisonné parmi les opinions contradictoires émises à son sujet ». Dans ce choix, nous serons obligés de nous guider sur les résultats obtenus chez d’autres mammifères. Peut-être ce rapprochement n’est- il pas parfaitement justifié, mais c’est un pis aller dont force est bien de nous contenter provisoirement, ainsi que nous l’avons dit dans l’Introduction de ce livre.
2® Fixation de l’œuf. — L’œuf, arrivé dans l’utérus, se fixe sur cet organe. Le mécanisme de cette fixation a donné matière à controverses.
PLACENTA HUMAIN
a) Théorie de Hunter. — On n’en est plus à la conception de William Ilunter (1774), développée par John Ilunter et reprise par Bojanus.
Pour ces auteurs, l’utérus laisse exsuder, après la conception, de la lyrnphe plastique. Cette lymphe se dépose sur la face interne de la matrice et s’y coagule en constituant un sac clos, qu’ils appelèrent caduque. Ce sac contient un liquide, l’hydropérione (Breschet, 1833). L’œuf, qui franchit l’ostium uterinum, rencontre la caduque, la refoule audevant de lui et s’en coiffe plus ou moins complètement. La caduque se comporterait donc comme une séreuse ; aussi lui distinguait-on une portion pariétale, appliquée sur l’utérus, et une portion réfléchie ou viscérale, appliquée sur le chorion (fig. 83).
b) Théorie de Sharpey. — Depuis Sharpey, mais surtout après que Coste (1842) et Robin (1848) eurent décrit la muqueuse utérine, on a admis que la caduque, au lieu d’être une formation nouvelle, n’est autre chose qu’une muqueuse utérine modifiée et hypertrophiée à la suite de la fécondation.
Quand l’œuf arrive dans la cavité utérine, il ne tarde pas à se greffer sur cette muqueuse tuméfiée et plissée (fin de la première semaine). Faute d’observations directes, Sharpey supposa que le mécanisme de cette fixation devait être le suivant.
L’œuf pénètre dans une des dépressions de la muqueuse et s’y loge comme dans une cupule. Puis les plis qui circonscrivent cette dépression bourgeonnent
Fig. 83. — Schéma de la formation des caduques, d’après la conception de Ilunter.