‹ L'œuvre civilisatrice au Congo belgeChapitre 18 sur 37 · LA CAMPAGNE ARABE · texte numérisé non relu

LA CAMPAGNE ARABE

Il y a quelque douze siècles que commença l'invasion de l'Afrique par les Arabes.

Pour qui connait les doctrines du Coran, rien d'étonnant à ce que cette irruption ait pris rapidement des proportions énormes parmi des peuplades primitives : ces doctrines, en eff'et, flattent les passions humaines dans ce qu'elles ont de plus cruel et de plus sensuel.

Qu'ils soient asiatiques ou africains, les Arabes ont toujours eu comme trait d'union l'emploi de la maind'œuvre servile obtenue au moyen de la traite. Dès lors il était évident que tôt ou tard un conflit était inévitable avec l'Etat indépendant du Congo, qui non seulement était moralement intéressé à la disparition de la traite, mais encore avait pris l'engagement formel de s'y appli-

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quer. Et ce conflit ne pouvait comporter des demimesures : ce devait être une lutte décisive, une lutte à mort que la vaillance de nos officiers rendit victorieuse pour les armes belges.

Que les idées de prosélytisme aient eu une influence prépondérante sur la conduite des premiers envahisseurs arabes, la chose ne semble guère douteuse, mais à la longue, de nombreux métissages aidant, deux ordres de préoccupations sollicitèrent surtout l'attention de leurs successeurs : la traite des esclaves et le commerce de l'ivoire. Il est juste d'ajouter qu'au moment où se pose la question arabe au Congo, on n'y rencontre plus que quelques centaines d'Arabes véritables sur les innombrables chasseurs d'esclaves qui s'y livrent à leur honteux trafic et qui se composent partie de métis d'Arabes et de nègres, partie de nègres proprement dits (ces derniers en grande majorité), enrôlés de gré ou de force et liés à la fortune de leur maître.

Partis de Zanzibar, les Arabes envahissent l'Uniamwezi vers 1830 et dans les environs de 1840 on les trouve établis à la rive orientale du lac Tanganika vers Udjidji qui allait devenir bientôt le marché d'esclaves le plus conséquent de toute la contrée.

Ils ne tardent pas à étendre le théâtre de leurs opérations et vers 1868 ils ont déjà atteint Nyangwe où ils sont signalés par Livingstone en 1870 et par Stanley en 1876.

Ils font des incursions vers le nord : (Kasongo, Riba- Riba et Kirundu), vers le nord-est et vers le sud (dans le pays du sultan Msiri),mais leur principal centre d'action

est le Maniema. Ils y sèment habilement la division entre les chefs indigènes et tout en saignant cette malheureuse contrée, ils y recrutent cependant leurs meilleurs auxiliaires parmi les jeunes gens.

Entre 1868 et 1880, les Arabes prennent pied dans la région que limitent le Lualaba, le Lomami et le Sankuru, occupant eux-mêmes certaines parties, établissant dans d'autres des chefs importants de la région tout dévoués à leur œuvre, tels que Pania Mutombo, Lupungu et même un ancien esclave de Tippo-Tip, Congo Lutete.

Vers 1880, dans une nouvelle poussée vers le nord, nous les voyons s'établir successivement aux Stanley- Falls, dans le Lomami et l'Aruwimi; toutefois dans cette dernière région ils furent repoussés à plusieurs reprises avec des pertes sérieuses et ce n'est que vers 1887 qu'on les y trouve fixés sous les ordres du rapace Sélim.

L'immense pays qu'ils occupent ne suffit pas encore à

leur débordante activité : bientôt les bandes de Selim

jettent leur dévolu sur les villages riverains de la Lulu,

du Rubi et de l'Uele et poussent jusqu'au pays des

Moganga, indigènes installés derrière les Bangala.

Vers le nord-est ils s'étendent jusqu'à la Makongo, le Bomokandi et la Nepoko où Stanley les rencontre vers 1887. Enfin à l'ouest ils font sentir leur action sur la Tive gauche du Congo et sur les bords du Lopori et de la Lukenie à une époque postérieure à l'année 1883.

« En résumé » dit Chaltin, « dans l'espace de cinquante années, les Arabes envahissent, dévastent et soumettent un territoire d'une superficie de près de deux

millions de kilomètres carrés, soit soixante-cinq fois celle de la Belgique. »

Avant de décrire les péripéties de la lutte engagée entre les troupes de l'Etat indépendant et les hordes arabes, il n'est pas sans intérêt d'esquisser en quelques mots les procédés généralement employés par les chasseurs d'esclaves.

Lorsqu'ils ont jeté leur dévolu sur un village, les Arabes l'entourent de nuit et, au point du jour, se lancent à l'attaque en utilisant tous les moyens dont ils disposent pour jeter l'épouvante parmi les habitants.

Les jeunes femmes et les adolescents sont capturés, tandis que les vieillards et les jeunes enfants sont impitoyablement massacrés et leurs cadavres livrés aux meutes d'anthropophages qui accompagnent toujours les bandes esclavagistes.

Il leur arrive d'épargner certains villages, mais la situation des habitants n'en vaut guère mieux : plus rien ne leur appartient, tout l'ivoire doit être livré ; ils sont, de plus, soumis à un travail très dur dont les Arabes seuls tirent tout le profit et aucune corvée ne leur est épargnée.

Les horreurs qu'entraîne cette chasse à l'homme dépassent tout ce qu'on peut imaginer et il faudrait la plume d'un Poë pour en tracer un tableau fidèle.

Cependant, il ne manque pas de récits indignés de voyageurs, qui permettent de s'en faire une idée.

« Le spectacle que j'ai eu sous les yeux, incidents communs de ce trafic (la traite), est d'une telle horreur, que je m'efforce sans cesse de le chasser de ma mémoire.

et sans y arriver. Les souvenirs les plus pénibles s'effacent avec le temps ; mais les scènes atroces que j'ai vues se représentent, et, la nuit, me font bondir horrifié par la vivacité du tableau )) Waller. Dernier journal de Livingstone.

« Que ne pouvons-nous faire le récit exact des horreurs de la traite de l'homme et donner un total approximatif des existences qu'elle détruit chaque année I Car, nous le sentons, si la moitié de ces horreurs pouvaient être connues, l'indignation et la pitié qu'elles éveilleraient seraient telles, que ce trafic infernal disparaîtrait bientôt, quelque sacrifice qu'il dut en coûter pour l'anéantir.... Pour quelques centaines d'individus que procure une de ces chasses, des milliers d'hommes sont tués ou meurent de leurs blessures, tandis que les autres, mis en fuite, expirent de faim et de misère ou périssent dans les guerres civiles et de voisinage, tués, qu'on ne l'oublie pas, par les demandes des acheteurs d'esclaves.

Les nombreux squelettes que nous avons trouvés dans les bois ou parmi les rochers près des étangs, le long des chemins qui conduisent aux villages déserts, attestent l'effroyable quantité d'existences sacrifiées par ce trafic maudit » Livingstone. Exploration du Zamhèze.

« Pendant onze mois la bande avait mis à sac toute la région qui s'étend entre le Congo et le Lubiranzi sur la rive gauche, et elle s'était engagée à faire la même monstrueuse besogne entre le Biyerri et Ouané-Kirundu. En étudiant ma carte, je trouve que la région ainsi dévastée, sur la rive droite et sur la rive gauche, occupe une superficie de 55.000 kilomètres carrés, soit 3.200

kilomètres carrés de plus que l'Irlande, et qu'elle a une population d'environ un million d'âmes. » Stanley. Cinq années au Congo.

« Toutefois il faut en attribuer l'origine (de l'esclavage) à l'influence pernicieuse de la race arabe, la véritable peste de l'Afrique, contre laquelle, tous en Europe, nous devrions nous réunir dans une croisade permanente. » H. Capello et R. Ivens. From Benguela to the territory of Yacca.

« Je fis une visite au camp de Sayol. A l'entrée, un échafaudage formé de poutres était orné de cinquante mains droites abattues à coups de hache. Un peu plus tard des coups de fusil nous indiquèrent que le chef de bande s'exerçait au tir sur ses malheureux prisonniers. Quelques-uns de mes hommes me dirent que les victimes de cet acte cruel avaient été immédiatement dépecées pour servir à une fête de cannibales. » VON WissMANN. Proceedîngs.

« Mais sur aucun point de l'Afrique ces horreurs n'approchent de ce qui se passe sur les terres du Haut- Congo. Là, les esclavagistes ont tout détruit dans des régions entières où il ne se trouve bientôt plus ni villages, ni habitants. » Cardinal Lavigerie. L'esclavage africain.

Les quelques malheureux qui parviennent à la côte ont encore à subir le transport par mer : « La marée montante met le bateau à flot ; alors tous ces esclaves sont secoués les uns contre les autres ; ils sont trop serrés non seulement pour pouvoir se coucher, mais même s'asseoir et changer de place ; dans cette position

difficile, le mal de mer ne tarde pas à les abattre et il faut renoncer à décrire le spectacle de ce fumier vivant. Les horreurs de ce voyage restent gravées dans la mémoire des nègres pendant toute leur vie ; leur esprit est hanté d'épouvantables cauchemars et ils croient toujours entendre le bruit que produit la chute d'un cadavre jeté à l'eau, car la mort fait là aussi sa razzia» A l'arrière du boutre se trouve un plancher de 6 à 7 mètres carrés où se tiennent le capitaine et les matelots. C'est là que se prépare la maigre pitance des esclaves pour les empêcher de mourir de faim quand le voj^age se prolonge : elle consiste en boulettes de sorgho, de maïs et de haricots indigènes qu'un matelot jette aux rares esclaves qui ont encore la force de manger. Lorsque les boutres sont poursuivis par un croiseur, les esclaves sont ligottés, une pierre attachée aux pieds, jetés à la mer où ils tombent vivants dans la gueule des requins habitués à suivre la trace de ces sinistres convois. » L'Afrique explorée et civilisée.

Nous pourrions multiplier les citations des Cameron, des Nachtigale, des Soleillet et de tant d'autres, mais nous croyons avoir montré suffisamment à quel horrible régime a mis fin la campagne arabe.

Il nous reste, avant d'entamer cette dernière, à dire deux mots des chefs arabes.

Le plus puissant d'entre eux, Tippo-Tip, avait en sa possession toute la rive gauche du Congo, de Kirundu à Isangi, sans compter sa résidence de Kasongo. Il avait comme alliés : Sefu, Rachid, Saïd et Selim, tous parents plus ou moins proches ; parmi ses vassaux, chefs noirs-

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du Haut-Lomami et souvent esclaves libérés, le plus important était Gongo Lutete que Tippo-Tip avait mis à la tête de quelques troupes qu'il avait lancées vers le Lomami et le Sankuru, D'autres chefs moins importants, tels que Lupungu, Pania Mutombo, etc., étaient également à sa solde.

Kibonge était le sultan de Kirundu établi sur la rive droite du Congo en amont des Falls : ses possessions atteignaient au nord le haut Aruwimi, au sud Riba-Riba.

Il avait désigné comme successeur Saïd, jeune homme très entreprenant, qui s'était réfugié chez lui à la suite de guerres malheureuses. Leurs forces réunies étaient estimées à 20.000 fusils.

Quant à Munie Moharra, le chef de la région du Maniema, il avait choisi comme résidence Nyangwe. Il était particulièrement bien doué pour faire la guerre et son fils Munie Pembe lui était d'un réel secours sous ce rapport. Un de ses vassaux, Nserera, commandait le poste de Riba-Riba.

Les premiers contacts. — Les premières escarmouches entre Arabes et troupes de l'Etat remontent à l'année 1886.

En 1883, avons-nous vu, Stanley avait fondé aux Falls, un poste placé sous le commandement de l'Ecossais Bennie; celui-ci avait ensuite été remplacé et au moment de l'attaque de la station par les Arabes, deux Européens y séjournent : un officier Anglais, Deane et un lieutenant de cavalerie belge, Dubois.

Sous un prétexte futile, les Arabes assaillent le poste

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le 24 août 1886. Malgré leur forte infériorité numérique et le manque de munitions, les occupants opposent une résistance héroïque ; malheureusement le courage des noirs de la défense n'est pas à hauteur de celui de leurs chefs et ces derniers, lâchement abandonnés, sont obligés de quitter la station après l'avoir incendiée.

C'est pendant cette retraite que le malheureux Dubois se noj^a malgré les efforts tentés par son camarade pour le sauver. Je ne puis passer sous silence l'appréciation émise par Deane sur notre courageux compatriote : « Au plus fort de la lutte, il m'envoyait de petits billets écrits sur le genou pour demander des munitions nouvelles ou quelque autre chose. Ces notes étaient comme calligraphiées et ne trahissaient pas la moindre émotion. Vous pouvez être fiers de compter de tels hommes dans votre armée ; aucune autre n'en a de meilleurs. »

Le 15 juin 1888, Van Kerckhoven et Van Gèle rétablissent le poste des Stanley-Falls dans la région dont Tippo-Tip avait été nommé vali en février 1887.

Lorsqu'on parcourt les journaux de l'époque, on est frappé de la façon sévère dont cet acte fut jugé par des personnes qui ne tenaient pas suffisamment compte de l'ambiance et de la situation du moment.

Supposons un instant que l'Etat se soit décidé à ce moment pour l'offensive contre les Arabes : en tenant compte des forces en présence et des moyens de transport dont on disposait, on courait à un échec certain ; résultat : la perte de toute cette région et probablement l'occupation par une autre Puissance.

Au contraire, en agissant comme il l'a fait, l'Etat

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faisait flotter, grâce aux troupes de Tippo-Tip, le drapeau bleu étoile d'or, sur toute la région du nord, et réalisait ainsi une occupation effective qui seule pouvait avoir de la valeur au regard des Puissances.

Cette nomination, tant décriée fut un acte de haute politique ; l'effet n'en était d'ailleurs que provisoire, car dès ce moment, la lutte à mort, la guerre sans merci contre les Arabes était déclarée en principe.

On en trouve la preuve dans la fondation décidée en 1888 des camps retranchés de Basoko et de Lusambo , destinés à agir contre les Arabes du nord et de l'est.

A partir de 1890, les escarmouches se multiplient : le sous-lieutenant Duvivier défait un parti d'Arabes aux environs d'Ibembo, tandis que son chef, le capitaine Roget, amène l'évacuation du pays des Moganga et de l'Itimbiri ; Van Gèle et Milz se portent à la rencontre d'une bande nombreuse d'Arabes et arrêtent net leur marche vers l'Itimbiri par leur succès de Majorapa (sur leRubi).

En 1891, le capitaine Fiévez attaque des Arabes établis sur la Lulu et les rejette au-delà de l'Aruwimi ; Ponthier et Daenen, de l'expédition Van Kerckhoven, mettent en déroute les occupants du camp de la Mokongo, amenant par cette victoire la libération de plus de deux cent cinquante esclaves.

Le 9 août de la même année, les troupes de Rumaliza parviennent à bloquer les troupes antiesclavagistes dans Albertville sur le Tanganika.

Pendant les années 1891 et 1892, le capitaine Chaltin soutient plusieurs combats qui empêchent les Arabes de franchir l'Aruwimi.

Dans le sud, îrannée 1890 voit se produire le premier choc entres les Arabes de Gongo Lutele et les troupes de l'Etat conduites par le lieutenant Descamps; la brillante victoire remportée^par ce dernier rejette Gongo à Gandu.

La Campagne arabe.

Situation des Arabes en 1892.

La campagne arabe proprement dite ne commence toutefois qu'en 1892.

Le massacre de la mission Hodister vint démontrer qu'il ne pouvait plus être question d'une entente avec les Arabes et que le moment était venu de jouer la partie définitive dont l'enjeu était la possession incontestée du territoire de l'Etat.

Deux agents de cette mission commerciale avaient été installés à Riba-Riba : le sous-lieutenant Michiels et M^ Noblesse. Trois autres adjoints, MM. Jouret, Doré et Page, avaient remonté le Lualaba, mais en arrivant à Nyangweils n'eurent que le temps de fuir et en passant devant le poste de Kasuku ils apprirent l'assassinat de Michiels et de Noblesse ; ils essuj^èrent même le feu des Arabes.

Vers la même époque (mai 1892^, le malheureux Pierret était tué à Lomo et le chef de mission lui-même, accompagné de MM. Magerie, Desmedt et Goedseels perdait la vie. dans une embuscade à Ikamba, entre Bena-Kamba et Riba-Riba.

Le 24 octobre 1892, Emin Pacha, assassiné sur l'ordre de Kibonge et de Munie Moharra, prédisait en mourant, qu'avant deux ans plus un Arabe n'existerait dans la région.

La carte de la page 98, indique quelle était la situation des Arabes en 1892, au début de la campagne.

Opérations du groupement de Lusambo. — Dhanis, qui venait de succéder au lieutenant Le Marinel dans le commandement de la station de Lusambo, apprenant

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que Gongo Lutete marchait vers le Sankuru, se porte à sa rencontre et lui inflige coup sur coup deux sanglantes défaites les 5 et 9 mai 1892 : le 5 mai il le surprend à Kisinia-Sauri et le 9 mai, aidé de Michaux qu'il charge d'un mouvement tournant, il met ses bandes en fuite.

Le résultat de ces victoires ne se fit pas attendre : Gongo vint faire acte de soumission, apportant ainsi à Dhanis l'aide d'un grand nombre d'auxiliaires et de chefs indigènes importants qui le suivirent dans sa défection.

L'acte posé par Gongo Lutete devait naturellement faire naître des idées de vengeance dans le cerveau de ceux qu'il avait trahis, et l'un d'eux, Sefu, fils de Tippo- Tip vint occuper la rive droite du Lomami et fit connaître par l'intermédiaire de De Bruyne au lieutenant Scheerlinck, établi sur l'autre rive, ses prétentions exorbitantes: la tête de Gongo, l'abandon du poste de Gandu et le droit de tracer la limite de la zone d'action du commissaire de district du Lualaba.

C'est ici que se place l'épisode de la mort héroïque du sergent De Bruyne et je ne résiste pas au plaisir de céder la plume à Madame Séverine :

« Ce fut alors que, successivement, il reçut deux messages (il s'agit du lieutenant Scheerlinck) : l'un de son collègue Lippens ; l'autre du sergent De Bruyne.

Leur sort n'avait pas été le même, quoique faits ensemble prisonniers.

Lippens, effroyablement éprouvé par le climat, était demeuré, sous bonne garde, dans sa barza, à Kasongo. Récrivait : « Depuis quatorze mois, je suis mortellement malade. Après avoir eu la dysenterie à Léopoldville et

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une rechute en route, j'ai été, dès mon arrivée à Kasongo, atteint de la variole, suivie d'une terrible maladie de poitrine consécutive. Ensuite , nouvelle dysenterie extrêmement violente ; après cela, une hépatite suivie d'un abcès du foie. L'abcès a percé en dedans, mais j'ai le foie hypertrophié ; j'ai de plus, une maladie de cœur, de l'estomac, des intestins, et une grave affection des reins. »

La lettre était datée du 6 octobre, avant même la captivité.

On était au 14 novembre. Scheerlinck pensa : Lippens est mort.

Et le docteur Hinde, son compagnon tout haut le formula.

La seconde missive était de De Bruyne. Lui, on l'avait emmené. Il se trouvait à trois heures de là, avec deux cents Arabes, chargé d'aller signifier le lendemain à ses ex-compagnons d'armes, d'une rive à l'autre du Lomami, les volontés, les ordres de Sefu.

Profitant de ce que le chef lisait mal le français, Henri- Auguste laissait parler librement sa colère et sa douleur. « Sefu, écrivait-il, se refuse à parlementer en personne : moi, dit-il, je ne me dérange pas, je reste étendu sur ma natte. D'ailleurs, moi, je suis le grand chef et ces blancs me prennent pour leur esclave.

S'ils veulent me voir, ils n'ont qu'à venir ici )).... Jamais, lieutenant Scheerlinck, je n'ai vu un individu aussi stupide, aussi lâche, aussi menteur, que cet ignoble assassin 1 Je suis traité ici en vil esclave »

Scheerlinck songea : demain nous le sauverons.

Le lendemain — c'était le 15 novembre 1892 — sur l'autre berge du fleuve, le lieutenant et le médecin virent apparaître une sorte de spectre.

AtTaibli, décharné, vieilli par cinq mois de souffrances physiques et morales, De Bruyne était quasi méconnaissable. Un groupe d'Arabes, à une quinzaine de mètres en arrière, le surveillait. Ses vêtements étaient en lambeaux. Comme il avait beaucoup marché et qu'il n'avait point de chaussures, il lava dans le Lomami ses pieds couverts de sang et de poussière.

Scheerlinck avait, à l'avance, apposté dix de ses meilleurs tireurs dans les buissons de la rive, et rallié le restant autour de lui.

Tout d'abord, il cria au captif :

— Quelqu'un par là comprend-il le français ?

— Non.

— Savez-vous nager ?

— Oui.

Alors la conversation s'engagea :

— Mon pauvre ami, fit l'officier, Lippens n'est plus en vie.

Vous pouvez vous évader, sans manquer à l'honneur ni au dévouement que vous professez envers votre chef. Vous ne le trouverez plus.

— Et s'il était encore en vie?

— Ce serait miraculeux, c'est impossible I ajouta le docteur Hinde.

— Les Arabes, fît De Bruj^ne, m'ont assuré qu'il n'est pas mort.

— Mensonge ! reprit le lieutenant. C'est pour vous

engagera retourner. Allons I décidez-vous I L'occasion est unique.

Pourquoi retourner chez vos bourreaux ? Songez aux supplices qu'ils ont fait endurer à Hodister, à Michiels...

Et Scheerlinck commanda tout bas à ses hommes :

— Visez bien I

Et Scheerlinck dit au sergent :

— J'ai du monde dans l'herbe. Faites le saut I

Un calme effroyant régnait. La voix portait aisément au-dessus de l'eau silencieuse. Point de doute qu'un violent combat ne se livrât dans les pensées et dans le cœur du jeune captif. On voyait luire des larmes en ses yeux caves. C'était la liberté offerte, la fin des tortures, le retour à la patrie.

Dans les joncs, les tireurs retenaient leur haleine, le doigt sur la détente du fusil. La rivière était étroite, la retraite assurée, le pas facile à franchir.

Scheerlinck et le docteur Hinde insistaient, très pressants , la gorge étreinte. L'obstination du sergent De Bruyne les désolait.

— « Je vous en supplie, dit-il enfin d'une voix grave, ne me tentez plus. Je ne puis abandonner Lippens. S'il est vraiment mort, je chercherai à fuir. »

Il fit un geste d'adieu, à bout d'héroïsme, et retourna se livrer à ses bourreaux. Scheerlinck et les autres le regardaient disparaître, navrés — ; ses haillons faisaient une tâche parmi les hautes herbes....

Reste à narrer l'épilogue.

De Bruyne, sous bonne escorte, fut reconduit à Kasongo. Il y retrouva Lippens vivant, mais sur sa fin. On était alors aux premiers jours de décembre.

Un matin l'on frappe à la porte :

— Qui va là ?

— Moi, Kaboïdi. J'ai des esclaves à libérer.

Le lieutenant, flairant un piège, refusa d'ouvrir.

— Mais si I ami. Nouvelles importantes de la part de Sefu.

Viens, si tu préfères.

Lippens tire les gâches, fait jouer les pênes, sort. Il tombe sans proférer un cri, percé de coups de poignard I

Par l'huis entrebaillé, les meurtriers se glissent, arrivent à la muette, sur leurs pieds nus, jusqu'au sergent occupé à écrire — et l'égorgent 1

Aux deux corps pantelants on coupa les pieds, les mains, expédiés en arrhes à Munie-Moharra, le grand chef de Nyangwe.

Puis Sefu fit enfouir, non loin de la case, les deux corps mutilés.

C'est là que sur l'indication d'un boy qui avait assisté au drame, il furent retrouvés, serrés l'un contre l'autre, lors de la prise de Kasongo par les troupes de l'Etat sous le commandement de Dhanis.

Les volets, les portes de la barza furent arrachés pour leur confectionner un cercueil ; ils eurent pour suaire le drapeau bleu étoile d'or qui cacha leurs moignons sanglants.

Et toute la Wallonie, et toutes les Flandres se passionnent, aujourd'hui, pour que se dresse, sur la place de Blankenberghe, quelque hommage commémoratif perpétuant à jamais la mémoire de Henri-Auguste

De Bruyne, qui préféra trépas et supplices plutôt qu'abandonner son chef C*).

Vingt-quatre ans, du sang plein les veines, la soif de

vivre et renoncer à l'existence parce qu'un pauvre

homme, inévitablement et prochainement condamné par la nature même, mais qui vous fut bon, aurait peine et douleur à se voir seul, à se sentir abandonné, cela, non, n'est pas d'une âme vulgaire 1

Vous êtes venu trop tard, petit sergent, jeune Belge à figure naïve, cœur de héros : — Plutarque est mort. »

Je me garderai bien d'ajouter à ce récit angoissant un commentaire quelconque.

Apprenant que Sefu, à la tête de plus de dix mille hommes, prenait ses dispositions pour attaquer les forces de l'Etat, Dhanis donne l'ordre à Michaux de se porter sur Gandu pour y protéger Gongo Lutete, tandis que lui-même se dirige vers Goie Moyassa.

Prévenu le 21 au soir de ce que Sefu passait le Lomami en aval, à Ghige, Michaux s'était immédiatement mis en route précédé de Gongo et de ses auxiliaires.

Le 22 au matin il donne l'ordre d'attaquer en trois colonnes ; dès l'aube, en effet, Gongo était venu lui déclarer que ses fusils à piston étaient mouillés et le lieutenant, dont on ne saurait assez louer l'esprit d'à propos et de décision, s'était dit fort judicieusement que les fusils de Sefu devaient se trouver dans le même état. Les deux palissades sont enfoncées et l'ennemi fuit en désordre vers le Lomami qui allait se charger d'achever

(*) Le monument existe actuellement à Blankenberghe.

les Arabes que le feu avait épargnés. Ce combat du Lomami coûta à ces derniers des pertes énormes et produisit un effet moral considérable.

Continuant sa marche victorieuse vers l'est, Dhanis opère sa jonction avec Michaux dès le 22 et passe immédiatement à l'attaque, au cours de laquelle Sefu fut grièvement blessé avec nombre de ses compagnons d'armes.

Dhanis se décide alors à faire franchir à ses troupes le Lomami et se porte vers Lusuna où il rejoint les forces de Michaux ; apprenant que Munie Pembe, fils de Moharra n'est pas loin, il se porte vers le camp de Dungu : les Arabes en sont rejetés en désordre et franchissent le Lualaba pour se réfugier à Nj^angwe (31 décembre).

Les défaites successives de Sefu et de Pembe avaient démontré aux Arabes la nécessité d'agir de concert, aussi les dispositions suivantes furent-elles arrêtées : le <îamp de Goio Kapopa serait attaqué du côté de l'est par Sefu, pendant que Moharra entamerait l'action sur les derrières de la position ; quant à Pembe, il se réservait le flanc gauche de Dhanis.

Cette concentration des Arabes ne put se réaliser grâce à l'exploit du sergent Cassant (*) qui tint en échec les

• ) En 1890 le sergcent Cassart commandait l'escorte de l'expédition Delcommune. Il se distingua particulièrement dans l'attaque du boma de Rumaliza peu de temps après la jonction Delcommune avec les troupes de l'expédition antiesclavagiste de Jacques.

En 1894 il chasse les Kioko, marchands d'esclaves, du territoire de l'Etat.

forces de Munie Moharra et retarda ainsi leur arrivée sur le champ de bataille.

Dhanis ayant appris le retour de l'expédition Delcoinmune, avait prié ce dernier de lui fournir l'appoint des forces dont il pourrait disposer ; le sergent Cassart, quoiqu'ayant fourni à l'expédition des services qui eussent semblé suffisants à bien d'autres pour justifier un repos bien mérité, n'hésite pas à demander le commandement de la troupe de secours.

Il quitte Gandu le 3 janvier 1893 avec vingt-six soldats €t deux cent cinquante porteurs, emportant quarante chassepots et vingt-cinq mille cartouches.

Le 8, vers 4 heures, dans l'impossibilité de continuer la marche à cause de la fatigue extrême des porteurs, Cassart est obligé de camper dans un village abandonné non loin de Kasongo-Luakila ; mais comme la position se présentait dans des conditions très défavorables en cas d'attaque, il décide de se mettre en route le 9 dès l'aube.

D'autre part Moharra et Pembe, ayant appris l'approche de la petite colonne, prennent la résolution très judicieuse de l'anéantir pour diminuer d'autant les forces auxquelles ils auront à faire face dans le combat décisif.

Au mois de septembre de la même année, il intervient à temps pour empêcher son chef en reconnaissance, le commandant Peltzer, de tomber aux mains de l'ennemi.

Les 25, 26 et 27 octobre il livre combat au chef Kalamba et aux Kioko : trente de ses soldats sont blessés et lui-même a le féniur gauche brisé.

Enfin en juillet 1895 lors de la révolte de Luluabourg il a le flanc droit traversé par une balle.

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A peine les sentinelles sont-elles rentrées, que Munie Moharra dessine son attaque par l'ouest ; la petite troupe de Cassart, iininédiatement rassemblée, réussit à maintenir les Arabes en respect. Environ une demiheure plus tard les forces de Munie Pembe entrent en ligne et attaquent par l'est. Cassart laisse vis-à-vis de Moharra un caporal et dix hommes et se porte vers Pembe ; malheureusement, il ne peut que l'empêcher, par un tir violent, de prendre la position d'assaut.

En présence d'une situation aussi désastreuse en égard à la supériorité numérique écrasante des Arabes, plus d'un chef se fut tenu le raisonnement suivant : « nous sommes perdus, vendons notre vie le plus chèrement possible. » Cassart, lui, conserve un sang-froid imperturbable et son esprit reste assez lucide pour imaginer une ruse qui va donner le change à son adversaire au sujet de son effectif : après avoir harangué sa troupe, il parvient à faire reculer Moharra d'une centaine de mètres, puis, ayant donné l'ordre au caporal auquel il laisse dix hommes, de conserver le terrain conquis en continuant le tir à genou, il se porte en personne avec l'effectif restant et la plupart des porteurs armés de fusils tirés des caisses éventrées, vers le flanc droit de Munie Pembe en poussant des hurlements destinés à faire croire à la présence d'une troupe beaucoup plus nombreuse.

Ce mouvement amène chez les hommes de Pembe une débandade immédiate qui permet à Cassart de rejoindre son caporal.

A ce moment, les troupes de Moharra aperçoivent les

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fuvards de Pembe, et cette constatation leur cause une telle stupeur que le feu cesse comme par enchantement.

Le « courageux petit homme » comme l'appelle le docteur Hinde ne va pas laisser passer une aussi belle occasion et sus à l'ennemi.

Cette attaque provoque la retraite de Moharra, mais Cassart se laisse entraîner trop loin et, le manque de cartouches se faisant sentir, il est obligé de rétrograder après avoir failli être fait prisonnier par la garde du corps de son ennemi qui le serrait de si près qu'il entendit distinctement le chef arabe dire à ses hommes: « Prenez-le I ne le tuez pas I prenez-le vivant ».

Malgré ce succès inespéré, il était temps de reprendre la marche vers Goio Kapopa, car petit-à-petit, les troupes arabes se reformaient.

Au cours de ce combat, les hommes de Cassart brûlèrent cinq mille cartouches et mirent plusieurs fusils Mauser hors d'usage.

Cassart se met donc en route suivi à distance par l'ennemi qu'il est encore obligé de tenir en respect à la traversée du Muadi, dont la défense lui est facilitée par ce fait, qu'un arbre jeté en travers de la rivière en constituait le seul passage.

Dhanis considère, ajuste titre, cette défense de Cassart comme le plus beau fait d'armes de la Campagne arabe.

A la tête d'une troupe infime, le sergent a tenu tête pendant plus de cinq heures à six ou sept mille Arabes, ce qui prouve qu'un petit noyau d'hommes bien instruits et bien commandés peut résister aux bandes les plus considérables.

En entendant la fusillade, Dhanis avait envoyé au secours de Cassart un détachement décent hommes et deux officiers, les lieutenants Michaux et de Wouteps, qui, n'ayant rien vu, avaient rebroussé chemin et étaient rentrés au camp; mais à peine arrivés ils virent accourir un noir qui leur annonça que le blanc était attaqué. Immédiatement Michaux repart accompagné de de Wouters et de Scheerlinck et tombe sur le camp arabe après trois heures de marche: de Wouters et Scheerlinck sont chargés de l'attaque de front pendant que Michaux opère sur le flanc de l'ennemi : le résultat ne se fait pas attendre et bientôt les Arabes fuient en désordre. Ils avaient pris les troupes de l'Etat pour les renforts que devait leur envoyer Sefu et n'avaient ouvert le feu qu'à une cinquantaine de mètres. Munie Moharra qui avait été blessé le matin même lors du combat livré à Cassart, fut mortellement atteint dès le début de l'action. L'échec qui lui fut infligé et sa mort eurent un retentissement énorme parmi les Arabes : ses troupes, en effet, jouissaient d'une réputation de bravoure bien établie et luimême n'avait jamais connu la défaite.

Restait à déloger Sefu, mais il convenait d'agir sans retard pour tirer profit de l'effet moral produit par la mort de Moharra. Dhanis fit construire par les hommes de Gongo un pont sur le Lufubu sous la protection des troupes de Michaux. Apprenant que Sefu ne se trouvait pas à plus de deux heures de marclie, l'officier belge se décide à se porter vers lui. Voyant venir à lui une troupe peu nombreuse Sefu passe immédiatement à l'attaque mais une circonstance heureuse favorisa l'impulsion

téméraire de Michaux: une rivière étroite mais profonde le séparait des Arabes et ne présentait qu'un seul point de passage fort étroit formé par un tronc d'arbre ; de sorte que la supériorité numérique de Sefu ne lui fut d'aucun secours. Au cours du combat ce dernier perdit deux chefs importants.

Lorsque le lendemain, Dhanis vint attaquer le camp avec toutes ses forces, il le trouva abandonné : Sefu, impressionné par ses pertes et par la mort de Moharra avait levé le camp la veille pour retourner à Kasongo.

Le chef d'expédition reprit sa marche vers leLualaba, le 20 janvier et le 21 il arrivait en vue de Nyangwe.

Les Arabes retranchés sur l'autre rive échangent journellement des coups de feu avec les pelotons qui, à tour de rôle, gardent la rive.

Cependant le 25 février, les Arabes se décident à passer le Lualaba sans cependant rien oser entreprendre contre Dhanis, qui, le lendemain, prenait l'initiative de l'attaque : comme deux routes conduisaient aux bomas arabes, un détachement avec de Wouters, Hinde et Cerckel emmenant le canon, fut envoyé par la plus longue, Dhanis se réservant de partir plus tard avec Michaux par la route la plus courte ; le camp devait être gardé par une centaine de soldats sous les ordres de Scheerlinck et de Cassart. Cependant, changeant d'avis, Dhanis envoya bientôt Michaux pour renforcer la première colonne. Après un moment de confusion causé par la rencontre des colonnes Dhanis et Michaux qui poursuivaient deux partis d'Arabes se retirant par des chemins qui se rejoignaient à angle droit, les bomas tombèrent rapidement au pouvoir des troupes de l'Etat.

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Ce combat coûta la vie à plus de neuf cents Arabes.

L'inspecteur d'Etat Fivé, arrivé à Lusambo sur ces entrefaites, et apprenant les succès de Dhanis, envoie à ce dernier l'ordre de s'emparer de Nyangwe. De plus, afin d'obtenir une action simultanée contre les Arabes par l'ouest et par le nord, il donne comme instructions au capitaine Chaltin à Basoko, de remonter le Lomami et de s'emparer deBena-Kamba et de Riba-Riba.

L'attaque de Nyangwe était déjà décidée dans l'esprit de Dhanis lorsqu'il fut touché par l'ordre de Fivé : après s'être procuré chez les Wagenia, riverains du fleuve, une bonne centaine de canots, il fit embarquer ses soldats le 4 mars au matin ; la résistance des Arabes ne fut guère longue et ils ne tardèrent pas à fuir.

Le lendemain un camp arabe ayant été signalé à quelques lieues de la ville un détachement d'une soixantaine de soldats fut envoyé pour le surprendre pendant la nuit et réussit fort bien dans sa mission.

Le 9 mars il y eut encore une alerte à Nyangwe, mais après deux heures de fusillade l'ordre fut définitivement rétabli.

Fivé avait eu soin de réunir et d'organiser un contingent de cent cinquante bons soldats destiné à Dhanis et qu'il plaça sous les ordres du commandant Gillain et du lieutenant Doorme.

Le 5 avril, ce renfort arrivait à Nyangwe et d'autre part on annonçait à Dhanis l'arrivée prochaine de troupes amenées par Chaltin, Lothaire et Ponthier.

Opérations du groupement de Basoko. — Le 8 mars 1893, le capitaine Chaltin s'embarquait pour le haut Lomami, accompagné du docteur Dupont, du sousintendant Coppée et du sergent Nahan, à la tête d'une troupe forte de deux cent quatre-vingts hommes, dont cent quatre-vingts soldats réguliers armés de fusils à tir rapide et une centaine d'indigènes porteurs de fusils à piston ou de lances.

Le 28 mars le détachement atteignait Bena Kamba, non sans avoir soutenu maint combat contre les riverains du Lomami.

Ce n'est que le 6 avril que Chaltin arrive au Tchari, vaste camp arabe établi sur la rive gauche de cette rivière et dont il déloge les habitants sans difficulté

sérieuse.

Redescendant ensuite le Lomami, il arrive le 15 à Bena Kamba, ayant vu son détachement se grossir en cours de route de 125 hommes, placés sous les ordres du lieutenant De Bock, qu'accompagnait M'^ Mohun, agent consulaire des Etats-Unis.

Le 21, les deux détachements réunis se dirigent vers Riba-Riba et rencontrent, le 29, un parti d'Arabes qu'ils délogent des bords de la Kasuku. Malheureusement, le manque d'embarcations fait perdre du temps au passage de la rivière et lorsque les troupes de l'Etat arrivent en vue de Riba-Riba, les Arabes ont disparu.

Chaltin n'hésite pas longtemps sur le parti à prendre et, avec le bon sens qui caractérise le Belge, il juge que ses adversaires n'ont pu prendre que le chemin des Falls ; il dispose de deux grands steamers, il y a moyen de devancer l'ennemi : à toute vapeur vers le nord I

S - lia

Dès le 12 mai, Chaltin a l'occasion de se féliciter de sa prompte décision en recevant une lettre des Stanley- Falls demandant du secours ; le 17, une missive du résident, le lieutenant Tobback, lui annonce que sa station a été attaquée le 15. Il est temps d'agir, et le 18, Chaltin culbute les Arabes des Falls et leur fait 2.000 prisonniers.

Pendant trois jours la station avait subi assaut sur assaut, mais l'énergique petite garnison, loin de se laisser abattre, avait à plusieurs reprises attaqué les positions arabes sous la conduite du courageux sergent Van Lint ; il n'est pas douteux cependant, qu'en raison de leur écrasante supériorité numérique, les Arabes ne fussent venus à bout de la résistance des troupes de la défense sans l'intervention opportune de Chaltin.

En retournant à Basoko celui-ci rencontra l'inspecteur d'Etat Fivé qui avait quitté Lusambo avec le sous-lieutenant Henry et le sergenl Jacob et accepté à Bumba les services du commandant Daenen de l'expédition Van Kerckhoven. En approchant des Falls, Fivé avait été accueilli en libérateur par les malheureuses populations riveraines qui l'acclamaient au passage en criant i « Boula matamatam » ; « le casseur d'Arabes ». Le premier contact de l'inspecteur avec les Arabes s'était produit le 21 mai au camp d'Isangi dont il s'était emparé ; il avait ensuite délogé l'ennemi successivement de Jafora^ de Jauwami et de la Romée.

Le combat de la Romée au cours duquel s'opéra la jonction de Chaltin et de Fivé, donna l'occasion à

Daenen, Henry et Jacob de se distinguer d'une façon toute particulière.

La poursuite amena les troupes de l'Etat jusqu'à Kayumbo dont elles s'emparèrent le 23 ; elle fut complétée par les opérations du capitaine Marck, du souslieutenant Henry et du sergent Rue, rétablissant définitivement l'autorité de l'Etat dans la contrée qui s'étend entre Basoko et les Falls.

Opérations du groupement de Lusambo. — Le 22 avril Dhanis s'était emparé de Kasongo, malgré la situation avantageuse des Arabes dont les moyens de défense et la situation tactique semblaient rendre un succès très problématique.

Jonction des deux groupements. — Restait à assurer la soumission du pays compris entre les Falls et Kasongo où l'influence de Kibonge était prépondérante. Une expédition fut organisée et placée sous le commandement du capitaine Ponthier.

En passant à Nouvelle-Anvers, celui-ci demanda du renfort au commandant Lothaire, qui mit à sa disposition deux cents soldats.

Une première rencontre eut lieu à Kewe avec les forces de Rachid qui avaient été chassées des Falls ; quelques jours plus tard, une nouvelle victoire, celle de Bamanga, ouvrait à Ponthier le chemin de Kirundu, résidence de Kibonge, dont il s'assurait la possession sans difficulté, le 8 juillet 1893.

Le lendemain commençait la poursuite pendant

laquelle un parti d'Arabes était dispersé, et le 10 juillet, au combat de Kima-Kima, Ponthier rencontrait les forces réunies de Racliid, de Kibonge et d'Ugarawa et les repoussait avec de lourdes pertes. Ce ne fut toutefois que le 6 août 1893, après avoir été rejoint une seconde fois, que Kibonge fut mis définitivement hors de cause.

En huit jours l'expédition a couvert 54 lieues à travers un terrain détestable composé en majeure partie de bois et de marais ; pour qui connaît les difficultés d'une marche, même normale, au Congo, il y a là un bel exemple d'endurance.

Les victoires de Ponthier débarrassèrent le nord et l'est de l'Etat des bandes dévastatrices des Arabes.

Ayant reçu de Dhanis une demande de renfort, le capitaine se rendit immédiatement à Kasongo pour arrêter avec lui un plan de campagne destiné à porter le dernier coup à la puissance arabe en attaquant Rumaliza, sultan d'Udjiji.

L'annonce de l'approche de ce dernier précipita les événements et Dhanis marcha immédiatement contre lui : déjà le 15 il venait se buter à deux solides bomas dont il ne parvenait pas à s'emparer. Le 19, les troupes de Rumaliza tentent une sortie en masse ; elle est repoussée, mais à quel prix : Ponthier à la mort, le lieutenant Lange blessé au genou et de nombreuses pertes parmi les soldats de l'Etat.

Le brave Ponthier expira six jours plus tard ; après avoir fait preuve de qualités remarquables dans le commandement de l'expédition contre Kibonge, il était venu

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se placer volontairement sous les ordres de Dhanis, combattant en première ligne et s'attelant même, à un moment donné, à une pièce avec le lieutenant Hambursin. L'homme doué d'assez de grandeur d'àme pour se plier à des besognes de second ordre après avoir commandé en chef, était digne de voir passer son nom à la postérité : aussi un poste du district de Stanleyville porle-t-il l'appellation de Ponthierville.

Dhanis attendait toujours l'arrivée de renforts avant de se décider à frapper le coup décisif.

Cependant, comme le 16 novembre les Arabes cherchaient à se dérober, il donna l'ordre de reprendre le

contact et la colonne chargée de la poursuite les rencontra à Ogella.

Ici encore, la victoire fut chèrement achetée :

l'intrépide lieutenant de Heusch, ayant découvert à la face postérieure du bomad'Ogella une brèche qui permettait de tenter un coup de main de ce coté, s'était jeté résolument en avant, mais il tomba presqu'immédiatement, mortellement atteint ; de plus quatre hommes avaient été tués et dix autres plus ou moins grièvement blessés.

Ayant enfin reçu les renforts demandés, Dhanis résolut d'en finir avec Rumaliza qui occupait une position très solide, achevai sur la Lulindi.

Heusch

Le borna occupé par le chef arabe fut attaqué par le commandant Lothaire, accompagné des lieutenants de Wouters el Hambursin. Par un hasard providentiel, le premier obus lancé y mit le feu et l'attaque fut décidée sur le champ : elle réussit au-delà de toute espérance et Rumaliza prit la fuite.

Restaient les bomas d'avant-garde ; ce fut le commandant Gillain, aidé de Rom, Van Lint el Augustin qui alla s'établir à proximité de ces bomas ; le chef Bwana M'Zé, se rendant compte de sa situation désespérée, demanda à négocier. La mission périlleuse d'entrer en rapports avec lui fut confiée à Rom qui l'avait sollicitée.

Le commandanl Lothaire se chargea de la poursuite de Rumaliza à la tête d'une troupe forte de huit blancs et de trois cents hommes. Il s'empara facilement de Kabambare.

Se dirigeant ensuite vers le Tanganika, il opéra, à Miketo, sa jonction avec les troupes antiesclavagistes.

Ceci nous amène à retourner quelque peu en arrière pour faire le récit des opérations du groupement du Tanganika.

Opérations du groupement du Tanganika. — L'éloquence persuasive du Cardinal Lavigerie, avait amené la création de la Société antiesclavagiste de Belgique qui se chargea d'organiser des expéditions qui eurent toutes pour premier objectif le Tanganika.

La première composée de MM. Hincq, de Kerkhoven et Ectors, partie d'Europe en 1890, se vit forcée de rebrousser chemin à la suite du massacre de la mission Hodister.

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La deuxième commandée par Jacques ayant sous ses ordres MM. Renier, Docquier et VrithotF, arrivait en juin 1891 à Zanzibar et marchait vers le Tanganika où elle rencontrait le capitaine Joubert. Celui-ci, ancien zouave pontifical, commandait la station de Pala où il avait tenu tête aux Arabes malgré le nombre restreint de soldats dont il disposait ; cependant sa situation était devenue très précaire et l'aide de Jacques le tira d'un mauvais pas.

Ce dernier s'occupa d'abord de la fondation de la station d'Albertville.

Le 5 avril 1892, il entrait en contact à Muny avec les Arabes de Rumaliza, mais le sort des armes ne lui fut pas favorable malgré l'impétuosité de son attaque : le malheureux Vrithoff fut tué après avoir fait preuve d'un courage surhumain. Toutefois la retraite s'exécuta en bon ordre.

Jacques se vit alors contraint de demander des renforts : heureusement qu'en Belgique, comme si on avait eu l'intuition de ce qui se passait, on avait envoyé dès le 2 avril la troisième expédition sous la conduite du lieutenant Long accompagné de MM. Duvivier et Demol.

Prévoyant qu'il se passerait du temps avant qu'une suite pût être donnée à sa demande, Jacques prit le parti le 16 août de s'adresser à Joubert qui accourut à son secours avec... Delcommune, Diderrich et Cassart que la Providence semblait avoir dirigés, au moment voulu, à l'endroit où leur présence pouvait être du plus grand secours.

Dès lors Jacques décide l'attaque du boma arabe ;

malheureusement ses hommes, pour la plupart, voyaient le feu pour la première fois, et après avoir combattu assez longtemps, ils furent pris de panique en voyant un des nyamparas blessé.

Le cœur serré, Jacques dut bien se résigner à commander la retraite, d'autant plus que le manque de cartouches se faisait sentir.

Désormais, le canon apparaissait comme le seul moyen de déloger les Arabes ; aussi la même demande revient-elle comme un Delenda Carthago dans toutes les missives de Jacques : « envoyez-moi du canon ».

Sur ces entrefaites la mission Long, dont la marche avait été retardée par les Arabes soulevés contre les Allemands , approchait du Tanganika et le lieutenant Duvivier, envoyé en avant, apportait des ravitaillements à Jacques. Celui-ci, confiant le poste d'Albertville à Duvivier, se porte à la rencontre de Long.

A peine a-t-il quitté le poste que Duvivier apprend que la famine a jeté la démoralisation parmi les occupants du boma.

Il faut sans hésiter tirer tout le parti possible de cette situation favorable et Duvivier n'y manque pas; bien lui en prend, car dès les premiers coups de feu la panique se met dans les rangs ennemis et quelques heures plus tard il ne restait plus du boma qu'un monceau de cendres.

Les appels de Jacques avaient provoqué en Belgique une émotion considérable qui se traduisit par l'envoi d'une quatrième expédition sous les ordres du capitaine Descamps et de MM. Miot et Ghargois.

Le 22 septembre 1893, le capitaine rencontrait Jacques

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à Abercorn et lui amenait deux canons et de nombreuses munitions.

Dès ce moment les forces dont disposait Jacques sont suffisantes pour agir contre Rumaliza qui venait d'envahir le Maniema après avoir, à l'annonce de l'approche de troupes allemandes d'Udjiji, déchiré le pavillon germanique.

Mais avant tout il désirait mettre hors de cause un lieutenant du sultan qui avait construit un solide boma à Mtowa sur la route du Maniema. Jacques escomptait très judicieusement que la prise de ce boma devait fortement compromettre la ligne de retraite de Rumaliza. Malgré l'emploi du canon, il fallut une journée de combat pour s'en rendre maître.

Jacques décida alors de passer le commandement au capitaine Descamps et de confier à celui-ci l'exécution de la dernière partie du plan qu'il s'était tracé : la jonction avec Dhanis.

Descamps quitte Albertville le 8 février 1894 se dirigeant vers Kabambare et le 10, il rencontre à Miketo l'avant-garde de Dhanis sous le commandement de de Wouters.

Le 19, les troupes réunies de Lothaire et de Descamps étaient à Songhera ; de là elles se dirigeaient vers Mazance d'où les Arabes prenaient la fuite à leur approche.

Rentré à Kabambare, Lothaire y fonda un vaste camp retranché destiné à parer à tout retour offensif des Arabes de l'est.

Ainsi se terminait la campagne arabe qui, après dix-neuf mois de lutte, avait débarrassé définitivement le

territoire de l'Etat des bandes dévastatrices des Arabes et amené la disparition de la traite des noirs, cette plaie hideuse qui déshonorait l'Afrique.

L'Etat du Congo réalisait de la sorte, grâce au dévouement de ses officiers, l'engagement moral que les plénipotentiaires belges avaient pris à la Conférence de Bruxelles, lorsqu'ils proposaient aux Puissances de s'obliger à poursuivre la répression de la traite.

Il serait difficile de décrire tous les actes glorieux de nos compatriotes au cours de cette campagne ; nous avons rappelé les plus connus, mais il faudrait des volumes pour les relater tous.

Qu'il nous suffise de dire que tous et à tous les degrés de la hiérarchie militaire, ont été au-dessus de leur tâche, affirmant ainsi à la face de l'Europe que l'héroïsme, l'esprit d'initiative et l'endurance, sont encore à l'heure actuelle, les qualités dominantes de notre race.

Je tiens de source sûre, de témoins qui résidaient à l'étranger à l'époque de cette remarquable campagne, qu'il est difficile de se rendre compte de l'augmentation de prestige qu'elle valut aux officiers belges, notamment chez nos voisins du sud.

Enfin il est juste d'ajouter que si les officiers y dépensèrent sans compter leur sang pour une noble cause, le Roi et la Belgique seuls firent face aux lourdes charges qu'elle entraîna.

LES RÉVOLTES Les Révoltés du Sud.

Nous abordons ici l'examen de la partie la plus pénible de l'histoire militaire du Congo.

Ce n'est plus, en effet, la période des brillantes victoires contre un ennemi que l'on attaque avec la conscience de remplir un devoir glorieux ; ce sont des rencontres avec des soldats de l'Etat qui seront d'autant plus difficiles à vaincre qu'ils auront été mieux formés par leurs officiers.

Révolte de Luluabourg. — Le 4 juillet 1895 éclatait au poste de Luluabourg la révolte des soldats batetela.

Les mutins tuaient le capitaine Peltzer, blessaient le lieutenant Cassant, en suite, après s'être emparés des armes, des munitions et des marchandises d'échange, marchaient sur la mission de Kalala Kapemba qu'ils s'empressaient de piller, puis sur le poste de Kaiec II dont les soldats de la même race venaient se joindre à eux.

Un premier détachement est envoyé de Lusambo sous le commandement du lieutenant Bollen, accompagné de Shaw et de Froment, aj^ant sous leurs ordres une cinquantaine de soldats. Deux à trois cents indigènes de Lupungu et de Pania Mutombo les renforcent.

Bollen se porte directement à Kaiec I, par où les révoltés devaient passer et leur tend une embuscade : il a couché ses soldats dans les herbes en travers du sen-

tier que suivront tantôt les Batetela; les indigènes armés de fusils à piston sont groupés à droite et à gauche du dispositif.

Cent cinquante révoltés, mal éclairés, arrivent sans s'en douter sur les hommes de BoUen dont le feu à bout portant produit des ravages sérieux et amène le désarroi dans les rangs ennemis.

Bollen croit la partie gagnée lorsqu'un clairon des révoltés sonne le ralliement : ceux-ci se ressaisissent et se reportent en avant en faisant lâcher pied aux troupes de Bollen ; abandonné de ses hommes, le malheureux officier est fait prisonnier et mis à mort après avoir été martyrisé. Shaw et Froment, plus heureux, ne furent pas atteints.

Ces révoltés sont des hommes de Gongo Lutete dont l'éducation militaire a été dirigée par Cassart et Peltzer : leur conduite dans cette action ne montre-t-elle pas d'une manière pertinente, combien cette éducation avait été soignée ?

De Kaiec I les révoltés se dirigent vers Gandu avec l'intention d'y passer le Lomami. Apprenant la chose, le lieutenant Augustin, qui commandait le poste de Gandu, fait demander du secours à Kasongo ; Lothaire lui envoya deux cents hommes sous les ordres du lieutenant Franken et du sergent Langerock.

Ils vinrent ensemble se placer sur le passage des mutins, formant ainsi une troupe comprenant cinq blancs, deux cent quatre-vingts soldats et trois à quatre cents auxiliaires. Le combat eut lieu le 18 août à environ trois heures de marche du Gandu.

LES RÉVOLTES Itinéraire suivi par les révoltés.

» » troupes de l'Etat.

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Les troupes de l'État opposèrent une belle résistance, mais l'action d'un détachement envoyé par les révoltés pour tourner Augustin par sa droite, provoqua la déroute: Augustin, Franken et Langerock furent tués.

Ce nouveau succès livre aux révoltés le poste de Gandu et leur vaut l'appui de toutes les populations du Lomami.

C'est à ce moment que le commandant Gillain prend la direction des opérations et quitte Lusambo pour se diriger vers Gandu. Malheureusement, terrassé par la maladie, il se trouve dans l'obligation de remettre la direction des opérations à Michaux. Celui-ci décidait l'attaque pour le 8 septembre.

Fractionnant ses troupes en deux colonnes, il prit lui-même le commandement de la première, aidé de MM. Konnigs, Dufour, Lapierre, Droeven et Palate et plaça la seconde sous les ordres de MM. Swenson et de Bêche. Il n'y eut malheureusement pas simultanéité dans l'action et la colonne Michaux s'étant portée sur la rive droite du Lomami, eut à faire face à elle seule à une attaque des révoltés ; aussi dut-elle bientôt se résigner à la retraite.

Au cours de cette affaire, le sergent Palate avait été tué d'une balle au front ; Lapierre, Dufour et trente-huit hommes avaient été blessés.

L'intervention de la colonne Swenson-de Bêche vint heureusement intervertir les rôles et mettre les révoltés en déroute.

En apprenant la révolte, le commandant Lothaire se hâta d'envoyer des renforts et se mit lui-même en route

avec cent soixante-cinq hommes ; son personnel blanc était formé du lieutenant Sandrart et de deux sous-offîciers.

Arrivé à Gandu, il passait immédiatement à l'attaque ; la déroute des révoltés eut été plus complète si une blessure malencontreuse n'avait pas empêché le commandant d'organiser la poursuite immédiate ; celle-ci ne fut entreprise que le lendemain et confiée au lieutenant Sandrart qui fut fait prisonnier et tué. Ses troupes se replièrent, serrées de près par les révoltés reprenant l'offensive.^ Après une contre attaque générale, Lothaire ordonna la retraite sur Lusuna où il s'occupa activement des préparatifs d'une nouvelle expédition : après avoir appelé à lui des renforts en blancs et en soldats noirs de Nyangwe, de Kasongo et de Kabambare, il reprenait bientôt le chemin de Gandu, à la tête de huit blancs et de sept cents hommes ; les renforts qu'amena Michaux portèrent bientôt son effectif total à quinze blancs et mille hommes.

Le chef d'expédition avait eu soin d'assurer la cohésion et la discipline dans sa troupe par de nombreux exercices journaliers exécutés pendant la marche.

Le 18 septembre, laissant deux cents hommes à la garde du camp, il attaquait les révoltés avec un succès complet.

Doorme marchait en tête avec les troupes de Kasongo ; il eut à soutenir le plus fort de l'attaque ; aussi le succès de la journée lui revient-il en grande partie.

Les débris des bandes de révoltés s'éloignèrent dans la direction du sud.

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Ils se réunirent bientôt aux sens de Dibué et de Kolomoni et ne tardèrent pas à faire parler d'eux ; une caravane de la zone arabe commandée par quatre blancs, fut détruite par eux ; dès lors, une nouvelle expédition s'imposait.

Doorme commandait l'avant-garde ayant derrière lui Michaux avec cent cinquante hommes et Lotliaire avec le gros ; sur la droite, Swenson disposait de cent trente hommes et de Bêche gardait la gauche avec soixantedix soldats. L'effort principal des révoltés se porta sur Swenson, auquel Lothaire dut envoyer coup sur coup le sergent Spilliart, avec septante hommes et Michaux, dont les cent cinquante soldats purent arriver à temps pour rétablir le combat, grâce à l'énergique résistance de Swenson et de Spilliart.

Vers la mi-octobre 1896, les révoltés, unis aux indigènes de Kabongo, de Dibue et de Kolomoni, menaçaient à nouveau Gandu ; cela faisait un total de cinq cents albini et de quatre à cinq mille auxiliaires.

Le commandant Michaux fut chargé de conduire les opérations : dès le 5 novembre, il avait concentré à Kolomoni sept blancs : Swenson, Gervais, Burke, Windeg, Bastien, Spilliart et Bollen, commandant à cinq cent cinquante soldats.

Dans la nuit du 11 au 12, les révoltés attaquèrent le campement avec véhémence, mais durent se retirer devant l'énergique défense des troupes de Michaux ; leur retraite ne tarda pas à se changer en débandade.

Expédition Malfeyt. — Toutes ces expéditions n'avaient cependant pas anéanti les révoltés de Luluabourg et

ceux-ci continuèrent leurs razzias, aidés d'ailleurs par les négriers arabes dont ils devinrent des pourvoyeurs sérieux et aussi hélas ! par des traitants portugais.

Ils mirent en coupe réglée toute la région du Katanga et poussèrent même jusque Pweto, excités par le traitant autrichien Rabinek.

Au moment où fut décidée l'expédition d'extermination que dirigea le major Malfeyt, ils occupaient les environs du lac Kisale. Après avoir organisé sa colonne avec le plus grand soin, le major répartit sa troupe de la manière suivante :

1) Sept cents hommes sous ses ordres directs à Buli.

2) Cent cinquante hommes avec le commandant Sannaes au confluent du Lualaba et de la Luvua.

3) Deux cents hommes confiés au capitaine Van den Broeck à Lukafu.

4) Cent hommes sous les ordres du lieutenant Saroléa sur les plateaux de l'Utembo.

5) Cinquante hommes à Kilwa avec le commis Liot. Et enfin 6) cinquante hommes confiés au lieutenant

Bouvier à Pweto.

On le voit, toutes les précautions étaient bien prises pour cerner les révoltés et les réduire à merci.

Malfeyt se dirigea vers le sud accompagné du commandant Sannaes et occupa Kikondja le 21 juillet 1901 sans difficulté sérieuse. Le 4 août eut lieu la première rencontre avec les révoltés à Muvumbi ; ceux-ci s'enfuirent vers Kilemba, mais désirant en finir, l'inspecteur les atteignit le 27 août à Mwakikanga, non loin de Kilemba.

Outre Sannaes, Malfej^t avait sous ses ordres les lieutenants Vitalis et Saroléa , les sous-lieutenants Blanchard et Lanser et comme sous-ofïîciers, MM. Hommelen, Brisoni, Bourgaux et Craybex.

Les révoltés manœuvrèrent adroitement et se battirent avec acharnement, mais après deux heures de lutte, ils durent abandonner le terrain.

Le lieutenant Hendrickx, ayant comme adjoint le sousofïîcier De Clerck et disposant de cent cinquante hommes, fut chargé de la poursuite. Il atteignit les révoltés à Tshantobo où il leur porta le coup fatal qui les décida à se réfugier en territoire portugais.

Une autre bande fut encore rencontrée par Malfeyt le 27 octobre 1901 : elle subit le sort des autres.

Enfin au mois de janvier 1902 l'inspecteur d'Etat avait

affaire non plus à des révoltés mais à une bande de

métis portugais qu'il mit également en déroute.

Le major Malfeyt sait allier à une grande fermeté, une inaltérable bonté. Ces qualités faisaient de lui à ce moment « the right man in the right place », car la politique d'apaisement qu'il appliqua dans la suite, lui valut des soumissions sans nombre et fît renaître rapidement dans la région le calme dont ces malheureuses populations avaient perdu le souvenir.

Expédition De Clerck. — Pendant plusieurs années les débris des bandes de révoltés qui avaient échappé au major Malfeyt ne firent plus parler d'eux mais, en 1907, on apprit qu'ils s'étaient alliés, notamment au chef Kapepula qui, après différents combats avec les troupes de l'Etat, était allé se réfugier au sud de Pomino. Dès

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lors une nouvelle répression devenait nécessaire, et elle fut confiée à M. De Clerck.

Celui-ci appela à lui des fractions d'un certain nombre de garnisons de façon à disposer de quatre cents soldats divisés en huit pelotons de cinquante hommes commandés par sept blancs et un gradé noir.

Les révoltés disposaient de six cents fusils perfectionnés et de deux mille quatre cents fusils à piston.

La concentration s'opéra de manière à maintenir les révoltés dans le triangle formé par les trois positions de Kimpuki, Kapepula et Yamba-Yamba.

Le 22 juillet 1907, De Clerck s'empare de Yamba- Yamba, puis laissant à cet endroit le sous-lieutenant Grauwet et l'agent militaire Grieco avec cent vingt hommes pour s'y installer solidement, il se porte vers Kapepula avec soixante-quinze soldats afin d'y agir de concert avec le l*^'' sous-officier François.

Au cours de cette marche. De Clerck est cerné par les révoltés auxquels manque heureusement le courage de l'assaut ; prompt à saisir ce moment d'hésitation, le chef de colonne, avec un esprit de décision qu'on ne saurait assez louer, fait sonner la charge, et provoque du coup la panique dans les rangs de ses assaillants.

De Clerck s'empare de Kapepula le 28 juillet, puis laissant Caroyer à Kimpuki, et accompagné de Viciani,

de Kùhn et de deux pelotons et demi il se met à la recherche des gens de Kimpuki sans parvenir à les rencontrer. II prend alors les dispositions suivantes : les trois positions conquises seront occupées par des garnisons de cinquante à soixante-quinze hommes qui se fortifieront en édifiant des palissades et une colonne volante de deux cents hommes poursuivra les révoltés sans leur laisser de répit.

Dès ce moment les combats vont se multiplier dans des proportions telles qu'il devient impossible de les citer tous.

La colonne mobile s'empare successivement du campement de Kapepula et de celui de Kimpuki ; le chef Kimpuki et son frère, sont parmi les tués; le 29 août, le chef Yamba-Yamba trouve la mort en défendant son campement.

Le 8 septembre, la colonne mobile de Viciani se porte vers les débris de trois groupes qui se sont réunis et les atteint le 11 : ce fut une rude journée et les troupes de l'Etat combattirent avec une grande bravoure ; à un moment donné Grauwet, attaqué par des forces vingt fois supérieures est obligé de former le carré.

Apprenant que les révoltés se sont à nouveau réunis, De Clerck décide de réduire les garnisons de façon à former une colonne de deux cent cinquante-huit combattants.

L'audace des révoltés va croissant ; de nouveaux combats leur sont livrés les 10, 11 et 12 novembre.

Le 18 novembre la prise d'un campement s'effectue avec une facilité relative, mais les troupes de poursuite

sont à un certain moment serrées de si près qu'elles doivent recourir au carré.

De Clerck tente alors d'afîamer les mutins par la destruction des plantations, pendant que des reconnaissances sont envoyées chez les Kioko, qu'on soupçonne de donner asile aux révoltés et de leur fournir des armes perfectionnées.

Pendant les mois de janvier et de février, la prise de plusieurs campements produit chez les mutins des pertes considérables et dès le 13 une détente semble se produire.

Le 21, après la prise du campement de Kapepula, ce chef vient faire sa soumission et se retire sur la rive droite du Lubilash.

Cependant il n'est pas suivi par tous les révoltés et le 2 mars De Clerck apprend que les insoumis veulent se diriger vers le sud avec l'intention soit de passer en territoire portugais, soit de se joindre au chef Kalamba de la région de Mai-Munene.

- Immédiatement il organise une colonne volante et le 5 la poursuite commence ; les troupes font preuve d'un courage et d'une endurance remarquables.

Le 11 mars deux émissaires des révoltés se présentent: c'est la soumission complète ; le 12 mai, enfin, la campagne était complètement terminée et les mutins remettaient toutes leurs armes.

On ne saurait assez louer l'esprit de décision et l'activité inlassable du chef d'expédition. Il ne se passe pour ainsi dire pas de jour sans combat, et malgré le nombre élevé des rencontres, les troupes de l'Etat ne subissent pas un insuccès.

Tout commentaire serait superflu.

Les Révoltés du Nord-Est

La Révolte de Dirfi. — Comme nous l'avons vu précédemment, le 14 février 1897 l'expédition Dhanis avortait par la révolte de son avant-garde.

Les mutins reprirent la direction du sud et rencontrèrent des bataillons en marche dont bon nombre de soldats firent cause commune avec eux; parmi les victimes de ces révoltes successives, citons les sergents Tagon et Closset.

Dhanis résolut d'arrêter les révoltés à Ekwanga, au passage de l'Aruwimi, mais en présence de leur supériorité numérique, il dut renoncer à son premier projet. L'honneur de couvrir la retraite dans ces circonstances difficiles, échut à deux officiers belges : le commandant Julien et le sous-lieutenant Delecourt. Grâce au sacrifice de leur vie, ils permirent au chef d'expédition de ramener sa colonne à Irumu, en subissant toutefois de nouvelles pertes parmi lesquelles le sous-lieutenant Dhanis, frère du baron, le capitaine Cromberg et l'armurier Crahez.

A ce moment deux mille fusils Albini et de nombreuses munitions étaient entre les mains des révoltés ; la désertion des deux cents Tanganika amenés par Hambursin vint encore aggraver la situation.

Les débris de la colonne Dhanis se replièrent sur Avakubi pendant que les révoltés poursuivaient leur marche vers le sud, pillant les stations sur leur passage et massacrant les garnisons qui leur résistaient.

Il s'agissait d'organiser la poursuite.

Le commandant Henry à la tête de trois cents soldats se porte vers Mawambi et de là sur Kisenge qu'il atteint le 21 juin 1897 pour y apprendre la marche des mutins vers le sud ; déjà à Mokupi, il avait été rejoint par le lieutenant Sannaes qui, accompagné de quarante hommes avait eu l'occasion de repousser un parti de révoltés ayant pris la direction de la Semliki et attaqué le fort anglais de Katwe.

Accompagné des lieutenants Derclaye, Friart et Sannaes ainsi que des sergents Kimpe et Sauvage, Henry reprend la marche en avant et surprend les révoltés le 15 juillet 1897 au combat de la haute Lindi ; ceux-ci étaient divisés en deux camps commandés par Kalula et Kandolo. Le second se débanda en moins d'un quart d'heure, mais les hommes de Kalula attaquèrent Henry avec une telle impétuosité, que les blancs durent payer de leur personne pour maintenir leur troupe. Après trois heures d'un combat au cours duquel Sannaes tombait frappé à bout portant, Henry restait maître du terrain, mais eu égard à la fatigue extrême de ses hommes, il dut se résigner à reprendre le chemin du Haut-Ituri après une poursuite d'une demi-heure.

Le baron Dhanis, qui entretemps avait reçu des renforts, reprit alors personnellement la direction des opérations, après avoir organisé sa base en fortifiant Stanleyville et Nyangwe, et en posant des camps à Kirundu et à Kasuku.

Une bande de révoltés s'étant portée vers Kibanga au nord du Tanganika et y ayant mis le feu à l'ancien

établissement de la mission, le lieutenant Dubois se mit en route pour rejoindre Doorme qu'il croyait en marche vers le Tanganika. Malheureusement le 13 novembre 1897, à trois étapes du nord d'Uvira.il fut surpris par le groupe des révoltés originaires du Tanganika.

Le chef de bande, Tslianguvu, avait réparti très adroitement ses hommes de manière à simuler une attaque par des troupes très supérieures en nombre ; du côté de Dubois, les soldats ne disposaient que de dix cartouches par homme, car l'ofïîcier, ne se doutant pas du danger qui le menaçait, n'avait pas donné l'ordre d'ouvrir les caisses contenant la réserve de dix mille cartouches. Vo^'ant que l'issue du combat n'était pas douteuse, Dubois engagea ses hommes à le quitter et continua la lutte seul, en désespéré.

Mais tout a une limite et le malheureux officier se vit bientôt contraint de se cacher dans la brousse où il erra pendant deux jours.

Cependant le 15 novembre, Dubois, décidé à en finir, se rend chez les mutins, où il est accueilli par une grêle de balles. Alors se passe un fait extraordinaire : en voyant à terre, mortellement blessé, le courageux officier belge, les révoltés présentent les armes ! Tant d'héroïsme a produit sur ces âmes frustes une telle impression que ces noirs, ces sauvages, rendent au blanc un hommage que seuls les êtres civilisés ont coutume d'exprimer.

Les soldats de Dubois qui échappèrent au massacre furent amenés à Towa par le capitaine Tielemans.

Entretemps Dhanis s'était décidé à envoyer le détache-

ment Doorme à la recherche des révoltés en lui assignant comme étapes Micici, Shabunda et Kaware-Ware. 11 lui donne comme adjoints les lieutenants Tombeur, Mellaerts, Adlerstrahle, Paternostr.e, De Ceuninck, le docteur Meyers et les sous-offîciers Vermeulen et Eliard.

Doorme ne tarde pas à apprendre que l'ennemi commettait la faute de se diviser en deux groupes : celui du Tanganika comprenant trois cents hommes et celui de Boko formé en deux bandes; l'une de celles-ci, la bande de Saliboko (six cents hommes), avait échappé à Henry et se tenait à Boko même ; l'autre, celle de Kandolo, forte de mille hommes environ était arrêtée à deux journées de là.

Ne recevant pas les renforts qu'il avait demandés à Dhanis, Doorme n'hésite pas à pousser de l'avant et le 23 décembre 1897, il inflige un échec complet aux révoltés de Boko ; les débris de Saliboko allèrent renforcer les forces de Kandolo. Malheureusement ce succès était chèrement payé par la mort de Mellaerts.

Dans une nouvelle rencontre qui eut lieu le 10 janvier 1898 à Piani Kikunda, Doorme après avoir infligé des pertes sérieuses aux révoltés dut, après quatre heures de combat donner le signal de la retraite : toutes les munitions disponibles avaient été brûlées. Il se retira sur Kasoko.

Quant au groupe du Tanganika, c'est le commandant Long qui fut chargé d'opérer contre lui. Parti de Kasongo, il quittait Kabambare le 14 décembre à la tête de cinq cents soldats et de sept adjoints blancs parmi lesquels les lieutenants Van de Moere et Stevens.

Le 2 janvier 1898. Long installé chez le chef Simorane était attaqué vers deux heures et demie du matin mais parvenait à repousser les mutins avec des pertes sérieuses ; le commandant Langhans avait été tué au cours de cette surprise.

Le commandant Long fit alors preuve d'un rare courage : sachant qu'il avait toujours été aimé de ses anciens soldats, actuellement révoltés, et croyant pouvoir obtenir leur soumission, il se porta à une journée de marche de leur campement avec quelques hommes seulement et leur dépêcha des émissaires pour entrer en pourparlers. Pendant deux jours, presque seul, il attendit la réponse qui ne fut pas favorable. Ce ne fut pas là un acte posé dans l'ardeur d'un combat, mais une détermination froidement prise et mise bravement à exécution, malgré le sérieux danger couru, car rien n'eut été plus facile aux révoltés que de venir massacrer cet audacieux.

Cependant le succès de Long n'avait pas été assez décisif pour empêcher les révoltés de continuer leurs attaques de villages et leur commerce d'esclaves.

Le commandant De Bergh reçut mission de les exterminer : il disposait d'un effectif total de deux cents hommes commandés par Deffense, Andrews, Chargois, Harinck et Mohonval. Parti de Towa par voie d'eau il réoccupa le poste L'Uvira le 27 décembre 1897.

Le combat de Kaboge (avril 1898) fut d'abord favorable aux révoltés. Le lieutenant Chargois (soixantequinze hommes, adjoint Harinck) et le sous-lieutenant Deffense (soixante-quinze hommes, adjoint Andrews)

subirent en effet, seuls, au début de l'action, l'effort des mutins trois fois supérieurs en nombre, et déjà les troupes de l'Etat rétrogradaient, lorsque la réserve, arrivant à la rescousse, permit de reprendre l'offensive et de changer en défaite le demi-succès des révoltés.

Cependant ceux-ci continuaient à menacer le poste d'Uvira. Décidé à en finir, le commandant De Bergh prit avec lui cent trente hommes et partit dans la nuit du 17 mai; au moment où le lendemain il se préparait à reprendre la marche, sa colonne fut attaquée inopinément : De Bergh mort et Tielemans blessé, tel fut le bilan de cette triste journée.

Nous avons laissé le groupe de Boko à Piani-Kikunda, d'où il se dirigea vers Kaware-Ware et au sud.

Dhanis envoj'a contre lui la colonne Svenson, composée de sept cents soldats de choix. Pendant que le chef de colonne restait à Shabunda pour observer la route, un détachement de trois cent vingt soldats, sous les ordres du lieutenant Glopie, accompagné de Marcussen et de Paternostre, se dirigeait vers l'est à la recherche des révoltés. Glorie campait depuis quatre jours à Gwese, lorsque le 17 juin, à huit heures et demie du matin, il vit déboucher l'ennemi de la montagne située au nord du village ; bien que les révoltés fussent au nombre de six cents, l'officier belge parvint à les refouler vers Uvira.

Au commencement du mois d'octobre, trois colonnes étaient en marche vers Kabambare, pour y opérer leur

jonction : la colonne Svensonftrois cent trente hommes) dont le chef, malade, a dû remettre le commandement au lieutenant Stevens, la colonne Adierstràhie (trois cent quatre-vingts soldats) et la colonne Alban Lennaire (deux cent soixante hommes).

Le 27 octobre Stevens avait atteint Sungula où il avait été rejoint par le capitaine Hardy.

Le 4 novembre 1898, à l'aube, il subissait une attaque enveloppante qui lui coûtait le capitaine Hardy et le sergent Ardevel ; la résistance ne pouvant se prolonger à cause de la grande disproportion de forces, il se voyait forcé de donner le signal de la retraite et rencontrait successivement, trop tard hélas 1 les renforts d'Alban Lemaire, la colonne Adierstràhie et les troupes de Long.

Les révoltés victorieux se lancent vers Kabambare et dès le 13 novembre, ils sont en contact avec les avantpostes que dirige le lieutenant Sterckx. Le lendemain matin branle-bas de combat ; malheureusement Sterckx trop confiant, ayant permis aux hommes du chef N'Guma de pénétrer dans la place la veille, le désordre fut immédiatement porté à son comble. Résultat : Sterckx, Rahbeck et deux cents soldats tués, le lieutenant Adierstràhie, les sergents Van Herck, Schrynmackers et plusieurs noirs blessés.

Tout ce qui put s'échapper se replia en désordre sur Kasongo : ce que fut cette retraite, aucune plume ne saurait le décrire !

A Kasongo, Dhanis se hâte d'organiser une colonne de huit cent cinquante hommes qu'il confie au docteur

Meyeps qu'accompagnaient le commandant Sund, les lieutenants Delhaize, Peterson, Lindholm, Tandrup, Myrrhe et le sergent Bernard.

Une seconde colonne forte de cinq cents hommes était placée sous les ordres directs du chef d'expédition, secondé par le commandant Rue et le sergent Eyckermans.

La colonne d'avant-garde (Sund) réoccupa Kabambare sans coup férir.

Apprenant que les révoltés s'étaient repliés sur Sungula, Meyers, avec une promptitude de décision remarquable, décida de se porter vers eux sans même attendre les renforts de Dhanis. Le 31 décembre, à six heures du matin, Meyers les surprenait à Bwana-Debwa et, après cinq heures d'une résistance désespérée, les mutins s'enfuirent en désordre vers le village de Lubilo. Succès chèrement acheté : du côté des troupes de l'Etat, quarante tués et quatre-vingts blessés.

Cependant les bandes de révoltés continuaient leurs déprédations dans la région située au nord-ouest du Tanganika et, le 20 juillet 1899, ils entouraient au nombre de deux mille cinq cents, le camp de Sungula, croyant surprendre le commandant Hennebert. Mais celui-ci, qui n'avait négligé aucune mesure de sécurité, les accueillit avec un calme qui impressionna sa troupe et assura le succès. Chassés par une sortie d'Hennebert, les mutins se dirigèrent vers Baraka.

La colonne du commandant Hecq, concentrée à Sungula, fut chargée de les en déloger ; elle compre-

liait huit cents hommes et quatorze Européens dont Hennebert, le capitaine Verhellen et le lieutenant Conterio.

Le 8 octobre la colonne était attaquée sans succès non loin de Baraka. Apprenant qu'il n'avait eu affaire qu'à une fraction des révoltés, Hecq se porta successivement vers les trois autres groupes et les défit.

Enfin le 10 du même mois, décidé à en finir, le commandant de colonne se portait vers Kaboge occupé par le fameux Tshanguvu, chef suprême des mutins.

Le 12 octobre ces derniers attaquaient le camp, mais après quatre heures de combat, ils battaient en retraite sur toute la ligne ; la poursuite dura trois jours. Hecq réoccupa Uvira où ses hommes trouvèrent à se ravitailler largement.

Au mois de mai 1900, des révoltés ayant à nouveau été

signalés à Pimba, au nord-est de Sungula, les troupes

de l'Etat se portèrent à leur rencontre sur trois colonnes,

mais ils n'attendirent pas le choc et s'enfuirent vers le sud.

Enfin le 31 juillet de la même année de nouvelles bandes de mutins s'approchèrent jusqu'à une demijournée de marche du camp de Luburizi ; le capitaine Poortmans accompagné d'un blanc et de cent hommes les mit en déroute et une poursuite active les obligea à passer la frontière allemande où ils furent désarmés,

La Révolte de Shinkakasa.

On conçoit aisément qu'à la suite de ces révoltes,

l'Etat n'ait plus conservé qu'une médiocre confiance dans ses soldats de race batetela ; aussi fut-il décidé qu'on les isolerait dans les stations de Léopoldville et de Tumba ainsi qu'au fort de Sliinkakasa.

Ce qui va suivre prouve que cette mesure était justifiée.

Le 17 avril 1900, à l'appel de l'après-midi, les Batetela du fort se mutinaient, désarmaient les sentinelles, tuaient un blanc, en blessaient un autre.

Le lieutenant Bernard parvint à maintenir pendant un certain temps dans le haut du fort les 102 révoltés, mais bientôt ceux-ci mirent à sac une factorerie voisine.

A deux heures et demie la compagnie de Boma marchait vers Shinka et une heure plus tard, on échangeait les premiers coups de feu.

A quatre heures et demie commençait le bombardement de Boma qui devait durer deux jours sans produire un effet sérieux.

Un détachement venu du camp de Luki, vint bientôt renforcer la compagnie d'attaque.

Pendant la nuit du 18 au 19, les révoltés parvinrent à s'enfuir.

Immédiatement une colonne de poursuite fut organisée et placée sous le commandement du lieutenant Syllie.

La révolte est définitivement étouffée.

L'histoire ne dira jamais ce qu'il s'est dépensé de courage obscur, d'abnégation et d'énergie dans ces combats, où l'on ne pouvait avoir confiance qu'en soi-

itf Yff iti" W ur Iti' Iti' "if l' yff 1ti' Iti" Itr If l' Vtf Itf 1ti' Iti tti Iti" Iti Itf Vff tf 1 Ui' Ui tf ; ^ti if ( lli It. Ui ^; it; ^; ^.- Vti Ut '>♦■• ^- ^♦^ +4t u* *+!, -it Ml -l' Mv ?r ;4i. -41 M'v -V- ,'ii Jii .Uv ^uv ly- ,'ii /i> JV> ili Mi ^uv Jii -'V- ^ii 'it 'iv jVv ^v- M'. 7;t ?r TT, îj* 7ît tr ^4', nt ^t

même ; où l'on n'était jamais sur qu'au plus fort de la bataille, on n'allait pas voir ses propres soldats faire cause commune avec les mutins; où l'on avait la perspective de subir les pires supplices, si le malheur voulait qu'on tombât vivant entre les mains de ces derniers. Si, comme nous l'avons dit plus haut, l'histoire des révoltes correspond à la période la plus pénible qu'ait traversée l'Etat, il est consolant de constater que même dans des circonstances aussi critiques, le Gouvernement était en mesure de faire respecter son autorité.

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