‹ L'œuvre civilisatrice au Congo belgeChapitre 16 sur 37 · LES PREMIÈRES EXPLORATIONS · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES EXPLORATIONS

Au moment où Stanley effectuait la première descente du fleuve, un autre explorateur célèbre, le docteur Juncker se rendait dans la région du Haut-Nil et parcourait jusqu'en 1878 les territoires arrosés par le Nil bleu et ses affluents. En 1880, au cours d'un nouveau voyage, il découvrait les sources de l'Uele et la Nepoko et rayonnait dans la région de l'Uele jusqu'en 1883 après être entré en relations avec les Azande, les Mangbetu et les Abarambo.

C'est en 1877 que l'Association internationale africaine envoyait en Afrique la première expédition.

Expédition Crespel-Cambier. Le commandement de la première expédition fut confié au capitaine Crespel (2^ de ligne) ; il était accompagné du lieutenant Cambier (8^ de ligne), de M"^ Maes, docteur en sciences naturelles

et du capitaine autrichien Marno, (ce dernier suivant l'expédition en amateur). Le 12 décembre 1877 l'expédition arrivait à Zanzibar et ne tardait pas à perdre coup sur coup deux de ses membres : le docteur Maes, mort le 14 janvier 1878 et son chef, le capitaine Crespel, emporté par la fièvre le 25 du même mois. De nouveaux adjoints sont envoyés bientôt au lieutenant Gambier qui succède à Crespel : le lieutenant Wauthier (des carabiniers) et le docteur Dutrieux, ancien médecin militaire. L'organisation de la caravane ne fut terminée que le 26 juin ; en raison de la maladie de Cambier et de Dutrieux, Wauthier fut chargé de conduire l'avantgarde, mais dès le 12 juillet il fut rejoint par ses deux compagnons.

Il est fort difficile de se faire une idée exacte des difficultés sans nombre que doit vaincre le chef d'une pareille expédition : la maladie, le climat, la désertion des porteurs, la mauvaise volonté des indigènes, sont autant de facteurs qui impressionnent défavorablement le moral de tout homme dont le caractère n'est pas sérieusement trempé.

Malgré les difficultés rencontrées, Cambier marche de l'avant et atteint Mpwapwa le 8 août ; le 18 septembre il pénètre dans le Royaume de Mirambo. Le 19 décembre nouvelle perte : le lieutenant Wauthier meurt de dysenterie. Jusqu'au 7 mai 1879, Cambier séjourne à Tabora, puis il se remet en route seul, le docteur Dutrieux ayant renoncé à le suivre, et parvient enfin au village de Karema où le 17 septembre il fondait la station du même nom.

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Expédition Popelin. — La 2*^ expédition, placée sous les ordres du capitaine Popelin, était composée du docteur Van den Heuvel et du lieutenant Dutalis.

A peine débarqué (mai 1879) ce dernier, malade, est obligé de reprendre le chemin de l'Europe. M. Carter, consul anglais à Bagdad, entreprend un essai d'acclimatement de l'éléphant asiatique dans le but d'assurer le transport des charges, mais les résultats sont nettement défavorables. Le 9 décembre Popelin rejoint Cambier à Karema après avoir confié à Van den Heuvel le soin de fonder un poste à Tabora.

Expédition Burdo-Roger et Cadenhead. — • Les deux premiers avaient ordre de rejoindre Cambier, tandis que Cadenhead était adjoint à Carter pour le seconder dans ses essais.

Le 7 avril les membres de l'expédition, abandonnés par leurs porteurs, arrivent à Tabora où Van den Heuvel fournit le nécessaire pour leur permettre de continuer vers Karema.

En présence de l'échec de leur mission. Carter et Cadenhead repartent pour Zanzibar le 13 juin 1880 accompagnés de 150 hommes. Une malheureuse coïncidence faisait arriver la caravane au village de Pimbwe précisément au moment où le sultan dont il dépendait se voyait attaquer par les Rouga-rouga de Mirambo.

Le village emporté, ces derniers se tournèrent contre la caravane et dès le début de l'action la mort de Cadenhead provoqua la panique parmi ses Zanzibarites. Carter livré à lui-même cherche à fuir, mais une balle lui brise les reins : dix-sept fois il recharge son Win-

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chester et à chaque coup un Rouga-rouga mord la pousière ; son arme déchargée, il continue sa résistance désespérée le revolver au poing jusqu'au moment où une balle mieux ajustée l'étend raide.

Dans le courant de l'année 1882, Popelin et Roger se rendirent par eau à Ujiji et de là à Albertville avec l'intention de se rendre à Nyangwe : malheureusement Popelin mourut en route le 24 mai 1882 et Roger retourna à Zanzibar.

Expédition Ramaeckers. — Le capitaine Ramaeckers (du génie) était accompagné des lieutenants Becker (ô^d'artillerie) et de Leu (2'^d'artillerie) et de M. Demeuse, mais ce dernier ne tarda pas à abandonner l'expédition.

Le 31 août 1880 le capitaine prenait connaissance du contenu d'un courrier envoyé par Cambier à Bruxelles et qui annonçait la mort de Carter et de Cadenhead en même temps qu'il exposait sa situation critique à Karema ; Ramaeckers décide de brûler les étapes et dès le 5 octobre il est rejoint par Popelin et Roger venus à sa rencontre. A Tabora, le lieutenant de Leu succombe aux atteintes du typhus.

Enfin, le 14 décembre, le chef d'expédition avait l'occasion d'apprécier l'œuvre accomplie par Cambier à Karema. Tous ses efforts se portèrent dès lors sur l'amélioration de cette station ; malheureusement, le 25 février 1882, Ramaeckers rendait le dernier soupir : la fièvre et la dysenterie avaient eu raison de sa robuste constitution.

Expédition Stopms. — Le lieutenant Storms ayant comme adjoint le lieutenant Constant, reçut mission de

relever Ramaeckers à Karema et de fonder une nouvelle station à la rive ouest du Tanganika.

Apprenant à Zanzibar la mort de Ramaeckers, Storms, parti le 9 juin 1882 de la côte, parvint à Karema le 27 septembre après avoir repoussé plusieurs attaques de Rouga-rouga. Le lieutenant Constant, malade, était rentré en Europe.

A Karema Storms trouva Becker qui avait continué l'œuvre de Ramaeckers; ils entreprirent de concert une opération militaire contre le sultan de Karema qui fut obligé de faire sa soumission.

Le 17 novembre, Becker reprenait le chemin de la Belgique. Storms dirige dès lors ses efiforts vers l'accomplissement de la seconde partie de sa mission et procède le 25 juin à la fondation du poste de Pala où il séjourne pendant deux ans.

Expédition Becker. — Cette expédition quittait Bruxelles le 19 octobre 1884. Outre le chef, lieutenant au 5^ d'artillerie, elle était composée du lieutenant Durutte des carabiniers, des sous-lieutenants Dubois, du 2* guides et Dhanis du 8^ de ligne et de M. Molleur, ancien sous-officier français des tirailleurs sénégalais.

Le but de l'expédition : relier les stations du Tanganika à celles du Congo ; mais la famine, la difficulté de recruter des porteurs et l'hostilité du sultan de Zanzibar ne permirent pas au chef de réaliser son programme ; la maladie l'obligea d'ailleurs bientôt à remettre le commandement au lieutenant Durutte. Un ordre venu de Bruxelles rappela la mission qui rentra en faisant le tour de l'Afrique par le Cap.

Troisième expédition de Stanley, 1879-81. — Nous avons vu que Stanley, arrivé à Léopoldville, avait lancé son premier vapeur sur le haut fleuve. Il avait été rejoint à Isangila par trois officiers belges, les lieutenants Braconnier (cavalerie) Valcke (génie) et Harou (infanterie) et par un ingénieur, Monsieur Nève. Il avait ensuite fondé trois stations à la tête desquelles il avait placé les trois officiers : Valcke à Isangila, Harou à Manianga et Braconnier à Léopoldville. Le 26 avril Stanley mouillait à Msuata où il laissait le sous-lieutenant Janssen, puis il explorait le Kasai, remontait son affluent, la Fini et découvrait le lac Léopold II. Quelque forte que fut sa constitution, il dut cependant se résigner à rentrer en Europe pour se rétablir.

Expédition Hanssens, 1882-83. — Le capitaine Hanssens accompagné du lieutenant Nilis (infanterie) et des sous-lieutenants Grang (infanterie) et Joseph Van de Velde (artillerie) avait quitté la Belgique en janvier 1882 : il allait renforcer le personnel de Stanley.

L'expédition joue de malheur au début : Van de Velde est enlevé par une fièvre bilieuse et Hanssens lui-même se voit contraint d'aller se refaire la santé à la Côte.

En remontant, ce dernier rencontre à Vivi, Stanley qui, malade lui-même, lui remet la direction de son personnel.

Arrivé à Léo en septembre 1882, le chef d'expédition fonde successivement Bolobo qu'il place sous le commandement du lieutenant Orban, et Kwamouth.

Sa politique habile procure bientôt à l'Etat de nombreux traités avec les chefs de la rive gauche.

Apprenant le retour de Stanley, Hanssens vient à Manianga lui rendre compte de sa mission, puis explore le Niadi supérieur.

Expédition Grantt Elliot, 1883. — Vers la même époque une expédition fut confiée au capitaine anglais Grantt Elliot auquel on avait adjoint entre autres : le lieutenant Liévin Van de Velde, M. Destrain, ancien officier belge, Légat, sous-officier du génie et M. Lehrman.

La mission d'Elliot était bien définie : occuper le bassin du Kwilu-Niadi et y rattacher par une chaîne de stations les postes de Vivi et de Manianga. Dans la pensée du Roi, un chemin permetlant d'atteindre plus facilement le Stanley Pool pouvait être découvert de ce côté, et au pis-aller l'acquisition de ces territoires permettrait plus tard, en cas de contestations, des échanges avantageux.

Remarquons en passant que Peschuel-Lœsche, docteur allemand, avait déjà été chargé de mener à bien la même mission, mais s'était immobilisé sans motif à Vivi.

Elliot quittant Isangila le 23 janvier 1883, part par la voie de terre, rejoint le Kwilu-Niadi, fonde la station de Stéphanieville où il laisse Destrain, puis plus loin celle de Franktown dont il confie la garde au sergent Légat et rencontre enfin à Kitabi Liévin Van de Velde à qui Stanley avait donné l'ordre de remonter le Kwilu.

Le chef d'expédition s'occupe alors d'unir entre elles les différentes stations fondées : Mikie fut chargé de la communication entre Grantville et Boma et Destrain eut à relier Stéphanieville à Isangila pendant que Légat explorait deux affluents du Kwilu.

Grantt Elliot se chargea ensuite de l'administration de rimmense région qu'il avait explorée dans tous les sens, en moins de 6 mois, avec le concours de 8 officiers dont la moitié étaient des Belges auxquels revient la part la plus importante de la besogne accomplie.

Quatrième expédition de Stanley, 1883-84. — A peine revenu en Afrique, Stanley charge le lieutenant Valcke d'établir une station à Sabuka et se rend à Léo. Le 9 mai 1883 il s'embarque vers le haut Congo, accompagné du lieutenant Van Gèle, qui avait fondé la station de Lutete en amont de Manianga, du lieutenant Coquilhat et de M. Roger, Il laisse les deux premiers à Equateurville pour y élever une station, puis après avoir poussé jusqu'à la Lulonga il reprend le chemin du retour, s'engage dans le canal d'Irebu et reconnaît le lac Tumba. Dès le 24 août il quitte à nouveau Léopoldville, installe le lieutenant Pagels à Kwamouth et l'Anglais Glave à Lukolela. Le 29 septembre, il est en mesure de se rendre compte de l'activité déployée par les lieutenants Van Gèle et Coquilhat à Equateurville, où il trouve une station parfaitement aménagée. Cette fois il s'avance plus loin qu'à son voyage précédent et parvient à nouer des relations amicales avec les Bangala puis avec les Basoko sur lesquels ses steamers lancés à toute vapeur produisent un effet moral considérable.

En remontant l'Aruwimi, il rencontre une forte bande d'Arabes qui lui réservent un accueil empressé que son infériorité numérique par trop marquée l'oblige à accepter la mort dans l'âme.

Stanley fonde encore la station des Falls où il laisse

l'Anglais Bennie et en repassant à Bolobo il confie la direction de cette station au lieutenant Liebrechts (de l'artillerie) qui ne tarde pas à lui donner un cachet tout personnel.

Puis, remettant une seconde fois le commandement au capitaine Hanssens, il rentre en Europe.

Expédition Hanssens, 1884. — Le 24 mars 1884, Hanssens reprend le chemin du Haut-Congo accompagné de six Européens. Arrivé à l'Equateur il charge Coquilhat d'édifier une station chez les Bangala. Puis, accompagné de Van Gèle, Courtois, Guérin et Amelet, il explore sur r« En avant », une partie de l'Ubangi. Il se rend ensuite dans la Mongala, l'Itimbiri, fonde le poste d'Aruwimi et remplace aux Falls Bennie par le lieutenant suédois Wester qui céda en 1886 le commandement à Deane que nous y retrouverons plus loin.

Rentré malade à Léo il est remplacé par Van Gèle ; cependant avant de quitter la terre d'Afrique un invincible désir le poussa à revoir les Falls ; cette décision lui fut fatale : le 24 décembre 1884 une fièvre bilieuse emportait ce vaillant pionnier de la première heure.

Pendant que Stanley et ses adjoints menaient à bonne fin leur laborieuse mission, d'autres explorateurs poussaient des reconnaissances dans des régions inconnues.

C'est ainsi que dans le courant de l'année 1880 Thomson avait exploré la Lukuga et von Mechow le moyen Kwango.

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En 1881-82 von Wlssmann et Pogge poussent jusque Nyangwe après avoir parcouru le bassin du haut Kasai.

De 1882 à 1884, Junker effectue un nouveau voyage au cours duquel il étudie le bassin de TUele et celui de l'Aruwimi.

Giraud avait de 1883 à 1884 reconnu le lac Bangwelo, une partie du Luapula, les lacs Moero et Tanganika.

A la même époque, deux officiers allemands, Bôhm et Reichard, parcouraient le Katanga.

En 1884, le Roi, désireux de faire procéder à une exploration méthodique du bassin supérieur du Kasai, fit appel au concours du lieutenant von Wissmann qui venait de se signaler par sa traversée de l'Afrique. A peine débarqué à Malange, dans l'Angola, celui-ci s'enfonce dans l'intérieur et fonde la station de Luluabourg. Puis il descend le cours de la Lulua et du Kasai, découvre l'embouchure du Sankuru et celle du Kwango. Une des plus belles récompenses qui puisse échoir à un explorateur l'attendait un peu plus loin, lorsqu'en passant devant les eaux noires de la Fini, il avait la satisfaction de constater qu'il avait relié son itinéraire à celui de Stanley et découvert une belle voie de pénétration vers la partie sud-ouest de notre colonie.

Pendant les années 1884 et 1885, le missionnaire anglais Georges Grenfell explore à bord du « Peace » des rivières dont on ne connaissait à cette époque que l'embouchure ou peu s'en fallait : l'Ikelemba, la Mongala, le Rubi, le Lomami et l'Ubangi jusqu'à la passe de Zongo. Accompagné du lieutenant allemand Von François, il remonte le Ruki, la Tshuapa et la Lulonga et

en 18cS6 il s'engage dans le Kwango avec le docteur Mense.

Dans rentretenips Kund et Tappenbeck, partis de Léopoldville, exploraient l'entre Kwango et Kasai, puis, franchissant ce dernier, poussaient jusqu'à la Lukenie.

Une intéressante traversée de l'Afrique est tentée à la même époque par deux officiers portugais : Capello et Ivens qui parcourent tout le Katanga pour se rabattre ensuite sur le Moero et le Zambèze.

En 1886 le docteur WolfF étudie les cours du Sankuru et du Lubefu ; le lieutenant suédois Gleerup, se joignant à une caravane d'ivoire de Tippo-Tip, remonte le Lualaba et traverse le Maniema ; le docteur Oscar Lenz parcourt le continent de Banana à Quilimane ; le capitaine Bouvier relève le cours du Congo jusqu'au confluent de rUbangi ; Hakansson et von Schwerin reconnaissent l'Inkisi.

Parmi les Belges, le capitaine Van Gèle accompagné du lieutenant Liénart, remonte une partie de l'Ubangi et le lieutenant Baert étudie la Mongala ; le capitaine de MacaP et le lieutenant Paul Le Marinel sont chargés de continuer l'œuvre de von Wissmann ; celui-ci accompagné de de Macar, explore la partie sud-est de l'Etat, puis, le laissant procéder à l'installation de la station de Luluabourg, il se met en route avec Le Marinel pour Nyangwe.

Dans le courant de la même année, Van Kerckhoven, qui avait remplacé Coquilhat chez les Bangala, eut à repousser une sérieuse attaque des indigènes et parvint à envoyer à Boma les premiers soldats de la Force publique originaires du territoire de l'Etat.

Si, au début, la reconnaissance du pays fut, en majeure partie, l'œuvre d'une pléiade d'explorateurs étrangers, à partir de 1887, au contraire, ce furent plutôt les officiers et agents belges qui dirigèrent les explorations congolaises.

En 1887, après avoir étudié le Lopori et le Rubi, Van Gèle parvient à franchir la passe de Zongo, mais il doit bientôt se résigner à redescendre l'Ubangi en présence de l'hostilité farouche des Yakoma ; Stanley envoyé au secours d'Emin pacha, remonte le Congo et l'Aruwimi, dépassant cette fois Yambuya.pour atteindre le lac Albert après avoir suivi la vallée de cette rivière.

Monsieur Dupont, envoj^é en mission scientifique, étudie la région des chutes et pousse jusque Kwamouth.

La Compagnie du Congo pour le commerce et l'industrie envoie en Afrique une première expédition : le capitaine Cambier se livre à un examen approfondi de la région des Cataractes et le capitaine Thys, après avoir parcouru le Bas-Congo, visite le fleuve jusque Bangala, le Kasai et la Lulua jusque Luebo ; enfin le commandant Jungers lève la carte du Bas-Congo.

L'année 1888 ne le cède en rien à la précédente au point de vue de l'importance des explorations :

Van Gèle accompagné des lieutenants Georges Le Marinel et Hanolet, résoud définitivement la question de la réunion des rivières Ubangi et Uele ; Alexandre Delconnmune, chargé par la Compagnie du Congo pour le commerce et l'industrie de mener à bien la deuxième expédition, explore le fleuve jusqu'aux Fails, le Kasai, la Fini, le lac Léopold II, le Sankuru et le Lubefu; puis.

accompagné du lieutenant Haneuse, il remonte le Lomami jusque Bena Kamba et termine en 1889 sa tournée par la reconnaissance de l'Aruwimi, de la Busira Tshuapa, de l'Irebu, du lac Tumba et en fin de compte du Kwango et de son affluent la Djuma.

Dans le courant de cette dernière année, Stanley rejoint Emin Pacha puis rentre à Zanzibar non sans avoir reconnu la Semliki, le Ruenzori et le lac Albert- Edouard ; Hodister remonte la Mongala et ses affluents; Bodson s'engage dans la Tshopo, affluent de droite du Congo ; le capitaine Roget explore le bassin de l'Uele ; Dhanis navigue sur le Kwango et la Wamba ; enfin Sharpe el Thomson entreprennent la reconnaissance de la région qui entoure les lacs Bangwelo et Moero. L'exploration des bassins du Kwango et de l'Inkisi commencée la même année par le capitaine Van de Velde (artillerie) accompagné des lieutenanlh Liénart et Lehrmann, est continuée jusqu'en mars 1890.

L'année 1890 voit se produire le remarquable voyage d'études entrepris par Delporte, capitaine du génie, et continué par le lieutenant Gillis ; à la même époque Baert explore la Maringa et le Lopori.

En somme, jusqu'à présent, les efforts se sont portés, presqu'exclusivement sur la région centrale ; à partir de 1891, les explorateurs, presque tous belges, auront une tendance marquée à se porter vers la périphérie. Comme d'autre part l'étude des différentes régions est conduite avec plus d'esprit de suite, nous la présenterons, à partir d'ici, non plus dans l'ordre chronologique absolu, mais par région.

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EXPLORATION DU KATANGA ET DU MANIEMA.

Dans les environs de l'année 1890 une grande partie du fleuve et de ses affluents avait été reconnue, mais un coin important du territoire : le Katanga, n'avait fait l'objet d'aucune exploration méthodique, bien que des voyageurs isolés en eussent signalé les richesses ; parmi ceux-ci, il convient de retenir les noms de Cameron, Arnold, Capello et Ivens.

Sur les quatre expéditions qui dirigèrent leurs investigations de ce côté, il y en eut trois qui revêtirent un caractère nettement commercial. La quatrième dirigée par Le Marinel avait surtout un but politique : obtenir la soumission de Msiri qui devait donner à l'Etat un vaste territoire faisant depuis longtemps l'objet de convoitises étrangères ; établir ensuite une série de postes dans le sud du Katanga pour empêcher des explorateurs anglais d'y planter le drapeau de leur nation.

Toute la région du sud-est de l'Etat était en effet placée à cette époque sous la dépendance absolue du roi Msiri qui avait établi sa résidence à Bunkeia, localité que nous verrons choisir par la plupart des expéditions comme premier objectif à atteindre.

Expédition Paul Le Marinel. — Le 23 décembre 1890, Le Marinel accompagné du lieutenant Descamps et de M" Légat et Verdickt, prend l'initiative de quitter Lusambo avec 180 soldats pour se rendre chez le sultan Msiri.

L'expédition traverse Ile Sankuru, suit la rive droite du Lubi sur environ 165 kilomètres, traverse une

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seconde fois le Sankuru pour se diriger vers le Lomami ; prenant ensuite la direction du iud, elle traverse le district de Samba d'où elle pique vers l'est, franchissant le Lubudi et le Lualaba pour aboutir à Bunkeia le 18 avril 1891.

La diplomatie de Le Marinel ne put avoir raison de l'entêtement de Msiri, mais bien que ce dernier refusât de reconnaître le drapeau de l'Etat, il consentit cependant à remettre au chef d'expédition une lettre par laquelle il acceptait de faire sa soumission, en formulant toutefois de nombreuses réserves.

D'autres tentatives du même genre avaient déjà échoué, notamment celle de l'Anglais Sharpe.

Le Marinel séjourna pendant sept semaines dans la région de Bunkeia qu'il parcourut dans tous les sens puis, avant de reprendre le chemin du retour, il fonda le poste de Lofoi dont il confia le commandement à Légat ; le 11 août, il était rentré à Lusambo.

Expédition Delcommune. — A la même époque l'expédition Delcommune, comprenant le lieutenant suédois Hakansson, le docteur Briart, l'ingénieur Diderrich et le sergent Cassart, venait de quitter l'Europe. Nous la retrouvons à Bena-Kamba en janvier 1891 : elle avait suivi le fleuve et le Lomami.

A partir de là, prenant la direction du sud, elle marche sur Gandu et Lupungu (8 juin). Elle traverse ensuite le Lomami d'où elle pique droit sur le lac Kisale où une première épreuve l'attendait : le lieutenant Hakansson qui commandait l'avant-garde, y est massacré avec 1-4 soldats de l'escorte. Le lac contourné.

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l'expédition pénétra dans les monts Kibala, sensiblement parallèles à la Lufira, pour atteindre Bunkeia le 6 octobre.

Quelques jours de repos remettent le personnel de ses fatigues.

La marche de Bunkeia vers Tenke fournit à l'expédition l'occasion de montrer de quelle dose d'énergie étaient doués tous ses membres. « Nous mîmes sept jours pour parcourir cette distance », écrit Delcommune, <( et pendant ces sept jours nous ne vîmes aucun village, aucune culture, aucun gibier ! Notre nourriture se composa exclusivement de champignons et de quelques fruits des bois. L'expédition souffrit dans cette terrible marche tout ce qu'une caravane peut souffrir... Oa mangea le dernier àne... Ce fut une goutte d'eau dans la mer ! Porteurs et soldats tombèrent les uns après les autres pour ne plus se relever. Ce fut une véritable marche funèbre, et le sentier de malheur fut

jalonné par les cadavres de nos fidèles serviteurs

La famine, contre ce terrible fléau il n'y a pas d'énergie qui tienne ; il faut courber l'échiné et laisser mourir son monde. C'est terrible, plus terrible que jamais j'aurais pu me l'imaginer, moi qui, cependant, ai le cœur cuirassé contre les émotions.

Quelle différence de voir tomber ces hommes au combat, lorsque la fusillade excite l'ardeur de chacun... ; un regret sur ceux qui ne sont plus, sur les braves tombés au champ d'honneur... et l'on passe. Mais les voir s'affaisser sur les bords du sentier, les yeux hagards, rentrant leur ventre déprimé et disant : « Maître, j'ai faim et je vais mourir ! »

Et lorsque cette scène se répète cinq, dix, quinze fois par jour, il faut avoir un triple airain sur le cœur pour ne pas être torturé de pitié à la vue de ces pauvres diables qui vous ont suivi fidèlement, qui ont partagé vos souffrances et vos dangers, qui tombent et que l'on ne peut cependant pas secourir.

Pour sauver les uns, être obligé d'abandonner les autres à leur triste sort. Etre forcé de les laisser là, en proie aux plus épouvantables tortures jusqu'à ce que la mort, bienfaisante cette fois, ait accompli son œuvre... N'y a-t-il pas de quoi maudire le sort? » Ce récit éloquent se passe de commentaires.

A Musima, sur le Lualaba, la situation ne fut guère plus favorable ; de plus, il fallut construire 27 canots et un grand boat. Après sept semaines de navigation sur le fleuve au milieu de difficultés énormes causées par la présence de cataractes et de rapides, l'expédition se vit arrêter par les chutes de Nzilo. La famine, soumettant à une nouvelle épreuve l'endurance des compagnons de Delcommune, obligea ce dernier à rentrer à Bunkeia.

Longeant ensuite les Kundelungu, le chef d'expédition se porta vers le Tanganika, passa la Luvua près du lac Moero et atteignit Mrumbi après avoir traversé le Marungu. Il y apprit de la bouche du Capitaine Joubert la situation critique de Jacques et nous verrons plus loin comment il vola à son secours pour retourner ensuite à Pala.

Le 6 octobre 1892, Delcommune entreprenait l'exploration de la Lukuga, puis remontait le Lualaba jusqu'au

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Les explorations du Katang^a.

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confluent de la Luvua, mais ses hommes refusant de le suivre plus loin, il se voyait forcé de rejoindre l'embouchure de la Lukuga, d'où il se dirigeait par terre vers l'ouest, remontant la rive gauche de la Lukasi jusque Gongo Lutete.

Le 7 janvier 1893, Delcommune était de retour à Lusambo.

Expédition Stairs. — Le capitaine anglais Stairs, qui avait accompagné Stanley dans sa deuxième traversée de l'Afrique, fut placé à la tête d'une expédition qui devait atteindre le Katanga par l'est. Il était accompagné du lieutenant Bodson, du marquis de Bonchamps (français) et du docteur Moleney.

Le 4 juillet, l'expédition quittait Zanzibar et se dirigeait vers Karema. Ce point atteint, elle traversait le Tanganika et, partant de Pala le 30 octobre 1891, elle franchissait la Luvua pour atteindre Bunkeia le 14 décembre.

Stairs trouva le pays dans une situation lamentable : les révoltes succédaient aux révoltes provoquées par les exactions du cruel Msiri qui ne cachait pas ses sentiments hostiles à l'égard des blancs. Si l'accueil qu'il réserva à Stairs fut empreint de cordialité, il ne faut en chercher la raison que dans l'espoir qu'il nourrissait de se servir de son aide pour chasser les blancs de l'Etat.

On ne tarda pas à en avoir la preuve : lorsque Msiri connut les véritables intentions de Stairs, un revirement subit se produisit dans ses agissements et il fallut bientôt lui dépêcher Bodson et le marquis avec mission de s'emparer de sa personne coûte que coûte.

Cette détermination de Stairs devait malheureusement amener la mort d'un des membres de son expédition et priver l'armée belge d'un officier de valeur .

Le marquis de Bonchamps relate en ces termes la mort de l'héroïque lieutenant :

« Bodson, entré dans le village, avait été conduit avec son escorte sur la place centrale. Là se trouvait Msiri assis devant son habitation et entouré d'environ trois cents de ses fidèles, presque tous armés de fusils. Le lieutenant, mis en présence du chef, l'avait prié de le suivre, lui disant qu'il le conduirait à notre camp, devant notre chef, et ajoutant qu'il ne lui serait fait aucun mal.

A ce moment Msiri se serait levé, faisant avec son sabre un geste menaçant. Bodson, se voyant menacé, tira sur Msiri quatre coups de revolver. Msiri tomba, achevé par deux balles du nyampara. Au même instant, mon pauvre ami est frappé lui-même d'une balle tirée par un des chefs entourant Msiri. Il tombe à son tour, et

la bagarre éclate Bodson, » continue le capitaine

Stairs dans son rapport, « placé dans un hamac, fut ramené au camp par le docteur Moleney et le marquis de Bonchamps.

Il souffrait énormément. En me voyant, il me dit : — Je vais mourir, mais vous direz à mes compatriotes que je ne suis pas mort en vain. Remerciez Dieu I... Car j'ai délivré ce beau pays d'Afrique de l'un de ses plus détestables tyrans.

A 8 heures du soir, il mourut en héros. »

La mort de Msiri fut accueillie avec joie par les chefs des environs qui vinrent faire leur soumission à Stairs ;

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elle mit fin à l'état de troubles qui régnait en permanence dans la région et provoqua la mise en liberté d'un grand nombre d'esclaves dont les mutilations rappelaient les cruelles fantaisies du potentat disparu.

Stairs fit construire un fort près de Bunkeia et s'empressa de reprendre le chemin du retour dès qu'il fut rejoint par l'expédition Bia : tous ses compagnons de voyage étaient, en effet, tombés malades à la suite de la famine qui régnait dans cette triste région.

Piquant vers le nord-est, il franchit la Luvua à peu de distance du Moero puis de là se dirigea vers le sud du Tanganika et vers le lac Nyasa.

Après avoir traversé ce dernier, il suivit la vallée du Zambèze, mais arrivé en vue de l'océan indien, il succomba le 8 juin à une attaque d'hématurie.

La mort de Stairs fut une grande perte pour l'Etat du Congo : c'était un homme d'une énergie sans pareille, ne connaissant ni les défaillances morales ni l'épuisement physique ; un chef réalisant l'idéal de la main de fer dans un gant de velours et enfin, ce qui à cette époque faisait de lui un collaborateur précieux, ayant acquis aux cotés de Stanley cette expérience des choses d'Afrique sans laquelle les plus grandes qualités ne peuvent s'affirmer entièrement qu'après un long apprentissage.

L'expédition Stairs fut féconde en résultats dont le plus important, la mort de Msiri, est dû à un officier belge qui paya de sa vie l'acte par lequel il amena l'émancipation de cette belle contrée du Katanga pour laquelle s'ouvre un avenir qui dépassera très probablement les prévisions les plus optimistes.

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A ce titre le nom de Bodson mérite d'être inscrit en bonne place dans la liste de ceux qui servirent en Afrique l'œuvre civilisatrice.

Expédition Bia-Francqui. — L'expédition Bia avait quitté la Belgique le 18 mai 1891. Au mois de novembre, elle est réunie au complet à Lusambo : les lieutenants Francqui et Derscheid, le géologue Cornet, le docteur Amerlinck et l'adjudant Spelier en constituent le personnel blanc.

Bia quitte Lusambo le 9 novembre, en suivant la rive droite du Sankuru et du Luembe jusque vers 7° 15' de latitude sud, puis traverse la crête de partage des eaux des bassins du Kasai et du Lomami. Après avoir franchi cette dernière rivière, l'expédition se dirige vers le sudest, passe près du lac Kabele, traverse le Lualaba et arrive à Bunkeia le 30 janvier 1892 en pleine famine. De plus la situation politique laissait à désirer et il était urgent de l'éclaircir. C'est cette dernière tâche que se réserva Bia pendant que ses adjoints reconnaissaient les environs de Bunkeia et que le géologue Cornet étudiait au point de vue minier la région située au sud de cette localité.

On se fera une idée de ce qu'endura l'expédition pendant deux mois quand on saura que plus de 250 hommes moururent de faim ou de dysenterie; les blancs payèrent d'ailleurs aussi leur tribut à la maladie: lors de son exploration vers le Moero, Bia fut obligé de laisser à Bunkeia le géologue Cornet atteint d'hématurie, le docteur Amerlinck fortement anémié et le lieutenant Derscheid accablé par la dysenterie. La santé de Bia

n'était guère brillante non plus, et c'est en hamac qu'il exécuta la plus grande partie du trajet qui le conduisit au Moero.

L'expédition remonta ensuite le Luapula puis suivit la chaîne des Kundelungu vers le sud jusqu'à son extrémité ; marchant alors vers l'est elle traversa à deux reprises le Luapula pour atteindre le village de Kitambo-Mwenge au sud-est du lac Bangwelo (où est mort Livingstone). Elle prit ensuite le chemin du retour et arriva le 4 août à Tenke après avoir suivi pendant plusieurs jours la crête de partage des eaux du Congo et du Zambèze.

Les blancs restés malades à Bunkeia avaient rejoint l'expédition à cet endroit ; il n'en fut pas de même du malheureux Bia qui, après avoir enduré des souffrances qui firent de son exploration vers le Moero et le Bangwelo un véritable calvaire, succomba le 30 août, terrassé par la fièvre bilieuse hématurique.

En continuant son expédition alors qu'il lui était si simple de céder aux sollicitations de Francqui et de prendre du repos, Bia donna un bel exemple d'énergie : que l'on se représente bien que ce voyage a duré 4 mois, qu'ensuivant les Kundelungu, on eut à traverser journellement d'immenses marécages où les hommes avaient souvent de l'eau jusqu'aux aisselles et qu'au retour l'expédition marcha longtemps dans une région dépeuplée par une épidémie de variole.

On ne peut qu'admirer cet homme, esclave du devoir, qui eut considéré comme une déchéance d'abandonner prématurément son poste de chef d'expédition.

Le lieutenant Francqui conduisit d'abord sa colonne vers les sources du Lualaba pour en descendre le cours jusqu'au confluent du Lubudi ; ayant remonté cette dernière rivière jusque vers 9°40' de latitude sud, il se dirigea vers la crête de partage du Lubushi et du Luembe, puis après avoir traversé celui-ci, il rejoignit Lusambo par la rive droite du Sankuru.

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