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LES OPÉRATIONS ISOLÉES

Nous avons examiné jusqu'à présent les opérations de grande envergure ; il nous reste à dire un mot des opérations isolées, qui, si elles ont eu moins de retentissement, n'en ont pas pour cela exigé de la part de ceux qui y ont pris part une moindre somme de courage et d'énergie.

Il ne faut pas perdre de vue, en effet, qu'il faut bien plus de force de caractère à un blanc livré à lui-même, qui sait qu'il n'a comme témoin de ses défaillances éventuelles que sa propre conscience, pour faire son devoir en toute circonstance, qu'à celui qui combat sous les yeux de ses chefs et dans le coude à coude de ses camarades.

Cependant, comme le récit détaillé de ces opérations nous eut entraîné trop loin et que d'autre part nous eussions pu passer sous silence des actes méritants posés par tel ou tel agent, ou donner des développements exa-

gérés aux faits d'armes de tel autre, nous nous bornerons à des indications générales sur les opérations en question.

En 1898 le commandant Van Bredael et plus tard le lieutenant Desaegher, conduisent une expédition contre les Bankusu, tribu turbulente qui se refusait obstinément à reconnaître l'autorité de l'Etat.

Dans le courant de la même année, le puissant chef avungura Bokoyo s'étant mis en révolte ouverte, le commandant Gérard fut chargé d'assurer sa soumission ; il avait comme adjoints le commandant Wtterwulghe, les lieutenants de Rennette de Villers-Perwin, Yannart et de Brabant et le sous-lieutenant Andersen. Bokoyo s'était construit une zériba formidable dont on ne parvint à s'emparer qu'au prix d'énormes difficultés. Le commandant de la colonne lui-même fut blessé au cours du combat.

En 1898 également, une tribu insoumise de la Mongala, les Budja, aj^ant massacré des agents d'une société de commerce, une expédition placée sous les ordres du commandant Lothaire, fut dirigée contre eux ; le commandant Van Doorm et les lieutenants Vandebossche, De Meulemeester, Moureau et Fabry lui étaient adjoints. Après dix jours de marche, Lothaire fut attaqué luimême, mais toutes les précautions étaient bien prises et les Budja dispersés vinrent faire leur soumission.

En 1899 le commandant Verdussen est obligé à deux reprises d'entrer en campagne contre les Budja-Eloa.

L'année suivante, quarante hommes de Weynants tombaient dans une embuscade et se faisaient massacrer jusqu'au dernier. L'officier lui-même, ne disposant que

de trente hommes, était bloqué dans son poste lorsque le lieutenant Gilson accourut à son secours avec deux cents hommes après avoir été assailli à son tour. Weynants fut laissé au poste avec cent hommes, mais on apprit bientôt que le 4 mars il avait été massacré avec tous ses soldats au nord de Yalombo.

Un trait à citer : lors de cette révolte, un sergent noir tint tête avec vingt soldats à plus de cinq cents Budja et ce pendant plus de trois jours : n'y a-t-il pas là une preuve indéniable des brillants résultats qu'obtiennent au Congo la patience et le dévouement de nos officiers ?

Des mesures énergiques s'imposaient.

Le 9 juillet 1900, Verdussen quitte Dobo avec cinq cents soldats et quatre blancs pour opérer contre les Budja-Risasi, puis, poussant plus au nord, il se rend chez les Budja-Eloa. A Yalombo trois mille Budja attaquent la colonne de l'officier belge, mais leur déroute est complète.

En octobre 1900, nouvelle révolte des Eloa ; c'est encore Verdussen qui se charge de la répression et de sérieuses difficultés entravent sa marche : ici il vient se buter à une formidable palissade ; plus loin c'est une embuscade qui est tendue à ses troupes.

En juin 1901 une nouvelle expédition fut entreprise par le commandant Mardulier.

Après trois années de tranquillité, un nouveau soulèvement eut lieu en 1905. Le commissaire général Gérard parvint à faire rentrer les indigènes dans la voie du devoir, sans tirer un coup de fusil.

Au commencement de l'année 1900 la tribu des

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Azande, sous la conduite du chef Engwetra, menaçait sérieusement les voies de communication ; aussi le commissaire de district de TUele, le capitaine Verstraeten, entreprit-il contre eux une opération de guerre. Il disposait comme personnel blanc des sous-lieutenants Tilkens, Hutereau, Lespagnard et Landeghem et du médecin Casalini ; sa troupe était forte de deux cent quatre-vingts hommes. Après avoir fait face à de nombreuses attaques vigoureusement menées, mais non moins vigoureusement repoussées grâce à la cohésion des troupes et aux heureuses dispositions prises par le chef de colonne, Verstraeten arrivait le 5 mars en vue du village d'Engwetra que l'ennemi en fuite avait incendié.

En 1901 les Ababua ayant pillé le poste de Libokwa et toute la région menaçant de se soulever, le commissaire de district de l'Uele, le commandant Lahaye, réunit à Bomokandi (Bambili) une expédition de six cents hommes, comportant comme Européens : le capitaine Laplume, les lieutenants Versluys, Landeghem, Breyssen, Thibaut et Perin, le sous-lieutenant Dewalque et le docteur Védy. Lahaye se porta contre Bima, mais il fut attaqué lui-même et son arrière-garde fut complètement cernée ; elle était commandée par Dewalque, qui, blessé d'un coup de lance au côté gauche, ne tardait pas à expirer. Les Ababua furent néanmoins complètement écrasés.

Une nouvelle rébellion de la même tribu nécessita en 1902 une nouvelle expédition que dirigea le capitaine Lespagnard aidé de MM. CoUin, Stevens, Marillus, Devos et Kyper.

Les trois cents soldats concentrés à Bomokandi, furent divisés en six colonnes qui devaient se réunir à Zobia, pour de là pointer vers Libokwa. Au village de Bagui, une violente attaque se produisit, mais elle fut repoussée et la colonne atteignit Libokwa d'où elle se porta à la rencontre du chef Zeperet. Le 5 juillet, une nouvelle et violente attaque des Ababua eut le sort des précédentes.

Pour assurer l'occupation effective du pays des Abandia, une démonstration, placée sous la direction du commandant Holm, accompagné de quatre cent cinquante soldats, y fut opérée en 1905. Bien que l'officier eût pris soin d'avertir Djabir de ce que cette expédition n'était pas un acte hostile dirigé contre lui, il fut accueilli à coups de fusil dès l'entrée dans le territoire du sultan et blessé, de même que le sergent-major Leclercq. Les troupes de Holm marchèrent alors à l'assaut de la zériba qui fut prise ; malheureusement le chef succomba à sa blessure.

La saison des pluies (juillet à septembre) interrompit momentanément la répression ; elle fut reprise à la saison sèche par une expédition de six cents hommes, commandée par le commandant Quiévreux et le capitaine Uittenhove.

A la suite de la défaite qui fut infligée à Djabir le sultanat fut divisé en trois chefferies, sous la direction d'anciens vassaux du sultan, tout dévoués à l'Etat.

D'autres tribus turbulentes durent encore être mises à la raison : telles sont celles des Medje du Nepoko, des Momvu du Bomokandi et des montagnards de la Semliki.

Le 17 décembre 1906, les troupes de l'Etat enlevaient d'assaut le borna du chef Mwene Tonto, du secteur de la Lulua : celui-ci était depuis plusieurs années en état de rébellion ouverte, et pillait tout ce qui passait à sa portée.

Vers la même époque un autre chef important : Kalamba, du sud-ouest de Luebo, qui pratiquait la traite sur une large échelle, fut également anéanti.

Le 8 septembre 1905, des Topoke massacraient deux agents de la Compagnie du Lomami et plusieurs noirs de la factorerie ; le corps de police du Lomami, intervenant aussitôt, arrêta les coupables, qui furent déférés à la justice.

En avril 1906, deux factoreries établies dans la Wamba furent également pillées ; un agent blanc fut tué ; cette fois ce fut au tour du corps de police du Kwango d'intervenir et d'arrêter le principal coupable, le Kiamfu Pelende.

D'autres opérations furent encore rendues nécessaires par l'incendie de la factorerie d'Isambi, l'attaque de la mission suédoise de Kingoie dans le nord de l'ancien district des Cataractes et les troubles de la région de la Maringa Lopori où le commissaire général Gérard trouva une fois de plus l'occasion de faire montre de ses qualités de calme, de doigté et d'énergie.

Dans le courant de l'année 1908, 26 opérations de police ont été ordonnées ; celles-ci sont, en somme, des promenades militaires effectuées avec une force suffisante pour donner aux indigènes l'impression que toute rébellion contre l'autorité de l'Etat pourrait devenir

dangereuse pour eux, mais au cours de laquelle il n'est pas fait usage des armes.

Un certain nombre d'opérations militaires ont été menées à la même époque : ce sont d'abord celles contre le chef Bazia de la Gurba-Dungu, qui se livrait à des pratiques barbares et prêchait dans sa région la révolte ouverte contre les autorités et contre les Barumbi dans l'ancienne zone des Stanlej^-Falls ; ensuite l'opération contre les Mituku dans l'ancienne zone de Ponthierville et enfin celle dirigée contre le chef Maboko qui terrorisait la région à l'ouest du lac Edouard par ses actes de banditisme.

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