‹ L'œuvre complet de Eugène DelacroixChapitre 30 sur 97 · Non signé ni daté. — Appartient à · texte numérisé non relu

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Souvenir d'intime amitié donné par Eugène Delacroix à son camarade d'enfance le plus cher et qui l'avait puissamment soutenu de son admiration. Il lui écrivait en octobre 1820 : 0 Pourquoi es-tu le seul qui, en dépassant énormément ce que mes plus forts accès de vanité m'aient pu inspirer, m'as pourtant un peu remis h mon rang?... Ton sufiVage tout seul dans une balance emportera tous les autres réunis dans l'autre. Puisque, le premier, tu m'as dit que tu sentais quelque chose dans ce que je fais, il est juste que tu aies ta récompense du bien que tu m'as fait et du courage que tu m'as donné. »

Deux études de chevaux

10 Cheval rouan. — Toile. — H. o">3o, L. o'"40. — Vente posthume : 620 fr.

2- Cheval dans une écurie. — Toile. — H. o™3i, L. o">40.- — Vente posthume : 400 francs à M. Bornot. La robe du cheval, en notre étude n» 2, est bai-cerise: d'une traînée de pinceau, le maître a posé sur le sol un ton de paille, pour indiquer la litière de l'écurie.

N° 7} : Relais de quatre chevaux

Toile. — H. 0-24, L. 0"'3i. — N» 2o5 de la Vente posthume : 435 francs à M. Delille.

Cette magnifique étude ne sortit jamais de l'atelier de Delacroix. Si elle avait été connue, elle lui eût concilié sans doute le bon vouloir d'un autre peintre également passionné pour le cheval, qui Jev^i't être un peu plus tard l'artiste non le plus illustre, mais le plus célèbre de l'Ecole française, Horace Vernet, dont l'antipathie a 1 égard de Delacroix était déclarée et se manifesta, notamment en 1849, dans les élections à l'Académie. Voir la lettre du 29 août à L. Riesener (édition Burty).

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N° 74 : Cheval de charrue

Chevalier et Pi^fre

Toile. — H. o"44, L. C^Sô. — N" 204 de la Vente posthume : 450 fr. — Appartient à madame la baronne Rivet.

n Le baron Charles Rivet, dit M. Burty, qui, de nos jours, a attaché son nom à la fondation de la troisième République, demeura un des fidèles amis de cœur de Delacroix. Celui-ci, dans un premier testament que lui fit déchirer sa gouvernante, Jenny LeGuillou, l'avait désigné comme son légataire universel. C'était un homme de grand sens et de mœurs aimables.» Il avait été aussi l'ami et le camarade d'atelier de Bonington. Delacroix lui légua en mourant un tableau inachevé de Bonington, précisément, et une petite toile du même portant deux sujets en grisaille.

7 ^ , 76 : Etudes de chevaux à 1 écurie

1° Cheval blanc. — Toile. — H. o™45, L. o'"54. — Vente posthume: i,o8o fr.

2" Deux chevaux. — Toiie. H. o"3i, L. o'"40. — Vente posthume : 480 francs à M. Bornot, cousin de Delacroix. — Appartenait à feu M. Gavet, gendre de M. Bornot.

Delacroix tenait beaucoup à la première de ces deux études, et il l'avait accrochée dans sa salle à manger.

N°'77, 78 : Deux costumes d'Orient

Toiles. — Mêmes dimensions : H. o^SS, L. o'"24. — Non signé ni daté. — N" 188 de la Vente posthume. — Appartient à M. Mercier.

Les deux figures sont debout'; l'une est vue de dos, l'autre de face. Nous retrouverons quelque chose du grand mouvement ondulé de la draperie de l'homme vu de dos dans le costume du Giaour pour le

" I I ■ I la arapene ue 1 iioiuiiic vuuc uus uana it ^woLuiin- wu vji^^iv^ui ^-v.*. x.-

magnifique Combat du Giaour et du Pacha, appartenant à madame Mahler, et si peu connu.

N''' 79, 80 : Deux études d'officiers grecs

Toiles. —1° H. o'"25, L. 0"'i8. — Appartient à M. le baron de Schwiter. — 2° Même sujet : H. o"'4o, L. o"'3o. — Vente Richard Wallace, 1877 : 280 fr. — Cat. A. Moreau, p. 269.

La première de ces deux toiles est une charmante esquisse précieusement conservée par M. le baron de Schwiter, qui fut l'un des amis auxquels le maître confia par testament le soin de classer tous ses dessins après sa mort. C'est elle que nous reproduisons.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N°8i : Grec blessé

Atjuarelle. — H. o™022, L. o'"oi6. — Lithographie par M.Jean Gigoux dans les mêmes dimensions. — Cat. A. Moreau, p. i25.

Groupe de deux figures en costume grec, compose' d'un soldat assis, blessé, le bras droit en écharpe et tenant de la main gauche un verre que la femme debout auprès de lui vient de remplir. Dans le fond, un autre blessé avance en s'appuvant également sur une femme. — Il n'y a d'autre trace de cette aquarelle que la lithographie de Gigoux reproduite ici. — C'est là encore une de ces études par lesquelles le maître se préparait au Massacre de Scio. On reconnaît déjà dans l'attitude des femmes toute l'exquise tendresse que Delacroix impose aux Saintes Femmes près du Crucifié ou de saint Sébastien. Personne n'a su comme

lui exprimer la profonde passion de la charité chez la femme. Il n'est point de sentiment

humain qu'il n'ait connu et fait passer dans son œuvre.

N° 82 : Costume de Calcutta

Toile. — H. o'"45, L. C^S/. — N" 184 de la Vente posthume : 65o fr. — Appartient à M. Ph. Burty. — Cat. A. Moreau, p. 32i. Le personnage, aux longues moustaches noires finement effilées et relevées en croc, le cou nu, vêtu d'un costume de couleur bleu foncé à parements jaunes et plastron rouge, coiffé d'un chapeau à larges bords, est assis de trois quarts, tourné à gauche, les bras retombants et les jambes croisées l'une sur l'autre. Sur le fond neutre s'enlève en clair une draperie posée

sur le dossier d'une chaise.

1;=3 Aujourd'hui que le romantisme a rompu toutes les entraves qui retenaient ' l'école française enchaînée aux colorations pâles des plâtres académiques, cela paraît tout simple qu'uri artiste se plaise à étudier les détails pittoresques d'un costume exotique. Mais n'oublions point que nous sommes ici en 1823, au temps des Ajax insultant les dieux, et qu'alors, 0 Rien que la mort ne pouvait expier son forfait, a

N°8} : Académie de femme

Toile. — H. o™8i, L. o"65. — N° 200 de la Vente posthume. — Appartient à M. Jehan Duseigneur fils, après avoir appartenu successivement à Téminent critique d'art Théophile Thoré et à M. Paul Lacroi.x.

Delacroix, qui a fait un certain nombre d'académies de femme, fut le

plus chaste des peintres. Il faut que le nu s'impose par le caractère du

sujet pour qu'il l'introduise dans ses compositions. Quand il le rencontre,

iHaawH jB^aB.-v' i '^ '^ traite en maître, comme dans les peintures décoratives du Salon du

.^^^'^^^ — ' roi. dans V Orphée du Corps législatif et dans la Mort de Sardanapale;

'^^s^J^=^-r=A mais il ne le cherche point. Nul n'est plus éloigné que lui des motifs

^'-"1 de pure volupté. Quand l'amour passe dans son œuvre — et il y passe

bien rarement — il le conçoit dans les ironies de Faust ou dans les

rayonnements de Juliette et Roméo ; songénie plarîe toujours au-dessus des ardeurs lascives.

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N°' 84, 8^ : Deux costumes souliotes

Toiles. — 1° H. o"'4o, L. o"26; 2" H. o™4o, L. o™3i — N"^ 177 et 178 de la Vente posthume. — Le 11° 177 Vente posthume : 58o fr., à M. Petit. — Cat. A. Morcau, p. 320.

Ces études de costumes souliotes furent faites en vue du Massacre de Scio. Mais Delacroix ne pouvait se défendre de mettre en mouvement même les objets inanimés qui posaient devant lui. Il a donné à celui que nous reproduisons l'attitude de la danse; c'est le n" 178 de la Vente posthume. Dans le n'' 177, le personnage, vu de face comme ici, a le pied posé sur une pierre. ' J Les costumes et les armes sont d'une grande somptuosité et d'une coloration

éclatante qui contrastent heureusement avec les tons blancs de la fustanelle.

N" 86 : Nègre à cheval

Lithographie. — H. o™i64, L. o"'2ro. — Vente posthume, trois épreuves : 32 francs.

Les jambes et les bras nus, coiffé en arrière d'une petite calotte de forme conique, vêtu d'une veste sans manches et d'un jupon blanc, le nègre monte un cheval de race anglaise vu de profil et marchant au pas relevé vers la droite, au milieu d'une vaste -«"^ plaine. L'animal, en simple tapis de selle sans surfaix apparent, , çi r-T^ est bridé; les branches du mors sont visibles et l'on aperçoit ,i^ sj-^gj un gland de soie floche attaché à la sous-gorge. La tète du cavalier paraît petite, mais on ne considérera que la justesse et l'aisance du mouvement.

La lithographie n'est pas signée en toutes lettres, elle l'est seulement des initiales E. D.

Année 1824

Delacroix et

N° 87 : Milton soigné par ses filles

Toile. — H. o™oo, L. o"'oo(?) — Salon de 1827. — Au duc de Fitz-James.- — Cat. A. Moreau, p. 170.

Ce tableau, peint en 1824, exposé à la Société des Amis des Arts, puis au Salon de 1S27, fut acheté par M. le duc de Fitz-James et passa en Angleterre. Nous en donnons une idée, pensons-nous, en reproduisant un croquis à la plume de o"M75 suro"'iqo de la collection Riesener. — Si M. Moreau ne lui assignait expressément la date 1S24, nous aurions reporté l'exécution de ce tableau après le voyage de Londres, qui est de l'année i825. C'est à partir de ce moment, en effet, que le grand courant passionné des poètes anglais, Shakespeare, Byron et aussi Walter Scott, pénétre dans l'âme de Eugène y dépose le germe des plus hautes concuptions romantiques.

iS24

N° 88 : Le Tasse dans la Maison des Fous

Toile. — H. o"'4g, L. o™6o. — Signé, non daté. — Salon de 1839. — Exposition universelle de i855. — Vente A. Dumas fils, i865 : 14,000 francs. — Vente Khalil bey, 1868 : lô.Soo francs. — Vente Carlin, 1872 : 40,000 francs. — Gravé à Peau-forte par L. Flameng. • — Lithographie en sens inverse par Mouilleron, pour la publication Le Mont Carmel et les chrétiens d'Orient (1844). — Gravé sur bois dans le vrai sens pour le Monde illustré (num. du 11 janvier 1868). — Cat. A. Moreau, pp. 92,118,119,144,160, 191,257,287,323. Les fous regardent curieusement le poète assis et qui détourne sa tête pensive appuyée sur la main gauche. Dans le fond, un gardien fait claquer son fouet.

— Cet admirable tableau fut, d'après M. Moreau, exposé au Salon de iSSg. Il ne figure pas au livret, mais ce n'est pas une raison négative pour cette époque. Il existe plusieurs variantes du même motif. — L'œuvre, à peu près achevée à cette date [1824), fut, comme les Natche^, mterrompue par le Massacre de Scio et revue et signée seulement en 1825 pour M. Formé.

— Voirie numéro suivant et aux années 1825 et 1S27.

N° 89 : Le Tasse en prison

Dessin. — Gravé à Teau-forte par A. Devéria. — H. o"'i79, L o"i i5. — Fragment du précédent. — Cat. A. Moreau, p. 92.

C est la figure isolée du poète dans le tableau précédent, avec de sensibles différences dans le costume et dans l'ajustement du manteau qui recouvre ICI lavant-bras droit. — Dès 1S19, Delacroix se montre bien vivement préoccupé de ce noble sujet. « N'est-ce pas que cette vie du Tasse est bien mteressante? écrit-il à M. Pierret. Que cet homme a été malheureux! Qu on est rempli d'indignation contre ces indignes protecteurs qui l'opprimaient sous prétexte de le garantir de ses ennemis et qui le privaient de ses chers manuscrits! Que de pleurs de rage et d'indignation il a dû \erser en voyant que pour les lui enlever plus sûrement, on l'accusait de folie et d'impuissance! Qu'il a dû de fois user sa tète a. ses barreaux en pensant à la bassesse des hommes. » (Lettres, publication Burty.)

N° 90 : Etude d'intérieur

Aquarelle. — H. o'"i55, L. o™2io. — Vente posthume : 5o francs. — Vente Constant Dutilleux : 3 10 francs à M. Burguières. — Lithographie à la plume et cliché pour le catalogue delà vente parAlf. Robaut : o'"78 sur o'" i o5 .

Ce n'est pas là un sujet bien intéressant, diront ceux qui demandent il la peinture des anecdotes et des histoires. Non, assurément; mais, outre les

qualités pittoresques de cette charmante aquarelle, est-il possible de rencontrer une plus

lidèle expression de l'intimité d'un ménage de garçon?

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N°9i : Massacre de Scio

Toile. —H. 4"'22, L. 3"'57. — Salon de 1 824. ■ Acheté par l'Etat : 6,000 francs. — Exposition universelle de i855. — Gravé à Teau-forte par Masson. — Lithographie par Blanchard. — Gravé sur bois pour Ylllustratinn et pour l'Histoire des Peintres. — Appartient au musée du Louvre. — Cat. A. Moreau, pp. gS, 117, 142, 160, 167. Le titre exact du tableau est : Scènes des massacres de Scio. La peinture était achevée, déposée au Louvre où se faisaient alors les expositions annuelles, quand Delacroix vit les tableaux de Constable qu'un spéculateur français avait envoyés au Salon. 11 fut tellement frappé de l'admirable facture de l'illustre paysagiste qu'il obtint de faire descendre son tableau dans la salle des Cariatides et là le reprit et, en quatre lours, le transforma complètement (voir la notice de M. Villot sur John Constable). M. Lassalle-Bordes, qui fut un des praticiens du maître, prétend que celui-ci retoucha de nouveau le tableau en 1847, au moment où il terminait la coupole du Luxembourg. (1 II trouvait que les tons avaient poussé au jaune. » Après le Massacre de Scio, M. de La Rochefoucauld, alors directeur général des beaux-arts, aurait, d'après les Notes de L. Riesener, fait appeler Eugène Delà^croix, non pour lui commander des travaux, mais pour lui recommander a de dessiner d'après la bosse «.

Delacroix ne connaissait pas la Grèce, où il n'avait jamais voyagé, lorsqu'il a peint le Massacre de Scio; cela ne l'a pas empêché de tirer de son sujet un grand effet de vraisemblance poétique qui s'élève jusqu'à la terreur. La santé de la main a rendu fidèlement la fièvre de la pensée qui agitait tous les esprits en 1824 au seul nom de la Grèce. La peste, la corruption, la mort physique et la mort du cœur se partagent l'attention troublée par cette horrible scène de destruction, où la vieillesse s'hébête de folie, où l'enfance affamée s'attache aux seins taris d'un cadavre, où la mâle vigueur s'écoule en flots de sang par de béantes blessures, où la beauté virginale est livrée dans sa pure nudité aux meurtrissures d'un cheval furieux. 0 Ces scènes horribles, dont nul ménagement académique ne dissimule la hideur, a dit Théophile Gautier, ce dessin fiévreux et convulsif, cette couleur violente, cette furie de brosse soulevaient l'indignation des classiques dont la perruque frémissait comme celle de Haeadel, et enthousiasmaient les jeunes peintres par leur hardiesse étrange et leur nouveauté que rien ne faisait pressentir. Aujourd'hui, le Massacre de Scio est devenu classique à son tour; on le copie, on l'étudié, on l'admire. « C'est l'Orient et sa cruauté dans l'homme et dans la nature : la peste et le meurtre.

N°^ 92, 93 : Etudes pour le Massacre de Scio

Toile. — H. c^qS, L. i"'3o. — Salon de 1824. —Vente du 1 1 mai 1876, à l'hôtel Drouot : 3,65o francs à M. Auguste Vacquerie. — Cat. A. Moreau, p. 167. La plus importante est une étude du groupe de la mère couchée, morte, et de l'enfant. II en existe une autre réduction de o"'4o sur o"'5o qui a successivement appartenu à MM. Jeanron, Niel, Martin, Burty, Barbcdienne, Charly.

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N° 94 : Tête de vieille femme pour le Massacre de Scio

Aquarelle. — H. o"'!/, L. o™i4. — Appartient à M. A. Robaut depuis la Vente posthume.

Cette admirable étude, d'une puissance de relief extraordinaire, d'une expression saisissante, avec ses yeux glauques ourlés de rouge et sa bouche édentée, tordue par l'âge, cette tête si curieusement encapuchonnée a été visiblement faite d'après nature comme une .préparation pour la vieille femme du Massacre de Scio, dont il y a aussi une étude peinte. La vue de cette admirable aquarelle me remet en mémoire un passage de la très remarquable étude de Henri de la Madeleine : « Que de sottises n'a-t-on pas dites et " redites sur le dessin de Delacroix? Vicieux, extravagant, caricatural, informe, c'était une horreur pour les calligraphes. effet, comprendre les admirateurs des Favarger ou des Vital dans ce dessin prompt comme la parole même, né d'une inspiration impérieuse. »

N° 95 : Tête de femme pour le Massacre de Scio

Toile. — H.o"'42,L.o™34. — Au docteur Gebauer. — Cat.A.Moreau,p.i68

Cette étude, conforme à l'exécution définitive, est celle de la femme grecque accroupie au premier plan à droite, la poitrine découverte, auprès de la mère couchée morte et dont l'enfant cherche à prendre le sein. Nous renvoyons l'amateur curieux de pénétrer le secret des procédés intellectuels d'Eugène Delacroix h la toile que nous avons reproduite sous le n" 66. Ce rapprochement montre avec quelle certitude de conception et d'exécution il transformait la réalité étroite fournie par le modèle vivant. C'est le mouvement de l'Orpheline de 1823 qui est devenu celui de la mère de 1824.

N° 96 : Cavalier grec blessé

Aquarelle. — H. 0^19, L. o™23. — Signé, daté. Cette aquarelle, vernie et encadrée sans marge, fait l'eflet d'une peinture à l'huile. On lit au bas, h gauche : « Eug. Delacroix h son ami Th. Fielding, novembre 1824. » — Ce morceau précieux appartenait à M. Guillaume, de Bruxelles, en 1874, et a passé depuis entre les mains de M. Arthur Stevens et de M. F. Petit. — D'après la tradition. Thaïes Fielding aurait collaboré h l'exécution du ciel dans IcMassacre de Scio, mais j^ai dit comment Delacroix, par des reprises successives

en 1824 et en 1847, ne laissa rien subsister de ce premier travail.

N° 97 : Mademoiselle La.

Toile. — H. o"^6o, L. o™4o. — Non signé ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 229.

Cette demoiselle La..., représentée en buste, vêtue d'une robe de couleur foncée serrée à la

taille par une large ceinture à haute boucle, est, pensons-nous, un modèle du nom de Laurc.

N° 9^ • Aline la mulâtresse

Toile. — H . o'"6o, L. o"'48 — Signé à droite à hauteur de l'épaule: Eug. Delacroix. — Appartient au docteur Gebaûer. — Cat. A. Moreau, p. 229.

Le modèle, vu presque de face, est coiffé d'un vaste turban bleu. La robe grise, très ouverte, est fixée au corsage de dessous par une large broche de forme carrée, dorée et ornée de pierres de couleur. Un châle rouge descend des épaules pour envelopper les bras. — Malgré l'indication du Catalogue A. Moreau, cette étude est signée en toutes lettres. Nous rectifions aussi les dimensions. — M. Moreau catalogue également une variante de cette étude, non signée ni datée, dans les dimensions de non 22), variante qui, peut-être même, n'est pas de la main de Delacroix.

N° 99 : Aline la mulâtresse

Toile. — H. o™320, L. o"'235. — N" igS de la Vente posthume : 3So francs à M. le baron Rivet. — Cat. A. Moreau, p. 32 1. Cette toile n'est pas une variante des précédentes, c'est une étude entiè- I rement nouvelle. Le modèle, presque de face, est tourné dans le sens I opposé (ici à droite). Il n'y a plus ni broche, ni châle, ni turban, et le nu de la poitrine est beaucoup plus accusé. Curieux de tout ce qui pouvait lui offrir un élément nouveau décoloration, Delacroix étudiait alors le jeu particulier de la lumière absorbée, et non plus réfléchie, par la peau dans les races où la nature a varié, comme un fondeur merveilleux, toutes les patines du bronze.

--'' 11 existe encore d'autres études de femme en buste vêtu, non signées ni datées d'ailleurs, et de dimensions variées, généralement de o™73 sur o™6o ou de o™35 sur o"'22. L'une des plus intéressantes figure sous le numéro 97.

N° 100 : Scène de « Don Juan

'i Toile. — H. o'"54, L. o"'44. — Signé. — Salon de i838. — Appartient à M. Marmontel. — Cat. A. Moreau, p. 177. C'est une scène du dernier acte, celle du souper. Don Juan répond par des railleries aux larmes de dona Elvire qui le supplie d'abjurer son impiété, quand Leporello annonce l'arrivée du Commandeur. En entendant les pas lourds de la statue, don Juan, d'un air de défi, se soulève à demi sur son fauteuil. La porte s'ouvre, et Leporello recule avec des gestes de terreur effarée. — Ce tableau, int dans une gamme de tons un peu sombre, ne fut exposé qu'en iS38. A cette époque, Delacroix terminait le salon du Roi à la -^ Chambre des députés; il tenait cependant à ce que son nom figurât au livret du Salon. C'est alors qu'il se sera décidé à envoyer ce tableau peint en 1824 et qui opposait une note sévère aux splendeurs de la Médée et des Couvulsionnaires. Quelle variété de génie chez le peintre qui pouvait exposer la même année trois ouvrages d'un caractère si différent!

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N° loi : Cheval effrayé par Torage

Aquarelle. — de Schwiter.

H. o™235, L. oni32o. — Appartient à M. le baron

M. le baron Je Schwiter futundes meilleurs amis de Eugène Delacroix, qui lui légua, en mourant, un tableau de Watteau, un de Chardin et un grand paysage inachevé de Thaïes Fielding et le désigna pour concourir au classement de ses dessins. Il avait reçu cette précieuse aquarelle d'un si beau mouvement, en échange d'une collection d'empreintes de médailles que Delacroix a maintes fois dessinées. Voir années 1824 et 1S25.

N° 102 : Cheval arabe

Sépia. — H. o'"i9,L. o'"23. — Appartenaità mad. Leblond.

L'admirable observateur que Delacroix! Tout homme qui aura partagé la vie d'un camp de cavalerie demeurera frappé, comme nous le sommes en face de ce dessin, du développement extraordinaire de cette faculté chez le maître. Bridé, sellé, harnaché, l'animal s'est détaché du piquet. Avec quelle gaieté d'enfant mutin, quelle innocente malice, il s'échappe d'un trot léger pour le plaisir de faire courir son gardien, ici, un Arabe ! Il n'y met pas de

méchanceté, l'aimable animal; tout à l'heure, il se laissera reprendre, remettre au piquet.

N° 103 : Scène du Sabbat

Toile. — H. o"'3i, L. o'^Sg. — N" 142 de la Vente posthume : 410 francs à M. Haro.

C'est une simple ébauche, intéressante surtout par la belle disposition de la ligne diagonale qui, des masses de rochers placés a gauche, s'élève vers les hautes ruines en forme de falaises qui dressent leurs cimes dans le vaste ciel et vers lesquelles s'élance, comme à l'assaut, la bande des sorciers, larves, lémures, afrites, goules, lamies, psylles, brucolaques et autres esprits nocturnes.

N° 104 : La fiancée de Lammermoor

Aquarelle. — H. o"'i85, L. o'"265. — Vente Villot, iSjS : 45 francs. —Appartient à M. Marquet de Vasselot, statuaire. a On entra dans l'appartement, et la première chose qu'on vit fut le corps de Bucklaw étendu derrière la porte et nageant dans son sang. « C'est une des dernières scènes du roman de Walter Scott, une indication plutôt qu'une œuvre définitive. Delacroix reviendra plus tard, en 1827, au même roman et choisira un autre motif. — A la vente Villot, du 6 décembre iSyS, cette aquarelle fut réunie à un dessm à la mine de plomb d'après Géricault; le prix de 45 francs porte sur ce lot de deux pièces.

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N" 10) : Portrait en pied de M. Soulier

Toile. — H. i'"42, L. r tient à M. Soulier tils.

'10. — Ni signé ni daté — Appar-

Peinture inachevée. La tête et la main droite seules sont terminées ou à peu près; le reste n"est qu'indiqué, quoique la toile soit couverte partout. — L'œuvre a été peinte dans l'atelier de Delacroix dont on reconnaît les propres meubles. Le maître eut toujours le désir, qu'il ne réalisa pas, d'achever ce portrait. On le rendit au modèle à la mort de Delacroix. — M. Soulier, le teint pâle, les cheveux châtain foncé, vêtu de drap bleu sombre, est assis de face, les jambes croisées, la main gauche appuyée sur un livre posé à plat sur sei genoux. Le fauteuil et le canapé, les mêmes que dans le portrait de M. F. Villot, sont en bois d'acajou et recouverts d'étoffe verte. Dans le fond, une draperie rouge et la fameuse guitare que nous avons déjà vue dans un précédent portrait de M.. Soulier. — Ajoutons, pour compléter les renseigneà donnes sur cet excellent ami de Delacroix, que M. Soulier avait étudié l'aqual'atelier de Copley Fielding, à Londres, et que c'est par lui et chez lui, dans la de la place Vendôme, que Delacroix connut Thaïes Fielding. (Voir n^^Go à 63.)

N° 106 : Le modèle Rose

Toile. — H.o™32, L. o"'48. — Au docteur Gebaûer.

D'une lettre sans date à M. Pierret (M. Burty dit « vers i 823 », nous nous crovons dès lors autorisé à adopter 1824), nous détachons, malgré là dernière ligne un peu libre, les lignes suivantes qui se rapportent manifestement h notre étude : 0 ... Je suis fâché de ne t'avoir pas vu, mon petit ami. Mais, du moins, fais-moi le plaisir de m'en dédommager en venant demain travailler avec moi. J'aurai modèle depuis sept heures du matin, rue de Sèvres, n° 11... J'avais tâché de déterminer Félix (Guillemardet, qui faisait son droit) à venir nous tenir compagnie demain. Mais il m'a dit que le régime dotal l'emporterait sur le fessier de mademoiselle Rose pour cette fois. «

croi

N° 107 : Scène d'adieux

tf'*-" Aquarelle. — H. o"M5o, L. o"'io5. — Appartient à M. Haro. f^rîjii^ Les amants, au moment de se séparer, se tiennent étroitement embrassés '~~'^tJ^' dans l'allée verdoyante d'un parc. — Encore un projet abandonné (Voir ' n" 1 1 4). <( Si je ne suis pas agité comme le serpent dans la main de la Pythonisse, je suis froid: il faut le reconnaître et s'y soumettre. Tout ce que j'ai fait de bien a été fait ainsi. » (Extrait des agendas de Eugène Delacroix, dans le catalogue imprimé et non livré au public de la magnifique collection léguée par M. Alfred Bruyas au musée de Montpellier. Ce catalogue avait été rédigé par le donateur avec la collaboration infiniment précieuse de Théophile Silvestre). — La scène n'est pas à ce point particularisée qu'il y ait le moindre intérêt à nommer ces amants. Cela importe peu, car Dela- X ne s'y est arrêté que pour indiquer le mouvement d'un groupe de deux figures.

N° io8 : Les Natchez

Toile. — H. o"'90, L. i^^ie. — Signé à droite. — Salon de

i835. — Vente Paturle, 28 février 1872: 19,000 francs à M. Febvre. — Gravé à Feau-forte : 0^097 sur o"' 128 par Bracquemond pour le catalogue de cette vente. — Cat. A. Moreau, pp. 8g, 160, 175, 252.

Inutile de dire que le sujet est emprunté à Chateaubriand. Fuyant le massacre de leur tjibu, les deux jeunes sauvages remontent le cours du Meschacebé. Pendant le voyage, la jeune femme a été prise des douleurs de l'enfantement. Les Natchez ont quitté leur pirogue; le père, agenouillé sur le sable, tient dans ses bras le nouveau-né que la mère, assise sur le sol, regarde avec tendresse. — L'exécution du Massacre de Scio interrompit celle des Natchez. Ce dernier tableau était déjà fort avancé h cette date. Cependant, il ne parut qu'au Salon de i835. Mis en loterie à Lyon, au profit d'une œuvre de bienfaisance, en iSjS, par M. Rivet, préfet du Rhône et ami du maître, il fut gagné par M. Paturle. Il avait été payé 1,200 francs à l'artiste, qui écrivit à M. Rivet, après le tirage de la loterie^ : « Que j'aurais désiré que mon triste tableau, s'il vous a plu le moins du monde, vous tût échu! Je crains bien qu'il ne se présente de sitôt sous ma main un sujet aussi conciliant, si je puis parler ainsi. Mes inclinations tragiques me dominent toujours et les Grâces me sourient rarement... »

N°^ 109, no, III, 1 12 : Feuilles de croquis d'après l'antique.

I " Médailles et monnaies. — Dessin à la plume.

o"3oo. — Appartient à M. Burty. — Publié en fac-similé dans V Autographe au Salon, n^imévo du 10 juin 1864.

2» Fragments étrusques. — Dessin au crayon. — H. o"^i3o, L. o"'20o. — Mêmes indications complémentaires que ci-dessous.

3" Médailles. — Dessin à la plume. — H. o™ioo, L. 0^170. — Lithographie de mêmes dimensions par Alfred Robaut, dans la troisième série de ses « Fac-similés de croquis et dessins originaux de Eug. Delacroix, 1 865, chez l'auteur » Planche tirée à dix épreuves seulement, non publiée.

4° Médaille de Syracuse. — Dessin à la mine de plomb. — Diamètre o"'o6o. — • Mêmes indications, sauf le chiffre du tirage qui est de i5o et le numéro delà série, qui est la première. La médaille orne la couverture de cette série.

Delacroix avait étudié l'antique avec la passion qu'il apportait à toute chose. Nous l'avons vu (n" loi) échanger une aquarelle importante contre une collection d'empreintes de médailles, celles-là mêmes assurément d'après lesquelles les croquis que nous donnons ici furent exécutés. Médailles, pierres gravées, trépieds, carquois, figures d'ornement, animaux symboliques, tètes casquées, etc., ce que Delacroix recherche dans ces dessins au trait, c'est le type essentiel de l'objet, ce qui caractérise cet objet, en éliminant l'accident et jusqu'au détail pittoresque. De là cette grandeur.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N° 113 : Mort de Caton

nous fait 1 conserve 1'

Toile. — H. o™6o, L. o"'44. ■ — Lithographie par J. Laurens : o'"23 suro"'i7. — Appartient au musée de Montpellier, galerie Bruyas.

C'est une académie que Delacroix a reprise et complétée en lui donnant l'intérêt d'une composition. On se demande si le maître n'eut pas alors la pensée de se mesurer avec Louis David, qui exposait précisément au Salon de 1824 une figure académique dans une attitude analogue. Cette académie de David était très célèbre dans les ateliers. Il l'avait peinte en 1779, pendant son pensionnat de Rome. Elle servit longtemps de modèle à ses élèves avec une autre académie d'homme vu de dos. Cette dernière était connue sous le nom d'Hector; la première, qui est au Louvre, sous le nom de Patrocle. Le Caton de Delacroix

|effet d'une réminiscence très intentionnelle du Patrocle. Malgré tout, l'œuvre

allure tendue des morceaux académiques.

N° 1 14 : Camp romain

Aquarelle. — H.

bas à gauche. — \illot.

D"'i55, L. o-^ Appartient

Î95. — Signé au à M. Georges

C est là un des innombrables projets, moins que i.ela, une des innombrables pensées qui traversèrent le cerveau de Eugène Delacroix en son incessante activité, pensée non réalisée cette fois. Aura-t-il manqué d'obstination? 0 Sorti d'un travail, » a-t-il écrit quelque part, 0 impossible de s'y remettre. 11 y a une croûte à rompre pour s'y remettre de cœur, quelque chose comme un terrain rebelle qui repousse le soc et la houe. Mais après un peu d'obstination, cette rigueur s'évanouit. Tout à coup, il est prodigue de fleurs et de fruits, on ne peut suffire à les cueillir. «

N° 1 1 5 : Portrait d'Abel Widmer

Toile ovale. — H. o™6o, L. o"'5o. — Appartient à M. Arosa. — Cat. A. Moreau, p. 23o.

En 1824, puis en 1825, et de 1828 à 1834, avec une lacune en i83i, Delacroix fit, au prix de cent francs, pour son ami M. Goubau, chef d'institution, le portrait à l'huile, en buste, des élèves lauréats au concours général. M. Goubau est le fondateur du collège Chaptal. Dans le principe, la pension portait le titre de Institution Saint-Victor et était située rue Chantereine, devenue rue de la Victoire. C'est en i S3o qu'elle fut transférée rue Blanche, où elle devint collège Chaptal, aujourd'hui boulevard des BatignoUes. Le lauréat de 1824 s'appelait Abel Widmer. Redingote bleu foncé, gilet montant, col et cravate blanche Widmer mourut très jeune, vers i833.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

Année 1826

N° 116 : Desdemona et Emilia

Appartient à M. Soulier fils. —Non

Toile. — H. o"'24, L. o"' catalogué par M. Moreau.

C'est la dernière scène du quatrième acte d'Othello, dans l'appartement de Desdemona. Othello, Lodovico et les gens de leur suite sont sortis. Emilia commence de défaire sa maîtresse, la romance du Saule est chante'e. La conversation s'engage sur l'infidélité des femmes. « desdemona. Oh! ces hommes! ces hommes! ... Crois-tu en conscience, dis-moi cela, Emilia, qu'il y ait des femmes qui offensent leur mari d'un si gros outrage. — ÈMiLiA. Il y en a de telles, cela n'est pas douteux... — desdemona. Je ne crois pas qu'il existe une telle femme. — emilia. Oui, il en existe par douzaines, et autant encore par-dessus le marché qu'il en faudrait pour peupler le monde pour lequel elles auraient joué....» Suit le grand monologue d'Emilia qui se termine par ces mots : « Ainsi donc, que nos maris nous traitent bien, ou bien qu'ils sachent que nos péchés, ce sont leurs péchés qui nous les enseignent, » et auquel l'innocente, la triste Desdemona coupe court par ces mots : « Bonne nuit, bonne nuit; que le ciel m'accorde des mœurs qui me permettent non de tirer le mal du mal, mais de me corriger par le mal! » Elles sortent. Le drame approche, la fin tragique qui arrêtera Delacroix plus tard en 1848 et en i85o.

N° 117 : Macbeth consultant les sorcières

Lithographie. — H. o'"322, L. o"'25o. — Premier e'tat. "Ventes de la Combe, i863 : 72 francs; Dubois, 1866 : 3o francs. — Deuxième état. Vente Parguez, 1861 : 25 francs. — Troisième état. Vente posthume 1864 (cinq épreuves) : 5i francs; Ventes Burty, Paris, décembre 1874: 3o francs; Burtv, Londres, 1876: 20 francs ;Villot, 1875 (mauvaise épreuve): 16 francs; Sensier, décembre 1877 : 10 francs. — Quatrième état. Vente Soleil, janvier 1872: 7 fr. — Cinquième état. Vente Langlais, 1868, (deux épreuves): 3 fr. 5o. — Cat. A. Moreau, pp. 40, 41.

Le premier état, dont il n'a été tiré que six épreuves, ne porte ni signature ni lettre, les bords ne sont pas rectifiés. — Dans le deuxième état, certains clairs ont été ajoutés à la pointe avec la signature à gauche. 0 E. Delacroix », sans lettre, bords rectifiés. — Troisième état. Au bas à droite, « Lith. de G. Engelmann »; au milieu, 0 Toil and trouble, fire burn, and cauldron bubble» (c'est le refrain des sorcières dans la scène de la caverne qui ouvre le quatrième acte de

« Macbeth : » « Double, double toil and trouble, etc Redoublons de travail et de

peine; brûle, feu ; bouillonne, chaudron) ». — Quatrième état, non signalé par M. Moreau ; Le nom de G. Engelmann effacé; il ne reste que les mots « Lith. de » (épreuve de la Vente Soleil). — Cinquième état. En bas à droite : « Imp. Bertauts, R. Rodier, Paris »; au milieu : (I Macbeth » et le texte de Shakespeare.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N° 118 : Macbeth consultant les sorcières

Xoile. — H. o"'32, L. o'"25. — Sans changements. — Appartient à M. Albert Hccht. Macbeth debout en costume écossais a pénétré dans la caverne ténébreuse où les trois sorcières se tiennent accroupies autour d'un chaudron bouillant, et les interroge : « Je vous en conjure, par la science que vous possédez, quelle que soit la manière dont vous l'avez acquise, répondez-moi. » — Admirable interprétation de cette admirable scène! Dans l'exécution de cette toile étrange, Eugène Delacroix, se souvenant du procédé lithographique qu'il avait adopté pour l'exécution du numéro précédent, a travaillé en rnaints endroits la pâte avec une pointe ou le manche d'une brosse, de même qu'il avait traité la pierre à coups de grattoir.

Portrait de M. Jérôme

Dessin ou sépia. — H. o™i29, L. o™85o. — Gravé à l'aquatinte, par Hocquart. — Cat. A. Moreau, pp. io5, 106.

Eugène Delacroix interrogé par M. Burty au sujet du dessin, lui répond le 24 janvier 1862 : « Je n'ai aucun souvenir de AL Jérôme, ni d'avoir rien fait qui ait trait à cela. » M. Burty ajoute cependant : a Quoi qu'en dise Delacroix, la gravure qui parut en tête du Manuscrit de feu M. Jérôme (Paris, 1825, un vol. in-b", fatras politico-économique, publié par François de Nantes), dut être gravée d'après une sépia de lui.» C'est par suite d'un lapsus que M. Burty a écrit François de Nantes, il s'agit ici de François de Neufchâteau, écrivain et homme d'État, né h SafFais (Meurthê), en ijSo, mort en 1828, membre de l'Institut, classe des Lettres, en 1797; poète et auteur dramatique médiocre qui publia, de 1810 à 1828, plusieurs ouvrages sur l'agronomie. — Nous reproduisons la lettre de l'aquatinte : En haut, au milieu : « Ceci est le véritable portrait de feu Monsieur Jérôme »; en bas, à gauche: « Delacroix del. »; à droite : « Hocquart jeune, sculp.»; au milieu : « 'Venez avec moi dans le pays des loups, peut-être y trouverez-vous quelque chose à apprendre. »

N° 120 : Portrait de Désiré Pellerin

Toile. — H. o"^6o, L. o"'5o. — Signé au bas à gauche. — A appartenu à MM. Rigaut et Alfred Rehaut, aujourd'hui dans la collection de M. de Beurnonville. — Cat. A. Moreau, p. 23o.

Désiré Pellerin était un élève de l'Institution Saint-'Victor dirigée par M. Goubau, ami de Eugène Delacroix. Nous avons dit (voir noiiS, année 1824I dans quelles conditions le peintre déjà célèbre fit pendant sept ans ks portraits des élèves de cette pension qui remportaient des prix au Concours général. Le lauréat de 1S25 pour le second prix de Géographie,

Liasse de sixième, était Désiré Pellerin. C'est bien un type de jeune

piocheur tout d ins sa physionomie, ces cheveux incultes que le passage habituel de la main a redresses, It Iront puissant, le regard de ces yeux bleu foncé, la bouche ferme révèlent l'énergie et la constance de la volonté. Habit noir-bleu, gilet jaune à raies brunes, gants grisardoise. Comme Abel Widmer, le lauréat du second prix de Mathématiques élémentaires en 1824, et qui survécut dix ans à peine h son succès. Désiré Pellerin mourut jeune, en 1837.

N° 1 2 1 : Portrait de Mademoiselle Claire Pierret

Toile. — H. o'"39, L. o^S i .

à madame veuve Pierret.

Non signé ni daté. — Appartient

C'est à M. J.-B. Pierret que Delacroix, pendant son séjour h Londres, aux mois de mai, juin, juillet et août 1825, écrit le plus souvent et avec le plus d'eftusion. Ces lettres sont charmantes et l'on y voit poindre le germe de ses grandes et prochaines compositions shakespeuriennes. Telle est, par exemple, celle du 27 juin : n J'ai vu Richard III^ joué par Kean qui est un très grand acteur, quoi qu'en dise l'ami Duponchel qui l'appelle le Philippe de l'Angleterre (Philippe était un célèbre auteur de mélodrame). Je ne saurais être de son avis. Young ne me plaît pas autant. Je l'ai vu dans plusieurs pièces, entre autres la Tempête qu'on a remise à la scène. On a changé le commencement de Richard : au lieu de la mort de Clarence, ils ont mis la mort de Henri VI, qui est aussi de Shakespeare; mais dans la deuxième partie de Henri VI, Richard, qui n'est encore que Glocester, vient dans sa prison et l'assassine à coups d'épée. Ce moment a été terriblement rendu par Kean, ainsi que mille autres dont je ne manquerai pas de te rebattre les oreilles. J'ai vu aussi Othello par lui. Les expressions d'admiration manquent pour le génie de Shakespeare qui a inventé Othello et lago. Je suis obligé à mon grand regret de manquer une représentation demain où Young doit jouer le rôle de lago avec Kean dans Othello. Quoique à des théâtres différents, ils se réunissent pour un bénéfice. Je pense voir aussi Hamlet. » Et au mois d'août : n Je suis inconsolable d'avoir manqué Hamlet, par Young. » Il le vit plus tard et y trouva son propre Hamlet.

N° 122 : Portrait de Fabbé Martial Marcet

Litliographie. — H. o'"i3o, Vente Sensier : 7 francs.

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