‹ L'œuvre civilisatrice au Congo belgeChapitre 14 sur 37 · LES PRODROMES DE L'ŒUVRE · texte numérisé non relu

LES PRODROMES DE L'ŒUVRE

Désireux de coordonner les efforts isolés qui jusqu'alors avaient manqué d'unité de direction, le Roi con-

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voqua le 12 septembre 1876, au Palais de Bruxelles, une Conférence géographique réunissant toutes les sommités de la science géographique et coloniale.

Dans Son discours inaugural II esquisse en ces termes le programme de la Conférence :

« Ouvrir à la civilisation la seule partie de notre globe où elle n'ait pas encore pénétré, percer les ténèbres qui enveloppent des populations entières, c'est, si j'ose le dire, une croisade digne de ce siècle de progrès. Je me suis donc laissé aller à croire qu'il pouvait entrer dans vos convenances de venir discuter et préciser en commun, avec l'autorité qui vous appartient, les voies à suivre, les moyens à employer pour planter définitivement l'étendard de la civilisation sur le sol de l'Afrique centrale. »

Les délibérations de cette conférence amenèrent la fondation de l'Association internationale africaine (AI A) qui s'imposa la mission de créer à travers l'Afrique une série de stations scientifiques et hospitalières d'où les voyageurs pourraient rayonner pour explorer les régions inconnues.

Divers comités nationaux furent créés : c'est ainsi notamment, que les expéditions du Comité français, donnèrent naissance au Congo français et au Gabon et que l'est africain allemand a dû son origine aux opérations du Comité allemand.

Quant au Comité belge, il organise de 1877 à 1885, plusieurs expéditions qui se signalèrent par la création du poste de Tabora et des stations de Karema et de Pala, sur le Tanganika : nous aurons l'occasion d'en parler en détail plus loin.

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Le superbe voyage accompli par Stanley avait eu pour résultat de faire connaître une admirable voie de pénétration dont il fallait se hâter de tirer parti ; aussi, lorsqu'au [mois de janvier 1878 l'explorateur débarqua à Marseille, y fut-il reçu par deux délégués du Roi des Belges chargés de solliciter son concours pour la réalisation d'un projet grandiose que venait de concevoir le Souverain : je ne pense pas m'aventurer en déclarant que si cette démarche n'avait pas été faite de façon si opportune, le Congo ne serait pas belge à l'heure actuelle.

Dès lors, impatient de transformer l'œuvre d'exploration de Stanley en une œuvre permanente de civilisation, le Roi Léopold fonde le 25 novembre 1878 le Comité d'études du Haut-Congo, sous la présidence du général Straucli.

La côte occidentale va désormais servir de point de départ aux explorations, mais le programme de l'AIA subsiste, avec cette différence cependant, c'est qu'à sa mission civilisatrice s'ajoute une mission d'étude du pays au point de vue commercial ; cette nouvelle orientation était pleinement justifiée si l'on considère que le commerce est, en somme, le meilleur moyen d'entrer en relations avec le noir.

La direction de la 1" expédition est confiée à Stanley. Parti de Banana, le 14 août, avec une flottille de vapeurs et de barques, il remonte le fleuve jusque Vivi, transporte parterre ses steamers démontés à travers l'ingrate région des Cataractes et après avoir atteint Léopoldville, lance son premier vapeur sur le Haut-Congo.

Les explorations subséquentes valurent à l'Association plus de 50 traités de soumission de chefs indigènes.

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Dès lors, le Comité d'études se transforma en Association internationale du Congo (AlC) qui poursuivit ouvertement un but politique : faire reconnaître par les puissances sa souveraineté sur le bassin du fleuve.

L'idée première du Roi, comme l'atteste la présence du mot « internationale » dans les noms des deux associations, africaine et du Congo, avait été d'obtenir une participation internationale à Son œuvre. Un rouage central où l'on vit figurer entre autres célébrités : Nachtigal, Bartle Frère et de Quatrefages, fut même institué, mais cette organisation ne tarda pas à s'émietter et il apparut à toute évidence que chaque pays préférait travailler en Afrique isolément et pour lui-même.

Au cours des années 1884 et 1885, l'AIC vit reconnaître son pavillon comme celui d'un Etat ami ; mais si cette reconnaissance n'entraîna pas d'objection de la part des Etats-Unis, de l'Allemagne, de l'Angleterre, de l'Italie, de l'Autriche, des Pays-Bas, de l'Espagne, de la Russie et des Etats Scandinaves, elle nécessita avec le Portugal et surtout avec la France de longues et laborieuses négociations.

Déjà en 1884, l'Association avait accordé à la France un droit de préférence pour le cas où elle réaliserait ses territoires, mais pour arriver à un compromis, elle dut, en outre, se résigner à la cession du Niadi-Kwilu, moyennant quoi elle restait maîtresse de la rive droite du Congo. Le traité signé avec le Portugal fut l'œuvre de la médiation française soutenue par les diplomaties allemande et anglaise : le Portugal acquérait la rive gauche du Congo et l'enclave de Cabinda.

Dès lors l'Etat indépendant du Congo était fondé et le Roi Léopold assumait, avec l'assentiment des Chambres, la souveraineté du nouvel Etat.

Le 23 février 1885 se réunit la Conférence de Berlin qui dressa l'Acte de Berlin.

Il n'est pas superflu de faire remarquer que l'Association internationale du Congo envoya son acte d'adhésion à l'acte général de la conférence au même titre que les autres Etats souverains représentés à cette haute assemblée.

L'acte de Berlin traça les limites des territoires du bassin conventionnel du Congo, c'est-à-dire de la région dans laquelle les clauses en sont applicables et où le commerce de toutes les nations devait jouir d'une liberté complète sans qu'il puisse être accordé de privilège ou monopole d'aucune sorte en matière commerciale ni établi de droit différentiel — proclama le principe de la liberté de conscience et d'établissement — prescrivit de mesures relatives à la protection des indigènes et à la suppression de la traite — accorda le privilège politique de la neutralité — imposa le recours obligatoire à la médiation tout en permettant le recours facultatif à l'arbitrage en cas de dissentiment sérieux — et déclara libre de toute entrave la navigation sur le Congo, ses affluents, les lacs et les canaux qui en dépendent et sur lesquels seuls des droits compensateurs sans péage pouvaient être établis.

A la suite de la mémorable croisade du cardinal Lavigerie, le Roi fit un suprême appel aux nations pour

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prendre de concert des mesures destinées à porter le coup de grâce à la traite. Une Conférence se réunit à Bruxelles en 1889.

L'Acte de Bruxelles, qui résulta de ses travaux indique les moyens propres à combattre la traite, réglemente entre le 20^ parallèle nord et le 22^ parallèle sud, le trafic des armes et des spiritueux et permet l'établissement de droits d'entrée.

Nous aurons l'occasion de voir dans les pages qui suivent que tous les engagements pris aux conférences de Berlin et de Bruxelles, par l'Etat du Congo, ont été scrupuleusement tenus malgré des entraves sans nombre et au milieu des difficultés les plus inextricables.

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