‹ L'œuvre complet de Eugène DelacroixChapitre 47 sur 97 · PP · texte numérisé non relu

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282 bis.

™5o, L. i^oo. — Ces deux portraits sont aujourd'hui

seul, lithographie à la plume par A. Robaut,

3ns de : H. o™ioo, L. o'"o84. — Cat. A. Moreau,

Simple ébauche. La tête de Chopin est bien construite, par larges plans.

L'œuvre n'a jamais été achevée. Delacroix avait représenté madame

Sand jusqu'aux genoux et de grandeur nature, debout auprès du grand

musicien assis. La toile demeura dans l'atelier du peintre jusqu'à sa

mort, et, à cette époque, passa dans la famille Dutilleux ; elle a, depuis

en deux parties, et forme aujourd'hui deux portraits distincts. — Celui de

Sand mesure: H. o™8o, L. o'" Sy ; celui de Chopin, assis au piano: H. o'"43,

— Vente C. Dutilleux, mars 1874: 820 fr. à M. Brame. — Appartient à M. Marmontel.

N" 666 : Chopin seul

Dessin à la mine de plomb. — H. o"'27, L. o'"2i. — Reproduit en cliché pour le journal VArt, n" 2 i 3, 26 janvier 1879, dans les dimensions de : H. o™i35, L. o™io5. — On lit au bas : « Collection de feu M. Riesener. — Cat. A. Moreau, p. 238. Ce dessin est sur papier jaune clair rehaussé de blanc. M. Riesener tenait ce dessin de Jenny Le Guillou. Il l'a légué au Louvre. Il a figuré à l'Exposition universelle de 1878, dans la très intéressante galerie des portraits anciens.

N° 667 : Médée furieuse. — Esquisse

'37. — Musée de Lil

Cat. A. Moreau,

^Jif^^-rf^-^ p. 120, 121,202.

L'intelligente administration du Musée de Lille a acquis à la Vente posthume du maître, une vingtaine de dessins et croquis d'études faites pour le tableau de « Médée », ainsi que cette esquisse peinte à l'huile où il y a des modifications très sensibles, entre autres un grand voile bleu qui flotte à la partie supérieure du corps. La robe est jaune, la jupe violette. — Un critique de méchante humeur s'étonnait fort, d y a quelque vingt ou vingt-cinq ans, que Médée tint le poignard de la main gauche. S'il avait pris la peine de se reporter à l'argument du tableau, son étonnement eût cessé : « Médée furieuse est poursuivie et sur le point de tuer ses enfants. » Tel est le texte de Delacroix : « Sur le point » ne veut pas dire « en train u; j'en demande bien pardon à M. Olivier Merson.

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N° 668 : Médée furieuse

Toile. — H. 2"'6o, L. i'"65. — Signé au bas à gauche, et daté i838. — Lithographie par Challemel pour le Charivari, dans les dimensions de : H. o"'i68, L. o™i lo; par Alophe, deux fois, dans les dimensions de: H. o"'i48, L. o"Moo; par Lassalle, dans les dimensions de : H. o"'66, L. o'"55. — Gravé au burin parCh. Geoffroy, dins les dimensions de : H. o™40, L. o"'26; à Peau-forte, par Milius, pour rArt, dans les dimensions de : H. o'"232, L. o"' i 56. — Essais de reproduction à la plume et au crayon, par Edouard Boldoduc. — Salon de i838. — Exposition universelle de r855. — Appartient au Musée de Lille. — Cat. A. Moreau, p. 177 et 112. L administration du Musée de Lille, mal inspirée cette fois, refusa de confier ce chef-d'œuvre pour l'Exposition posthume du maître. — « La a dit Th. Gautier, « est peinte avec une fougue, un emportement et un uleui- que Rubens ne désavouerait pas. Le geste de lionne ramassant ses petits 1 Médée retient ses enfants qui s'échappent, est d'une invention superbe. »

N""" 669, 670,671 : Croquis pour la Médée

] 1° Croquis simple trait, mis au carreau. — H.o"^2i5, L. o"'ii5. — Y Cliché pour /'.4rf, inédit. — Venje posthume. — Appartient au Musée 3J , de Lille. — Non catalogué par M. A. Moreau. > , 2° Trente feuilles de croquis provenant de la vente posthume au Musée

dde Lille. — Cat. A. Moreau, p. 202.

3° Deux croquis préliminaires de la figure de Médée, mesurant, l'un: •H. o"M8, L. o''M4; l'autre : H. o"'i7o, il. o'"i45. — Clichés pour IMrf, 'l^jl^ t^ ' n° du 7 octobre 1877. — Non catalogués par M. Moreau. 'i*^^r — ,"!" ' Ces deux derniers croquis présentent la même disposition que l'étude peinte portant notre n" 667 et appartiennent comme elle au Musée de Lille.

Un soir d'automne

étaient le plus

Aquarelle. — H. o"'26, L. o"'i5. — Appartient à M. A. Robaui. — Non catalogué par M. Moreau.

Vue prise par l'artiste, de la fenêtre de son atelier, rue des Marais-Saint- Germain, n° 17. — A ce propos, il est intéressant de relever dans les livrets du Salon de 1822 à i863, l'adresse des divers ateliers occupés par Eugène Delacroix. — 1822 : rue de la Planche, n» 22 ; — 1824 : rue de Grcnclle-Saint-Germain, n" 118; — 1827 : Passage Saulnier ; — i833 : quai Voltaire, n» i5:' — i836 ; rue des Marais-Saint-Germain, n" 17; — 1845 : rue Notre-Dame-de-Lorette, n" 54 (numéro donné par M. Moreau ; le catalogue de l'Exposition universelle dit n" 53i; — i85g : rue de Furstenberg, n" 6, où se voit une plaque commémorative. Ces ateliers souvent insuffisants pour l'exécution de grandes peintures décoratives.

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N°' 673, 674, 675, (^-d, 6~j^ 678, 679, 680 : Études d'animaux

1° Chasses au lion. — Deux croquis mesurant Tun : H. o"'2io, L. o"'i9o; 'autre : H. o"'072, L. o"'i9o. — Vente posthume, à M. Ch. Desavary.

2° Têtes de lions. — H. o'"20o, L. 0^270. — Vente posthume : 3oo fr., à M. de Laage.

3° Lion dépouillant un os. — H. o™i 5o, L. 0,210. — Vente posthume : 220 fr., à M. de Laage.

4" Lionne attaquant un cavalier renversé. — H.o"M6o, L. o'"23o. — Vente posthume:

3o5 fr., à M. Robaut.

5° Lion assis. — H. o'^igo, L. o"'3oo. — Signé au bas, à droite. — Vente posthume : 38o fr., à M. de Laage.

6° Gladiateur terrassé par une lionne. — H. o"220, L. o"'340. — Cliché en phototvpographiepour VArt,zn i883.

/'"Tigre blessé se désaltérant.- — H. o'"254, L. o ""300.— Vente posthume : 440 fr., à M. de Laage.

8" Gladiateur terrassé par un lion. — H. o'"220, L. o'"290. — Cliché en phototypographie pour VArt. — Vente posthume : 5oo fr., à M. de Laage.

Tous ces croquis sont exécutés à la mine de plomb, sauf le n° 5, qui est un croquis à la plume. Tous ont été reproduits dans la première série des fac-similés publiés par M. A. Robaut, dans les mêmes dimensions, à l'exception des « chasses au lion » en deux sujets, reproduits dans les dimensions de H. o™i6. L. o"'25. Tous ont figuré à k vente posthume. Tous sont mentionnés, mais non catalogués par M. A. Moreau, pp. i35 et i36.

N° 681 : Duo de piano et violon

Croquis mine de plomb. — In-quarto. ^ Vente posthume. — Appartient à M. Choquet. — Non catalogué par M. Moreau.

On sait que Delacroix était grand amateur de musique. Amédée Cantaloube nous a conservé en une petite plaquette le souvenir de conversations du maître sur Rossini. En i83o, Chopin était venu chez lui, rue des Marais-Saint-Germain, 17. et s'y était fait entendre, .ar, à cette date (septembrei, Delacroix fait enlever un piano de l'icyel que Chopin y avait fait transporter. Quatre ans plus tard, il écrit encore de .Nohant : « J'ai des tête-à-tête à perte de vue avec Chopin, que j'aime beaucoup, et qui est un homme d'une distinction rare : c'est le plus vrai artiste que j'aie rencontré. » Et en 1849, '^ 28 octobre, il va au service de son « pauvre et cher Chopin. »

N" 682 : Deux têtes de femme, — Étude

Croquis au crayon noir. — H. o"'i9, L. o"'3^ "^■^ — Appartenant à M. Henri Faure, de Lille. - M. Moreau.

— Vente posthume. Non catalogué par

Il est bien étrange de retrouver, à quinze anne'es de distance, des études de l'attitude et l'expression rappellent d'une façon frappante celles de «l'Orpheline au cimetière » de 1823, n" 66, et de la «Tête de femme pour \e massacre de Scio de 1824, n" 95. L'analogie est telle que nous ne saurions trop que répondre si l'on nous reprochait ici quelque erreur de classement. D'autre part, si rarement que Delacroix se soit répété, peuton refuser d'admettre que deux fois, à bien des années d'intervalle, l'artiste ait remarqué et reproduit le même mouvement sur nature ?

tète dont

N" 68^ : La confession du Giaour

H. o'"io5, L. o'"i5o. — Lithographie par Mouilleron.

— Cat. A. Moreau, p. ir3.

La lithographie, faite par A. Mouilleron pour la France littéraire, porte pour titre « La confession du Giaour, par E. Delacroix, » mais ne nous dit pas ce qu'était l'œuvre originale, toile, aquarelle ou dessin. A en juger d'après l'intensité des valeurs, nous inclinons à croire que c'était un tableau, ou tout au moins une aquarelle très poussée.

— « Hugo, Parisina , les Foscari, le Giaour, le Corsaire. Toujours, son héros est l'homme aux prises avec la pire

angoisse en iace du naulrngc, de la torture, de la mort, de sa propre mort douloureuse et prolongée, de la mort amère de ses plus chers bien-aimés, avec le remords pour compagnon parmi les lugubres perspectives de l'éternité menaçante, sans autre soutien que l'énergie native et l'orgueil endurci. Ils ont trop désiré, trop impétueusement, d'un élan insensé comme un cheval sans bouche, et désormais leur destin intérieur les pousse dans le gouffre qu'ils voient et ne veulent plus éviter. » (H. Taine, Histoire de littérature anglaise. Byron.)

N*'" 684, 685 : Scènes d'Alger

^M I" Juive d'Alger. — • Lithographie à la plume.

^5 — H. o"'! lo'; L. o'"20o. — Cat. A. Moreau,

I".^^^ 2° Une vue à Alger. — Lithographie à la

-'^^/f plume. — H.o"'i4o, L. o"'i 10. — Cat. A. Mo-

■"""'"'^ reau, p. 5o.

Cette dernière pièce et celle qui précède ornent une des pages du 0 Livre d'or », publié par Curmer, celle où se trouve l'autographe d'Alphonse Karr. — Paris, iS38. — En bas de la page à gauche : « Dx (sans doute pour jûelacroix) inv' » ; à droite, « N. Desmadryl dcl"- »; en bas de la page, au milieu : « Lith. de 'Villain. » — Comme M. Moreau, nous laissons l'attribution de ces planches à Delacroix, mais on doit plutôt supposer qu'elles sont l'œuvre d'une main étrangère, interprétant les dessins du maitre, le lithographe Desmadryl, par exemple.

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Année i83

N° 686 : La barque de don Juan. — Esquisse

Toile. — H. o'"8i, L. i"'oo. — Signé au bas, à gauche. — Esquisse du tableau de 1840. — Gravé à l'eau-forte par Le Rat, pour la galerie Durand-Ruel, dans les dimensions de : H.o'"io3, L. o'"i2j. — Vente du 24 février 1881 : 7,5oo fr. — Cat. A. Moreau, p. 87.

Superbe esquisse et au moins d'une qualité de peinture égale à celle du grand tableau de 1840, qui appartenait h M. Adolphe Moreau et que cet amateur a légué au musée du Louvre. Voir, au sujet de ce motif et des différents titres qu'on lui a donnés, ce propos du tableau « La barque de don Juan », a l'année 1S40.

que nous en disons i

N" 68- : Noce juive dans le Maroc

Toile. — H. i"'o3, L. r"4o. — Daté. — Salon de 1841. — Exposition universelle de i855. — Gravé à Teau-forte, par Wacquez, pour l'Artiste {i8^\\, dans les dimensions de : H. o'"i40, L. o"'i9o; par H. Lefort, E. Hédouin et Ch. Chaplin, avec la seule signature de Chaplin, pour la chalcographie du Louvre, dans les dimensions de: H. o"'266, L. o'"36o. Sur le troisième état de cette planche, M. H. Lefort a gravé comme remarque, en bas, au milieu, un petit portrait du maître, etfacé après un tirage de quinze épreuves. — Lithographie par Mouilleron , dans les dimensions de :

H. o"'i86, L. o'"255. — Gravé sur bois* pour le Alusée français {iSS5\, dans les dimensions de : H. o"'i8o, L. o"'26o; pour la Galette des Beaux-Arts, l'Illustration et le Journal illustré, dans les dimensions de : H. o"'i27, L. o"'i69. — Appartient au Musée du Louvre. —Cat. A. Moreau, pp. 100, i3i, 179, 206.

Cet admirable tableau avait été commandé à l'artiste par M. le marquis ^L^ison, qui n'en fut pas satisfait et trouva trop élevé le prix de 2,000 fr. que Delacroix en demandait. Il fut acheté au prix de i ,3oo fr. par le duc d'Orléans, qui le donna au musée du Luxembourg. — Voici le texte explicatif fourni par Delacroix au livret du Salon de 1841 : « Les Maures et les Juifs sont confondus. La mariée est enfermée dans les appartements intérieurs, tandis qu'on se réjouit dans le reste de la maison. Des Maures de distinction donnent de l'argent pour des musiciens qui jouent de leurs instruments et chantent sans discontinuer le jour et la nuit ; les femmes sont L-s seules qui prennent part à la danse, ce qu'elles font tour à tour et aux applaudissements de l'assemblée. »

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N" 688 : Le campement arabe

Toile. — H. o"35, L. o'"45. — Signé au bas, à droite. — Refusé au Salon de iSSg. — Photolithographié par Arosa pour le catalogue illustré de sa vente, dans les dimensions de H. o'"io2, L.o"'i25. — Vente Hôtel Drouot, lo février i853 : 400 fr., à M. . Arosa ; vente Arosa, février 1878: 4,300 fr. à M. Pinart. — Voir, à Tannée i833, l'aquarelle variante qui faisait partie de Talbum des dix-huit aquarelles de M. de Mornay, cataloguée sous le . titre de « Campement dans la villed'Alias-sar-El-Kebir » n° 494- — ^at. A. Moreau, pp. 178 (note) et 269. '

Sous une tente ouverte, soutenue par un piquet grossier, deux Arabes sont blottis. Au second plan, deux chevaux, l'un gris, l'autre bai, sont attachés et paissent, surveillés par leur maître. Un grand ciel orageux roule de larges nuées au-dessus des tentes qui ferment l'horizon. — Les variantes avec l'aquarelle sont sensibles, ne fût-ce que par l'absence de la grande tente rayée, où flotte le pavillon français.

N° 689 : Paysage du Maroc

s'élèvent Arabe à terrains

Toile. — H. o™3o, L. o"'39. — Signé au bas, non daté. — Photolithographié par Arosa, dans les dimensions de : H. o"'o96, L. o"',i22. — Vente D., 10 février i858: 25o fr. à M. Arosa; vente Arosa, février 1878 : 3, 100 fr. à M. Leroy; vente Leroy, 1882 : 2,i5o fr. — Cat. A. Moreau, p. 270. Deux Arabes, au premier plan à gauche; l'un, debout, tient un fusil, l'autre est assis. Ils sont placés au pied d'un monticule où de grands arbres, au bord d'une longue route par où s'avance vers eux un autre cheval, vêtu d'un burnous bleu foncé à capuchon. A droite, des mouvements de boisés descendent vers une longue plaine bordée à l'horizon par des montagnes.

N° 690 : Colomb au retour du Nouveau-Monde

Toile. — H. o"'90, L. i"'i6. — Daté. — Gravé à l'eauforte par Bracquemond, pour le catalogue San-Donato, et cliché ensuite pour l'Illustration, dans les dimensions de : H. o"'i 10, L. o"'i45. ■ — Vente San-Donato, 26 février 1870 : 80,000 fr. à M. HoUender. — Appartient à M. E. Secrétan. — Cat. A. Moreau, pp. 94, 259.

Christophe Colomb monte les marches du trône où le roi d'Espagne Ferdinand et la reine Isabelle l'attendent debout. Au premier plan sont déposés les magnifiques trophées de l'expédition, des vases, des objets précieux que le conquérant a rapportés du nouveau-monde. Un moine assiste, le sourcil froncé, à ce spectacle. Des femmes, des cavaliers occupent le second plan h gauche. — Delacroix a mis en ce tableau tous les joyaux de sa palette.

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rSSg

N° 691 : Cléopâtre et le paysan

Toile. — De 25 environ. — • Salon de i83q. — Exposition d'Alsace- Lorraine, n" ii3 du catalogue. —Photographié par Braun. — Vente du 18 janvier i85o: i,3o5 fr.; vente Cjeorge Sand, 23 avril 1864: i,i65 fr. — Appartient à madame Carayon-Talpayrac. — Cat. A. Moreau, pp. 178, 254, 25-.

AL Adolphe Moreau signale une première variante de ce tableau où la reine, au lieu d'être assise sur un siège antique, serait couchée sur un sopha de couleur rouge, et c'est à cette variante qu'il attribue les prix de vente que nous venons de citer. Le paysan, au lieu d'être placé à gauche de la composition, serait placé à droite. Nous nous demandons s'il ne s'est pas fait quelque confusion avec la variante dont nous parlerons tout à l'heure, et qu'il décrit avec certaine inexactitude. — Quoi qu'il en soit, l'attitude de Cléopâtre ici, est d'une grâce exquise, et le mouvement du paysan d'une justesse de réalité saisissante. Les formes inassives de l'homme sont calculées pour faire ressortir la beauté de la reine.

N° 692 : Cléopâtre et le paysan. — Variante

comme le d d'une robe

Toile. — H. o"'28, L. o"'36. — Signé à gauche, non daté. — Vente C, i 3 avril i865; 9 mai 1874 : 7,25o fr.; vente de S., 5 mai 1877: 4.i5o fr! — Cat. A. Moreau, pp. 178, 254, 257.

La reine, le sein découvert et les bras chargés de bijoux, vêtue d'une robe d'un vert jaune avec un voile violet rattaché au diadème de la coiffure, est couchée sur un lit de repos d'un ton rose vineux. Elle se retourne à demi vers l'esclave qui apporte le panier de figues à grandes feuilles. Cet homme, dont les chairs sont très colorées, est recouvert d'une ample draperie bleu foncé. Derrière le lit, et non derrière le paysan,

il M. Moreau, apparaissent deux esclaves attentifs. L'un tient une lyre; il est vêtu

rougeàtre, l'autre porte une robe jaune et un manteau bleu.

N° 693 : Justice de Trajan. — Esquisse

Toile. — H. o"'58, L. o"'45. — N° 58 de la Vente posthume : i ,600 fr.

-j'^ àM.Piron. — Vente Piron, 21 avril i865 : 455 fr.; vente Miolan-

■,' E^i^"' Carvalho, 14 mars 1876:800 fr., à M. Alexandre Dumas fils; vente

.^, H-;;!'.''', I Alexandre Dumas fils, février 1882 : 1,620 fr. — Cat. A. Moreau,

iiiiiiiiii

iR^èfe^^ Cette esquisse présente peu de différences avec le tableau. Trajan est

liiiS^ê^l moins avancé dans le milieu de la toile et son cheval est d'un ton foncé.

'-^ --— ~ — ' On ne voit pas ici le jeune homme du premier plan qui s'écarte vers la

droite, le bras droit plié; mais toute la grande ordonnance de l'œuvre est trouvée.

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N° 694 : Hamlet et les deux fossoyeurs

Toile. — H. o"'8o, L. o'"65. — Signé au milieu en bas et daté i83g. — Salon de iSSg. — Exposition universelle de i855. — Gravé à Teau-forte par Nanteuil pour l'Artiste, dans les dimensions de : H. o"'i46, L. o"'[20. — Lithographie par Eugène Le Roux, dans les dimensions de : H. 0^279, L. o™223. — Vente de la duchesse d'Orléans, 18 janvier i853 : 6,3oo fr., à M. Maurice Cottier. — Appartient en usufruit à madame veuve Maurice Cottier, mais en nue propriété au musée du Louvre. — Cat. A. Moreau, pp. 66, 86, 134, 178, 246.

Le legs généreux de M. "Maurice Cottier assure à notre Louvre la possession de ce chef-d'œuvre, ainsi que de notre n" jaS: «Jeune tigre jouant avec sa mère. » — La scène du cimetière est rappelée au livret de 1S39 par les premières paroles du début: 0 Le fossoyeur. Ce crâne, monsieur, était le crâne d'Yorick, le boutTon du roi. — Hami.et. Hélas ! pauvre Yorick ! » — Le catalogue de l'exposition du boulevard des Italiens, en 1860, le dit daté de i838.

N° 69^ : Charles-Quint au monastère de Saint-Just

Toile. — H. o""i2, L. o"M7. — Signé, daté, i83g. — Réduction du tableau de i833. — Vente du 18 janvier i85o : 2,5oo fr.; vente San-Donato , 2r février 1870: 5,200 fr. — Voir à Tannée i83i , la vignette sans changement. — ■ Cat. A. Moreau, pp. 48, 1-3, 254.

N"^ 696, 697 : Portrait de M. Henri Hugues

i» Toile — H. o"'74, L. o'"6o. — Non signé. — Cat. A. Moreau, p. 237.

2° Aquarelle ovale. — H. o'"i5, L. o'"i2. — Cat. A. Moreau, p. 237.

L'aquarelle, dit M. Moreau, est d'une fraîcheur de tons extrêmes. Le modèle qui, dans le portrait à l'huile, porte une redingote marron, a ici un habit bleu clair. — Quoique nous réunissions les deux œuvres, l'aquarelle doit être plus ancienne de plusieurs années. Elle appirti-niit i Léon Riesener, à qui Delacroix légua le grand portrait M Henri Hugues était le cousin des deux artistes et Léon Riesener a trace de lui, dans les notes qu'il a fournies à M. Philippe Burty, le charmant portrait qui suit : « Pendant longtemps, lui (Delacroix), Henri Hugues, fils d'une sœur de sa mère et moi, nous nous réunissions une fois par semaine, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, à tour de rôle, ou chez le restaurateur. Il apportait dans ces dîners une gaieté aimable, toujours conciliante et une amitié attentive, affectueuse pour le cousin Henri, notre aîné, homme charmant, ingénu, chevaleresque, que Delacroix aimait

L'ŒUVRE DE DELACROIX

ele tout son cœur et dont le souvenir lui est resté cher constamment. Il en a fait un beau portrait qu'il me donna. Henri, employé dans l'administration des postes, poète par délassement, était plus que négligé dans sa toilette. Je me rappelle qu'une fois à grand'peine nous sortions d'une représentation extraordinaire de l'Auberge des Adrets, donnée, je ne sais pourquoi, le jour, par Frédérick-Lemaitre. Le chapeau et la tenue de Henri, sortant du théâtre, étaient réellement plus que comiques. Delacroix, très élégant et recherché dans sa toilette, lui donnait impassiblement le bras en plein boulevard, et, gai comme un pinson, jouissait de l'esprit de son vieil ami : c'est h l'amitié de ces deux hommes que je dois ce que j'ai de bon à mes yeux, o

N° 698 : Desdemona maudite par son père

Peinture sur bois. — H. o'"400, L. o'"3i5. — Signé au bas à gauche. — Appartient a. M. E. Secrétan. — Non catalogué par

<( Desdemona, aux pieds de son père qui veut lui donner sa malédiction pour avoir épousé secrètement Otello, qu'on voit dans le fond. » — Cette toile, par son aspect éclatant, produit l'effet d'une masse de fleurs disposées dans leur plus ardente harmonie. On en jugera par les colorations. Le doge porte un manteau rose rouge, doublé d'un violet bleu foncé et perlé, une toque et un voile du même noir bleu que les manches du vêtement; Desdemona, une robe verte à galons d'or et une écharpe violet rouge doubke d hermine. Son riche éventail en plumes de paon garni de diamants est tombé sur les dalles. Les murs sont de marbre jaune avec quelques écussons armoriés en mosaïque

N°' 699, 700 : Desdemona maudite par son père. — Croquis

i" Croquis à la plume. — H. o"'22, L. o"'28. — Reproduit en fac-similé par A.Robaut, de mêmes dimensions. — Vente posthume: 359 fr. à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau.

2" Croquis à la plume. — H. 0^280, L. o"\2o5. — Reproduit en fac-similé par A. Robaut, de mêmes dimensions, et en cliché phototypographique pour le journal /'y4?V, livraison du 23 avril 1882, dans

lesdimensions de : H. o"'28o, L. o™2o5. • — Vente posthume, n" 459, à M. Alfred

Robaut. — Non catalogué par M. Moreau.

Le second croquis est d'une exécution plus large et plus colorée que le précédant. Delacroix en a définitivement adopté la disposition, sauf pour les fonds. ( Voir le n" G98.)

N° 701 : Deux tigres et deux lions

Dessin. — Dimensions inconnues. — Daté. — Vente Villol, i865. — Non catalogué par M. Moreau.

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Le poète Arion et le philosophe Anaximandre

Aquarelle (étude). — H. o'"o85, L. o"i35. — Appartient à M. Alfred Robaut. — Notes écrites lisibles sous l'aquarelle. — Non catalogué par M. Moreau.

A., On peut voir au Louvre, parmi les dessins du Primatice, trois 1^5 groupes de <; deux hommes à moitié drapés et assis à terre, tournés à gauche >>. Ce sont les compositions originales, en 'é^ tout semblables au fragment que nous reproduisons ici, exécutées h la sanguine et rehaussées en blanc sur papier légèrement teinté, d'après lesquelles Nicolo deU'Abbate a peint la galerie de Henri II à Fontainebleau. La copie n'a pas été faite d'après les sanguines du Louvre, qui ne possède pas exactement ce motif, mais d'après la peinture. Le dessin pris sur place à Fontainebleau porte encore les notes manuscrites au crayon mine de plomb, sur lesquelles Delacroix a peint h l'aquarelle la tonalité des figures et des paysages. — En haut, à gauche : « Plus foncé, plus rouge, » c'est du vieillard vu de dos qu'il parle. — En haut, à droite sur le ciel : « Bleu clair » — Au bas, à droite, pour la draperie de l'homme vu de face : « Brun rouge laqueux. » Au milieu, au bas : <i Herbe ». — Les noms d'Arion et d'Anaximandre sont sans doute empruntés a la description du P. Dan: Merveilles de Fontainebleau.

Études de fauves

Lionne et lion. — Croquis à la plume. — H. o 'Signé « Eug. Delacroix » en haut à gauche et

daté du

février

M '^r i8f3g. — Non catalogué par M. Moreau.

"'/"S Ce croquis fut offert par M. X**', en 1871,;! la loterie de l'Opéra. On y ■atd^ retrouve comme le plus souvent, chez Delacroix, ce sens profond de la grandeur héroïque qu'il réalisait, en quelque sorte inconsciemment, même en dessinant d après le modèle vivant. La lionne a une si grande allure qu'on la voit toute prête h entrerdans quelque cortège de Bacchus. Le lion vu de dos, grimpant, a quelque chose d'héraldique dans son étrange silhouette. Ces croquis, s'ils sont fait de souvenir, ne valent pas une de ces fidèles études d'après nature, superbes de tbrce et de simplicité, et telles qu'on on rencontre, pour ainsi dire, à chaque page dans l'œuvre de Delacroix.

N'' 704 : Cheval en liberté

Croquis à la plume. — H. o'"2o, L. o'"28. — Appartient à M. Georges Villot fils. — Non catalogué par M. Moreau.

Les chevaux de Gros sont héroïques, pleins de feu ; le « peintre d'Aboukir » leur a rendu la grandeur, cette belle fièvre qui est leur santé, mais il n'a guère reproduit que la race arabe et, malheureusement, il les a tous vêtus de satin. C'est de la soie qui adhère au poitrail ruisselant, qui se blanchit d'écume sous le cuir des courroies et l'or des caparaçons. Ce n'est pas là cette peau tellement fine et souple que l'attouchement le plus léger la fait frémir sous le doigt. Gros a peint le coursier; Géricault et Delacroix ont pemt le cheval.

igo

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N°'705, 706: Etudes de tigres

2° Tigre étendu au repos. — Sépia.

=r.:i-i=- 1° Tigre suivant une piste et grognant.

^^^g — Croquis à la plume. — H. o""[2,

^"""'1? L. o'"iQ. — Daté 9 février iSSq. — Ex-

"i trait d'un dessin offert par M. Brandon

- à la loterie de TOpéra ( 1871 ). — Non

catalogué par M. Moreau.

H. o'"075, L. o'^iqo. — Vente posthume. —

Année 1840

N" 707 : Le naufrage de don Juan

Toile. — H. i'"3o, L. i'"95. — Signé à gauche et daté 1840. — Salon de 1841. — Exposition universelle de i855. — Exposition du boulevard des Italiens, 1860. — Lithographie en deux dimensions par Français : 1° H. o'"i5o, L. o'"233; 2" H. o'"285, L. o'"43o. — Gravé sur bois pour rillustration et pour la Galette des Beaux-Arts, dans les dimensions de : 1° H. o'"i40, L. o™2 26 ; 2° H. o"M 14, L. o'"i8i. — Gravé en aquatinte pour l'Artiste, par Desmadryl, dans les dimensions de : H. o"'i45, L. o'"2i5. — Appartenait à M. Moreau, qui Ta légué au musée du Louvre. — Cat. A. Moreau, pp. 11 5, 139, 140, 179.

En léguant au Louvre ce tableau très important, M. Moreau avait imposé la condition qu'il ne serait pas exposé dans les salles actuelles du second étage, très mal défendues contre la chaleur et la lumière pernicieuses de l'été. Il a donc été placé dans la grande galerie française, dite du xvni° siècle au premier étage. « Si l'on relit, dans le poème de Byron, le passage d'où l'artiste a tiré le sujet du Naufrage de don Juan, on sera peut-être surpris qu'il n'ait pas placé sa barque entre cette mer unie comme une glace et ce ciel d'un azur impitoyable qui ajoutent encore h l'horreur de la scène, par l'ironie du contraste ; mais les moyens de la poésie et de la peinture ne sont pas les mêmes ; — un ciel bleu, une mer calme, n'eussent peut-être pas aussi bien donné l'idée du danger couru que ces flots lourds et clapotants, sous ces nuages d'une lividité sinistre, dont l'écume moutonne autour de cette barque sans voile, sans rame, sans boussole, sans gouvernail, perdue au milieu de l'immensité, où des malheureux, se jetant des regards de cannibales, agitent des billets au fond d'un chapeau, pour savoir qui sera mangé, comme dit la naïve ballade des matelots, — c'est le n radeau de la Méduse », dépouillé de son appareil tragique et théâtral et ramené à la plus simple expression. — Ne pensez plus à don Juan, qu'il serait difficile de reconnaître parmi ces visages hâves, creusés, amaigris, convulsés par d'exécrables convoitises, et dites si jamais épisode de naufrage a été rendu d'une façon plus profondément naïve et plus naïvement effrayante. — Comme on sent frétiller les requins à triples rangs de dents sous ces vagues d'un vert glauque, balançant leur crête de mousse blanche ! comme le vent et le tonnerre grondent sourdement derrière ces nuages bas, gros d'orage et de pluie ! » (Th. Gautier.)

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N° 708 : Barque de don Juan

Croquis lavis. — H. o'"23, L. o^So. — Vente posthume. -~ Vente Sensier. — Non catalogué par M. Moreau.

*!^2-- ^^ iS83, à l'occasion du legs fait au Louvre par M. Moreau, un peintre, M. Charles Jacque, dans une lettre rendue publique, plaisante agréablement l'ignorance routinière des écrivains qui

ont toujours écrit la Barque ou le Naufrage de don Juan, au lieu

ÏS^^^^^^H ^'^ '^ Barque ou le Naufrage du Don Juan. M. Charles Jacque ^^'<^--^^^^^^É^i nous renvoie h l'école, c'est-à-dire au Don Juan de Molière et à celui de da Ponte, qui a inspiré le chef-d'œuvre de Mozart, et où il n'y a pas, en effet, trace de barque, ni de naufrage. Selon M. Charles Jacque, Delacroix aurait emprunté le motif de son tableau à un fait divers de journal, rapportant un épisode du naufrage d'un vaisseau nommé « le don Juan ». Si M. Charles Jacque, avec moins d'imagination et plus de précision, avait consulté le catalogue de l'Exposition universelle de i855, il y aurait lu « le Naufrage de » et non pas « du don Juan ». S'il avait ouvert le catalogue de l'Exposition du boulevard des Italiens (Tableaux de l'école moderne tirés de collections d'amateurs, 1860), il aurait pu y lire le passage du « Don Juan » de Byron, que Delacroix, lui, avait lu : « Que faire ? On propose de tirer au sort : on prépare les billets qui désigneront la victime... Les lots sont faits, marqués, mêlés et distribués dans une silencieuse horreur... Et le sort tomba sur le précepteur de don Juan ». Ch. 11, st. lxxiv, lxxv. — Delacroix, dans ses lettres, désigne parfois ce tableau sous le titre de: n le Naufrage ». La lettre de M. Charles Jacque fut publiée dans le Figaro et dans le Temps du 7 avril i883. Personne n'a encore protesté, que je sache, contre cette malheureuse boutade, sauf M. A. de Montaiglon dans Y Intermédiaire an 20 avril iS83, colonne 255, sous la signature M. D. A.

N" 709 : Prise de Constantinople par les Croisés. — Esquisse

Toile. — H. o'"37, L. o"''48. — Non signé ni daté. — Lithographie par Braun. — Exposition d'Alsace-Lorraine. — Vente Dauzats, après décès : 7,100 fr. — Appartient au duc d'Aumale. — Cat. A. Moreau, p. 121, 258. Ce tableau est l'esquisse admirable qui servit à Delacroix en 1841, pour l'exécution du grand tableau de Versailles, qui est, avec la bataille de Taillebourg, la plus noble gloire de ce musée. — Nous donnons ici l'argument du tableau, pour n'avoir, un peu plus loin, à nous occuper que de l'œuvre : a Baudouin, comte de Flandre, s'avance suivi d'un cortège de cavaliers portant des bannières : au premier plan, un groupe de personnages qui tendent vers lui des mains suppliantes ; au deuxième plan, sous les arcades d'un portique, un guerrier entraîne un vieillard: au fond, les dernières scènes du combat, et la ville en perspective. »

N" 710 : Hamlet et les deux fossoyeurs

Dessin marouflé sur toile. — H. o"3o5 , L. o"23o. — N° 404 de la Vente posthume: ,61 fr. — Appartient à madame Boulanger-Cavé. — Non catalogué par M. Moreau.

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Hamlet et le fossoyeur

Toile. — H. o'":îo. L. o"'42. — Réduction du tableau de iSSg. — Voir la lithographie originale de Eugène Delacroix, à Tannée 1834. — Vente B., 16 mars 1840: 40 fr.; vente Didier, 3 mai 1849 : 3oo fr.; vente Cachardy, 12 février i853 : Sgo fr.: vente. r8 mars 1854: 23o fr. — Cat. A. Moreau, pp. 42, 243.

Adieux d'Hamlet et dOphelia

Toile. — H. o'"28, L. o'"2i. — Lithographie par Loutrel pour la collection Moreau, dans les dimensions de : H. o"'28o, L. o'"2io. — Vente Schwabacher, 9 mai 1874 : 4,5oo fr. — Voir à l'année 1834. — Cat. A. Moreau, p. 114, et variante, p. 62. Cette scène n'est point, comme l'a cru M. Moreau, et comme nous l'avons cru nous-mème un instant. la première du troisième acte, où Hamlet donne brutalement des conseils à Ophelia : c'est évidemment celle que décrit Ophelia lacté 11, scène 2I racontant â Polonius, son père, son entrevue avec Hamlet : « Il m'a prise par le poignet et m'a serrée fortement: puis il s'est éloigné de toute la longueur de son bras, et. avec son autre main ainsi sur'son front, il s'est mis à étudier mon visage avec tant d'attention, qu'on aurait dit qu'il voulait le dessiner. Il est resté longternps dans cette attitude; enfin, me secouant un peu le bras, et baissant et relevant trois fois sa tête, — comme cela, — il a poussé un soupir si lamentable et si profond, qu'il semblait ébranler toute sa charpente et emporter sa vie; cela fait, il m'a lâchée ; puis, la tête retournée par-dessus son épaule, on aurait dit qu'il trouvait son chemin sans le secours de ses yeux, car il est sorti sans se servir d'eux, et jusqu'à la fin, il n'a cessé de diriger sur moi leur lumière. »

N"7i3 : Portrait de mademoiselle Heindericks

Toile cintrée du haut. — H. i'"40, L. i"'o6. — Signé, daté aii bas adroite sur le terrain: «E. Delacroix, 1840.» — Non catalogué par M. Moreau.

Mademoist;lle Heindericks était religieuse Clarisse. Sa famille descendit dit-on, de Van Dyck. — Devant cette image si expressive de la be\uté moderne, les dernières lignes de l'écrit de Delacroix, intitulé Qtiestions sur le beau nous reviennent en mémoire, et nous voulons les mettre sous les yeux du lecteur : 0 Quoi ! le beau, ce besoin et ^ette pure satisfaction de notre nature, ne fleurirait que dans des contrées privilégiées, et il nous serait interdit de le chercher autour de nous! la beauté grecque serait la seule beauté ! Ceux qui ont iLcrédité ce blasphème sont des hommes qui ne doivent sentir la beiuté sous aucune latitude, et qui ne portent point en eux cet écho mt u ur qui trc iiUe en présence du beau et du grand. Je ne croirai point que Dieu ait reserve aux Grecb seuls de produire ce que nous, hommes du Nord, nous devons préférer; tant pis pour les yeux et les oreilles qui se ferment et pour ces connaisseurs qui ne veulent

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ni connaître, ni par conséquent admirer! Cette impossibilité d'admirer est en proportion de l'impossibilité de s'élever. C'est aux intelligences d'élite qu'il est donné de réunir dans leur prédilection ces types différents de la perfection, entre lesquels les savants ne voient que des abîmes. Devant un sénat qui ne serait composé que de grands hommes, les disputes de ce genre ne seraient pas longues. Je suppose réunies ces vives lumières de l'art, ces modèles de la grâce ou de la force, ces Raphaël, ces Titien, ces Michel-Ange, ces Rubens... je les suppose réunis pour classer les talents et distribuer la gloire, non pas seulement à ceux qui ont suivi dignement leurs traces, mais pour se rendre entre eux la justice que l'assentiment des siècles ne leur a pas refusée : ils se reconnaîtraient bien vite h une marque commune, à cette puissance d'exprimer le beau, mais d'y atteindre chacun par des routes différentes. »

N° 714 : Justice de Trajan

Toile. — H. 4"'g5, L. .l'ngô. — Signé à droite au bas et daté. — Lithographie par Challemel dans les dimensions de : H. o"'i88, L. o"'i45. — Salon de 1840. — Exposition universelle de i855. — Appartient au musée de Rouen. — Cat. A. Moreau, p. 119, 178, 19g.

Ce tableau fut payé au maître 6,000 fr. Il a subi de grandes restaurations ; on a dû remplir d'énormes crevasses qui s'y étaient formées.

<i Quatre vers de M. Antony Deschamps, traduits de Dante, ont fourni le sujet de la Justice de Trajan, dit Théophile Gautier, dans les Beau.v-Aris en Europe.

Une veuve était là, de douleur insensée, S'efl'orçant d'arrêter la marche commencée : Autour de l'empereur s'agitaient les drapeaux, Et la terre tremblait sous les pieds des chevaux. « Cette action n'est pas de celles que la peinture puisse rendre d'une façon bien intelligible, mais elle fournit, par ses accessoires, d'admirables ressources à l'artiste. Que Trajan se soit arrêté et n'ait continué sa marche triomphale qu'après avoir fait rendre justice à la pauvre veuve, c'est ce qu'il n'est pas aisé de deviner à l'inspection du tableau; mais qu'importe ? — Cette riche architecture, ce ciel qui luit à travers les colonnes, cet empereur, étincelant dans sa pourpre, sur son cheval cabré, au milieu des généraux, des vexillaires, des soldats, des écuyers et du peuple, ces trophées, ces étendards, ces clairons droits, ces buccines recourbées, ces armes, ces cuirasses, ces draperies, forment un admirable et splendide ensemble. — La Justice de Trajan est peut-être comme couleur la plus belle toile de AL Eugène Delacroix, et rarement la peinture a donné aux yeux une fête si brillante : la jambe s'appuyant, dans son cothurne de pourpre et d'or au nanc rose de sa monture, est le plus frais bouquet de tons qu'on ait jamais cueilli sur une palette, même h 'Venise. »

N°'' 715, 716 : Portraits de Jenny Le Guillou et de sa fille

Toiles. — Léguées par Jenny Le Guillou à M. Duriez. — Cat. A. Moreau, p. 238.

C'est sur des toiles distinctes de 10 à 12, et non sur une seule, comme le donnerait à penser la mention qu'en fait M. Moreau, que Delacroix a peint de grandeur nature ces deux portraits, qui, dit-on, sont au Louvre, mais non exposés. La mère est en bonnet, la fille en cheveux.

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N°'7i7, 718,719,720,721,722: Froissart, Calvin, Régnier, Rabelais

i" Quatre dessins à la sépia ou à Taquarelle. — H, o"'i9o.

L. o'"i6o. — Gravés à Peau - forte par Wacquez pour le Pliitarque français (1840). — Cat! A.

Moreau,p.io7,io8.

2" et 3»M.G.Villot possédait, en 1876, un croquis qui lui venait de son père; ce dernier avait, en effet, posé en costume pour Froissart. On a nu voir un croquis semblalile à la vente de M. Edouard Rodrigues, en octobre 1878.

N*"" 723, 724 : Croquis à la plume

« et qu'il lui fa

1° Tigre en marche. — H. o'"o5, L. o'^og. — Dessiné en soirée sur du papier à musique. — Appartient à madame veuve Jules Michelin. — Non catalogué par M. Moreau. 2° Lion couché et homme vu de dos (fragments). — H. o"'22, L. o"'29. — Reproduction en fac-similé par A. Robaut, dans les mêmes dimensions. — Vente posthume à M. Paul Huet. — Non catalogué par M. Moreau.

Sur le fac-similé du n" 2 sont reproduites les cinq lignes suivantes, extraites d'une autre feuille : « Faire un choix dans la nature. On « en fait très adroitement une loi parce que les trois quarts du « temps, la nature se passe des contrastes. C'est donc par impuisn sance qu'on choisit, parce que les moyens de l'art sont bornés, ours sacrifier une chose pour en faire valoir une autre. »

N° 725 : Madame Viardot et George Sand

Croquis à la mine de plomb. — H. o'"23, L. 0^34. — Datés du 29 janvier 1840. ■ — Non catalogué par M. Moreau.

« S'il entend Franchomme ou Chopin, Allard, Prudent, Delsarte ou Alcan, dit M. Moreau, ou bien encore quelques-unes de ces individualités du grand monde que le talent à su élever ii la hauteur de véritables artistes; si leurs doigts merveilleux rendent comme il la comprend la musique de ses maîtres favoris, oh! alors, son bonheur n'a pas d'égal.... Que madame Viardot lui tasse connaître un vieil air de Gliick, il en rêvera des semaines entières, et le résultat de chacune de ses soirées sera pour le lendemain une journée de travail productif où son pinceau puisera de sublimes inspirations. »

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Portrait de madame Bornot

Dessin à la mine de plomb. — H. o'"2i, L. o'"i6. — Exécuté à Valmont, en septembre 1840. — Appartient à M. Bornot. — Non catalogué par M. Moreau.

Delacroix, dont l'œuvre de portraitiste est bien à tort compté pour si peu dans l'ensemble de ses ouvrages, avait au contraire la passion du portrait, si l'on en juge par le nombre considérable d'images de ce genre, qu'il a laissées. Il n'a jamais négligé l'occasion de faire un portrait. Pourquoi ? Parce que ce grand artiste qui portait dans son cerveau tout un monde de figures héroïques, appartenant à tous les âges de l'histoire, s'inspirait surtout de la réalité' moderne, de la nature vivante, et non des canons de l'esthétique académique. Il demandait au portrait de le familiariser avec la vie même, avec l'expression de la pensée et du sentiment intérieur, alors que l'antique ne lui eût fourni que la symétrie et la belle proportion des traits. Aussi dit-il quelque part : « Le Silène est beau, le Faune est beau, le Socrate même est beau; cette tête est pleine d'une certaine beauté, malgré son petit nez épaté, sa bouche lippue et ses petits yeux. Elle ne brille pas, il est vrai, par la symétrie et la belle proportion des traits, mais elle est animée par le reflet de la pensée et d'une élévation intérieure. Encore, le Silène, le Faune et tant d'autres figures de caractère sont-elles de la pierre dans l'antique. On concevra facilement que la pierre, le bronze et le marbre demandent, dans l'expression des traits, une certaine sobriété qui est de la raideur et de la sécheresse, quand on l'imite en peinture. Ce dernier art, qui a la couleur, l'effet qui se rapproche davantage de l'imitation immédiate, admet des détails pluspalpitants, moins conventionnels.»

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