LE PLAFOND D'APOLLON
N° II 18: Apollon vainqueur du serpent python
Toile. — H. 8", L. 7"'5o. — Gravé sur bois pour rillusti-ation, décembre i85i, dans les dimensions de : H. o™! i5, L. o'^iog. — Lithographie par Achille Sirouy, 1879, dans les dimensions de : H. o'^SgS, L. o'"535. — Reproduit en héliogravure inédite par Lemercier, dans les dimensions de : H. o"Mo2,L. 0"'09o. — Cat. A. Moreau, p. 21 5.
« Par la beauté de la composition, l'heureuse disposition des figures, la richesse de la couleur, la vigueur et l'harmonie des tons, la magie du clair obscur, ce plafond est vraiment digne de la magnifique ornementation qui l'environne... » (P. Petroz.) — La toile de ce grand plafond a été peinte pliée en deux dans l'atelier, très grand pourtant, de la rue Notre-Dame de Lorette, 54. On a souvent dit que Delacroix avait reçu pour ce travail la somme de 1 S, 000 francs.
C'est une erreur. Cette somme, il est vrai, avait été fixée tout d'abord, mais l'architecte Diiban, voyant Delacroix peindre cette immense toile, dont il suivait l'exécution avec un très vif intérêt, comprit quelle était la valeur d'une œuvre aussi considérable, exécutée avec tant
d'amour et d'entrain, et, de son propre mouvement, il fit élever le prix à 24,000 Irancs. Tel est l'affirmation deJenny Le Guillou à Constant Dutilleux, —Cette composition, si justement célèbre, porte aussi le titre de : 0 Triomphe d'Apollon Pythien. « Nous n'avons pas à faire ici l'historique de la galerie d'Apollon, mais nous croyons que le lecteur
''^4'J L'ŒUVRE DE DELACROIX a.);
ne trouvera pas déplacés certains détails qui intéressent particulièrement l'œuvrede Delacroix. Lorsque la première galerie du Louvre, construite sous Charles IX et Henri IV, eut été brûlée, en iGGi, ce fut Lebrun qui fut chargé de décorer la nouvelle galerie. Avec cette unité de vue et cette conception d'ensemble qui distinguent ses plus beaux ouvrages, il composa un projet où les figures sculptées, les sujets peints'et les motifs ornementaux se combinaient avec une admirable justesse d'harmonie et de pondération. Il prit comme thème principal et pour centre de la décoration, le triomphe d'Apollon, flatterie heureuse, flatterie nécessaire ;i l'adresse du roi Soleil, qui, dans leblouissement de ses premières victoires, venait d'adopter pour lui-même les attributs et la devise du dieu de la lumière, dont le ravonnement salutaire chasse le mal et son ténébreux cortège. Lebrun avait divisé la voûte telle qu'on la voit aujourd'hui, en onze compartiments principaux. « Dans celui qui est au centre, il se proposait de représenter Apollon sur son char avec tous les attributs du soleil. Les Saisons devaient occuper les quatre cartouches les plus voisins de celui-ci; les deux ovales, qui les séparent dans la voûte, devaient être remplis par le Soir et le Matin, et les deux octogones plus reculés par la Nuit et par l'Aurore; les culs-de-four, qui sont aux extrémités dii berceau, auraient offert, l'un, le réveil des Eaux, et l'autre celui de la Terre aux premiers ravons du Soleil. » Cette décoration n'était pas achevée lorsque le caprice de Louis XIV attira Lebrun à Versailles, et dès lors le Louvre, déserté, fut laissé dans un état d'abandon , qui, en moins d'un siècle, en rendit la ruine imminente. Plusieurs fois résolue, mais toujours retardée, la restauration fut sur le point d'être exécutée en i833; Louis-Philippe, qui n'était sensible qu'aux sévères enseignements de la peinture historique, rêva de tapisseries murs de la galerie avec une suite de compositions relatives à l'histoire du Louvre, depuis Dagobert jusqu'au 2g juillet i83o. C'était introduire des réalités souvent bien sombres, telles que le massacre de la Saint-Barthélémy par exemple, dans une salle où, selon le plan primitif, devait être glorifié le dieu de la lumière. Mais l'attention du roi fut détournée, comme l'avait été celle de Louis XIV, par les grands travaux qu'il entreprit à Versailles'; sans cette diversion heureuse, nous serions privés peut-être du chef-d'œuvre de Delacroix. Ce fut seulement en 1848 que la restauration, cette fois définitive, fut reprise sous la direction d'un architecte, non seulement très savant et très consciencieux, mais encore amoureux de la belle tradition et désireux de faire revivre dans toute sa magnificence le projet inventé par Lebrun. Eugène Delacroix fut alors chargé de la décoration du cartouche central, où devait se développer, pour en justifier le nom, le sujet dominant de toute la galerie, et qui, jusqu'à cette époque, était resté nu. Lebrun n'avait pas eu le temps d'y peindre son triomphe d'Apollon ; il ne laissa même aucune esquisse, aucun dessin nous révélant sa pensée. Ainsi Delacroix, tout en recevant un sujet fixé d'avance, n'eut point à suivre servilement une composition étrangère ; il ne fut point entravé dans la libre expansion de son génie, et voici en quels termes il nous a décrit lui-même la souveraine apothéose qu'il avait conçue: « Le dieu, monté sur son char, a déjà lancé une partie de ses traits; Diane, sa sœur, volant à sa suite, lui présente son carquois. Déjà percé par les flèches du dieu de la chaleur et de la vie, le monstre sanglant se tord, en exhalant dans une vapeur enflammée les restes de sa vie et de sa rage impuissante. Les eaux du déluge commencent à tarir et déposent sur les sommets des montagnes ou entraînent avec elles les cadavres des hommes et des animaux. Les dieux se sont indignés de voir la terre abandonnée à des monstres difformes, produits impurs du limon; ils se sont armés comme Apollon. Minerve, Mercure s'élancent pour les exterminer, en attendant que la sagesse éternelle repeuple la solitude de l'univers; Hercule les écrase de sa massue, Vulcairi, le dieu du feu, chasse devant lui la nuit et les vapeurs impures, tandis que Borée et les Zéphyrs sèchent les eaux de leur souffle et achèvent de dissiper les nuages . Les nymphes des fleuves et des rivières ont retrouvé leur lit de roseaux et leur urne encore souillée par la fange et par les débris. Des divinités plus timides contemplent à l'écart ce combat des dieux et des éléments. Cependant, du haut des cieux, la Victoire descend pour couronner Apollon vainqueur, et Iris, la messagère des dieux, déploie dans les airs son écharpe, symbole du triomphe de la lumière sur les ténèbres et sur la révolte des eaux. »
Une telle conception exigeait d'être réalisée avec une puissance supérieure. Delacroix s'est montré aussi grand dans" l'exécution que dans l'invention, et le plafond d'Apollon est l'une des œuvres d'art les plus parfaites dont se glorifient tous les siècles.
2q8 L'ŒUVRE DE DELACROIX 1849
ESQ.UISSES POUR LE SALON DE LA PAIX N" II 19 : Plafond circulaire. — Esquisse
i" Toile. — Diamètre 0^46. — Litliographié à la plume par A. Robaut au diamètre de o^o-g, pour le catalogue de la vente Dutilleux. — A appartenu à M. P. Andrieu.
— Vente C. Dutilleux, mars 1874 : 55o fr. à M. de Bellegarde. — Non catalogué par M. Moreau.
2" Esquisse de semblable dimension, mais d'une facture plus originale. - — Vente, 2? janvier 1882; passée de nouveau en vente, 3 février i883 : 85o fr. a M. Diot.
N" II 20 : Plafond circulaire. — Autre esquisse
Toile. — Diamètre o'"78. — Vente posthume n" 3i : 1,260 fr.à sirFrederik Leighton.
— Cat. A. Moreau, p. 3 10.
N" 1121 : Vénus. — Esquisse
Toile. — H. o"'i8, L. o"'36. — N"32 de la Vente posthume : io5 fr. à M. Deslandes.
— Non catalogué par M. Moreau.
N" 1122 : Bacchus. — Esquisse
Toile. — H. o™i8, L. o™36. — N° 33 de la Vente posthume : 220 fr. à M. Gervais.
— Non catalogué par M. Moreau.
N" 1 1 2 3 : Mars. — Esquisse
Toile. — H. o^iS, L. o"'36. — N° 34 de la Vente posthume : 70 fr. à sir Frederik Leighton. — Non catalogué par M. Moreau.
N" 1 1 24 : Mercure. — Esquisse
Toile. — H. o^iS, L. o"'36.— N° 35 de la Vente posthume: i 5o fr. à M. de Coubertin. — Non catalogué par M. Moreau.
1^49 L'ŒUVRE DR DELACROIX
N° 1125 : L:i muse Clio. — Esquisse
Toile. — H. o"'i8, L. o'"36. — N° 36 de la Vente posthume : i85 fr. à M. Gervais.
— Non catalogué par M. Moreau.
N" II 26 : Neptune. — Esquisse
Toile. — • H. o'"i8, L. o™36. — N" 37 de la Vente posthume: 140 fr. à M. Porzio. —
N" 1 127 : Ccrès. — Esquisse
Toile. H. o™i8, L. o"36. — N° 39 de la Vente posthume : 245 fr. à M. Dagu. — Non catalogué par M. Moreau.
N" II 28 : Minerve. — Esquisse
Toile. — H. o"'i8, L. o™36. — N° 38 de la Vente posthume : 200 fr. à M. Porzio. Non catalogué par M. Moreau.
N" II 29 : Naissance d'Hercule. — - Esquisse
Toile. — H. o'"22, L. ù'"4b. — N" 40 de la Vente posthume : 460 fr. à M. Gaultron. Depuis à M. Forget. — Vente Forget. — Vente 23 janvier 1882 : à M. Mathias jeune.
— Non catalogué par M. Moreau.
Nous ne pouvons préciser les dimensions variables de toutes les esquisses ci-après cataloguées qui se rattachent à ces caissons de l'Hôtel de Ville; mais la majeure partie portait les dimensions de l'étude ci-dessus. Une autre série mesurait ; H. o"'27, L. o"'3i. — Delacroix: avait légué les esquisses primitives de ses peintures de l'Hôtel de Ville à M. Andrieu. Plus tard, vers 1868, M. Andrieu. les céda a la Ville de Paris pour le musée Carnavalet. Tout a été brûlé en mai 1871. A ce propos, nous rappellerons que la Ville a dépensé 80,000 francs pour faire graver les compositions peintes dans la « Salle des Fêtes » par M. Lehmann, et qu'elle n'a pas affecté un centime à la reproduction de l'œuvre de Delacroix.
N" 1 1 30 : Hercule entre le Vice et la Vertu
Toile. — N" 42 de la Vente posthume : 270 fr. à M. Gamma. — Non catalogué par M. Moreau.
L'ŒUVRE DE DELACROIX
N" ii^i : Hercule et le lion de Némée. — Esquisse
Toile. — N" 43 de la Vente posthume : 406 tr. à M. Aiidrieu. — Non catalogué par M. Moreau.
N" ii]2 : Hercule vainqueur du lion de Némée
muscles et les enflures
Dessin à la mine de plomb. — H. o"'i9, L. o'"i9. — Vente hôtel Drouot, 12 février 1884, salle 4, n" 61 du "catalogue : 20 francs à M. Barbedienne. — Non catalogué par M. Moreau. Hercule, à cheval sur le lion, l'étreint de ses muscles puissants. Il lui maintient fortement la mâchoire, et le fauve, privé de sa plus terrible défense, ne porte désormais, avec ses pattes de derrière, que des coups inoffensifs. C'est le dernier instant de la lutte. Hercule n'est pas ici le lourdaud épais, mastoc, consacré par la tradition; c'est un demi-dieu jeune, beau et fort, sans les redondances de de formes chères aux pédants.
N" iijj : Hercule et le sanglier d'Erymanthe. — Esquisse
Toile. — H. o'"27, L. o"'5i. — N° 41 de la Vente posthume : 480 fr. à M. Dauzats. — Vente Riesener, 10 avril 1879 ■ '^220 fr. — Non catalogué par M. Moreau.
N° 1 1^4 : Hercule et Hippolyte. — Esquisse
Toile.— N" 46 de la Vente posthume : 58o fr. à M. Dejean. Depuis, à M. Bazille, de Montpellier. — Non catalogué par M. Moreau.
N" 11}^ : Hercule et Hésione. — Esquisse
Toile. — N° 44 de la Vente posthume : 3o5 fr. à M. Delille. — Non catalogué par M. Moreau.
N° ) 1^6 : Hercule et le centaure Nessus. — Esquisse
Toile. — H. o'"22, L. o'"46. — N" 48 de la Vente posthume : 65o fr. à M. Dejean. — Cat. A. Moreau, p. 3 10.
L'ŒUVRE DE DELACROIX
IIJ7 : Hercule et Nérée. — Esquisse
Toile. — H. o™24, L. o"'45. — Photolithographié par G. Arosa, dans les dimensions deH. o'"o6o, L. o™i2i. — N° 47 de la Vente posthume : 410 fr. à M. Arosa. — Vente Arosa, 1878 : 5oo fr. à M. Pinart. — Non catalogué par M. Moreau.
N° 11)8: Hercule et Antée. — Esquisse
Toile. — H. o™2 I, L. o"'46. — N" 45 de la Vente posthume : 470 fr. à M. Isambert.
— Voir Tautographic de Delacroix, à l'année 1847. — Cat. A. Moreau, p. 3 10.
N" 11)9 : Hercule et Antée. — Variante
Toile. — H. o™3o, L. 0^44. — Signé au bas vers la gauche. — Vente Dagnan, ig décembre 1881 : 5,100 fr. à M. de Beurnonville. — Non catalogué par M. Moreau.
N" 1140: Hercule et Alceste
Toile. — H. o™22, L. o"'46. — N° 49 de la Vente posthume : 420 fr. à M. du Poisat.
— Non catalogué par M. Moreau.
N" 1141 : Les colonnes d'Hercule. — Esquisse
Toile. — H. o"'23, L. o'"44. — N° 5o de la Vente posthume : 35o fr. à M. Carvalho.
— Vente à Thôtel Drouot, le 23 janvier 1882 : à M. Mathias jeune. — Voirie tableau à l'année i858. — Non catalogué par M. Moreau.
N" 1142 : Hercule vainqueur du monstre marin
Toile. — H. oi^iS, L. o"28. — Cintré du haut. — Appartient à M. Choquet. — Non catalogué par M. Moreau. Cette composition est conçue dans la forme des tympans du Salon de la Paix, à l'ancien Hôtel de Ville, et se rattache assurément dans la pensée de l'auteur à cet ensemble de peintures décoratives. Comme on le verra tout à l'heure, il n'y avait dans ce Salon que onze tympans offrant une surface pleine, propre à recevoir de la peinture. Ce nombre boiteux, onze, appelait de toute nécessité un complément, un numéro douze. C'est ce complément que Delacroix a traité ici avec un ressouvenir du combat des dieux marins de Mantegna.
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