L'OCCUPATION DES RÉGIONS DU NORD-EST
La mort héroïque de Gordon Pacha, tué en 1885, à Kartum, par les soldats du Mahdi, avait eu pour résultat d'exalter considérablement leur moral et d'augmenter leur audace.
Les bandes arabes ne tardèrent pas à multiplier leurs sanglantes incursions dans les territoires du nord du Congo.
Il y avait là un danger sérieux pour l'Etat indépendant : aussi dès 1888, le Roi décida-t-il la création d'un camp retranché à Basoko ; la fondation en fut confiée au capitaine d'Etat-major Roget : elle devait avoir pour résultat de couper court aux pointes hardies des Arabes, de s'attirer par le fait même le dévouement reconnaissant des populations environnantes et enfin de servir de point de départ à des expéditions vers l'Uele.
A partir de ce moment, nous allons assister à une série d'efforts ayant pour objet l'occupation effective du Haut-Uele, du Bahr-el-Gazal et de la région du Nil.
En 1889, le capitaine Van Gèle, accompagné du capitaine Georges Lemarinel, des lieutenants Hanolet et De Rechter, du sous-lieutenant Busine et de l'interprète Attard, se rendait pour la troisième fois dans l'Ubangi ;
il y fondait les postes de Zongo, de Mokoange et de Banzyville et explorait TUele jusqu'à la chute de Monunga. Au point de vue politique, Van Gèle obtenait un résultat important par son entrée en relations avec le puissant sultan Bangasso. Plus tard, désirant assurer la jonction des postes de Yakoma, sur l'Ubangi, et de Djabir, sur l'Uele, il remontait le Bomu jusque Bangasso, puis se dirigeait par la voie de terre vers Djabir où séjournaient les lieutenants Milz et Dejaiffe, envoyés du capitaine Roget.
Le capitaine Le Mahnel, succédant à Van Gèle, explora avec une grande activité le Koto et le bassin du Bomu, puis se rendit chez le sultan Rafai, accompagné du lieutenant de la Kéthulle ; le pays des Sakara fut parcouru par lui dans tous les sens et le Bali, affluent du Bomu, fut reconnu jusqu'au village de Bokuma.
Le capitaine Roget avait reçu mission de créer sur l'Aruwimi une barrière destinée à arrêter les incursions arabes, mais en présence de la force des bandes qui occupaient cette région, le Gouverneur général lui prescrivit de suivre une ligne de conduite plus prudente. Le sous-officier Duvivier, chargé de fonder un poste avancé, l'établit à Ibembo ; le capitaine se mit bientôt en route lui-même : après avoir dépassé cette localité, il suivit la vallée de la Tinda ; à Likatu, sur la Likati, il fut reçu par le chef Engwetra, qui mit tout en œuvre pour l'empêcher d'aller plus loin et alla même jusqu'à lui refuser des porteurs. Mais il connaissait mal le caractère du capitaine Roget, qui fit porter les charges par ses soldats et parvint vers la mi-février 1890, à Djabir, où il fonda une station.
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Au mois de mai de la même année, il poussa une exploration au nord de l'Uele, traversa le Gango et le Dapa, mais dut rebrousser chemin à cause des contingents mercenaires qui l'accompagnaient, et dont le terme de service allait expirer. A peine rentré à Djabir, et quoique venant de subir une violente attaque d'hématurie, Roget voulut pousser vers l'ouest dans le but d'opérer sa jonction avec Van Gèle, mais il ne réussit pas à mettre son projet à exécution ; d'ailleurs, des bruits alarmants venant d'Ibembo et de Basoko, le forcèrent à reprendre le chemin du retour ; malheureusement, dès sa rentrée à ce dernier poste, de nouvelles attaques d'hématurie exigeaient impérieusement son retour à la côte.
Expédition Van Kerckhoven. — Le capitaine Van Kerckhoven, qui pendant deux termes de service avait eu l'occasion de mettre en évidence ses brillantes qualités, fut mis à la tête d'une expédition ayant comme objectif l'occupation effective de la région du nord-est de l'Etat et l'exploration de ses limites extrêmes de ce côté.
Elle comportait au départ quatorze officiers et sousofficiers, deux médecins, deux commis, deux armuriers, trois interprètes et cinq cents soldats noirs, mais elle subit dans la suite d'importantes mutations de personnel.
L'avant-garde, placée sous le commandement du capitaine Ponthiep, était composée des lieutenants Blocteur, Jacquet, Van Montfort et Van Cauberghe. Elle prit les devants et après avoir dû, en l'absence de bateaux, suivre la rive gauche du fleuve, elle arriva le 20 mars
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1891, à la station de Buinba que commandait alors le lieutenant Verbrugge. De là, d'où elle s'enfonça dans l'inconnu, accompagnée de ce dernier jusque Yamikele, mais elle eut à soutenir plusieurs attaques de la part des indigènes et se vit bientôt obligée de rebrousser chemin après avoir perdu le sergent Bucquoy et cinquante-et-un soldats.
A peine rentré à Bumba, Ponthier se dirigea vers Djabir par Ibembo, puis, remontant l'Uele, il fonda le poste de Bima et atteignit le Bomokandi, mais au confluent de cette rivière avec l'Uele, une forte bande arabe lui barrant le chemin, il ne put pousser de l'avant que lorsque Daenen eut renforcé la troupe dont il disposait.
Le combat du Bomokandi livré le 27 octobre 1891, fournit à ces deux officiers l'occasion de mettre les Arabes en déroute.
Pendant ce temps le chef d'expédition s'était rendu aux Stanley-Falls pour y exposer à Rachid quel était le but de son entreprise. Il avait ensuite remonté l'Itimbiri jusqu'Ibembo où l'avait précédé le capitaine Daenen. De celte localité Van Kerckhoven avait envoyé le lieutenant Milz chez le sultan Semio établi sur le Bomu.
Le lieutenant de la KéthuUe fut détaché chez le sultan Rafai : il y remplit avec un succès marqué sa délicate mission et fut remplacé par Hecq ; quant au lieutenant Foulon, c'est chez Sasa, sultan de l'Uele, qu'il reçut ordre de se rendre ; il y resta jusqu'en 1895 et Colmant fut désigné pour lui succéder.
Vers la fin de décembre, l'expédition renforcée de nouveaux agents, était concentrée au Bomokandi.
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Elle comprenait à ce moment comme officiers : Ponthier, Milz, Daenen, Gustin, de la Kéthulle, Foulon, Henrard ; comme sous-ofïîciers : Raynaud, Buzon, Lousberg, auxquels s'étaient joints le docteur Montangie et l'intendant Van de Vliet ; plusieurs membres de l'expédition étaient morts : Jacquet, Van Montfort et Blocteur.
Van Kerckhoven se décide alors à marcher de l'avant et fonde successivement les postes d'Amadis et de Mai Munza.
Milz, accompagné de Semio, est chargé de créer une station sur le Kibali et le 27 février 1892 il se porte avec Van de Vliet vers l'ancienne zériba Hanash qui prendra dès lors le nom de Surango.
Continuant sa progression vers l'est, Van Kerckhoven fonde encore les postes de Niangara, de Dungu, de Bitima et de Lemhin.
Malheureusement un accident dû à la maladresse d'un boy, vint priver l'expédition de son chef dont la succession fut reprise par Milz. Celui-ci atteignit bientôt Wadelaï et s'installa quelques jours plus tard dans un vieux camp occupé par des Egyptiens, anciens compagnons d'Emin Pacha dont la situation précaire valut à l'Etat des offres de service que le lieutenant belge accepta ; mais ces troupes ne tardèrent pas à devenir embarrassantes et ne rendirent d'ailleurs jamais aucun service.
Piquant vers le nord-ouest, Milz assit l'autorité de l'Etat jusque Ganda, puis, après avoir installé les Egyptiens à Korobe, il poussa jusque Wando sur le Ye.
Son successeur, le capitaine Delanghe, laissa sur le Nil le capitaine Delbruyère avec Laplume, Niclot et l'interprète Suleyman, en le laissant seul juge de l'opportunité d'une retraite éventuelle.
L'occupation des réglions du nord-est.
A l'approche des Derviches, Delbruyère réunit les blancs en conseil de guerre et la retraite sur Mundu fut décidée; toutefois Suleyman consentit à rester sur le Nil avec les débris des anciennes troupes de Fahd el Moulah, mais il passa aux Derviches dès qu'ils eurent atteint Lado. En arrivant à proximité de Mundu, Delbruyère rencontra une colonne commandée par Delanghe ; l'action énergique de ces deux officiers, aidés
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du capitaine Bonvallet, débloqua la place qui était assiégée par les Derviches depuis plusieurs jours.
Malgré ce succès, Delanghe, estimant avec raison que ce poste était trop en l'air, se retira sur Dungu, dont le choix comme poste avancé était fort judicieux.
L'inspecteur d'Etat Baert arrêta alors un plan général qui consistait à s'organiser avant de reprendre la direction du Nil ; le capitaine Delanghe entra dans ses vues et dirigea lui-même pendant quelques mois la construction des fortifications de Dungu.
A la mort de Baert, Francqui prit le commandement des territoires du Haut-Uele et envoya Delanglie comme résident général chez Semio. Après avoir organisé ses postes de l'est, Francqui en confia la direction au commandant Christlaens, puis se rendit chez Semio où il reçut un courrier de Christiaens, lui annonçant que d'importantes troupes derviches, venues du Kartum, s'installaient à l'Egaru, à l'est de Dungu et menaçaient cette place ; de plus, ils étaient parvenus|à rallier à leur cause les sultans de l'est.
Francqui obtint de Semio un millier de soldats azande, qu'il emmena à marches forcées sur Dungu où il arriva le 15 décembre. La colonne, comprenant comme blancs, Christiaens, Swinfund, Wtervulghe, Laplume, Fremet, Niclot, et deux sous-lieutenants de la Force publique et comme noirs huit cents soldats et les auxiliaires de Semio, quitta Dungu le 18 et rencontrait dès le 23 décembre à l'Egaru, les Derviches que renforçaient plus de deux mille hommes du sultan Renzi. Battus avec des pertes sérieuses, les Derviches se retirèrent sur
Lado, mais les troupes de l'Etat avaient eu deux officiers blessés, deux cents hommes hors de combat et plusieurs chefs azande avaient été grièvement atteints.
Francqui rentra à Dungu et désigna le commandant Bovy pour remplacer Ghristiaens dans le commandement de la zone de l'est. Il prit ensuite une série de mesures pour préparer une nouvelle marche vers le Nil, notamment l'organisation de la zone Uere-Bomu et le recrutement d'un millier de Mobenge, de sorte que vers le mois d'août il disposait de quinze cents hommes bien exercés à Dungu, de deux cents à Niangara et de trois à quatre cents dans l'Uere-Bomu.
Une série de pointes hardies dans les régions du nord, avaient étendu de plus en plus dans cette direction l'influence de l'Etat : Donckier de Donceel avait atteint Lifi, sur un affluent du Bahr et Homr — l'expédition Nilis avec Gérard et Gonze, partie de Rafai en février 1894, avait suivi la vallée du Shinko, perdant à Sango le lieutenant Gonze ; elle s'était dirigée ensuite vers Katuaka sur l'Adda où fut construit un fort placé sous le commandement de Gérard — enfin dans le courant de la même année, le capitaine Hanolet, accompagné de Van Galster et de Stroobant, avait pénétré dans le bassin du Shari après avoir suivi le Bali et le haut- Koto, puis la route des caravanes arabes de Kuka, avait poussé jusqu'à El Kuti et fondé le camp de Bêle : il avait reçu mission de se mettre en rapport avec le chef des Senoussis et avec le sultan du Wadaï.
Trois années avaient suffi aux vaillants officiers belges
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pour agrandir d'une immense province les territoires déjà si considérables de l'Etat.
Hélas, tant de dévouement, tant d'abnégation eurent comme seul résultat d'augmenter le patrimoine de gloire récolté par les Belges en Afrique : la mort dans l'àme, les artisans de cette œuvre apprirent bientôt qu'un traité conclu avec la France (4 août 1894) imposait le Bomu comme frontière nord du Congo.
Par le traité du 12 mai 1894, la Grande-Bretagne avait cédé à bail à l'Etat indépendant le Bahr-el-Gazal.
11 s'agissait dès lors, pour assurer l'occupation effective de la zone concédée, de poursuivre les opérations commencées par Van Kerckhoven en détruisant définitivement la puissance derviche.
Cette mission fut dévolue à deux colonnes confiées, l'une au baron Dhanis, l'autre au commandant Clialtin.
Colonne Chaltin. — Deux ordres de préoccupations sollicitèrent tout d'abord l'attention du commandant Chaltin qui, à ce moment, était placé à la tête du district de rUele où il avait succédé à Francqui : se créer une bonne base d'opérations en mettant au point le service des transports et les services administratifs de son territoire et s'assurer la possession de l'outil indispensable, en formant une troupe bien exercée et bien disciplinée.
Mais avant toute chose, il fallait en finir une bonne fois avec les alliés des Derviches, les sultans Bili, Bima et Doruma.
Opérations contre Bili. — Le sultan Bili s'était rendu coupable de l'assassinat du capitaine Bonvallet, du ser-
gent Devos et de leur escorte ; une première expédition avait été dirigée contre lui en avril 1894, mais il n'y avait pas à se faire illusion au sujet de l'effet qu'elle avait pro- <iuit sur l'esprit du sultan.
Clialtin quitta Niangara le V mars 1896 à la tête d'une troupe forte de cinq cents hommes et commandée par cinq officiers: Dubreucq, Kinet, Debacker, Dupont et Lejeune.
A peine en route, il fut privé des services de ce dernier qui, malade, s'éteignit à Niangara.
Dès le 6 mars, la colonne entrait en contact avec les hommes de Bili et après trois engagements d'avantgarde, Chaltin finissait par avoir raison du sultan dans un combat décisif livré le 17 mars.
Opérations contre Biina. — Bili étant ainsi hors de cause, le commandant se retourna contre Bima, frère de Doruma, dont il foulait le territoire à partir du 27 mars.
Le 31 eut lieu la première rencontre sérieuse : la colonne Chaltin fut attaquée par trois mille guerriers de Bima dont la folle intrépidité vint se buter au carré des troupes de l'Etat. Le chef d'expédition fut lui-même blessé au cours de ce combat.
Opérations contre Doruma. — Restait à régler Doruma.
Le 5 avril Chaltin se porte contre Vuta, fils aîné du sultan, dont l'attaque enveloppante l'oblige à former sa troupe en carré. Pendant une demi-heure les charges des hommes de Doruma se succèdent sans interruption, mais avec des pertes telles que ceux-ci se voient bientôt acculés à la retraite.
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Expédition vers le Nil. — Chaltin rentra à Ibembo pour y soigner sa blessure, mais dès le 14 décembre il quittait Dungu avec sept cents soldats, pour entreprendre la conquête définitive de l'enclave de Lado. Le Gouverneur général baron Wahis lui avait donné l'ordre de se rencontrer avec Dhanis à Ye de façon à pouvoir agir de concert ; il l'avait cependant autorisé à pousser jusque Lado si les renseignements sur les forces ennemies lui prouvaient que les siennes étaient suffisantes pour opérer isolément; comme nous le verrons plus loin, la jonction ne put se produire.
Les sept cents hommes sont répartis en pelotons de cent hommes.
Les blancs de l'expédition sont : Saroléa, Kops, Jehot, Laplume, De Backer, Goebel, Dupont, Cajot et le docteur Rossignon.
Au confluent de l'Uele et de l'Obi, Chaltin fonde un poste auquel il donne le nom de Van Kerckhovenville.
Il se dirige ensuite sur Faradje, traverse la Dungu après l'avoir longée et atteint le poste de Larumba non sans avoir subi quelques attaques vite repoussées.
Le 14 février 1897 la colonne arrivait en vue du Nil à Bedden où se produisit la première rencontre sérieuse avec les Derviches,
Le 16, le sous-lieutenant Laplume commandait le peloton d'avant-garde, lorsqu'à la tombée de la nuit, il se heurta à un parti de Derviches avantageusement posté et dont la fusillade inattendue mit son peloton en déroute.
Cependant Laplume ne se laisse pas influencer par la
lâcheté de ses hommes et reste bravement en place, donnant ainsi aux Derviches l'illusion qu'il commande toujours son peloton. Il devient le seul point de mire du canon derviche et son sang-froid est tel qu'il cherche à se rendre compte, montre en main, du temps que mettent ses adversaires à recharger la pièce.
Chaltin vint heureusement mettre fin à cette situation critique en se portant en avant.
Le lendemain eut lieu le véritable combat. Les Derviches avaient choisi une position très forte marquée par une série de hauteurs et appuyée à gauche au Nil.
Les troupes de l'Etat se déploient en partie en tirailleurs et subissent pendant une demi-heure le feu des Derviches sans répondre autrement que par le canon ; elles sont ensuite portées en avant jusqu'à 200 mètres de l'ennemi.
Les Derviches tentent alors un mouvement tournant sur la gauche de Chaltin, mais la fraction chargée de cette opération est bientôt coupée de la masse principale et mise hors de cause.
Au même moment, la droite des troupes de l'Etat s'élance à la charge et repousse la ligne derviche dont la retraite, commencée en bon ordre, ne tarde pas à dégénérer en fuite désordonnée. C'est au cours de cette charge que le lieutenant Saroléa tombe, frappé d'une balle en plein cœur.
Après avoir accordé à ses troupes un repos de 2 heures, Chaltin reprend la marche en avant et ce n'est qu'après avoir parcouru 26 kilomètres, qu'il arrive en vue du mont Redjaf qu'occupent les Derviches. Ces
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derniers reçoivent les soldats de l'Etat à coups de canon, et à mesure que ceux-ci approchent, la fusillade éclate, nourrie : il n'y a pas à se le dissimuler, les Derviches sont décidés à vaincre ou à mourir.
Bientôt tous les pelotons ont rallié Chaltin qui les porte en avant. Cette fois, c'est vers la droite que l'ennemi va tenter son mouvement tournant qui ne réussit guère mieux que celui de Bedden. Les Mahdistes se retirent dans leur enceinte fortifiée dont ils s'échappent à la faveur de la nuit.
La prise de Redjaf eut pour conséquence de refouler vers le nord les bandes derviches, et à ce titre elle constitue un succès de tout premier ordre qui honore le nom belge.
Chaltin a fait preuve, pendant toute cette expédition, de qualités militaires peu communes : à coté de la bravoure et du calme imperturbable au milieu du danger, qualités qu'il partageait avec ses adjoints, il a prouvé qu'il possédait au plus haut degré le sens de l'à-propos qui lui faisait prendre une détermination judicieuse au moment précis où elle pouvait lui valoir un maximum de rendement.
Je ne puis me dispenser de citer le nom du docteur Rossignon, qui au cours des différents combats, parcourait la ligne de bataille sous une grêle de balles pour prodiguer ses soins aux blessés et qui fut même, à un moment donné, chargé du service des pièces. Et à ce propos, il est un fait digne de remarque dans l'histoire du Congo : les médecins qui accompagnaient les expéditions surent rarement résister à la tentation de prendre
place dans les rangs au moment du combat, et il faut reconnaître qu'ils s'en sont toujours tirés à leur honneur, ce qui n'empêchait pas l'homme de science de reprendre le dessus aussitôt le combat terminé.
Colonne Dhanis. — Alors que tous les efforts précédents étaient partis de Niangara, Dhanis, en dépit des conseils qui lui furent donnés notamment par le gouverneur général baron Wahis, s'obstina à choisir comme point de départ Stanleyville.
Une seconde faute fut le manque d'organisation : Les dépôts de vivres manquaient alors qu'on allait avoir à traverser une région forestière où les routes faisaient souvent défaut et dont les populations, généralement hostiles, refusaient de fournir de bonne volonté les vivres nécessaires ; la troupe elle-même comprenait en grand nombre des Batetela dont on connaissait par expérience la propension à la révolte et d'une façon générale, les soldats manquaient de discipline. Enfin l'expédition traînait à sa suite dix mille Arabes qui devaient créer des postes de culture.
Cette négligence dans l'organisation devait hélas I être chèrement payée.
La colonne s'était donc formée aux Stanley-Falls au moyen de troupes recrutées aux Falls et dans le Maniema. Son avant-garde commandée par le capitaine Leroy, avait quitté cette station au mois de septembre 1896 : elle était forte de trois mille hommes et divisée en trois fractions à la tête desquelles étaient placés les capitaines Mathieu, Julien et Doorme.
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Quant au gros de l'expédition, il se mettait en marche à la fin d'octobre. Après avoir passé par Avakubi, Kavali et Tamara, l'avant-garde atteignait les environs de Dirfi, le 12 février 1897, dans un état de démoralisation facile à comprendre si l'on songe aux fatigues, aux privations et aux souffrances de toute nature dont avaient été marquées les pénibles étapes de cette entrée en campagne.
Le 14 février la révolte éclatait : les Batetela et les Bakusu mettaient à mort le chef de l'avant-garde, le capitaine Leroy et plusieurs de ses adjoints : Inver, Mellen etAndriane.
La pointe d'avant-garde que commandaient le docteur Védy, le lieutenant Verhellen et les sergents Bricourt et Spellier échappa à la contagion et parvint à rallier Avakubi au mois de mai : elle était, il est vrai, composée de Likwangula. Nous aurons l'occasion de voir au chapitre des révoltes, combien longue fut la répression et les sacrifices qu'elle coûta.
En somme, des deux colonnes dirigées vers l'enclave de Lado, seule celle de Chaltin, avait atteint son but.
Quelque sérieux cependant qu'aient été les succès remportés, ils n'avaient pas mis définitivement hors de cause les Derviches qui continuaient à occuper Bôr.
Au mois de septembre 1897, ces derniers poussèrent vers Redjaf une reconnaissance qui dût rétrograder.
Le 21 mai 1898, ils tendirent un guet-apens qui coûta la vie au commandant Walhousen, au lieutenant
Coppejans et au sergent Bienaimé, mais les reconnaissances démontrèrent que c'était là le fait d'une bande peu importante.
Chaltin ne quitta Redjaf qu'après y avoir accumulé des vivres et des munitions et après l'avoir sérieusement fortifiée.
C'est au commandant Hanolet qu'échut l'honneur de le remplacer.
Ayant appris que les Anglais approchaient de Kartum, les Derviches de Bôr résolurent de se procurer des cartouches en attaquant la place de Redjaf. Ils choisirent la nuit du 3 au 4 juin 1898, pour tenter, vers une heure du matin, un coup de surprise. Bien que les circonstances leur fussent favorables, les Mahdistes furent, en fin de compte, repoussés, mais cette attaque avait coûté à la garnison de Redjaf deux tués : MM. Desneux et Bartholi et quatre blessés : Hanolet, Syllie, Van Pottelsberghe et Lauterbach. Parmi les blancs qui se sont particulièrement distingués pendant ce combat, il convient de citer le docteur Rossignon, le capitaine Lequeux, l'adjudant Delarge, les sous-ofificiers Collet, Van Pottelsberghe et Dieupart et le sous-intendant Seghers.
Pour éviter toute nouvelle surprise, le commandant Hanolet décida d'établir à Lado un poste avancé, dont il confia la direction au commandant Henry, qui venait de lui être envoyé par Dhanis : dès le 15 juillet le poste était occupé par six cents hommes, cinq officiers, un sous-officier et un sous-intendant.
Dans le but d'en finir avec les Mahdistes d'Arabi, le commandant Hanolet alla les chasser de leur refuge de
Bôr, puis laissa sa succession au commandant Henry qui renforça les fortifications de Redjaf et construisit un camp fortifié à Kero, non loin de la frontière nord de l'enclave.
Vers la fin du mois d'octobre 1899, Chaltin arriva à Redjaf à la tête de douze cents soldats, avec mission d'occuper complètement la zone concédée.
Pendant ce temps, le commandant Henry poussait différentes reconnaissances sur le Nil jusqu'au 10° de latitude Nord. Dans le courant de l'année 1899, il entreprit un troisième voyage aujcours duquel il atteignit Kartum.
Occupation du Bahr-el-Gazal. — Nous avons vu que l'arrangement du 21 mars 1899 avait rendu caduc l'accord avec la France du 14 août 1894.
Le Roi Léopold décida alors d'envoyer des missions de reconnaissances dans les territoires de Bahr-el-Gazal.
Au mois d'octobre 1902, le commandant Lemaire quittait Yambuya à la tête d'une mission scientifique, ayant pour adjoints les lieutenants Paulis et Colin. Il longe d'abord l'Uele, puis la Dungu ; passant ensuite par Faradje, il franchit la ligne de faîte Congo-Nil en mars 1903, puis établit un poste fortifié à Ye. De là, il se dirige vers l'Ouest pour atteindre le bassin du Yalo- Rhol et organise l'exploration de la zone située entre la frontière nord de l'Etat et le 5^ degré de latitude nord.
Il suffira de dire que le commandant Lemaire a relevé au cours de cette mission 148 points et 122 altitudes pour donner une idée de l'activité déployée.
La pénétration dans le territoire du chef azande M'Bio,
amena des opérations de guerre contre ce dernier. Les lieutenants Paulis et Colin en furent chargés, mais alors que le premier parvenait à remplir sa mission pacifiquement, Collin ne tardait pas à être attaqué à Maiawa, sur un affluent du Sueh, par 3000 Azande ; après un combat très violent, ces derniers furent repoussés avec de fortes pertes.
Apprenant la position critique de son adjoint, Lemaire vola à son secours, mais il n'eut plus à intervenir et parvint, grâce à son tact et à son doigté, à nouer des relations d'amitié avec les Azande.
Il remit ensuite le commandement au lieutenant Paulis qui continua le travail dans la zone de la Meridi.