‹ L'œuvre complet de Eugène DelacroixChapitre 11 sur 97 · XXXIV INTRODUCTION A · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION A

j il \- a de ceLiprès d'un demi-siècIc, et se vend toujours. Dans une vente récente,

{ en i!^82. on a revu les Conviilsionnaires de Tanger^ un des chefs-d'œuvre

j parmi les tableaux de chevalet de Delacroix: le jour de l'exposition, devant ce

j spectacle de la férocité où se peut porter le mysticisme oriental, l'impression

du public était à peu près unanime : « Cela est fort beau, c'est possible, mais ce n'est pas gai, et je n'aimerais pas de vivre avec ce spectacle sous les yeux.» Et en réalité, cela est beau, cela est grand, mais celaest tragique (i).

On peut en dire autant de l'œuvre entier du maître. Je l'ai écrit ailleurs, " Lutte et passion, en ces termes se résume, étudié dans son esprit, l'ceuvre de Delacroix. Le titre de chacun de ses ouvrages pourrait commencer par le mot lutte ou le contenir. Le drame occupait l'âme de l'artiste. Toute conception chez lui était violente. Il n'y a que peu d'images de repos, peu de sérénité dans son œuvre; à peine citerait-on parmi ses tableaux: Ovide che:^ les Scytiics^ et là, quelle tristesse amère ! ou Roméo et Juliette s'étreignant dans un dernier baiser sous les lueurs vermeilles de l'aurore; et ici, quelle ardeur de passion ! « Donc, nulle sérénité ! Delacroix mit dans son art le drame constant qui s'agitait en son âme. Il ne connut pas la paix intérieure des tempéraments adipeux, lymphatiques et sanguins; par contre, nul ne connut, ne pratiqua et ne traduisit comme lui ce qu'un poète lyrique, JM. Théodore de Banville, a nommé « l'attirante séduction de la douleur ». Il était né sombre, hautain, ironique. Aussi que retrouve-t-on de préférence dans ses compositions ? La haine ou plutôt le principe toujours actif de l'incessante destruction, la force terrassant la faiblesse, avant Darwin, le combat pour l'existence, ou le combat pour la volupté du combat, mais le combat toujours. Rappelez-vous : le <( Quatrième chant de V Enfer », le Massacre de Scio, Attila. Poitiers, Nancy, Tailleboitrg^ l'Entrée des Croisés à Constantinople, la Liberté, Macbeth^ Hùinlet, dont nous reproduisons une scène page xxxm, Médée, Ugolin, Le Tasse, V Enlèvement de Rébecca, Gœt- de Berlichingen , le Naufrage de

(i) Ajoutons au dénombrement des causes qui entravèrent la popularité de Delacroix que de son vivant, c'est-à-dire aux beaux jours de la gravure de cor-imerce, pas une de ses compositions ne fut gravée comm.ercialement. Les éditeurs d'estampes réservaient leur publicité pour Horace Vernet et Paul Delaroche. Les artistes graveurs, d'autre part, sortis de l'Ecole des Beaux-.\rts, partageaient l'horreur de leurs professeurs pour le maître et n'étaient pas de taille, en outre, à graver ses œuvres, dont l'interprétation par le burin exige un effort d'inteilizence au-dessus de !a courante banalité.

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