‹ L'œuvre complet de Eugène DelacroixChapitre 39 sur 97 · L. o'"oi · texte numérisé non relu

L. o'"oi

Ces dessins font partie des quatre-vingts illustrations du livre de M.Champfleury : Les Chats, histoire, moeurs, observations, anecdotes. Rothschild, éditeur, cinquième édition. — La mise sur zinc est de M. Kreutzberger, la gravure est faite par le procédé de M. Comte.

N" }49 : Paul Foucher

Sépia. — Caricature. — H. o'"i3o, L. o"M 5o. — Reproduit en fac-similé de mêmes dimensions dans les Cénacles romantiques de M. Ghampfleury. — Non catalogué par M. A. Moreau.

» J'ai trouvé,» dit M.Champfleury, « dans les cartons de M. Pierret,un dessin à la sépia de Eugène Delacroix, représentant l'allure habituelle de ce nouveau petit Saintinet ; c'est dire qu'on n'entrevoyait dans le monde ni dans les ateliers le bon Paul Foucher sous un jour bien sérieux... La maison hospitalière des Picrret s'ouvrait tous les soirs à un groupe d'amis des arts : Delacroix, Schwiter, Frédéric Villot, A. Jal, etc. Divers croquis donnent à croire qu'à la suite de quelque mésaventure récente attribuée à Paul Foucher, toute une soirée fut consacrée à dessiner ses faits et gestes. »

N° } ^o : Assassinat du duc de Bourgogne

vaille d l'entrev sans Pe

Croquis à la plume. — H. o^iSS, L. o'"23o. — Appartient à M. Philippe Burty. — Non catalogué par M. Moreau. Admirable croquis, tracé d'un jet de plume. Les mouvements si différents de l'attaque violente et de la défense impuissante sont rendus avec la décision et la certitude d'un grand maître. Il est peu d'œuvres d'art qui, par des moyens si simples, arrivent à communiquer l'émotion aussi vive d'un drame. La combinaison des lignes dans le geste des bras levés pour frapper est une troui génie comme il y en a tant dans l'œuvre de Eugène Delacroix. — C'est à l'issue de ue avec le dauphin Charles, au pont de Montereau, en 1419, que fut assassiné Jean ur, qui, lui-même, avait fait égorger Louis d'Orléans en 1407.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

Année i83i

N° ^ p : Melmoth ou Intérieur d'un couvent de dominicains à Madrid ou l'Amende honorable

Toile. — H. i'"3î, L. i'"62. — Signé au milieu et daté i83i. — Salon de 1834. — Gravé à Teau-forte par M. Boilvindans les dimensions de : o^ioj sur o"i36, pour la galerie Durand-Ruel. — Cat. A. Moreau,pp. 174 et 255.

« J'ai trouvé à Rouen de quoi faire un tableau qui m'inspire assez », écrit Eugène Delacroix le 3o septembre i83i. Ce a de quoi faire un tableau » était la salle du palais de justice. M.Alfred Robaut, dans une biographie de Corot, nous a gardé le souvenir de l''impression que l'illustre paysagiste avait éprouvée en revoyant cette salle: (■■ Il fallut l'accompagner au palais de justice, où il eut, à l'éloge de Delacroix, une superbe exclamation. Nous étions assis sur un des bancs qui font le tour de la salle des Pas-Perdus; il était là silencieux depuis un moment, les yeux levés sur les hautes voûtes en bois sculpté, quand tout à coup il s'écria: n Quel homme ! quel homme! » Il revoyait dans sa pensée le tableau de l'Amende honorable que nous avions admiré ensemble quelques jours auparavant dans les galeries Durand-Ruel. Pour lui, la salle n'était rien, Delacroix était tout, quoique celui-ci n'eût fait que s'en inspirer comme fond à des personnages de Melmoth. »

N° 3^2 : Ruines de la chapelle de l'abbaye de Valmont

To lie. — H. o'"47, L. o^SS. — Daté. — Appartient à M. Bornot. — Non catalogué par M. Moreau.

Delacroix écrit le 3o septembre i83i, à son ami Pierret : « Je suis à Valmont, séjour de paix et d'oubli du monde entier. Le charme que j'y trouve, mon vieil ami, est dans ce dépouillement complet d'émotions vives et saccadées qui font de ma vie de Paris une épreuve continuelle et une danse sur la corde sans balancier. Affaires d'argent et d'amour-propre, obligations de politesse, amour même, tout cela ne tient pas dans mon cœur et dans mon esprit la place qu'une seule de ces choses-là absorbe dans mon être, quand je me trouve au milieu de ce foyer d'agitations continuelles où tu respires. Je ne me suis jamais rendu compte à un pareil degré de l'inutilité des folies pour faire mener heureusement la vie. Ce qui nous occupe surtout à Paris, c'est la fureur de faire figure. Je crois à présent que si je trouvais un homme qui voulût me fournir le nécessaire comme à un chapon qu'on engraisse, c'est-à-dire d'avoir tout mon travail et une autorité assez

L'ŒUVRE DE DELACROIX

grande sur ma liberté, je passerais un marche' tout de suite. J'ai trop de liberté pour en sentir le prix. Ici j'en ai moins et davantage. Moins, en ce que je vis avec un despote complet qui me gouverne physiquement, qui me fait dîner à telle heure, qui me fait aller dans tel endroit pour mon plaisir, etc. Davantage, en ce que mon esprit, dégagé du souci de s'occuper de mille soins insupportables à ma nature, divague à son gré, jouit de son propre calme, crée des palais et des enchantements, sans que la voix de la nécessité triviale le rappelle à terre. » Lettres, Édition Ph. Burty.

N° 5 5 ^ : Boissy d'Anglas

Toile. — H. o"'7g, L. i'"04. — ■ Signé et daté i83i. — Gravé à Teau- forte par Bracquemond dans les dimensions de : 0^415 sur o'"545. — Appartient à M. Larrieu. — Cat. A. Moreau, pp. 172, 190.

La planche de M. Bracquemond fut exécutée sur une commande du Conseil municipal de Paris; elle a sept états, les six premiers avant la lettre ; le septième porte, en bas à gauche : « E. Delacroix, pinx. i>; à droite : « Bracquemond, aquaf. »; au milieu : « Imp. A. Salmon. — Boissy d'Anglas présidant la Convention le 1°^ prairial an III. >> (I Delacroix. I) a dit Théophile Silvestre, n atteint le dernier terme du fantastique et du terrible dans le Boissy d'Anglas. Le peuple s'engouffre comme un fleuve en colère dans l'enceinte de la Convention nationale. Murailles, escaliers, galeries, craquent et chancellent; ouvriers, clubistes, guenillards, montent les uns sur les autres en se cassant les membres; les représentants restent immobiles; le président contemple, sans frayeur, la tête sanglante de Féraud qui lui est présentée au bout d'une pique, et les tricoteuses, penchées du haut des tribunes, éclatent en tonnerres d'applaudissements. Un jour rare glisse péniblement dans la salle pardessus les têtes qui foisonnent; la poussière soulevée par les trépignements vole en tourbillons dans cette atmosphère orageuse, traversée par l'éclat livide des baïonnettes. » — Ce tableau fut peint comme le précédent, pour un concours, dans lequel la victoire resta au peintre Court. On reprochait à Delacroix de n'avoir pas, selon la tradition, découvert la tête du président de l'assemblée.

N° 3 54 : Charles-Quint au monastère de Saint-Just

Toile. — H. o"'75, L. i'"i5. — Signé en haut, à droite et daté i83i. — Salon de i833. — A figuré à l'exposition des Alsaciens- Lorrains, en mai 1874. — Vente du comte de Mornay, 29 mars 1877; 9,600 francs au marquis de la Valette. — Voira 1 833, lithographie; à 1837, variante peinture; à 1839, réduction exacte. — Cat. A. Moreau, pp. 48 et 173. Revêtu du froc, l'empereur assis et à demi renversé dans l'attitude d'un dilettante mystique, joue de l'orgue. Un autre moine imberbe, debout auprès de lui, l'écoute. — Ce tableau qui a appartenu à mademoiselle Mars,fut acheté 2,000 francs à la vente de la célèbre comédienne par M. de Mornay.

N° j ^ 5 • Bataille de Nancy

Toile. - H. 2"'37. L. B-^Sô.

— Salon de 1834. — Exp, univ. i855. — Donné par TEtat au Musée de Nancy.

— Gravé par Lançon : H.

o'"r23, L. o^iqS, pour un livrede R. Ménard,/'^/5ace- Lorraine. — Photographié parBraun. — Cat.A.Moreau, pp. 184 et 2o3. — Voir année 1828, n°26i.

Il Le 5 janvier 1477, le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, livre cette bataille par un temps glacé qui fut la perte de sa cavalerie. Lui-même, embourbé dans un étang, fut tué par un chevalier lorrain au moment où il s'uttoraiit d'en sortir. » "Notice du catalogue de i835.1 Commencé en i83i, ce tableau ne fut terminé que pour le Salon de 1834. Nous modifions les dimensions données par M. Moreau ',i"'oo sur 3^65;, pour adopter celles du catalogue du musée de Nancy, qui se rapprochent d'ailleurs de celles du catalogue de l'exposition posthume.

N" 556 : Raphaël jeune méditant dans son atelier

Toile. —Salon de i83i. — Cat. Moreau, p. 171.

Tableau peint pour M. de Mornay. Raphaël est assis sur un escabeau, le coude sur une table.

— 'Voir plus loin, en cette même année i83i, un dessin du même sujet.

N°}57 : Le Christ au Jardin des Oliviers

Toile. — H. o^So, L. i™io. — Voir à Tannée 1827, n°* 176 à i83. — Cat. A. Moreau, pp. 220, 226.

Cette réduction du grand tableau de 1827 a été peinte pour le chanteur Nourrit. Les dimensions nous sont fournies par M. Moreau ; n'ayant pas vu le tableau, nous sommes forcé de les reproduire telles quelles, mais nous doutons qu'elles soient exactes.

N° 558 : Tête de jeune femme

Toile. — H. o"'42, L. o^BS. — Etude peinte le soir à la lampe.— Vente Villot, 1864 : 145 fr. — Non catalogué par M. A. Moreau.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N" j)C) : Mirabeau et Dreux-Brézé — Esquisse

Toile de i5 à 20. — N° 14 de La Vente posthume. — Appartient à M. Jadin fils. Non catalogué par M. Moreau.

N° )6o : Mirabeau et Dreux-Brézé

Peinture sur bois. — H. o"^j8, L. o"'g2. — Signé au bas et daté 1 83 i . — N° 1 28 de la Vente posthume. — Appartenait à M. Bouruet-Aubertot. — Non catalogué par M. Moreau.

M. Bouruet-Aubertot, qui est mort en 1882, était le neveu de l'ami intime de Eugène Delacroix qui a gravé plusieurs compositions du maître. Ce tableau a 'été placé par M. Bouruet-Aubertot père à l'exposition posthume de Eugène Delacroix, boulevard des Italiens (n» 127 ducataloguej.Il a reparu aussi h l'exposition Durand-Rucl en 1878, mais trop tard pour figurer au catalogue. Il y avait également h cette exposition le même sujet peint sur toile de même dimension par Tassaert. Ces deux artistes avaient l'un et l'autre produit leur œuvre en vue d'un concours d'Etat qui eut lieu à cette époque.

« Comme les poètes, Delacroix devine, 0 adit Henri de la Madelène. « Onne peut même concevoir que les choses aient pu se passer autrement qu'il ne les a peintes. Le marquis de Dreux- Brézé signifiant aux gens du tiers la volonté du roi, n'a pas pu avoir une autre attitude que celle que l'artiste lui prête en face de la foudroyante apostrophe de Mirabeau. Quelle composition simple et puissante I Voilà bien les deux adversaires en présence, l'ancien régime et la Révolution. Le marquis suivi des massiers du roi, vêtus de dalmatiques fleurdelisées, magnifiquement vêtu lui-même, élégant, mince, fin d'attaches, personnifiant de la façon la plus noble l'ancienne cour, et incarnant toute une époque, les gens du tiers dans la sévérité uniforme de leur costume, affirmant déjà régalité civile, dont la conquête va coilter tant de sang! C'est un duel véritable et le plus saisissant qu'on puisse imaginer! »

N° 361 : Portrait de M. de Verninac

Toile. — H. o'"40, L. 0^32. — Non signé. — N° 74 de la Vente posthume; r,2 5o fr. à M. Lecomte. — Appartient à madame Duriez. — Cat. A. Moreau, p. 233. M. de Verninac était neveu de Eugène Delacroix. Ce portrait, fort beau en ses petites dimensions, n'est sorti de l'atelier du maître qu'à sa mort. Le modèle est représenté à mi-corps; il a la tète coiffée d'un béret bleu. (Voir un portrait du même personnage, h l'année i833.)

N" 362 : Indien armé du gourka-kree

Répétition du tableau peint en i83o, voira" 325. — Non catalogué par M. Moreau.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N""" ^6), 364 : Madame Daltoii

1° Toile. — H. o™65, L. o"'54. — Appartient à M. de CourvaL — Cat. A. Moreau, p. 233. 2° Dessin à la mine de plomb. — H. i'"5o, L. o^ijo. — Vente posthume, à M. Castillon- Bouvenne. — Non catalogué par M. Moreau.

Cette jolie personne, aux traits un peu forts, mais réguliers, aux lèvres e'paisses, sensuelles et d'un beau sourire, est accoudée à droite et regarde le spectateur en renversant un peu la tête qu'elle a posée dans la main. Ses lourds cheveux noirs sont divisés en larges bandeaux, comme dans le célèbre portrait de George Sand jeune, avec laquelle, d'ailleurs, madame Dalton a quelque ressemblance. Madame Dalton était élève de Delacroix; plusieurs de ses paysages ont été légèrement corrigés ou retouchés par le maître et peuvent passer pour des Delacroix. Il y en a même eu d'inscrits sous le nom du maître à la vente posthume. Nous avons vu qu'elle pratiquait aussi la lithographie. Le dessin doit être de quelques années antérieur à l'ébauche peinte, si on s'en rapporte à l'expression du modi.-le, qui, à n'en pas douter, y paraît beaucoup plus jeune.

N" 36^ : Une loge au théâtre

Aquarelle. — H. o^ijS, L. o"'2io. — Signé en haut à gauche: «Eug. Delacroix i83i.» — Vente Durand, décembre 1874, 60 fr. , revendu depuis à M. le comte Doria, décembre iSjS : i25 fr. — Non cata- Joguépar M. Moreau.

C'est une scène à deux personnages. Avec un peu d'imagination, à l'attitude de l'homme qui se retourne, à l'allure de la femme, debout, on peut voir là comme une sorte de vision d'un conte d'Hoffmann. Si l'on n'y cherche point d'intentions si subtiles, on n'y verra que le mouvement d'une : pour laisser passer un nouvel arrivant qui se retourne pour s'excuser.

N" j66 : Jeune tigre jouant avec sa mère

Lithographie. — H. o'"ii2, L. o^'iSg. — Voir à l'année i83o, n° 323. — Vente De La Combe, premier état : i3 fr. — Vente Dubois, la même épreuve : 4 fr. — Vente Burty, 1874 (premier état) : 16 fr. — Vente Villot, 1875, premier état, deux épreuves : 8 fr. 5o. — Vente Burty, à Londres, 1876, premier état: 3 fr. 10. — Publié dans L'Artiste, tome I, année i83 r. — Cat. A. Moreau, p. 47.

Premier état. En bas à droite : « Lith. de Delacroix »; à gauche : 0 Eug. Delacroix » ; au milieu : « Jeune tigre jouant avec sa mère » ; en haut : 0 L'Artiste ». Deuxième état. Même lettre; seulement en bas a droite : « Lith'" de Castille. » Sur les épreuves de ce tirage, les animaux sont plus corsés peut-être, mais il y a moins de velouté, de souplesse dans le pelage et le travail du ciel a disparu. Il y a encore un état qui porte au bas h droite: « Imp. Bertauts. » On ne voit de trait carré sur aucune épreuve. La planche est travaillée jusqu'aux bords, mais il n'y a pas de hlet. Il doit exister un avant premier état, c'est-à-dire sans aucu.ie lettre, mais nous n'avons pu en rencontrer d'épreuve.

N" '>)(^'] ■ Le roi Rodrigue

^ï1^ Peinture à la détrempe. — ' "' M. Alexandre Dumas fils. -

H. i"92, L. o'"95. — Appartient à ■ N° 289 de TExposition posthume de Eug. Delacroix. — Non catalogué par M. Moreau.

Cette peinture fut exécutée à l'occasion d'une grande fête costumée donnée par Alexandre Dumas, le i5 mars i832. Ziégler, Alfred et Tony Johannot, Clément et Louis Boulanger, Jadin, Decamps, Grandville, Baiye et Célestin Nanteuil avaient déjà terminé leur œuvre quand Delacroix arriva. n Sans ôter sa petite redingote noire collée à son corps, sans relever ses manches ni ses manchettes, sans passer ni blouse ni vareuse, Delacroix commença par prendre son fusain; en trois ou quatre coups, il eut esquissé le cheval; g^ en cinq ou six, le cavalier; en sept ou huit, le paysage, morts, mourants et 8 fuyards compris; puis, faisant assez de ce croquis', iriintelligible pour tout autre que lui, il prit brosses et pinceaux, et commença de peindre. t( Alors en un instant, et comme si l'on eût déchiré une toile, on vit sous sa main apparaître d'abord un cavalier tout sanglant, tout meurtri, tout blessé, traîné à peine par son cheval, sanglant, meurtri et blessé comme lui, n'ayant plus assez de l'appui des étriers, et se courbant sur sa longue lance; autour de lui, devant lui, derrière lui, des morts par monceaux; au bord de la rivière, des blessés essayant d'approcher leurs lèvres de l'eau, et laissant derrière eux une trace de sang; h l'horizon, tant que l'œil pouvait s'étendre, un champ de bataille acharné, terrible; — sur tout cela, se couchant dans un horizon épaissi par la vapeur du sang, un soleil pareil à un bouclier rougi h la forge; — puis, enfin, dans un ciel bleu se fondant, h mesure qu'il s'éloigne, dans un vert d'une teinte inappréciable, quelques nuages roses comme le duvet d'un ibis. Tout cela était merveilleux à voir : aussi un cercle s'était-il fait autour du maître, et chacun, sans jalousie, sans envie, avait quitté sa besogne pour venir battre des mains à cet autre Rubens qui improvisait tout à la fois la composition et l'exécution. En deux ou trois heures tout fut fini. » [Mémoires de Alexandre Dumas. 1

N" }68 : Cromwell devant le cercueil de Charles F''

Aquarelle. — In-folio. — Numéro 30? de la Vente posthume : 1,010 fr. — Appartient à M. René Paul Huet. — Non cata-

Cette aquarelle a été faite à la suite d'une conversation du maître et de son ami le paysagiste Paul Huet, au sujet du « Cromwell » de Paul Delaroche, dont ils regrettaient l'attitude insolente devant le corps du roi. Dans la composition de Delacroix, Cromwell, traversant une chambre écartée du palais, rencontre par hasard le cercueil de Charles I, s'arrête hésitant, troublé, et se découvre d'un geste gauche qui trahit son trouble intérieur. — Voilà lu

— Notre vignette, faite de souvenir au moment de l'exposition de

■st pas d'une exactitude rigoureuse.

N" 569 : Raphaël dans son atelier

Dessin mine de plomb. — Vente Villot. février i865 : 3o fr. — Cat. A. .Moreau, p. 296.

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N° ^70 : Un page tenant un cheval par la hride

Aquarelle. — H. o'"2i, L. o'"29. — Signé au bas à droite. — Legs de Eugène Delacroix au peintre Pérignon. — Non catalogué par M. Moreau.

M. Pérignon était au nombre des quelques personnes désignées par le maître dans son testament pour s'entendre avec son légataire universel et classer ses dessins : « Chacun d'eux, ajoutait le .testateur, voudra bien accepter et choisir un dessin important.» Les -—— -w £».(^. autres personnes auxquelles le maître confiait cette mission étaient MM. Dauzats, Carrier, le baron Schwiter, Andrieu, Dutilleux et Burty.

N° jji : Tigre couché

Dessin. — H. 0^070, L. o^oqi. • — Salon de i83i. — En bas à gauche : « Eugène Delacroix. » A droite : « Porret. » — Cat. A. '^Jj^ Kioreau, p. y5.

Ce dessina été gravé sur bois pour le Salon de i83i de Gustave Planche. âj Premier état. Epreuves tirées hors texte extrêmement rares. Deuxième état. Avec le texte autour du dessin.

Etendu de profil et tourné vers la gauche du spectateur, l'animal présente la tête presque de face. Le fond est composé avec une sorte de décor composé de grandes herbes et de palmiers qui se détachent sur une échappée de ciel.

^ï^i^fe^^

Portrait de Eugène Delacroix

Étude

Croquis. — H. o'"i 1, L. o'"i i. — Appartient à M. Chenavard. — Non catalogué par M. Moreau.

Ce très singulier croquis à la mine de plomb a été exécuté par Delacroix d'après lui-même, dans la curieuse attitude d'un homme qui souffle et ouvre les veux tout grands. Malgré la déformation voulue par l'efl'ort, on reconnaît encore Delacroix.

Année 1882

N° }j} : Bonaparte en Italie (Milan)

Toile. — H. o"'45, L.o"'6i. — N" i35 de la Vente posthume: 910 fr. — Vente Clcsinger, 6 avril 1868 : 800 fr. — Appartient à M. Goldschmitt qui ne permet pas de voir ce qu''il possède et qui consent encore moins à en laisser prendre un croquis. — Cat. A. Moreau, p. 28?.

L'ŒUVRli DE DELACROIX

N" }74 : Cavalier turc au repos

Sur soie. — H. o"'io, L. o"'i4. — Non catalogué par M. Moreau. Cette fine composition, sortie comme en se jouant et d'un trait si sûr, si pur des doigts du maître et qu'il n'a même pas daigné signer, a été peinte sur un écran que Eugène Delacroix donna dans sa jeunesse à ^ son ami, M. Rivet, dont le nom est revenu si souvent dans ces pages.

Sfea^-^ i C'est une peinture à l'huile ou plutôt une sorte de lavis h l'huile, car la facture en est si mince qu'au premier aspect on dirait d'une aquarelle. C'est un procédé assez fréquent chez Delacroix et dont nous aurons à reparler.

N° 57^ : Portrait du docteur L. Desmaisons

Toile. — H, o"'65, L. o'"54. — Salon de i833 sous le titre : Portrait de M. D. — Cat. A. Moreau, pp. 173 et 234.

Eedocteur Desmaisons n'était point seulement le médecin de Delacroix : dès 1814, il était aussi son ami. Son nom revient quelquefois dans ses Lettres, notamment dans l'amusant amphigouri adressé à F. Guillemardet le 6 décembre i83o : « Je reprends en sous-œuvre la présente lettre pour te tenir au courant de la brillante santé qui me caractérise dans le moment actuel. Je n'en sors pas moins pour le moment du conseil de discipline où, sur ma mauvaise mine, on vient de me donner un répit de quatre mois pour la brave garde nationale dont on ne me juge susceptihie de servir avec que quand je serai un peu engraissé de ma personne. Tu ne t'étonneras pas de la présente manière de m'exprinier, un tant soit peu inopportune et inattendue dans ma manière d'être d'habitude naturelle, attendu une lettre d'un gendarme de Fouilletourte en Berry, que nous venons d'en faire lecture en société où nous nous trouvons, qui est très drôle et très insolite pour l'expression des pensées dudit gendarme, qui écrit au docteur Desmaisons, qui vient de nous faire boire d'excellent saubayor, que nous en avons bu un verre à ta santé. » (Édition Burtv.)

N° ^76 : Portrait de M. Boissard de Boisdenier

Toile. — H. o'"6o, L. o'"5o. — Signé et daté : « Eug. Delacroix, i832. » — Acheté par M. le baron de Beurnonville, 3,5oo fr. — Non catalogué par M. Moreau.

Le tableau n'a jamais été rentoilé; la peinture en est claire dans la gamme de tons de Rubens. — Redingote verte, fauteuil rouge cramoisi, fond brun rouge. On croit que ce portrait est celui de M. Boissard de Boisdenier. En tout cas, ce n'est point, comme on l'a dit à tort, celui de Pétrus Borel, l'écrivain romantique que MM. Chenavard, Préault,Riesener, Schwiter, etc., consultés par nous, n'ont point reconnu. Boissard était un amateur distingué, peintre de quelque talent, poète médiocre, excellent violoniste. Fils d'un pharmacien de Tours, il ne prit qu'assez tard son titre de noblesse. Riche, il habita d'abord le petit hôtel Lambert, puis l'hôtel Pimodan, où il eut pour familiers Charles Baudelaire et Théophile Gautier. ("Voir la Notice de Théophile Gautier placée en tête des œuvres de Baudelaire.)

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N° J77 : Madame la marquise de Mornay, née de Caulaincourt

Toile. — H. o'"3io, L. o"''235. — Signé à gauclie, non daté. — Appartenant à M. le comte de Mornay. — Cat^ A. Moreau, p. 234.

Madame de Mornay avait succombé pendant le choléra de i832, h cinquante-deux ans. Delacroix la peignit de souvenir. A son retour du Maroc, il avait fait un court séjour chez son compagnon de vovage, M. de Mornay, resté son ami. Ce portrait est un pur chef-d'œiivre. La marquise de Mornay est vue presque de face jusqu'à la taille. Elle est coiffée d'un de ces hauts bonnets de dentelles et de rubans h la mode de l'époque. Les brides roses flottent sur une large collerette blanche qui couvre les épaules et rejoint le vaste bouflant des manches dites à gigot. Une chaîne d'or jette une note claire dans les colorations de la robe sombre. ■ — Nous rectifions les dimensions erronées du catalogue Moreau qui donne à tort : H. o"i25, L. o'"20.

N" jjQ : Monsieur Frédéric Villot

Toile. — H. o™65, L. o"'54. — Voir à i833. — A M. Borthon, de Dijon. — Cat. A. Moreau, p. 234.

Comme presque tous les portraits que Delacroix faisait de ses amis, celui-ci n'est ni signé ni daté. En 1875-76, M. Georges Villot fils, qui possédait une réduction de ce portrait (voir à l'année i833| offrit au Musée du Louvre celui-ci, qui est de grandeur nature ; mais MM. les conservateurs n'acceptèrent point ce don. Ce refus paraît d'autant plus étrange que Frédéric ViUot avait été lui-même conservateur du département de la peinture au Louvre, et que son passage à ce poste important a été marqué par des travaux de classement et des cataloguesqui font le plus grand honneur à sa mémoire. — C'est une œuvre excessivement soignée, d'une facture minutieuse réalisée au moyen de petits pinceaux. Elle n'a pas l'allure libre et indépendante de la plupart des toiles du maître ; peut-être aussi Delacroix, peignant le portrait d'un ami et d'un connaisseur, a-t-il été contenu par les observations de son modèle. Acheté par M. Robaut, le I 3 janvier 1877, il a été cédé par lui à M. Borthon au prix de 700 fr.

N" ^79 : Chien mort — Étude

-^-,.-^. Toile. — H. o"'4o, L. o'"84. — Vente Hôtel Drouot, 23 mai ^ 1873 : 610 fr. à M. Soutzo. — Vente H. D. du 3o avril au ^^ ,^^^ ^ =? 2 mai 1877 : 880 fr., à M. Perreau. — Non catalogué par

^'"J-^è^S^tf^ M. Moreau.

Le chien est rare dans l'oeuvre de Eugène Delacroix. Trop voisin de l'homme, trop familier, trop doux, sa servilité n'était point faite pour tenter l'humeur du maître qui se portait tout naturellement au contraire aux animaux de combat et de destruction. Parmi les animaux domestiques, il ne s'est arrêté qu'au cheval, que sa fierté ennoblit autant que sa beauté. Pour la première fois, peut-être, que l'artiste fait un chien, il fait un chien crevé.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N"^ 380, 581 : Portraits d'élèves de la pension Goubaux

1° Toile. — H. o™5o, L. o'"6o. — Signé au bas à gauche et non daté. — Non catalogué par M. Moreau.

2" Toile.— H. o"'5o, L. o"6o. — Signé en haut à gauche et non daté. — Non catalogué par M. Moreau.

M. Louis Judicis obtint le premier prix de version grecque en quatrième (i832), le second prix de version grecque en seconde (1834), le premier prix de dissertation française en rhétorique (i835). — M Petit de Beau\erger a\ Ht obtenu en i83'2 le premier prix de version latine en quatiiemo II eut également en seconde le second prix de thème grec (1834) et en rhétorique le second prix de dissertation française (1 835). —Voir sur l'institution Goubaux (qu'il faut définitivement écrire Goubaux et non Goubau) les intéressants Souvenirs littéraires de M. Maxime du Camp, publiés dans la Revue des Deux-Mondes.

Seigneur en armure

et l'intérêt tons magni le drame et

Toile. — H. o"'240, L. o"'i85. — Non catalogué par M. Moreau.

M. Frédéric ViUot en avait fait une aquarelle de même dimension qui nous a été communiquée par M. Georges Villot, ce qui nous a permis de faire notre vignette. La couleur du vêtement de dessous est rose ; la draperie du fond, vermillon ; le tapis de table, vert. L'œuvre est du même temps que le « Larmoyeur » d'Ary Scheffer et le motif essentiel identique : un homme en armure. La différence du génie des deux peintres est sensible en de tels rapprochements. Il faut à la peinture d',\ry Scheffer le soutien accessoire de l'intérêt littéraire, de l'épisode attendrissant ou pathétique. Ary Scheffer fera donc de son homme en armure un roi, le roi de Thulé, le' « Larmoyeur. » On cherche l'anecdote, de l'œuvre d'art en soi s'évanouit. Chez Eugène Delacroix, il suffit de quelques fiquement associés, d'une attitude simple, du clair regard de deux yeux bleus, et l'émotion d'un temps, d'une date dans l'histoire s'imposent au spectateur.

N°® 38^, 384 : Exposition du musée Colbert

En cette même année i832, une exposition fut ouverte dans les salles du musée Colbert au profit des victimes du choléra. Le catalogue mentionne cinq tableaux de Delacroix. Nous en avons reproduit deux : Odette et Charles^ F/ (voir n° iSj) et un Seigneur montrant le corps de sa maîtresse {voir n° i3g). Une Etude de femme couchée peut se rapporter indifféremment à nos n"^ 55, 106, 140, 175, etc. Il ne nous reste donc à compter dans la suite des œuvres du maître que les deux toiles suivantes : 1° Une femme caressant un perroquet., dont nous n'avons retrouvé aucune trace; 2° Léda, peut-être l'esquisse de la fresque que Delacroix peignit plus tard à Valmont.

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L'ŒUVRE DE DELACROIX

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N" ^8^ : Portrait de M. J.-L. Brown

Toile. — Dimensions inconnues. — Salon de i833. — Cat. A. Moreau, p. 17:

N" 386 : Paganini jouant du violon

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C'est pour en avril et

nous I mai 188

Esquisse sur carton. — H. o'"4r, L. o'"28. — Vente Ad. Hermann, février 1879 : 1,600 fr. à M. Perreau. — Appartient à M. Champfleury. — Non catalogué par M. Moreau. De lacroix passe'pour avoir peint ce sujet pour Ricourt, ancien directeur du journal {'Artiste. Du reste, dans les croquis de la vente posthume du maître, il y avait diverses esquisses crayonnées de ce même personnage. — Dans les Notes données à M. Ph. Burty par M. Lassalle- Borde's, nous trouvons un autre témoignage de l'impression que Delacroix avait conservée de Paganini. « Il faudrait, me disait-il, que ce dont on Il a la vision pût être rendu sans peine ; il faut que la main acquière égale- » ment une grande prestesse, et l'on n'y arrive que par de semblables I études. Paganini n'a dû son étonnante exécution sur le violon qu'en » s'exercant chaque jour pendant une heure à ne faire que des gammes. ; même 'exercice. « — Ce portrait fut exposé à l'Ecole dês Beaux-Arts, i, à la très intéressante exposition des ci Portraits du siècle. »

VOYAGE AU MAROC N° ^87 : Un gynécée arabe

(,,,j,. Aquarelle croquis. — H. o"M25, L. o^'rqS. — Non cata-

'" logué par M. Moreau.

Ce léger et fin croquis, rehaussé d'aquarelle, est extrait d'un album appartenant au duc d'Aumale. L'album contient de charmants dessins de femmes du Maroc, prélude du tableau du Louvre : Les Femmes d'Alger. — C'est dans les premiers jours de i832 que Delacroix partit pour le Maroc, en compagnie du comte de Mornay, ambassadeur de France près de 1 empereur Muley Abd-Ehr-Rhaman. Nous suivrons le maître pour ainsi dire jour par jouren ce voyage.

Paniers de fruits et d'œufs

Dessin rehaussé d'aquarelle. — H. o"'i7, L. o"'26. — On lit au bas : " 28 janvier, la monna.» — N" 569 de la Vente posthume : ji, T L 5o fr., à M. Bornot. — Appartenait à M. Gavet. gendre de '-'■^3^. ^ Bornot. — Non catalogué par M. Moreau. Les paniers sont posés sur le sol auprès de volailles ; des poussins sortent de leur coque.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N°' ^89, ^90 : Croquis du xMaroc

1° Sépia. — H. o'"i2, L. o'"2o. — A appartenu à M. Pierret. — Non catalogué par M. Moreau.

2° Dessin à la mine de plomb. — H. o"'i6, L. o"'26. — Appartient à M. Bornot. — Non catalogué par M. Moreau.

Le 8 janvier, Delacroix écrit de Toulon à M. Pierret : « J'espère que nous ne tarderons pas trop à partir. C'est probablement pour après-demain... Voilà le Midi enfin ; je me retrouve. La belle vue et les belles montagnes ! » En passant par Fontainebleau, il a vu les monstrueuses restaurations des peintures du Primatice par « M. Alaux le Romain. « Il ajoute : (1 Je suis convaincu que je ne trouverai rien de si barbare en Barbarie. »

N°' ^91, jC}2 : Chefs arabes

1° Croquis aquarelle. — H. o"'38, L. o™3o. — Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau.

2° Crayon noir et sanguine. — H. o"'3o, L. o™26. — N° 536 de la Vente postliume : 100 fr. à M. Bornot. — Appartenait, en 1877, à M. Porlier, gendre de M. Bornot. — Non catalogué par M. Moreau.

^ss^'^.X Le 24 janvier, Delacroix écrit : n Enfin devant Tanger ! Après treize jours de marche et d'une traversée tantôt amusante, tantôt fatigante, et après avoir éprouvé quelques jours de mal de mer, ce à quoi je ne m'attendais pas, nous avons éprouvé des calmes désespérants et puis des bourrasques assez eff'rayantes, à en juger par la figure du commandant de la 0 Perle». En revanche, des côtes charmantes à voir, Minorque, Àlajorque, Malaga, les côtes du royaume de Grenade, Gibraltar, Algésiras. Nous avons relâché dans ce dernier endroit. J'espérais débarquer à Gibraltar, qui est à deux pas, et à Algésiras par la même occasion ; mais l'inflexible quarantaine s'y est opposée. J'ai pourtant touché le sol andalou avec les gens qu'on avait envoyés à la provision. J'ai vu les graves Espagnols en costume à la Figaro, t'a été une des sensations de plaisir les plus vives que celle de me trouver, sortant de France, transporté, sans avoir touché terre ailleurs, dans ce pays pittoresque; de voir leurs maisons, ces manteaux que portent les plus grands gueux et jusqu'aux enfants des mendiants, etc. Tout Goya palpitait autour de moi. C'a été pour peu de temps. »

N° j()j : Arabe mort

Aquarelle. — Vente Bourlon de Sarty, 4 mai i865 : 275 fr., à M. deBoigne. — Cat.

A. Moreau, p. 292.

Le cavalier est étendu mort sur le sol aux pieds de son cheval immobile.

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N° ^94 : Conversation mauresque

Dessin à la mine de plomb. — H. o'"i4, L. o'"2o. — Fac-similé auto-litliographié par A If. Robaut, pour la Galette des Beaux-Arts, en i865, dans les dimensions de : H. o'"i38, L. o"'ig8. — Non catalogué par M. Moreau.

Le 2 3 janvier, Delacroix écrit : « J'arrive maintenant à Tanger. Je viens de parcourir la ville. Je suis tout étourdi de tout ce que j'ai vu... Nous avons débarqué au milieu du peuple le plus étrange... Il faudrait avoir vingt bras et quarante-huit heures pour donner une idée de tout cela. » — Ce dessin paraît être la composition même d'après laquelle Eugène Delacroix fit l'aquarelle qu'il offrit à son ami M. de Mornay. L'aquarelle n'est, en effet, qu'une répétition du sujet, sans variante. (Voir plus loin, à l'année i833, l'article consacré à l'album du comte de Mornay.)

N°^ ^95, jc)6 : Femmes juives arabes

o'"io, L. o^oj.

Non catalogué

1° Croquis rehaussé d'aquarelle. — H . o'"2q, L.o"M g. —

Vente posthume à M. Doria. — Non catalogué

par M. Moreau.

2° Croquis à la mine de plomb. — H

— Vente posthume, à M. Robaut. —

par M. Moreau.

« Les Juives sont admirables. Je crains qu'il soit difficile d'en faire autre chose que de les peindre: ce sont des perles d'Eden. » (Tanger, 2 5 janvier.) Il est difficile, en effet, de rien voir de plus noble et d'un plus grand geste que les figures du premier des deux croquis que nous donnons ici. Cela seul justifierait, s'il en était besoin, les comparaisons enthousiastes que Delacroix établit si souvent entre cette vivante réalité et l'antique. Le mouvement de la femme à l'amphore se retrouve plus loin.

N° 397 : Portrait de Eugène Delacroix

. — Gravé sur bois pour la Ga-{ette '112, L. o"'i 10. — Cat. A. Moreau,

Croquis. — H. o"'i i, L. o'" des Beaux-Arts, i865 : H.

Ce portrait de Eugène Dt;lacroix en costume de voyage, extrait d'un de ses albums au Maroc, a été publié dans le tome XI.X, numéro du 1°'' août i865 de la Galette des Beaux-Arts, accompagnant un article de M. Ph. Burty, intitulé : « Eugène Delacroix au Maroc. « « Je suis en ce moment comme un homme qui rêve et qui voit des choses qu'il craint pouvoir lui échapper (2 5 janvier). — Âla santé est bonne, je crains seulement un peu pour mes yeux. Quoique le soleil ne soit pas encore très fort, l'éclat et la réverbération des maisons, qui sont toutes peintes en blanc, me fatigue excessivement... Au milieu de cette nature vigoureuse, j'éprouve des sensations pareilles à celles que j'avais dans l'enfance ; peut-être que le souvenir confus du Midi que j'ai vu dans ma première jeunesse se réveille en moi. » i8 février.)

L'ŒUVRE DE DELACROIX

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N°® 398, 399 : Marocains dans la campagne

i" Croquis et aquarelle. — H.

o"'i9, L. o'"27. — Appartient à M. A. Robaut. — Non catalogué 2" Sépia. — H. o"'i 10, L. o"'i65.

— Appartenait à madame Leblond.

— Non catalogué par M. Moreau.

(I L'empereur s'apfirète à nous faire une réception des plus magnifiques. Il veut nous donner une haute idée de sa puissance. Nous commençons à craindre qu'il ne lui prenne fantaisie d'aller h Maroc pour nous recevoir, ce qui nous ferait près de quatre cents lieues à cheval pour aller et venir. Il est vrai que c'est un voyage des plus curieux et que très peu de chrétiens peuvent se vanter d'avoir fait. » (Tanger, 8 février.)

N° 400 : Chef maure assis

Dessin. — H. o'"2g, L. o"M8. — Fac-similé pour VArt, 1878 : H. o'"293, L. o^iSo. — Non catalogué par M. Moreau.

Ce dessin est tiré du cabinet de feu L. Riesener. — Le 8 février, Delacroix écrit: «Je suis vraiment dans un pays fort curieux... Je m'insinue petit à petit dans les façons du pays, de manière à arriver à dessiner à mon aise bien de ces figures de Mores. Leurs préjugés sont très grands contre le bel art de la peinture ; mais quelques pièces d'argent par-ci par-là arrangent leurs scrupules. Je fais des promenades à cheval aux environs qui me font un plaisir infini, et j'ai des moments de paresse délicieuse dans un jardin aux portes de la ville, sous des profusions d'orangers en fleurs et couverts de fruits... Tout ce que je pourrai faire ne sera que bien peu de chose en comparaison de ce qu'il y a à faire ici ; quelquefois les bras me tombent et je suis certain de n'en rapporter qu'une ombre. » Une ombre, soit; mais une bien belle ombre.

N° 401 : La chambre de Eugène Delacroix, à Tanger

^=S,^ Dessin rehaussé d'aquarelle. — In-folio. — Vente posthume ^~"|^ n» 564. Vente Sensier, décembre 1877. — Non catalogué par ''l^i^'- ^' Moreau.

Un fusil est posé sur le lit. Au fond, des nattes accrochées aux murs, a Je ne te demande pas de nouvelles, je n'en suis pas plus avide ici qu'à Paris, où j'ai l'habitude de ne vivre qu'au gré des émotions que mon cœur me donne... J'emploie avec plaisir une part de mon tenips au 'travail, une autre considérable à me laisser vivre ; mais jamais l'idée de réputation, de ce Salon que je devais manquer, comme on disait, ne se présente à rnoi ; )e suis même sûr que la quantité assez notable de renseignements que je rapporterai d ici ne me servira que médiocrement. Loin du pays où je les trouve, ce sera comme des arbres arrachés de leur sol natal ; mon esprit oubliera ces impressions, et je dédaignerai de rendre imparfaitement et froidement le sublime vivant et frappant qui court ici dans les rues et qui vous assassine de la réalité. » [Tanger, 29 février.)

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N° 402 ; Arabes prenant le café

Sépia. — H. o""! 14, L. o'^i-o. — Photo-lithographie Arosa. — Reproduit dans l'Aj-t, en i883. — Cat. A. Moreau, p. 128.

' fac-similé, exe'cuté par M. Arosa en 1868, de cette sépia achetée par iM. Philippe Burty à la vente posthume de Delacroix, a été lire à dix épreuves seulement. — « Nous partons après-demain

.^^^^ pour Mequinez, où est l'empereur ; il nous fera toutes sortes de

|^;i-4^^^^^'ir^^Sfeg galanteries mauresques pour notre réception, courses de chevaux, lijr^^-^^^^::S=^^^:^S coups de fusil, etc. La saison nous favorise, nous avons craint les pluies, mais il paraît que le plus fort est passé. 11 me semble, à voir ces objets nouveaux, que j'ai vécu déjà une année au milieu de tout ceci et qu'il y a des siècles que je n'ai vu mes amis. /> (Lettre à F. Villot, 29 février.)

N° 403 : Musiciens marocains

Dessin. — H. o™2i, L. o'"23. — Gravé en fac-similé pour VArt, 1878 : H. 0,1 5o, L. o"'i7o. — Non catalogué par M. Moreau.

Ce dessin, tiré du cabinet de feu Riesener, est un croquis h la mine de plomb très légèrement touché. 0 Imagine, mon ami » écrit Delacroix le 29 février 0 ce que c'est que de voir couchés au soleil, se promenant dans les rues, raccommodant des savates, des personnages consulaires, des Catons, des Brutus, auxquels il ne manque même pas l'air dédaigneuxque devaient avoir les maîtres du monde; ces gens-là ne possèdent qu'une couverture dans laquelle ils marchent, dorment et sont enterrés, et ils ont l'air aussi satisfait que Cicéron devait l'être de sa chaise curule... J'apprends que le choléra est à Londres. Diable! »

N° 404 : Souvenirs du Maroc

N^ <a ^f^=J^ (?i «> Divers croquis. — H. 0^27, L. o">36. — Cliché ■ Cj *'4|Sa(^^^p\^^^ fac-similé pour V Autographe : H. o'"27, L. o"'36. — Cat. A. Moreau, p. 149.

Publié dans le journal V Autographe, première année, 1864, page 68, ce sujet peut être, comme plusieurs autres déjà cités, classé parmi les bois originaux. La planche ne porte pas le mot « quatorze », comme le dit M. Moreau, mais le mot «divers». Le premier état est sur Chine, imprimé sur un côté seulement du papier. — n C'est un lieu tout pour les peintres. Les économistes et les Saint-Simoniens auraient fort à critiquer sous le rapport des droits de l'homme et de l'égalité devant la loi, mais le beau y abonde, non pas le beau si vanté des tableaux à la mode. Les héros de David et compagnie feraient une triste figure avec leurs membres couleur de rose auprès de ces fils du soleil; mais en revanche le costume antique y est mieux porté, je m'en flatte. Si vous avez quelques mois à perdre quelque jour, venez en Barbarie, vous y verrez le naturel qui est toujours déguisé dans nos contrées, vous y sentirez de plus la précieuse et rare influence du soleil qui donne h toute chose une vie pénétrante. Je rapporterai des dessins, mais cehi ne donnera pas la meilleure partie de l'impression que tout ceci procure. » (29 février.)

N'' 405 : Détails de harnachements

prix. Les

Croquis et aquarelle. — H. o"'25, L. 020. — Vente posthume. — Appartient à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. « Nous sommes depuis hier dans cette ville (Mequinez), terme de notre voyage. Nous avons mis une dizaine de jours pour faire cinquante lieues. Cela ne paraît rien. Cela ne laisse pas que d'avoir sa fatigue quand on va au pas au soleil sur de mauvaises selles.» (16 mars.) Si 'les selles sont mauvaises, comme l'écrit Delacroix, le harnachement par contre est d'un ton splendide. Rien ne peut en donner une idée plus somptueuse que ces légers croquis rehaussés de quelques touches d'aquarelle dans les gammes paille et bleu turquoise. Il n'est pas de musée d'art décoratif où cette page si merveilleusement simple ne fût un modèle, un exemple sans rvateurs de musées dédaignent trop les dessins et croquis des maîtres.

N°^4o6, 407 : Cavaliers arabes dans hi campagne

1° Croquis et aquarelle. — H. o"'2o, L. o"26.— Vente Martin, 1880: 335 fr.

— Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau.

2° Croquisàla plume. — H. o'"i2, L.

o"']4. — • Non catalogué par M. Moreau.

« Notre petite troupe avait beaucoup de peine a se maintenir ensemble et à se retrouver au milieu des mille coups de fusil qu'on nous tirait dans la figure. Nous avions la musique en tète et plus de vingt drapeaux portés par des hommes a cheval. La musique est également à cheval : elle consiste dans des espèces de musettes et des tambours pendus au cou du cavalier, sur lesquels il frappe alternativement et de chaque côté, avec un bâton et une petite baguette. Cela fait un vacarme vraiment étourdissant qui se mêle aux décharges de la cavalerie. (Mequinez, 16 mars.)

Fantasia ou exercices marocains

Toile. — H. o"'59, L. 0^72. — Daté. — Salon de 1847. — Voir variantes en t833 et 1840. — Cat. A. Moreau, pp. 102, 182, 267.

C'est le tableau de la galerie Bruyas, de Montpellier. — <i Notre entrée ici (h Mequinez) a été d'une beauté extrême, et c'est un plaisir qu'on peut fort bien souhaiter de n'éprouver qu'une fois dans sa vie. Tout ce qui nous est arrivé ce jour-là n'était que le complément de ce à quoi nous avait préparés la route. A chaque instant on rencontrait de nouvelles tribus armées qui faisaient une dépense de poudre effroyable pour fêter notre arrivée. De temps en temps nous entendions quelques balles oubliées qui silUaient au milieu de la réjouissance. » (16 mars.)

L'ŒUVRE DE DELACROIX

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