L'ORGANISATION RATIONNELLE DES DIFFÉRENTS SERVICES
En tète des devoirs d'un Etat se place naturellement l'organisation irréprochable de ses services qui remplit, au regard du gouvernement, le rôle de l'outil sans lequel l'ouvrier, quelqu'habile qu'il soit, est impuissant.
A ce point de vue, le résultat obtenu en moins de vingt-cinq années, au Congo, supporte avantageusement la comparaison avec ce qui s'est fait dans les autres colonies du centre de l'Afrique ; il est d'autant plus remarquable que l'œuvre fut réalisée malgré des difficultés que ne connurent pas celles-ci.
Le Congo belge est une colonie ayant une personnalité distincte de celle de la métropole.
Son Souverain, Sa Majesté Albert \^^, exerce à la fois le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif sous la responsabilité du Ministre des Colonies.
L'Administration centrale du Ministère des Colonies comprend : le Cabinet du Ministre, le secrétariat et cinq directions générales.
Le gouvernement local à Boma, est assuré par le
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Gouverneur général aidé de neuf directeurs placés à la tête de Directions qui dirigent les grands services de l'Etat. Un vice-gouverneur du Katanga est investi des pouvoirs législatifs du gouverneur général.
2.386 fonctionnaires et agents, dont 248 ressortissant au vice-gouvernement général du Katanga, résident actuellement dans la colonie.
Celle-ci comprend vingt-deux districts :
Le district du Bas-Congo.
» Moyen-Congo.
» lac Léopold II.
» de l'Equateur.
» de la Lulonga.
» des Bangala.
» de rUbangi.
» du Bas-Uele.
» du Haut-Uele.
» de l'Aruwimi.
» de Stanleyville.
» de rituri.
» de la Lowa.
» du Kivu.
» du Maniema.
» du Tanganika-Moero
» du Haut-Luapula.
» de la Lulua.
» du Lomami.
» du Sankuru.
» du Kasaï.
» du Kwango.
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A la tête de chaque district est placé un commissaire de district. L'ancienne subdivision des districts en zones et secteurs a été supprimée ; actuellement, le district est divisé en territoires dirigés par des administrateurs
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Les districts.
territoriaux placés sous l'autorité immédiate des chefs de district.
Enfin le dernier échelon administratif est la chefferie placée sous l'autorité du chef indigène.
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\POPUiATiOff BELGE
La population non-indigène au Gong^o.
La consécration, sous le contrôle des fonctionnaires blancs, du pouvoir du chef indigène, est une des mesures les plus politiques que le jeune Etat ait été appelé à prendre. Bailleurs, pour un grand nombre d'entre eux, elle existait déjà en fait depuis 1891 et avait du reste toujours attiré l'attention du Gouvernement.
A l'heure actuelle plus de deux mille chefferies et souschelYeries sont organisées et reconnues.
La population blanche s'élevait en 1910 à trois mille trois cent nonante-neuf dont mille neuf cent vingt-huit Belges.
Nous n'entrerons pas dans les détails de l'organisation que renseignent d'ailleurs des ouvrages spéciaux.
Nous nous bornerons à examiner ceux des organismes qui répondent davantage à la mission civilisatrice que s'est assignée l'Etat indépendant dès sa fondation.
LA RÉGÉNÉRATION iMORALE DE L'INDIGÈNE L'enseignement.
Il ne suffit pas, pour assurer le relèvement moral des populations indigènes, de leur donner le goût du travail ; il faut encore leur fournir les moyens, une fois ce premier résultat acquis, de continuer à gravir les différents échelons qui les mèneront, en fm de cause, au maximum de progrès dont elles sont susceptibles.
Population blanche comparée :
1910. Protectorat du Kameruni 1284
1911. Protectorat de l'Afrique orientale britannique. . 2000 1910. Protectorat de l'Afrique orientale allemande . . 3756
L'enseignement est un des facteurs puissants qui facilitent cette tâche ; aussi l'Etat du Congo s'y est-il particulièrement intéressé.
Une commission de l'enseignement a été instituée à Borna.
Des commissions fonctionnant dans les différents districts, examinent la situation des enfants abandonnés, délaissés ou orphelins, et dès qu'il est établi que ces malheureux n'ont à compter sur l'aide d'aucun parent, l'Etat les prend sous sa tutelle jusqu'à l'âge de 21 ans.
Ils sont alors envoyés dans les colonies scolaires de Boma et de Nouvelle- Anvers, dirigées, la première par les Frères des écoles chrétiennes, la seconde par les Pères de Scheut. A Boma les garçons sont initiés soit aux connaissances primaires, soit à la pratique des petits métiers ; une éducation militaire est donnée, en outre, aux pupilles normalement constitués. La section des filles est installée à Moanda. Quant à la colonie de Nouvelle-Anvers, elle présente un caractère exchisivement militaire.
A l'issue de leur stage dans les colonies scolaires, les pupilles sont versés dans les services administratifs ou dans la force publique.
Ceux compris dans cette dernière catégorie qui se sont particulièrement distingués, sont envoyés à l'école des sergents comptables de Boma.
L'attention du Gouvernement s'est portée surtout sur l'organisation des écoles professionnelles : des écoles de ce genre sont notamment annexées aux ateliers de l'Etat à Boma, Léopoldville et Stanleyville. Les sujets
des colonies scolaires ou des écoles primaires qui ont fait preuve d'aptitudes spéciales pour les professions manuelles, y sont, pendant deux années, initiés au métier de leur choix. Une quatrième école professionnelle, érigée au Jardin botanique d'Eala, s'occupe de la formation de chefs de culture.
De plus une école pour infirmiers s'est ouverte à Borna, où fonctionnent également une école de candidats commis choisis parmi les élèves originaires des colonies scolaires ou des écoles primaires, qui ont témoigné d'aptitudes spéciales pour les professions de commis, de clerc, etc., et une école gardienne.
Des écoles primaires dont le programme embrasse l'enseignement primaire et l'enseignement professionnel sont installées à Léopoldville, Stanleyville, Lusambo, Buta, Kabinda et près d'Elisabethville ; cette dernière localité sera dotée sous peu d'une école pour enfants européens.
Une école de filles est aménagée à Léopoldville.
Les missionnaires s'occupent également d'enseignement sur une grande échelle : notamment à Lusaka où les Pères blancs forment des instituteurs indigènes et des commis de couleur, et à Tumba, où les Pères rédemptoristes ont créé un établissement réservé d'une façon exclusive aux enfants mulâtres pour lesquels le Gouvernement se propose de créer une colonie ; de plus quelques établissements scolaires sont desservis par des membres de congrégations enseignantes de la métropole : la population totale des écoles des missions catholiques comporte de dix-huit à vingt mille enfants.
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Les Missions.
La part qui revient aux missions dans l'œuvre civilisatrice est considérable : la régénération de la race noire est, en effet, l'objet des préoccupations des missionnaires et leur participation à l'œuvre d'enseignement est un appoint sérieux aux efforts teniés par le Gouvernement dans cet ordre d'idées.
L'activité des missionnaires ne se manifeste pas par des actions d'éclat, mais par un travail régulier, continu et obscur qui en augmente le mérite. Aussi n'est-il pas toujours facile de se rendre un compte exact du résultat obtenu ; les statistiques permettent de s'en faire une idée, incomplète, il est vrai; les chiffres que nous donnons plus loin, sont néanmoins suggestifs.
Les missionnaires qui se consacrent à l'œuvre d'évangélisation au Congo appartiennent soit à la religion catholique, soit à des sectes protestantes.
Missions catholiques. Le territoire est divisé, au point de vue religieux, en trois vicariats et six préfectures sans compter les missions.
Le vicariat apostolique du Congo belge occupe une grande partie du bassin central.
Il est confié à la congrégation de Scheut (soixante-dix religieux — treize postes principaux — vingt-cinq postes secondaires — huit mille neuf cent septante-deux chrétiens — vingt-quatre mille neuf cent trente-sept catéchumènes).
Des sœurs franciscaines missionnaires de Marie (vingt-cinq), s'occupent, les unes d'éducation, les autres des soins à donner aux malades.
Le vicariat Apostolique du Haut-Congo belge est établi entre le Lualaba et le lac Tanganika. Des Pères blancs (quarante-sept) aidés par des sœurs (cinq), y ont fondé dix missions comportant trente-quatre chapelles-écoles, de nombreuses écoles, des orphelinats et des hôpitaux.
Le nombre des chrétiens s'élève à cinq mille cinq cent dix et les catéchumènes sont vingt-neuf mille dix-neuf.
Le vicariat apostolique des Stanley-Falls est limité au sud par le vicariat du Haut-Congo, à l'ouest par celui du Congo belge et au nord par le deuxième degré de latitude nord. Il est occupé par trente et un religieux de la congrégation des prêtres du Sacré-cœur et par onze sœurs franciscaines missionnaires de Marie et comprend huit stations, cinquante-trois fermes-chapelles, six mille neuf cent quatre-vingt quatre chrétiens et huit mille huit cent trente neuf catéchumènes.
La préfecture apostolique du Kwango étend son action sur tout le bassin du Kwango. Elle est administrée par les Jésuites et comporte sept stations et près de quatre cents fermes-chapelles dirigées par trente-six religieux et quinze sœurs de N.-D. de Namur. Le nombre des chrétiens dépasse les trois mille. Le centre de la mission : Kisantu, est remarquable : on y peut admirer entre autres une église gothique et une imprimerie qui édite chaque mois une revue populaire.
La préfecture apostolique de l'Uele, qui s'étend sur les
bassins de l'Uele et du Rubi, accuse le nombre de deux mille cent trente et un chrétiens sans compter de nombreux catéchumènes. Ces résultats ont été obtenus par les chanoines Prémontrés de l'abbaye de Tongerloo (vingt) qui occupent trois postes principaux, septante et un postes secondaires et fermes-chapelles ; ils sont aidés par onze sœurs du Saint-Cœur de Marie (Berlaer).
La préfecture apostolique du Haiit-Kasai est établie dans le bassin du Kasai. Placée sous la juridiction des Pères de Scheut, elle a fondé treize missions et seize postes secondaires dirigés par cinquante-deux religieux et onze sœurs de Charité de Gand, ces dernières se consacrant surtout aux soins à donner dans deux lazarets, aux noirs atteint de la maladie du sommeil. Le nombre des chrétiens atteint trois mille quatre cent septante-deux et celui des catéchumènes est de cinq mille deux cent trente-six.
La préfecture apostolique du Katanga est administrée par les Bénédictins de l'abbaye de Saint-André et comprend deux missions et huit religieux.
La préfecture apostolique du Katanga septentrional englobe trois missions et compte treize religieux de l'ordre des Pères du Saint-Esprit.
La préfecture apostolique de Matadi (Pères Rédemptoristes) a son siège dans le Bas-Congo ; elle comprend sept stations (y compris l'hôpital de Kinkanda que gèrent six sœurs de Charité de Gand) et septante-six postes secoa-laires et chapelles-écoles. Administrée par trente-neuf religieux, elle compte deux mille cinq cents chrétiens et six mille catéchumènes.
La mission des Pères Trappistes établie non loin de
Coquilhatville comporte cinq postes fixes principaux, vingt-trois postes de passage, vingt-trois fermes-chapelles, cinq écoles, quatre églises, dix-neuf chapelles, des hôpitaux pour dormeurs, des ateliers, etc. Au total vingt-trois religieux et onze sœurs ont obtenu à ce jour les résultats suivants : treize mille chrétiens et plus de quinze mille catéchumènes.
Deux missions établies récemment au Congo, celle des Pères de Mill-Hill, arrivés dans le district de l'Equateur en 1906 et celle des Pères de Scheut ayant depuis 1907 leur siège à Sendwe, comprennent, la première deux stations et neuf religieux, la seconde un poste et six religieux.
Enfin différentes missions sont venues s'installer depuis quelques mois : ce sont celles des Capucins, des Bénédictins, des Frères des écoles chrétiennes et des Maristes.
En résumé, trois cent trente-trois missionnaires et <!ent trente-une religieuses, administrent soixante-quinze stations et un grand nombre de postes secondaires, fermes-chapelles, hôpitaux, etc., et le nombre de néophytes obtenu est de cent soixante mille (cinquante mille baptisés, cent dix mille catéchumènes).
De pareils résultats n'ont pas été acquis sans sacrifices : cent nonante-deux religieux des deux sexes, belges pour la plupart, ont paj'é de leur vie, leur dévouement à l'œuvre du relèvement moral des indigènes.
En ce qui concerne les missions protestantes, elles comptent quarante-trois stations principales dirigées par cent quatre-vingt-quatre missionnaires des deux sexes.
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L'influence du passage dans la Force publique.
A mesure que s'étendait l'occupation, que se créaient des stations nouvelles, la nécessité d'une solide armée nationale se faisait sentir de plus en plus. Il fallait couper court aux luttes de village à village, garantir la liberté des voies de communication ; plus tard nous avons vu abattre la puissance arabe et éteindre les derniers ferments de révolte grâce à la vaillance et à l'énergie des troupes noires et de leurs chefs.
Mais si la force publique répond à une nécessité, elle est aussi pour les noirs qui passent dans ses rangs, une école d'ordre et de moralité.
Le passage sous les drapeaux, la commission d'enquête elle-même l'a constaté, inculque aux indigènes la notion du devoir et le respect de l'autorité ; le contact de l'élément blanc éveille en eux des idées de discipline et de morale, de sorte qu'ils rentrent dans leur village avec un prestige qui pousse leurs camarades, l'esprit d'imitation aidant, à s'améliorer moralement en quelque sorte à leur insu.
A l'expiration de leur terme de service, les soldats sont autorisés à s'établir à proximité des stations : ils ont jusqu'à présent usé largement de cette faveur et les agglomérations d'anciens soldats constituent des villages modèles, tant sous le rapport du confort et du respect des règles de l'hygiène, que par le maintien et la conduite de leurs habitants. Soucieux de la régénération morale du soldat, le Gouvernement encourage les mariages des miliciens et des volontaires.
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Au début de l'occupation, celui-ci dut faire appel aux services de mercenaires de la côte ; mais il eut tôt fait de s'apercevoir des nombreux inconvénients que présentait ce mode de recrutement et chercha dès lors à obtenir chez lui des engagements volontaires, dont les premiers furent signés en 1886.
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Les effectifs de la force publique
^Bien que de cent trente en 1886 le nombre de volontaires se soit élevé à sept cent deux en 1891, il ne tarda pas à être insuffisant et un décret du 30 juillet 1891 consacra le principe des levées annuelles.
Force publique comparée :
noirs blancs
1910. Protectorat de l'Afrique orientale allemande. 4228 328
1910. » du Kamerun 1300 154
force de police 570 24
1911. Afrique ''^quatoriale française 3855 322
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Les soldats, miliciens ou volontaires, touchent une solde de o fr. 21 par jour, qui peut être augmentée par des suppléments pour grade ; de plus, afin de leur fournir un petit pécule à la fin de leur terme, une allocation mensuelle de réserve de 1 fr. 25 par mois passé sous les drapeaux, leur est remise au moment où ils quittent.
La nourriture, le logement et l'habillement leur sont fournis par l'Etat.
Le terme de service des miliciens est de sept ans, à l'issue desquels ils passent administrativement et pour cinq ans au corps de réserve.
Les militaires qui se rengagent à la fin de leur terme, touchent une prime de cinquante francs et une solde de fr. 0,35 ; des avantages sont également accordés à leurs femmes qui reçoivent deux francs par mois et une ration journalière sans devoir fournir aucun travail aux cultures vivrières, tandis que la femme d'un soldat qui n'a pas parfait sept années de service, doit travailler aux cultures d'alimentation pour toucher un franc par mois et la ration.
Ces avantages réservés aux rengagés ont pour but d'assurer à l'Etat la possession d'un noyau de vétérans parmi lesquels il choisit de préférence ses gradés noirs.
Les miliciens et volontaires de plus de quatre ans sont instruits dans les quatre camps d'instruction d'Irebu, de Lisala, de Lokandu et de Lukula-Bavu ; quant aux volontaires de moins de quatre ans ils sont formés par les soins de la compagnie dans laquelle ils sont incorporés.
Les miliciens, leur instruction terminée, sont répartis
entre les compagnies de la colonie, dont le nombre s'élève à vingt-quatre sans compter la compagnie d'artillerie et du génie et les dix-neuf cents hommes qui forment les troupes du Katanga.
La partie active du corps de réserve est établie au camp de la Lukula-Bavu.
L'instruction des cadres noirs a requis également l'attention du Gouvernement ; deux écoles ont été créées :
1) une école des sergents-comptables destinée à former les gradés noirs nécessaires à la bonne administration des compagnies (Boma).
2) une école d'armuriers noirs (Léopoldville).
Dans les camps sont organisés une école pour les enfants de militaires noirs et un cours pour les gradés et soldats qui désirent apprendre à lire et à écrire.
Indépendamment des compagnies actives et des camps d'instruction, la force publique comprend encore un Etat-major.
Ajoutons que pour maintenir la discipline parmi les troupes et pour éviter qu'une révolte éventuelle ne puisse s'étendre à tous les hommes d'une unité, chacune de celles-ci est composée d'hommes appartenant au moins à quatre origines différentes ; de plus, la proportion des volontaires originaires du district ne peut dépasser ni le quart de l'effectif total de la compagnie ni le tiers de l'ensemble de ses volontaires.
L^nfluence de l'impôt.
Le noir est naturellement paresseux et toute nation colonisatrice soucieuse de ses devoirs, doit s'employer
par tous les moyens à le faire sortir de sa torpeur ; parmi ceux-ci un des plus puissants est l'établissement d'un impôt qui, obligeant l'indigène à une besogne subie d'abord avec répugnance, finit par lui infuser petit à petit l'habitude puis le goût du travail, l'un des grands facteurs du relèvement moral des races indigènes.
Jusqu'en ces derniers temps, l'impôt dû par tout indigène valide et adulte, variait de six à vingt-quatre francs par an.
Il pouvait être acquitté en produits, en travail ou en numéraire.
En cas de refus bien établi de payer les prestations, les indigènes pouvaient être soumis à la contrainte, mais cette mesure n'est pour ainsi dire plus appliquée.
Comme nous le verrons au chapitre de l'introduction de la monnaie, l'impôt acquitté en argent est devenu la règle, mais il est aisé de concevoir que dans des modifications de cette nature, il ait fallu agir avec circonspection et progressivement.
L'impôt en vivres est supprimé depuis le V juillet
De larges exemptions sont accordées, notamment aux travailleurs des missions, aux pères d'une nombreuse famille et aux femmes sauf dans le cas de polygamie. On exempte couramment de l'impôt d'une façon temporaire les populations qui coopèrent volontairement à des transports extraordinaires; celles chez lesquelles la rareté des commerçants ne permet pas de se procurer du numéraire; celles que la pénurie des vivres place dans une situation difficile, etc.
Enfin le taux de l'impôt a été diminué : il varie de neuf à douze francs au Katanga, et de cinq à douze francs dans les autres régions.
La répression des coutumes barbares.
L'Etat du Congo s'est toujours montré soucieux de respecter, dans la mesure du possible, les mœurs et les coutumes des indigènes, mais il eût manqué gravement à sa mission civilisatrice, s'il avait négligé de s'attaquer énergiquement aux coutumes barbares et aux j^épreuves judiciaires qui étaient d'application courante avant l'arrivée des Européens.
Nous avons suffisamment mis en évidence les efforts tentés par le Gouvernement pour extirper de son territoire la traite, c'est-à-dire le commerce brutal d'êtres humains.
L'abolition de l'esclavage est moins facile à obtenir : non-seulement cette coutume est profondément enracinée au Congo, mais encore la situation des esclaves n'est pas aussi malheureuse qu'on se la figure généralement ; l'esclave, en effet, considère souvent son maître comme un père ; il prend part aux repas de la famille et le travail qu'on exige de lui n'est pas excessif.
L'extirpation de cette coutume est donc une affaire de temps et dans laquelle il faut se garder de brusquer les choses.
H âtons-nous d'ajouter que le Gouvernement réprime énergiquement tous les actes d'esclavage même déguisé, qui pourraient être commis par son personnel ou par les blancs établis dans la colonie.
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Le cannibalisme est né de la faim, du goût immodéré des noirs pour la viande, de la fréquence des famines, etc. ; de plus il a été entretenu par certaines idées de transmutation des qualités d'un guerrier tué au combat dans le corps de celui qui le mange.
C'est une plaie difficile à extirper, car le noir n'ignore pas l'aversion du blanc pour cette pratique et il se cache soigneusement quand il se livre à ce triste penchant.
Le Code pénal commine des peines sévères contre ceux qui s'adonnent encore à cette odieuse coutume ; un autre moyen efficace de la combattre est l'élevage du bétail : nous en reparlons plus loin.
Les épreuves judiciaires ne sont autre chose qu'une des formes du jugement de Dieu encore en honneur dans nos pays il y a quelques siècles ; dans l'épreuve de la casque, l'inculpé est obligé de boire une certaine dose de poison : la mort survient-elle, il est déclaré coupable; la femme accusée d'infidélité se verse dans l'œil un suc corrosif : l'inflammation de l'œil indique la culpabilité.
Tous ces poisons sont préparés par le féticheur ou sorcier, personnage tout puissant qui se livre à des dosages savants qu'influence l'état de la bourse de l'accusé.
Un décret punit de mort ou de servitude pénale quiconque fait soumettre un indigène à l'épreuve du poison.
Une autre coutume, qui n'a souvent pas d'autre but que de fournir les éléments d'odieux banquets, c'est celle des sacrifices humains ; il est cependant des cas où le respect des morts seul en est la cause : lors du décès d'un chef, par exemple, on immole un certain nombre
d'esclaves et de femmes, afin que le mort entre dans l'autre monde avec un entourage digne du rang qu'il a occupé ici-bas. Dans d'autres cas, les sacrifices sont inspirés par le féticheur qui désigne l'un ou l'autre malheureux comme étant la cause d'une calamité : une sécheresse trop grande, des pluies trop abondantes, la mort d'un indigène de marque.
Les mutilations étaient également pratiquées autrefois sur une vaste échelle : l'amputation du poignet en cas de vol,
Inuuîe de dire que tous les iiun^v.n..^ qui se rendent coupables de ces délits sont impitoyablement déférés aux tribunaux.
La guerre à TalcooL
L'alcool est, après la traite, le plus grand fléau de la race noire.
Dans son rapport au Roi-Souverain du 25 janvier 1897,^ le baron Van Eetvelde, secrétaire d'Etat, résumait en quelques mots la ligne de conduite suivie par le Gouvernement dans cette grave question de l'alcool. « L'Etat indépendant du Congo. » disait-il, « a subordonné les considérations fiscales à la nécessité supérieure de protéger les populations contre l'introduction des spiritueux. »
A une époque où le jeune Etat, à peine fondé, se débattait dans d'inextricables embarras financiers, à un moment où toute mesure destinée à fournir de faciles ressources devait-être la bienvenue, ses dirigeants eurent le courage de renoncer aux bénéfices assurés et certains
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que leur eut valu la libre consommation de l'alcool au Congo.
Dès 1887 (17 décembre), une taxe annuelle élevée frappait tout établissement de commerce qui exercerait le trafic des boissons alcooliques dans les régions situées en amont de l'Inkisi.
En 1890 on allait plus loin : toute importation ou débit de boissons alcooliques était prohibé dans le territoire situé en amont de cette rivière, c'est-à-dire dans presque tout l'Etat.
Le 9 avril 1892, après la Conférence de Bruxelles, le droit d'entrée pour les boissons alcooliques ^^^^^^ jp^^ introduites en dehors de la zone de prohibition, était fixé iss
à quinze francs par Les importations d'alcool de traite hectolitre à 50° centésimaux, c'est-à-dire au maximum autorisé par les conventions internationales.
Quelqu'étendue que fut la zone en question, l'Etat la jugea encore insuffisante, puisque la limite en était reculée le 4 mars 1896 jusqu'au Kwilu et le 15 avril 1898 jusqu'à la Pozo.
Quant aux droits d'entrée, fixés comme nous venons de le voir, à quinze francs, ils furent portés à soixantedix francs à la suite de la convention du 8 juin 1899 et à cent francs par le décret du 12 novembre 1907.
Enfin, un décret du 15 octobre 1898 interdit d'une façon absolue l'importation des boissons alcooliques à base d'absinthe dans tout le territoire de l'Etat, même pour l'usage des blancs.
Il suffît d'examiner les importations d'alcool au Congo, pour constater que toutes ces mesures ont porté leurs fruits.
Cependant les membres de la Commission permanente pour la protection des indigènes les trouvent encore insuffisantes et ont exprimé le vœu de voir prohiber strictement l'alcool dans toute la colonie.
La guerre au chanvre.
L'habitude de fumer le chanvre a été introduite par les Arabes et s'est répandue rapidement.
L'ivresse que procure la fumée acre et brûlante du chanvre est plus dangereuse encore que celle que donne l'absorption exagérée d'alcool.
Le chanvre exerce ses ravages sur l'organisme, même en dehors des accès d'ivresse : la santé physique et intellectuelle du fumeur s'altère rapidement au point qu'il ne tarde pas à dépérir et à s'abrutir complètement.
L'établissement de plantations étendues de tabac, considéré comme un des meilleurs moyens d'enrayer le mal, a donné, en effet, d'excellents résultats.
m. -'-R Ul -'II. .'l'v -fl Ul '.t'- !h îTv /'I'v 'Il .'Il ?ît .';'. ,'il ,'l'. !V- !V. !i{ U!, ^ TttritTît rît nt ,'♦'. ;r. -4'. ^ ?;* TJt nt t; t7;r tît r;t rt* ttî
Indépendamment des mesures disciplinaires sévères qui sont prises contre les soldats et les travailleurs qui seraient surpris à fumer le chanvre, le décret du 1" mars 1893 interdit la culture, la vente, le transport et la détention du chanvre à fumer.
L'AxMELIORATION DE LA SITUATION MATERIELLE