LE SYSTÈME HYDROGRAPHIQUE
Indépendamment du bassin du Congo dont les affluents sillonnent la majeure partie de notre colonie, le territoire de celle-ci est encore drainé partiellement
par les eaux du Nil (par la Rutshiiru, le lac Edouard, la Semliki, le lac Albert) et par celles du Shiloango, dont l'affluent le plus important, la Lukula, arrose la région du Mayumbe.
Le Congo prend naissance, sous le nom de Kuleshi, dans une petite prairie éponge située sur la ligne de partage Congo-Zambèze à l'altitude de 1550 mètres. Il reçoit à droite le Lubudi et ne tarde pas à s'infléchir vers l'est à cause de la présence des monts Hakansson pour recevoir les eaux du Lualaba dont il garde le nom jusque Stanleyville. Il forme ensuite les chutes de Kalengwe et devient navigable à partir du rapide de Konde, au-delà duquel il serpente dans une région basse, souvent inondée et parsemée de lacs, à laquelle on a donné le nom de Komolondo.
A hauteur du lac Kisale, le Lualaba-Congo se grossit des eaux de la Lufira qui n'est guère navigable que jusque Kayumba.
Coulant entre des rives bien marquées, il reçoit bientôt à droite un affluent important comme débit d'eau : le Luapala qui, prenant naissance dans la Rhodésie sous le nom de Tshambezi, se jette dans le lac Bangwelo, prend ensuite le nom de Luapula jusqu'au lac Moero en aval duquel il devient la Luvua navigable de Kiambi à Ankoro, au confluent.
La Liikuga rejoint le fleuve au nord de Buli ; elle sert de déversoir intermittent au Tanganika, vaste lac de 640 kilomètres de longueur et dont la largeur varie de 30 à 80 kilomètres ; celui-ci est alimenté par les eaux du lac Kivu par l'intermédiaire de la Ruzizi.
La vallée du Lualaba se resserre ensuite vers les Portes d'enfer, extrémité nord du premier bief navigable du fleuve, qui s'engage dès ce moment dans une région de rapides.
Après avoir reçu la Liiama, le Lualaba oblique vers l'ouest jusque vers Nyangwe, où il reprend la direction sud-nord en même temps qu'il pénètre dans la grande forêt équatoriale.
A partir de Kindu s'ouvre le second bief navigable que limitent au nord les 7 chutes des Stanley-Falls, au-delà de Ponthierville.
A Stanleyville, changement de nom, de direction et d'allure : le Congo se dirige sensiblement vers l'ouest et ne tarde pas à s'élargir considérablement.
A Isangi le fleuve se grossit du premier affluent de gauche important, le Lomami, dont le cours presque parallèle à celui du Congo, s'en rapproche parfois jusqu'à n'en être plus distant que de 50 kilomètres. Bien qu'accessible aux vapeurs jusque Bena-Kamba, cet affluent, en égard à son cours sinueux et agité, ne possède qu'une importance toute locale.
UAruwimi, qui se jette dans le fleuve à Basoko, prend naissance au nord-ouest du lac Albert sous le nom dlturi, forme plusieurs chutes, notamment celles de Yanga et de Panga, et devient navigable à partir de Yambuya.
Ultimhiri-Riibi qui lui succède à droite, fournit une excellente voie de pénétration vers l'Uele : il est, en eff'et, utilisable jusque Buta sous réserve d'un transbordement près d'Ibembo.
Le Congo s'épanouit alors en deux belles expansions, puis, après avoir reçu à droite la Mongala, rivière navigable sur une grande partie de son cours, il dessine un troisième pool qui se termine à Nouvelle-Anvers. Ces trois expansions sont avec les lacs Tumba et Léopold II, les derniers vestiges de l'ancienne mer intérieure.
A partir du confluent de la Lulonga^ formée ellemême du Lopori et de la Maringa, le fleuve prend franchement la direction nord-sud et se grossit encore en amont de Coquilhatville de Ylkelemha, rivière au cours tortueux et du Ruki, formé de la réunion de la Busira Tshuapa et de la Momboyo ; toutes ces rivières sont navigables jusque fort près de leurs sources.
Dans cette dernière partie de son cours, le Congo présente des largeurs très variables oscillant entre 2 et 15 kilomètres.
En amont d'Irebu, il reçoit les eaux du lac Tumba, par le canal d'Irebu^ puis à hauteur de cette localité et à droite, celles de VUbangi formé de la réunion de VUele qui vient des Montagnes Bleues à l'altitude de 1.350 mètres et du Bomu qui dessine au nord une partie de la frontière entre notre colonie et l'Afrique équatoriale française. L'Ubangi est navigable jusque Yakoma sous certaines conditions.
A partir de Coquilhatville, le fleuve a repris la direction du sud-ouest qu'il conservera jusque vers Bolobo.
Plusieurs affluents importants originaires du territoire français viennent encore le gonfler à droite : ce sont notamment : la Sanga, la Likaala et YAlima.
A Bolobo, nouvelle direction nord-sud, puis, pénétrant
à partir de Tshumbiri dans les premiers contreforts des monts de Cristal, le Congo reçoit bientôt à gauche son affluent le plus important : le Kasai. Celui-ci prend naissance dans les possessions portugaises de l'Angola et sert de frontière au Congo belge sur une partie de son cours. A partir des chutes Wissmann, il devient accessible aux steamers et reçoit à droite la Lulua navigable jusque' Luebo, le Sankiirii navigable jusque Pania Mutombo, puis à gauche le Loange et le Kwango gonflé lui-même des eaux de la Wamha et du Kwilu- Djiima et navigable jusqu'aux chutes François-Joseph ; le Kasai s'épanouit alors au Wissmann Pool pour recevoir immédiatement à droite la Lukenie que l'on peut remonter jusque Lodja et qui porte entre le confluent et l'endroit où elle reçoit les eaux du lac Léopold II le nom de Fini, puis il s'engage dans les gorges du Kwa dont la largeur ne dépasse pas 400 mètres.
Au Stanley-Pool le fleuve forme un véritable lac fluvial au sortir duquel il se précipite dans une gorge étroite et sinueuse où il forme les 32 chutes de Livingstone.
Entre Manianga et Isangila, il présente un bief navigable qui a perdu toute importance depuis la construction du chemin de fer de Matadi à Léopoldville.
Enfln à partir de Matadi, le Congo, large de 800 mètres, devient accessible aux steamers de mer, puis il arrose Boma, la capitale, sort des monts de Cristal à la Roche Fétiche et s'élargit jusqu'à 11 kilomètres à hauteur de Banana. Il se jette alors à la mer en une masse d'une puissance telle qu'à 20 kilomètres de l'embouchure, on rencontre encore ses eaux troubles.
ESQUISSE ETHNOGRAPHIQUE
Suivant une opinion généralement admise, le bassin du Congo aurait été occupé, vers l'époque quaternaire, par une race naine, les Négrilles, dont les descendants
se retrouvent encore réunis en petits groupes installés pour la plupart dans la forêt.
Six siècles environ avant l'ère chrétienne, des peuples du type BantUy sur l'origine desquels les auteurs ne se
sont pas encore mis d'accord, envahirent toute l'Afrique équatoriale et australe, de l'Uele au Cap et de l'Océan indien à l'Atlantique, repoussant les aborigènes sans grandes difficultés.
Des migrations internes se produisirent à une époque relativement récente chez les Bantu (xvr siècle) ; c'est ainsi que les Baluba, les Wavira et les Walese ont conservé le souvenir d'une migration de direction générale sud-ouest nord-est et que les Bangala et les Mobali venant du nord-ouest vers le sud-est, prétendent avoir refoulé devant eux les Balolo. Dans l'Uele sont venus s'implanter les Azande et dans la région de l'est, les Bahima, peuple de pasteurs, ont envahi l'Unyoro et le Ruanda. Enfin toute la région orientale de la colonie a subi à une époque plus récente l'influence de l'élément sémitique arabe.
D'autres migrations moins importantes se produisirent, causées par des famines, des inondations, etc. ; de plus, dans la partie voisine de la côte, le contact des Européens a apporté des modifications dans les mœurs des peuplades côtières.
Cet ensemble d'influences a eu pour résultat de rendre l'étude de l'ethnographie des peuplades congolaises extrêmement complexe.
On peut cependant y distinguer 4 races bien différenciées : les Bantu, les Nubiens, les Nigritiens et les Négrilles.
Les Bantu comprennent différents groupes ethniques : les Bakongo, voisins de la côte, dont les mœurs ont été influencées par la présence des Européens depuis de
longues années — les Bateke, riverains du fleuve au nord et au sud du Kasai, indigènes très commerçants au type aristocratique — les Bangala, établis au nord de la boucle du Congo et formant un des groupes les plus importants de la colonie — les Ababiia, belle race bien proportionnée fixée entre l'Uele, le Bomokandi et le Rubi — les Balolo ou Mongo occupant la grande boucle au sud du fleuve et parmi lesquels on rencontre nombre d'excellents forgerons — les Kiindii dans la partie méridionale du district de l'Equateur et dans celle du district du lac Léopold II située à l'est du lac et sur la rive droite de la Lukenie. Sur les rives de rUbangi s'échelonnent des populations très différenciées : les Bondjo, puis les Bwaka absolument primitifs, les Gobii excellents chasseurs portant aux lèvres des aiguilles en cristal, les Banziri, remarquables pêcheurs nomades, les Wate (gens d'eau) parmi lesquels les Sango forment une race intelligente et solide, et les Wagigi ou Bongo, indigènes de l'intérieur. Lorsqu'on s'éloigne de la rive, on pénètre chez les Banza, race considérable et fort belle, s'occupant surtout de chasse, les Bundiirii derrière les Bwaka et les Mongwandi au sud du pays des Bongo. Dans le territoire qui s'étend du Bas-Lomami à la région des lacs vivent des peuplades qui se rapprochent par l'idiome parlé : tels sont les Wagenia, riverains du fleuve entre Stanleyville et Nyangwe, remarquables par leur organisation du travail due à l'influence arabe
— les Lokele, Topoke, etc., dans l'entre Lomami et Congo
— les Bakumu sur les rives de la Lindi — les Mobali au sud et les Loali au nord de l'Aruwimi — les Warega
établis à l'est du Lualaba en aval de Nyangwe — puis, vers la limite sud de la forêt, les Wazimba et les Watembo et sur la rive nord-ouest du Tanganika, les Wavira et les Wabembe. A part les Bakongo et les Bateke toutes les peuplades dont il a été question jusqu'ici habitent la forêt.
Les Bantu fixés dans la savane sont généralement remarquables : tels sont les Lunda qui formaient il y a peu de temps encore l'empire de Mwata-Yamvo et qui s'étendent du Kasai au Lualaba : ils sont commerçants par excellence ; certaines de leurs tribus sont allées s'établir ailleurs : les Bayaka, par exemple, occupent actuellement la rive est du Kwango. Le pays des Bakuba est limité par le Kasai, le Sankuru et la Lulua. Leur organisation politique est en quelque sorte féodale: le roi ou Lukengo, souverain absolu, est élu par les vassaux. Le Bakuba est industrieux et commerçant dans l'àme ; il a le talent d'imprimer à tout ce qui sort de ses mains : vannerie, poterie, étoffes, objets sculptés, objets en fer, etc., un réel cachet artistique. Les Baietela installés à l'est des Bakuba jusqu'au fleuve, se distinguent tant par le physique que par le développement des facultés intellectuelles. Les Baliiba forment un peuple immense qui occupe une grande étendue de pays entre les Bakuba et Batetela au nord et les Lunda au sud. Outre les Baluba proprement dits qui forment dans l'Urua un véritable empire divisé en districts placés sous les ordres f de gouverneurs ou «Kilololo », et qui s'occupent surtout d'agriculture, le groupe baluba comprend encore d'autres populations intéressantes : les Bashilange, dans
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l'entre Sankuru et Lulua, indigènes relativement civilisés, mais malheureusement affligés de la passion du chanvre — et les Baso/ï^e dont certains chefs tels que Pania Mutombo ont eu l'occasion de rendre aux blancs des services signalés ; ils sont très industrieux et les haches Zapo-zap provenant d'une de leurs tribus, les Beniki, sont bien connues ; certaines de leurs agglomérations se développent en longueur sur 10 à 15 kilomètres. Les Kioko, anciens razzieurs d'esclaves originaires de l'Angola, descendent lentement les affluents du Kasai pour pénétrer dans l'Etat. Les Maniema forment une race solide occupant l'entre Congo et Tanganika au sud de la forêt et fortement imprégnée de l'influence arabe.
Il reste à signaler dans le territoire de la Ruzizi-Kivu, les Wariindi soumis à l'autorité du roi du Ruanda, Muzinga, qui appartient à une race conquérante venue de l'Abyssinie.
Quant aux Waniamwezi, originaires de l'est du Tanganika, ils sont représentés au Congo belge par les Bayeke établis dans la région de Bunkeia où ils ont accompagné le fameux Msiri dont nous aurons l'occasion de parler plus loin.
Les Nubiens se distinguent des Bantu par la forme moins allongée du crâne, l'épatement moins prononcé du nez et la rougeur de la peau.
Les Azande ont envahi le territoire de l'Etat par le nord et ne se sont arrêtés que vers 1897, grâce à la présence des Européens. A part quelques fractions, ils n'ont guère franchi l'Uele. Avant leur invasion, les
Azande avaient été soumis par les Avungura, et, actuellement encore on distingue chez eux deux classes : l'aristocratie représentée par l'Avungura conquérant et la plèbe formée par les Azande proprement dits. Une autre catégorie d'Azande, les Abandia, occupent le pays limité par l'Uele, le Bomu et l'Uere à l'est du 23* degré de longitude E G. L'organisation politique et militaire des Azande est supérieure à celle des Bantu. Leur plaisir favori est la chasse.
Les Nigpitiens se différencient des Nubiens par la couleur plus foncée de la peau, la hauteur de la taille, la longueur des membres inférieurs, la proéminence des mâchoires et la grosseur des lèvres.
Une minime partie de notre colonie seulement est occupée par les réprésentants de cette race.
C'est d'abord la région du nord-ouest du lac Albert où vivent les Aluri appartenant au groupement des jeunes nilotiques. Ceux-ci habitent des huttes rondes au toit pointu ; chaque tribu a son chef arabisé.
Ensuite vers la crête de partage Congo-Nil et au sud de celle-ci séjournent les Manda du groupement des vieux nilotiques. Ce sont des agriculteurs et des éleveurs.
Le rameau négrille a ses représentants disséminés en plusieurs points du territoire ; comme nous l'avons vu, on les considère généralement comme les descendants des premiers occupants du sol.
La taille du négrille varie de 1 m. 36 à 1 m. 57 ; la peau est noire, jaunâtre ou rougeàtre, la tète volumineuse, le ventre ballonné. La chasse est sa principale occupation.
Le type des forêts est généralement resté pur, mais les nains de plaines, tels que les Batoa qui vivent avec les Bakuba, sont fortement métissés.
Les négrilles portent un grand nombre de noms : Aka, Tike-tike sur le haut Uele ; Ewe, Wamhivamili, Watwa sur le haut Aruwimi ; Mambiili dans les environs de la Semliki. Les noms de certains d'entre eux ont visiblement la même origine : tels sont les Watwa et les Batoa déjà cités, les Batiia de la haute Tshuapa, du Kasai et du Lomani, les Batwa de la Semliki et les Batua des environs du lac Léopold IL
Vers le nord-est de la colonie, le mélange des races occupantes a provoqué la formation de populations métissées : les Bantu-négrilles : Walese, Bambuba et Wanande ; les Bantu-négrilles-nilotiques : Balega et Momvu ; les Bantu-Nuba : Mangbetii et Abarambo ; les Nuba-nilotiques : Makrakra et Abaka.
Enfin certaines tribus, telles que les Mabodo, sont indéterminées.