‹ L'œuvre complet de Eugène DelacroixChapitre 12 sur 97 · L-Œi:VRE Dl£ DELACROIX XXXV · texte numérisé non relu

L-Œi:VRE Dl£ DELACROIX XXXV

^on Ju.jn Cl UHU son Or/.;;/ - a part la Aoce J.ive el les Musiciens arah's -ses Tigres dévorant une proie, ses Lions combattant, les Serpents stir la défensive. Voilé par la vivante magie de la couleur, par Temportement du dessin, par la suprême distinction du goût avec lequel le mélodrame est évite sous 1 enchanteresse parure de l'art, au fond de cet ceuvrc in.mense .1 coule un Heuvc de sang. Le bourgeois n'aime pas cela (,^

Si naturellement la pente de son humeur portait Delacroi.x aux conceptions tragiques, qu ,1 n'a pu y échapper, même dans les sujets religieux, quels sont ses motiis de prédilection } Les angoisses du Christ au Jardin des Oliviers les angoisses des apôtres pendant la tempête, les angoisses des saintes femmes pansant le corps percé de flèches de saint Sébastien, les angoisses des chrét.cns relevant^ le corps lapidé de saint Etienne, celles du bon Samaritain, cel esde la mère tenant sur ses genoux sacrés le corps exsangue du crucifié celles aussi de la crucifixion et de la descente de croix. Chargé de décorer une chapelle a leghse Saint-Sulpice, celle des Saints-Anges, reprendra-t-ii un sujet de douceur, qui l'avait déjà occupé, Taôu- et l'Auge? Non, il choisira rois motifs de lutte: La lui te de Jacob avec l'Ange; Héliodore chassé dri ten,ple, sur les parois latérales de la chapelle; et, au plafond, 5^;-;;/ A//c/../ terrassant h démon. Cette trilogie des vengeances angéliques est la dernière œuvre de kugene Delacroix, la dernière grande pensée du peintre

;< On l'atiendait avec quelque impatience à cette épreuve, disons-nous plus cm, volontiers croyait-on que l'intensité de la vie, la furie du mouven.ent dans la)t ne s obtenaient que par une sorte de fièvi-e d'imagination conduisant les hasards de la main : fougue, désordre, improvisation passaient pour svnonymes. Orici Delacroix, pour la première fois, allait avoir à triompher d'un procède qui interdit tout hasard, ne permet point d'improviser, car il n'autorise aucun repentir. C'était bien peu connaître cet admirable talent, tout de réflexion que de douter de lui. On peut dire, en effet, d'une façon absolue, que Delacroix n a jamais r,en abandonné à la fortune de la brosse. Ses œuvres sont toujours

(0 Et c'est aussi pourquoi l'Angleterre ne l'acceptera n

jamais.

le résultat de conceptions longtemps mûries dans sa pensée et de longues préparations. Recherches de composition sans cesse renouvelées, corrigées, améliorées, études de gestes, de mouvement, d'expressions variées à l'infini : tout dans la technique de Eugène Delacroix est sage, savant et prudent. Jamais il n'a tracé une ligne sans d'avance en avoir calculé, mesuré Teftet. Que lui importait donc le procédé lent de la peinture à la cire ? Jusque-là ses grandes décorations monumentales avaient été exécutées sur toile et marouflées. Il avait pu en voir la fragilité, sans la soupçonner pourtant aussi grande qu'elle nous a été révélée depuis par la restauration, devenue nécessaire en 1869, du plafond d'Apollon, au Louvre, et par celle, qui date d'hier, des coupoles du Palais légis. latif et du Luxembourg. Je suppose donc, sans aucun scrupule, que Delacroix, très jaloux de la postérité, accueillit avec une secrète joie l'occasion de fixer sa pensée dans un procédé qui assurait à celle-ci la durée. Et en effet la patiente volonté du maître bien aisément assouplit le moyen qui devait s'opposer à la fougue de sa main et lui communiquer la flamme de son génie résolu. »

Dans notre analyse de la trilogie, nous constatons que la moins parfaite des trois parties est le plafond. « La surface n'est pas suffisamment remplie, le rocher qui porte le groupe de saint Michel et du démon semble d'une dimension démesurée, sans proportion avec l'exiguïté des figures. Quant au démon lui-même, il rappelle vraiment par trop le diable légendaire, cornu, griffu, velu, le nez en bec d'aigle, le sourcil en accent circonflexe sous sa couronne d'or. A la composition définitivement adoptée, je préfère de beaucoup, dans sa donnée générale, celle dont il existe un fort beau dessin où les figures, bien plus importantes, remplissent davantage la surface à décorer. Apparemment Delacroix aura craint de trop surcharger le plafond en augmentant le nombre des personnages ou en les grandissant. » Si peu d'illusion du réel que l'on veuille demander aux arts du dessin, l'esprit admet difficilement, il est vrai, les entassements de corps ou de matières inertes se superposant à l'endroit où les yeux sont accoutumés à rencontrer l'espace infini. C'est pourquoi l'art du décorateur exige une science très étendue. La représentation de sujets réels, historiqLies ou religieux, disposée horizontalement à dix mètres du sol, est tout à fait en contradiction avec les règles élémentaires du bon sens. C'est la, et là ! seulement, que l'allégorie païenne ou catholique peut trouver sa raison d'être

dans l'art décoratif. Les dieux ei lc.> démises de l'Olympe, les anges du ciel

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