DES INDIGÈNES
L'organisation médicale — La lutte contre la maladie du sommeil et la variole.
L'amélioration des conditions de la vie matérielle des indigènes rentre dans les préoccupations qu'un Gouvernement ne peut laisser à l'arrière plan ; fùt-il même peu soucieux de ses devoirs, son propre intérêt lui commanderait d'en agir ainsi : le noir qui vit dans des conditions matérielles défectueuses, devient, en effet, bientôt la proie des maladies qui le déciment, d'où diminution de la main d'œuvre sans laquelle rien ne peut être entrepris dans une colonie.
A plus forte raison le Gouvernement du Congo, qui s'est toujours montré inquiet de justifier la confiance que les Puissances avaient placée en lui, devait-il attacher une importance capitale à une bonne organisation de son service médical.
Alors qu'on ne comptait que deux médecins attitrés en 1885 et huit en 1891, les services médicaux du Gouvernement sont assurés en ce moment par quatre-vingt-quatre médecins, dont vingt-quatre au Katanga.
Dans les chefs-lieux de district et de zone des Commissions d'hygiène veillent à l'observation des principes de riivis'iène et proposent à l'autorité les mesures prophylactiques qu'il y a lieu de prendre ; les chefs de poste
surveillent tout particulièrement à ce sujet les villages indigènes. Des hôpitaux pour blancs sont installés à Boma, Léopoldville, et Banana et les agents rentrés malades en Europe sont soignés aux frais de l'Etat soit à l'hôpital Sainte-Camille à Anvers, soit à la villa coloniale de Watermael ; quant aux hôpitaux pour noirs, on en constate l'existence à Boma, Léopoldville et Nouvelle-Anvers ; des améliorations y sont apportées constamment. Grâce aux sommes élevées que le Roi Albert a mises à la disposition du Gouvernement, des hôpitaux en matériaux durables seront édifiés dans vingt-huit stations ;
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La mortalité
au Congo (blancs)
Mortalité comparée (blancs) :
1907-08. Protectorat de l'Afrique orientale britannique . 0,9/0 1907. » » » » » . 2,190/0
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d'autre part les lazarets de trypanosés, qui existent actuellement, seront également remplacés par des bâtiments plus solides : des tôles et de l'outillage ont été expédiés à vingt-sept établissements. De plus un lazaret pour maladies épidémiques telles que la peste, la fièvre jaune, le choléra, etc., est en voie d'édification à Banana.
Pour combattre efficacement la malaria une sériejde mesures ont été prises, notamment des travaux de débroussement, de comblement des marais et de pétrolage des eaux stagnantes.
Telles sont les mesures d'ordre général ; mais le Gouvernement ne tarda pas à se rendre compte de la nécessité d'entreprendre une lutte énergique contre deux fléaux redoutables : la variole et la maladie du sommeil. L'installation d'un institut vaccinogène central à Boma et d'une série d'offices vaccinogènes dans tout le territoire, ont amené des résultats remarquables et déjà en 1906 on ne voyait plus se reproduire une seule de ces terribles épidémies de variole qui frappaient jadis des régions entières.
La maladie du sommeil est moins facile à abattre. Par décret du 3 juin 1906, le Roi Léopold allouait un prix de deux cent mille francs à quiconque découvrirait le remède de cette désolante maladie; plus tard il portait de cinq cent mille à huit cent mille francs l'allocation à prendre sur le fonds spécial pour les mesures d'hygiène et la lutte contre la maladie du sommeil.
Le Roi Albert a fourni au Gouvernement des crédits importants grâce auxquels celui-ci a pu prendre ses dispositions pour terrasser le terrible fléau.
Les mesures du début furent d'abord : l'installation à Léopoldville d'un laboratoire de recherches et l'envoi aux frais de l'Etat d'une mission scientifique composée
La maladie du sommeil
de médecins de l'école de médecine tropicale de Liverpool et chargée de se livrer sur place à une enquête approfondie.
A la suite de ces travaux, le Gouvernement a pris une série de mesures parmi lesquelles la création de postes d'observation médicale avec lazarets, d'une ligne de
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surveillance avec lazarets et de nombreux lazarets locaux ; il existe en ce moment vingt-sept lazarets dirigés par un ou deux médecins. Malheureusement le système des lazarets n'a pas fourni les résultats qu'on avait escomptés, mais la nonchalance et la méfiance du noir sont les seules causes de cet état de choses.
De plus, on a organisé des brigades sanitaires, au nombre de trente et une ; celles-ci parcourent le pays, soignant les malades sur place et surveillant l'exécution des travaux jugés nécessaires. Un appel a été adressé aux missions pour qu'elles envoient le plus grand nombre possible de leurs membres se mettre au courant du traitement de la maladie du sommeil au laboratoire de Léopolville et faire un stage à l'école de médecine tropicale de Bruxelles. Cet appel, on s'en doute, a été entendu : en 1910, vingt-cinq missionnaires catholiques ont suivi les cours de Bruxelles et quarante-sept religieux de la même confession ont fait un stage à Léopolville.
Un facteur important de prophylaxie est le déplacement des agglomérations indigènes voisines des lieux infestés ; celui-ci est réalisé d'une manière systématique, notamment au Katanga et dans les environs du lac Kivu.
A la suite de toutes ces mesures la situation est restée stationnaire dans certaines régions ; elle s'est améliorée dans le dictrict du lac Léopold II, près du lac Tumba, à Kabinda, à Kiambi et sur les rives du lac Tanganika ; si quelques rares régions telles que l'Uele, le Haut- Aruwimi et le Haut-Katanga restent indemnes, par
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contre les rapports signalent une aggravation du mal le long des rives des lacs Léopold II, Albert et Edouard, dans le district de l'Aru^imi, entre l'embouchure de ritinibiri et celle de l'Aruwimi.
Aussi ne faut-il pas se dissimuler qu'on ne viendra à bout du fléau qu'au prix de longues années de lutte opiniâtre.
Enfin, dans le but d'assurer la protection des régions qui jusqu'à présent ont échappé au fléau, le Gouvernement a barré par des stations d'observation les routes aboutissant aux régions non infestées ; on y examine ous ceux qui pénètrent dans ces régions. Ces stations, au nombre de dix-sept coopèrent également à l'exécution des mesures prophylactiques et au traitement des indigènes.
Une mission de recherches scientifiques envoyée en 1910 au Katanga a déjà eu l'occasion de spécifier des mesures prophylactiques à prendre.
Une ordonnance du 29 avril 1909 englobait dans les régions suspectes tout le territoire de l'Etat sauf la partie du nord-est ; seule la partie hachurée sur la carte de la page 184 est restée indemne et un simple coup d'œil jeté sur ce croquis permet de se rendre compte à quelle besogne colossale se sont attelés sans défaillance l'Etat indépendant et le Gouvernement du Congo belge.
Celui-ci s'est ému du nombre relativement élevé des cas de lèpre qui lui étaient signalés et a fait procéder à une enquête à la suite de laquelle des léproseries seront installées dans les régions atteintes.
Vers la suppression du portage par le développement des moyens de communication.
Les moyens de communication sont à la base de l'action civilisatrice : plus ils sont développés, et plus sont étendus les territoires sur lesquels s'exerce l'action efficace et bienfaisante des blancs sur leurs frères noirs.
Le Congo se présentait, à ce point de vue, dans des conditions tout à fait spéciales: un admirable réseau s'off'rait à l'activité des Belges, mais avant de pouvoir l'utiliser, il fallait se décider à entreprendre l'œuvre colossale du chemin de fer des Cataractes sans lequel, suivant l'expression typique de Stanley, le Congo ne valait pas un penny.
On ne se rend généralement pas compte des difficultés énormes qu'il fallut vaincre avant l'inauguration de la ligne Matadi-Léo ; tout semble conspirer au début contre la réussite de l'œuvre : l'absence de documents, de cartes, etc., le terrain avec des pentes abruptes, la rareté de la main d'œuvre volontaire, l'éclaircissement des rangs des travailleurs parles maladies contagieuses, les désertions, les ennuis financiers résultant des erreurs de devis, etc., etc.
Aussi ne saurait-on assez rendre hommage à l'énergie et à la ténacité dont firent preuve les promoteurs de cette entreprise parmi lesquels on ne peut se dispenser de citer le colonel Thys.
La construction du chemin de fer des Cataractes rendait du coup utilisables seize cents kilomètres du fleuve; cependant d'autres biefs importants restaient fermés à
la navigation et bientôt la apparutjqu'un nouvel effort devenait nécessaire : ainsi fut ^décidée la création du chemin de fer du Congo supérieur aux grands lacs africains.
Un premier tronçon contournant la partie du Congo que les Stanley-Falls rendent inutilisable, unit Stanleyville à Ponthierville (cent vingt-sept kilomètres).
Le second tronçon destiné à éviter le bief Kindu- Kongolo a été inauguré le 31 décembre 1910 (trois cent cinquante-cinq kilomètres).
gEnfin, la Compagnie du chemin de fer du Congo supérieur aux grands lacs africains construit encore un chemin de^fer qui partira de Kabalo à septante-sept kilomètres en amont de Kongolo pour se diriger vers le lac Tanganika par la vallée de la Lukuga (trois cents kilomètres environ).
Plusieurs voies ferrées en construction ou en projet convergeront vers la région minière du Katanga. Ce sont;
a) le chemin de fer du Cap au Caire qui, partant de l'extrémité sud de l'Afrique, se dirige vers le nord en passant par Broken-Hill après avoir été rejoint par un embranchement venant de Beira. La locomotive est arrivée à la frontière du Congo le 11 décembre 1909 et le
Chemins de fer comparés :
1911 Protectorat de l'Afrique orientale britannique . 939 k. 656
1909. » du Kamerun 520
1909. Angola 836 k. 688
1911. Protectorat de l'Afrique orientale Allemande . 341 k. 108
rail a été prolongé jusqu'au de là d'Elisabetliville ; le tronçon en territoire congolais, se développe sur deux cent cinquante-cinq kilomètres et a été mis en exploitation le V novembre 1910 ;
La progression du rail au Con§^o belge
b) le^chemin de fer de Bukama à Kambove ;
c) le'chemin de fer partant de Lobito bay et se dirigeant directement vers la région en question.
Un chemin de fer reliant le Haut Kasaï à Bukama est également projeté.
Enfin un chemin de fer vicinal relie le Mayumbe, centre agricole de premier ordre, au Congo maritime ; il va de Borna à la Lukula (quatre-vingt kilomètres) et les travaux de prolongement vers le Shiloango se poursuivent activement.
Les voies navigables ont été améliorées et des travaux hydrographiques de toute nature ont été entrepris pour atteindre ce résultat.
Des ports bien outillés ont été créés : Banana à la côte — Borna, capitale de la colonie — Matadi, grand poste de transit des produits du Haut-Congo — Léopoldville et Kinshasa sur le haut-Congo.
Des services réguliers de navigation ont été organisés entre Léopoldville et Stanleyville, de même qu'entre Léopoldville et Lusambo.
Le Gouvernement dispose dans le Haut-Congo de quarante steamers jaugeant trois mille huit cent soixantecinq tonnes : quatre de cinq cents tonnes — quatre de cent cinquante tonnes — deux remorqueurs avec barge de trois cent cinquante tonnes et un de soixante-dix
Mouvement des ports comparé :
Navires. Tonnage.
1909-10. Protectorat de l'Afrique orientale britannique : rMotnbasa et Kilindi) . . 1.914.153 T
1909. Protectorat du Kamerun 329 1.034.654 T
1908. Afrique équatoriale française. ... 115 244.829 T
1908. Protectorat de l'Afrique orientale allemande 964 1.752.039 T
1908. Angola 1741 1.005.004 T
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MOUVEMENT DU PORT DE BAXAXA (Entrkes)