‹ L'œuvre complet de Eugène DelacroixChapitre 60 sur 97 · I.'ŒUYRE DE DEI.ACROIX I S · texte numérisé non relu

I.'ŒUYRE DE DEI.ACROIX I S

N"^ iip, 1153? 11)4' ^M')'? ^h'^^î "57' ^M'^' ^M'9' 1160, 1 161, 1 162 : Tympans — Episodes de la vie d'Hercule

Toiles. — H. i"'2o, L. 2"'35. — Reproduites sur zinc d'après les dessins de P. Andrieu, dans les dimensions de : H. o"g45, L. o"'o8o, pour VAncien Hôtel de Ville de Pa/-/5, Quantin, éditeur. — Cat. A. Moreau, p. 216.

Il Onze sujets tirés de la vie d'Hercule forment autour de la salle comme une sorte de frise interrompue par les baies des fenêtres et l'élévation monumentale de la cheminée. Les compositions se suivent sans ordre chronologique, selon les convenances de juxtaposition et de contraste : Hercule, exposé après sa naissance, est recueiUi par Minerve qui l'apporte à Junon. Le robuste enfant prend le sein de la déesse et en fait jaillir en perles blanches la voie lactée. — Plus loin, il ramène Alceste des enfers et la rend à Admète , son époux ; il tue le Centaure, survivant retardataire des créations monstrueuses; il enchaîne Nérée, dieu de la mer, pour le forcer à lui révéler les secrets de l'avenir; il s'empare, triomphe plus facile , du baudrier d'Hippolyte, reine des Amazones; il étouffe Antée, que la Terre, mère de ce Titan, essaie en vain de secourir; il délivre Hésione, tille de Laomédon, exposée pour être dévorée par un monstre marin, comme Andromède et comme Angélique; il écorche le lion de Némée pour se revêtir de sa peau ; il apporte sur ses robustes épaules le sanglier d'Erymanthe, qu'il a pris tout vivant h la course. Dans un autre cadre, placé entre le vice et la vertu, h ce carrefour du chemin où la vie se bifurque comme l'Y de Pithagore, il n'hésite pas h suivre le guide austère qui mène à la gloire à travers les travaux et les périls. Le dernier tableau de la série représente Hercule arrivé au bout de la terre et se reposant a\iprés de ces colonnes fameuses, bornes du monde, au delà desquelles verdit l'immense Océan, aux solitudes inconnues. Le demi-dieu est assis dans une attitude de repos puissant, avec la tranquillité d'un héros qui n'a plus rien h faire et dont la mission est accomplie. Cette figure est superbe; on ne saurait mieux rendre la majesté formidable et calme de la force, et la joie sereine d'une grande tâche terminée. Au second plan, le soleil ayant terminé sa course, se plonge dans la mer avec son attelage fumant ; les teintes violettes du crépuscule se mêlent à l'azur, froid du soir. Tout est quiétude, silence, fraîcheur; la symbolique journée du héros dompteur de monstres et protecteur des opprimés est finie, le monde peut respirer. Nous n'avons pas besoin de faire ressortir le lien qui rattache ces sujets à l'idée principale exprimée dans le plafond circulaire; elle est sensible à l'esprit comme aux yeux: n Hercule promenait l'éternelle justice, sous son manteau sanglant taillé dans un lion. » C'était le chevalier errant, le redresseur de torts du monde fabuleux : il réduisait les forces désordonnées et rebelles; achevait de faire disparaître les chimères hybrides échappées aux cataclysmes des déluges, tuait les brigands, et, mettant ses muscles invincibles au service des faibles, il préparait le règne de la paix. Parmi ces sujets, nous avons remarqué la reine des Amazones glissant de son cheval; son costume moitié grec, moitié persan, est du plus joli caprice; le sanglier d'Erymanthe est aussi très bien réussi. La lutte avec Antée a fourni à M. Delacroix un de ces heureux motifs de développements anatomiques qui plaisent tant aux peintres et qui sont des bonnes fortunes pour les maîtres énergiques et vigoureux. « (Th. Gautier.)

^-—, ^^ I" (N" 1 152.) Premier tympan. — Hercule à sa naiss-iiice recueilli

^^^'^l^J^^. "^-^ par Junon et Minerve. — Gravé sur bois pour Y Illustration ^ avril

/ r*'*!^^' 3^ii -\ '854, dans les dimensions de: H. C'iio, L. o™225. — Hercule, /, ijvi^'Wv'A , •\ fils d'une mortelle, d'Alcmène, femme d'Amphytrion, est dès / Sî^^'C'V'^^y-^ "" ' \ ^'* naissance recueilli par des déesses. Tandis que sa mère ^^•î^ I jA /j^3^%^ \ s'éloigne avec un geste de pieux effroi, le nourrisson demi-

^K)*' ^s^'^ Vl.V<)â5&sî--A. 1 '^''^"J, tenu par Minerve, est allaité par Junon. Delacroix, dans \^ryl^^-=^ Hz 2^;^^ — I j^i suite de ces compositions fabuleuses, n'a pas observé la tradition; ainsi, il a figuré Junon toute nue, se contentant de la désigner par son principal attribut, le paon. — Voir le n» i 129.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

2° (N" 1 153.) Deuxième tympan. — Hercule entre le vice et la vertu. — La main posée sur La massue, dans une attitude presque rigide, la Vertu, calme et forte, se tient h la droiti.- d'Hercule, dont elle presse doucement la main, tandis qu'à la gauche du héros, le Vice, aux formes ondoyantes, le provoque par un appel lascif. 11 cède et résiste à demi, avec un geste hésitant de tout le corps qui traduit très hien l'indécision de son esprit. Il se penche, comme prêt à suivre la vierge folle, mais, en même temps, il se cramponne au roc, comme pour demeurer

assis à côté de la-vierge sage. — Voir le n» i i3o

J^IN" 11.S4.) Troisième tympan. — Hercule écorche le lion de Némée. — Eugène Delacroix, par les nombreuses études de lions qu'il avait faites, se trouvait singulièrement préparé pour traduire en peinture ce premier exploit d'Hercule. Le héros, un genou en terre, penché vers le lion, qu'il a pendu par la patte, l'écorche comme ferait un boucher d'un bœuf; il se taille son manteau. L'énorme félin est presque entièrement mis h nu, et sa dépouille magnifique retombe sur le sol. Un paysan, au second plan à droite, regarde avec un geste d'etonnement qui est d'une naïveté bien sauvage. — Voir le n° i i3i.

40 (N" I i55.) Quatrième tympan. — Hercule rapporte sur ses épaules le sanglier d' Erymanthe. — Gravé sur bois pour l'Illustration,axril 1854, dans les dimensionsde : H. o™i 10, L. o"'227. — Cat. A. Moreau, p. 141. — Hercule, après s'être emparé du sanglier qui dévastait les environs du mont Erymanthe, le rapporte vivant à Eurysthée. Le sujet n'était pas facile à mettre en oeuvre. Delacroix l'a interprété simplement, sans s'arrêter à ce que pouvait donner d'excessif la composition d'un tel groupe. Le héros tient le monstre par l'oreille gauche et par une patte de derrière, de façon h le rendre inoftensif. Le sujet est sauvé par la grandeur de l'allure. Au fond, des paysans, agitant des palmes en signe de victoire, accompagnent d'un pas hâté la terrible marche du demi-dieu pliant sous le faix de la bête énorme. — Voir le n» 1 133.

5° (N» 1 1 56.) Cinquième tympan. — Hercule, vainqueur d'Hippolyte. — Hippolyte. reine des Amazones, possédait un baudrier qu^elle avait reçu de Mars. Admète, fille d'Eurysthée, voulut ce baudrier, et ce' fut Hercule qui reçut la mission de le rapporter. Après bien des voyages. Hercule parvint au pays des Amazones et ne put obtenir lebaudrier que par la force en tuant Hippolyte. — Delacroix a représenté le moment où la reine des Amazones vient d'être jetée h bas de son cheval; Hercule lui ravit sa précieuse ceinture. Dans le lointain, h gauche, on aperçoit . — \'oir le n" 1 134.

6" (N" I iD/.) Sixième tympan. — Hercule délivre Hésione. — Hésione, fille de Laomédon, roi de Troie, avait été enchaînée par son père h un rocher ; elle devait être livrée en pâture h un monstre marin pour apaiser la colère des dieux. Hercule se chargea de sauver la jeune fille. Après avoir navigué au milieu des récifs, il aborde le rocher, tue le monstre ; puis, d'une main, il détache les liens qui retiennent l'innocente victime, tandis que de l'autre il soutient son beau corps, tout alangui encore par la terreur. Eugène Delacroix a tiré de ce récit un (frame admirable de mouvement et d'émotinn. — Voir le n'^ 1 1 33.

étendu sur le sol, un cadavre

L'ŒUVRE DE DELACROIX

7" (N" Il 58.) Septième tympan. — Hercule lue le centaure Nessus. — Qui n'a présent à la mémoire les détails de cet épisode? Hercule ayant h franchir avec Déjanire le fleuve Evenus, gagna lui-même l'autre rive; mais il eut l'imprudence de confier sa femme au centaure Nessus. qui s'employait d'ordinaire à passer les voyageurs. Nessus profita de la traversée pour tenter d'outrager Déjanire. Hercule la vengea et se vengea lui-même en perçant d'une flèche au cœur le traître, puis il "acheva à coups de massue. C'est ce dernier épisode qu'a choisi ombats héroïques et des luttes sauvages. — Voir .le n" r i36.

8" iN" II 59.) Huitième tympan. — Hercule enchaîne Nérée. — Le vieux Nérée avait, comme toutes les divinités marines, le don de prédire l'avenir. 11 quittait le plus souvent le fond delà mer vers le milieu du jour, pour venir se reposer et dormir h "ombre des rochers. Lorsqu'un mortel parvenait à le saisir lans son sommeil, il en obtenait des prophéties; Hercule réussit à l'enchaîner. — Eugène Delacroix a disposé, comme il convenait, ce beau groupe au pied d'un grand rocher en forme de voûte; les monstres de la mer, compagnons de Nérée, s'agitent inquiets au bord de la plage. — Voir le n" i 137.

9" (N° I 160.) Neuvième tympan. — Hercule elouffe Antée. — Antée, fils de Neptune et de la Terre, prince de Lvbie, géant énorme et lutteur invincible, habitait les déserts de sable; il arrêtait et massacrait tous les vovageurs, parce qu'il avait fait le vœu d'élever un temple à Neptune avec des crânes humains. Hercule le terrassa trois fois, mais en vain, car la Terre, sa mère, ranimait ses forces chaque fois qu'il la touchait. Hercule, ayant découvert la source de sa vigueur, le souleva en l'air et l'étouffa dans ses bras. — La Terre, personnifiée au second plan par une femme étendue sur le sol, fait un geste de désespoir, en contemplant la défaite de son fils. (Voir la variante de ce sujet, n" 1 1 38, et le beau dessin autographié par Delacroix, n" 102 7.)

10° (N" 1 161.) Dixième tympan. — Hercule ramène Alcesle du fond des en/ers. — Alceste, la femme d'Admète, roi de Thessalie, s'était offerte à la mort pour sauver Apollon. Hercule résolut de l'arracher aux enfers et, du consentement même de Proserpine, il la ramena a son mari. C'est ce dernier trait qu'a peint Delacroix, comme résumant le mieux tout le drame. Hercule rapporte Alceste dans ses bras ; Admètc, un genou en terre, exprime sa reconnaissance au héros pour cette délivrance inespérée. Au fond, à gauche, apparaît un autel où fument les à droite, une montagne. — Voir le n" 1 140.

stcs d'un récent sacrifice:

musculan-e, magnifique

M" (N" 1 162.J Onzième tympan. — Hercule au pied des colonnes. — Après avoir rempli le monde du bruit de son nom, et prêté le concours de son robuste bras à tous les opprimés. Hercule arrive enfin au bord de l'Océan qui voit le soleil se coucher dans ses flots. C'est là qu'il doit arrêter le cours de ses travaux. Il élève deux colonnes destinées à rappeler aux hommes quelles sont les bornes du monde, puis il se repose. Par le rôle bienfaisant qu'il a joué, par le caractère pittoresque de ses aventures, et surtout par l'expansion superbe de sa puissance Hercule a séduit les artistes de tous les temps. Delacroix lui avait consacré une épopée; il n'en reste que le souvenir. — Voir le n" 1 141 et à l'année i858.

LŒU\'RE DE DELACROIX

Année i85o

N° 1165 : Résurrection de Lazare

— H. o'"58, L. o'"5o. — Signé au milieu en bas, i85o». — Salon de i85o-5r. — Appartient à M. Van

Toik daté :

Praet, de Bruxelles.

Cat. A. Moreau, p. i85.

M. Van Pract, ministre de la maison du roi des Belges, est un amateur distingué ; il a réuni, dans son salon et dans une autre pièce de la modeste maison qu'il occupe, un petit nombre d'œuvres choisies en général avec un goût très sûr et un sentiment très délicat. Mais à l'époque où M. Robaut fut introduit chez M. Van Praet, celui-ci venait d'être tout récemment blessédanssonamourpropre d'amateur et de possesseur. 11 avait alors résolu de ne plus ouvrir sa galerie aux visiteurs, et s'il contrevint ;i cette résolution en faveur de M. Robaut, il ne le fit pas avec sa bonne grâce coutumière. Il ne consentit point à laisser dépendre-l'œuvre, qui est très colorée et très foncée, et qu'un jour insuffisant ne permettait de voir que par côté. Force fut donc h l'artiste de faire un croquis de biais, et voilà pourquoi notre vignette est dessinée en perspective. — Comme on peut s'en assurer en parcourant ce livre, Delacroix éprouvait une attraction singulière vers les sujets religieux, « ces compositions si pénétrantes, qui nous enlèvent dans des régions si différentes de ce qui nous entoure, qui nous font concevoir au milieu de notre vie sceptique et adonnée à de puériles distractions, la mortification des sens, la puissance du sacrifice et de la contemplation. » C'est ainsi qu'il les définit dans ses Questions sur le beau. Le sujet de Lazare, qui résume en lui tout le mystère de la mort, était bien fait pour séduire l'àme anxieuse du maitre, et cependant, ce tableau n'est pas un des meilleurs de son œuvre. Peut-être parce qu'il ne pouvait être vu que sous une lumière peu propice, il a paru à M. Robaut d'un aspect général un peu lourd et poussé au noir.

N" 1164 : Angélique et Médor blessé. — Esquisse

Toile. — H. o"'8i, L. o^ôS. — N" i23 delà Vente posthume : 920 fr. à M. Carvalho. — A appartenu ensuite au peintre Charles Daubigny. — Appartient aujourd'hui à M. Dollfus. — Non catalogué par M. Moreau.

La scène que Delacroix a représentée dans cette ébauche est tirée du Roland furieux de l'Arioste. La couleur est des plus chatoyantes. La draperie rose et le voile vert et or d'Angélique ressortent délicatement sur le vêtement bleu et or et sur l'armure d'acier de Médor. Le page qui marche h la tète du cheval est en tunique rougeâtre ; il porte un arc à la main. L'autre page, qui s'avance au premier plan, a une culotte rouge; il tient le casque a plumes blanches. Le grand lévrier qui bondit en avant est orangé clair. Tout cela s'enlève sur un fond de montagnes aux couleurs de turquoise et d'émeraude, avec un ciel de soleil couchant, qui rayonne sur toute la toile.

N° 1 165 : Le lever

Toile. — H. o'"45, L. o'"36. — Salon de i85o-5i. — Lithographie par Lamy dans les dimensions de : H.o"2i7, L.o^ijj. — Appartient a M. Auguste Vacquerie. — Cat. A. Moreau, pp. i3o, i85.

■ Ce tableau est un des rares nus de femme et des plus beaux qu'ait peints Kugène Delacroix dans les proportions du tableau de genre. Le i5 janvier i83i, pendant le Salon, le maître écrit h M. Paul Foucher: « Monteur, je m'empresse, suivant votre désir, dé vous dire le prix des tableaux que vous voulez bien me désigner. Ces prix sont au-dessous de ce que je demanderais à un amateur ; je verrai avec plaisir qu'ils puissent convenir il votre ami. Pour le Samaritain, 3oo francs, pour le Giaoïtr, 400 francs, pour le Lever, 800 francs. Je profite de cette occasion pour vous remercier de votre souvenir et vous prier d'agréer l'expression de ma haute considération et de mon dévouement. » Ces trois tableaux, d'une des meilleures années du maître, furent acquis par M. Auguste Vacquerie, chez qui ils sont encore tous aujourd'hui, .\vons-nous besoin d'a)Outer qu'ils ont bien plusque décuplé de prix? Le temps les a merveilleusement émaillés.»,Ph. Burty.î — N'omettons pas de dire que le sujet ne se réduit pas à une simple figure d'académie. Derrière la glace se dissimule un Méphistophélès.

N° 1 166 : Ariane abandonnée — Esquisse

Toile. — H.o'"32, L.

— Voir à Tannée 1 862

24. — N° 65 de la Vente posthume : 710 fr. à ^L Porzio. -Non catalogué par M. Moreau.

N" 1167 : Ariane abandonnée

r,?i| Toile. — H. o™36, L. o"'27. — Vente E. D., 22 janvier i855 :

400 fr.: vente Eugène Godard, i5 décembre i855 : 5 10 fr. à

^v?"!! M. Soultzener. — Appartenait à M. Soultzener. — Cat. A. Mo-

^^iJ reau, p. 2?6.

71 Dans une lettre du 3 octobre i85o, adressée à Constant Dutilleux, et -, dont nous avons déjà cité un passage, Delacroix expose, h propos du ^ft^ Lever, dans quelles conditions morales il faisait ses tableaux de chevalet : « \'ous êtes trop bon d'attacher de l'importance a la petite figure dont vous me parlez. Elle a été faite il y a un peu plus d'un an, et mémo refaite, car elle ne me plaisait guère quand je l'ai commencée, et. quand. enfin, je l'ai laissée, elle ne me plaisait pas davantage. Je n'y ai, du reste, attaché aucune intention particulière. Je fais souvent de ces petits tableaux lorsque je n'ai rien de plus important sur le métier. Je n'y suis même guère encouragé, car il me semble que les amateurs, qui sont avares de leur estime, concluent de ce qu'on me trouve propre aux grands travaux que je dois être inférieur dans les petits tableaux. Pour moi, je fats les uns et les autres avec le même plaisir, et je crois très bien qu'on peut mettre dans un petit cadre autant d'intérêt que dans un monument entier. » — Les personnages des scènes antiques traitées par Delacroix sont bien, comme l'a dit P. Haussard, juge délicat, 0 de la race des statues antiques, mais dérangées de leurs poses et de leurs plis, jetées de leur piédestal dans la vie. agitées de notre sanget de nos émotions. > Cette observation sied parfaitement à V Ariane.

LCEUVRE DE DELACROIX

N° 1168 : Le bon Samaritain

Toile. — H. o'"35, L. o'"28. — Suloii de i85o-5i. — Lithographie par .1. l.aurens dans les dimensions de : H. o"'285, L. o"M75. — Caricaturé par Cham. — Appartient à M. Auguste Vacquerie. — Cat. A. Moreau, pp. 134, i53, 186.

Ce tableau, comme on vient de le voir, figurait au Salon avec quatre autres tableaux, parmi lesquels le Levet\ au sujet duquel Delacroix écrivait à C. Dutilleux, le 10 avril i85i ; 0 Cher Monsieur, la femme nue n'est plus à moi, et j'en ai bien du regret, puisque, suivant toute apparence, sa destination eût été d'être souvent sous vos yeux. C'est un des plus grands plaisirs que l'artiste puisse se promettre que celui de savoir ses ouvrages entre k-s mains de ceux qui les aiment. Je vous écris cela à travers la besogne que' me donne mon plafond: elle est plus forte encore que je n'avais imaginé d'abord. La nécessité de le faire jDar parties tient l'esprit continuellement en échec sur ce qu'on ne voit pas, et, malgré les soins que j'ai pris d'arrêter mes idées dans l'esquisse, la nécessité de grandir amène des différences forcées qui demandent des combinaisons intéressantes. Mais le plaisir de travailler à un objet comme celui-là compense la peine et la fatigue, et, comme je me porte assez bien, j'espère que cela ne traînera pas trop. J'ai couvert la plus grande partie, et la partie supérieure est faite, sauf peut-être les retouches légères qui me seront suggérées par la vue de l'ensemble. » {Lettres, édition Burty.l — « Le bon Samaritain est une œuvre de poésie douce, mélancolique, attendrie, où la couleur est en harmonie avec la simplicité touchante de cet épisode de charité. »

N° 1169 : Weislingen enlevé par les gens de Gœtz

Toile. — H. o"'74, L. o'"5g. — Signé à gauche, daté : « i85o. » — Gravé à l'eau-forte par Boilvin, pour la galerie Durand-Ruel, dans les dimensions de : H. o™i 35, L. o™i 1 1. — Vente Ch. B., 21 avril 1861 : 3,600 fr. — Vente Mayer, de Vienne, 27 avril 1866: 8,85o fr. — Vente Edwards, 7 mars 1870 : i8,3oo fr. — Voir la lithographie originale à l'année i836, n"64i. — Cat. A. Moreau, pp. 36, 249.

On s'est rencontré h la lisière d'un petit bois sur la pente d'une colline. Au-dessus des combattants se déploie, comme un dais de fctc. un ciel de turquoise plein de lumière et de rayons qui tombent sur l'acier poli des armures, se mêlant aux soies des longues crinières flottantes, éparpillées sur la nerveuse encolure des chevaux richement caparaçonnés. La scène est admirablement composée. — Sur un croquis du maître, on trouve des notes manuscrites prises, sans doute, à la lecture du drame de Goethe. C'est l'indication des scènes qui avaient aussitôt revêtu, dans son esprit, une forme plastique : « La querelle dans l'auberge. — Gœtz revenant avec Weislingen. — Acte II, scène 2. — L'évêque jouant aux échecs avec Adélaïde. Liebetraut joue de la guitare. Seigneurs, courtisans, etc. — Georges déguisé, parlant à l'oreille de Weislingen au bas de l'escalier, comme il va à la messe accompagné d'un page, ou soignant la maison.' — Gœtz devant les conseillers. — Erjutz et Adélaïde. — Gœtz assis et Elisabeth. Il s'indigne de son repos. — Les révoltés disent à Gœtz de se mettre k leur tète. — Gœtz tuant Metzler. — Gœtz et les bohémiens. — La scène du tribunal secret. » — En se reportant aux années i836, 1S43 et 1843, on verra parmi ces motifs quels sont ceux qui ont définitivement fixé le choix du maître.

N" II 70 : Gœtz de Berlichingen recueilli par les Bohémiens

Toile. — H. r'"oo, L. o"'8i. — N" 1 24 de la Vente posthume : 480 fr. à M. Henri Lejeune. — A appartenu à M. Detrimont. — Appartient aujourd'hui à madame Mégard. — Voir la lithographie originale à l'année i836. — Cat. A. Moreau,p. 317.

Cette œuvre, quoique inachevée, e'tait magnifique en son premier état, avant qu'elle ne fût déshonorée par des retouches qui, d'ailleurs, ont été le sujet d'un procès important. La composition est tout à fait ditTérente de celles de la lithographie de i836 et de la gravure sur bois de 1S43 (voir les n»' 644 et 780^ Le sujet principal est tout autrement disposé, et le premier plan de droite est occupé par une tente et trois bohémiens surpris, qui détournent leurs regards vers la scène cmoLuanti. ou quelques-uns des leurs ont couru déjà. L'un d'eux, accroupi, remue à la cuiller le contenu d une marmite placée sur un brasier. Tout à côté gisent sur l'herbe les accessoires de leur existence, tonneaux, chaudrons, etc. De tous côtés, on apporte des secours au vieux Gœtz, coitîé de son casque empanaché de blanc. Derrière lui une jeune pauvresse lui avance son épée qu'elle a ramassée. Au loin, dans la campagne, on distingue encore quelques groupes de combattants.

N° 1 171 : Lady Macbeth

Toile. — H. o'"4 1 , L. o"'32. — Signe à droite, en bas, non daté. — Salon de i85o-5i. — Gravé au burin par Metzmacher pour le journal VArtistc, dans les dimensions de : H. o"'45o, L. o™320. — Caricaturé par Cham. — Donné par le maitre à. Théophile Gautier. — Vente Théophile Gautier : 14 janvier 1873 : 7,000 fr. à M. Brame. — Cat. A. Moreau, pp. 88, i52, 186, 253.

l'^n sortant de l'exposition qui précéda la vente Théophile Gautier, nous écrivions ce qui suit : « Nous venons de voir toutes les œuvres d'art qui peuplaient naguère la demeure de l'illustre écrivain dont la mort nous laisse un deuil particulièrement cuisant, parmi tous les deuils qui, coup sur coup, en ces derniers temps, ont épaissi leur crêpe sur notre àme. Tout ce qui a charmé l'œil du poète pendant des années, tous ces témoins de sa pensée, ces créations d'artistes qui ont assisté aux créations supérieures du grand artiste, seront dispersées dans quelques jours. Heureux ceux qui pourront s'approprier quelques-uns de ces rares morceaux de peinture qui ont h la fois l'inappréciable valeur d'être des manifestations d'art exquises et des témoignages de hautes et intelligentes amitiés. Tous les grands noms de ce siècle, à peu d'exceptions près, figurent dans ce catalogue comme en un livre d'or de l'art contemporain. Chacun de ceux qui y sont inscrits exprime un sentiment d'admiration pour le poète et de reconnaissance pour le critique, n Souvenir de sympathie et de gratitude d'un 0 dévoué admirateur, » écrit Ingres, en envoyant h celui qui l'avait tant de fois célébré une étude faite pour V Apothéose d'Homère, le groupe des Poètes tragiques. Je ne sais s'il y a un hommage écrit de la main de Delacroix ; mais tous ceux qui connaissent ses tableaux de chevalet constateront qu'il n'a jamais poussé la perfection aussi loin que dans sa Lady Macbeth. Ce qui fait le caractère delà collection de Théophile Gautier, c'est que ce sont les artistes eux-mêmes qui l'ont composée de morceaux choisis par eux dans le meilleur et le plus exquis de leur œuvre. »

L'ŒUVRE DR DELACROIX

Othello et Desdemona

Toile. — H. o"'47, L. o^'^g. — Photolithographié par Arosn, dans les dimensions de : H. o'"i20, L. o'"o99. — Lithographie par Jules Laurens pour la publication Le Salon, dans les dimensions de : H. o'"264, L. o'"2io, composition retournée. — Vente A., 24 avril i858 : r,3oo fr. à M. G. Arosa. — Vente G. Arosa, février 1878 : 2,5oo fr. à M. Lemoine. — Voir à Tannée i84q. — Cat. A. ^^^ Moreau, pp. 1 14, 248, 249.

t^gS La légende et la signature de Eugène Delacroix, qui sont reproduites en ^-''^S fac-similé sur la lithographie, existent en original derrière le tableau, sur le châssis. Voici la légende ; on remarquera que Delacroix orthographie le nom du More de Venise à l'italienne; n'oublions pas que le maître adorait Rossini. — « Desdemone affligée de tristes pressentiments; sa suivante cherche à la consoler, tandis qu'on voit, dans le fond. Otello qui arrive avec l'intention de l'assassiner. » Telle est la légende qui se trouve h la fois sur la toile et sur la lithographie. — Notre vignette a été exécutée d'après la lithographie, et, comme elle, présente la composition retournée.

N°^ 117^1 1174 • Descente de croix

[" Toile de douze environ. — Lithographie par G. Nanteuil, dans es dimensions de : H. o"'2 19, L. 0^167. — Cat. A. Moreau, p. 134. > Le corps du Christ, nu jusqu'à la ceinture, est appuyé contre un rocher ; Marie-Madeleine, debout derrière lui, le soutient. » [\.. Moreau.) N'est-ce pas" plutôt la Vierge ? Au bas, à droite, la couronne d'épines. .;" M. le docteur Marchai possède un beau dessin de cette Descente de croix. — Notre vignette reproduit la toile.

Nous conservons le titre de Descente de croix, donné a cette composition par M. Moreau, quoique en réalité elle représente- le moment qui précède !a mise au tombeau. Il n'y avait point de grotte au sommet du Golgotha.

Arabe blessé

Toile. — H. o"'46, L. o™56. — Signé et daté en bas à gauche. — A figuré à l'exposition des Cent chefs-d'œuvre (juin i883) sans nom de possesseur. — A appartenu à M. Vanderdonckt, qui l'a pavé 5, 000 fr. vers 1869, puis à M. Perreau. — Non catalogué par M. Moreau.

Incliné vers une chute d'eau, l'Arabe, descendu de son cheval debout près de lui, étanche le sang d'une blessure au bras gauche. Au second plan, un cadavre vu de dos. Au troisième plan, un cavalier au grand trot. Fond de collines. — Delacroix, à cette époque, était préoccupé de la décoration de la chapelle de Saint-Sulpice, dont il avait reçu la commande. Mais il comptait sans le mauvais vouloir et la négligence des hommes qui lui laissèrent le loisir de multiplier les tableaux de chevalet. (Voir la lettre du 22 janvier iS5o. édition Burtyi

I ŒUVRF. DR nF.l.ACROIX

Etude de paysage à Champrosav

Toile lient

— H. o'"25o, . M. Larrieu.

L. o'"385. — Vente postliumc. — Appar- — Non catalogué par M. Morcau.

Delacroix, si parfait gentleman, haïssait ou croyait haïr le monde. A Paris, il se cloîtrait; il cherchait l'incognito à Enis, ou la solitude il Champrosav. Voyez encore ce bout de lettre h son ami Soulier, daté d'août i§5o:nJ'ai traversé quelques moments d'ennui; mais ils ont été réellement très courts. Songe à tout ce que contient ce mot : point d'affaires! point de visites à recevoir nia rendre! point d'ennuveux ! Mes mauvais moments ont été dans les promenades à l'usage des promeneurs, parce que j'y rencontrais ces faces fardées, habillées, bourgeoises ou aristocratiques, tous mannequins. Là l'ennui me saisissait ; mais h peine étais-je dans les champs, au milieu des paysans, des bœufs, de quelque chose de naturel enfin, je rentrais dans la possession de moi-même, je jouissais de la vie. Voilà l'estime que je fais de ce qu'on appelle le monde. » [Lettres^ édition Burty.)

N° 1177 : Souvenirs de Champrosay

Peinture sur panneau de carton. — H. o"M83, L. o'"4O0. — Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau.

Qu'est-ce? Un premier plan de verdure nue, coupé seulement à gauche par de grandes herbes roussâtres, une silhouette bocagère incideniée de peupliers au fût grêle, de saules et d'ormeaux; un pli de terrain, quelques taillis, un horizon de collines, un ciel zébré. Rien de plus ordinaire, n'est-ce pas' Et par la fraîcheur du ton et par la variété du coloris, rien de plus charmant.

N" 1178 : Étude de paysage à Champrosay

Toile. — H. o"'28, L. o'"46. — Partie du n° 219 de la Vente posthume. — Appartient à M. Charlv. — Non catalogué par M. Mcreau.

Autre motif aussi simple, aussi peu rare, aussi naif, si l'on peut le dire, du même pays. Mais le même accent de sincérité, la même pénétration des séductions de la nature, la même puissance de coloration, la môme vision rare et profonde du vert, que l'art du paysage a mis tant de siècles à connaître et à réaliser; et en tout le même charme.

N" 1179: Lionne au repos

X'p^^; Croquis à la plume. — H. o"'i7, L. o'"23. — Noncatal. par M. Moreau. (t^K/^- Si vraiment Delacroix trouvait tous les mouvements des grands félins en obser-

^^ ' ~ vaut ses chats, il devait avoir ii son service une faculté divinatrice bien profonde, pour tirer de pareils modèles des traits d'un aspect aussi sculptural.

Un coin du parc de Berryer ù Augerville

if^Y^ ■'^ Croquis à la plume. — H. o"i3, L. o™20. — Signé en rébus :

H un 2, la note la sur une portée de musique, une croix «. — Appartient à M. Batta. — Non catalogué par M. Moreau.

D'Augerville-la-Riviére, Delacroix écrit à son ami Guillemardet : 0 J'ai été pris, au milieu de la vie que je mène ici, d'une paresse insurmontable. Tu sais sans doute que je suis chez M. Berryer, qui est le meilleur des hommes et le plus attentionné à ses amis : des distractions, un' parc charmant, quelques personnes agréables, tout cela vous endort à l'endroit de vos devoirs et contribue surtout;! vous empêcher de prendre la plume.» — Delacroix rencontrait, presque chaque année Batta, à Augerville. En échange du plaisir qu'il goûtait en la compagnie du célèbre violoncelliste, le maître lui offrait souvent de petits, mais précieux souvenirs.

Figures nues

tendance vers

Croquis à la plume. — H. o"'i9, L. o'"2q. — Signé du monogramme.— Vente Villot. — Non catalogué par M. Moreau.

Ceux qui n'ont jamais accordé à Delacroix d'autres mérites que la couleur et la fougue seraient bien obligés de reconnaître, devant ces croquis, qu'il se plaisait aux études de style. Delacroix aimait la noble tradition des grands maîtres de toutes les écoles, et s'il ne leur demandait pas leurs procédés, du moins s'inspirait-il de leur recherche du beau.

Année t85i

N" 1182 : La Fiancée dAbydos

Toile. — H. o'"5i, L. o'"44. — Vente, 29 mars 1854 : 470 fr.; vente 4 février i858 : 1,270 fr.; vente M. de T., 24 décembre i858 : i,35o fr.; vente Th. Leroy, i3 mai 1882 : i5,ooo fr. — Voira Tannée 1843. — Cat. A Moreau, p. 247.

Ce n'est pas le présent tableau en hauteur que reproduit la lithographie désignée par M. Moreau, p. 1 1 5, mais bien un tableau de ce même sujet, en largeur, que nous avons décrit sous le n" 773 et qui mesure : H. o'"32, L. o"'40. Une autre composition en hauteur, et d'une tout autre disposition, mesurant : H. o'''35, L. oi"25, est notre n" 772. Ainsi Delacroix a peint trois fois le même drame en variant le groupe

principal. — Ici la jupe blanche deZuleika est recouverte d'une tunique violette liseréed'or.

Selim a un court manteau jaunâtre qui flotte sur un pourpoint d'or à bandes verticales rouges.

Sa veste est bleue avec des revers de manches rouges. Rouges aussi sa toque et ses sandales.

L(EUVRE DE DELACROIX

N" 1183 : Roméo et Juliette

Toile. — De six à huii. — Exposition universelle de i855. — Lithographie par Eugène Le Roux dans les dimensions de : H. o'"245, L. o'^iSj. — Cat. A. Moreau, pp. 134, iqi.

A l'Exposition universelle de i835, Delacroix avait exposé les -deux seuls îabieaux que lui ait inspirés le drame d'amour de Shakespeare ; les AJieii.v, du Salon de 1846, et la scène des tombeaux des Capulets, que nous reproduisons ici. Théophile Gautier, comparant les deux compositions, dit : a Les Adieux de Roméo et de Juliette ne sont qu'une petite esquisse où la forme est peut-être trop sacrifiée au sentiment ; mais quelle ardeur passionnée ! quelle flamme pénétrante ! quelle fusion des ui 1.1 des amants sur le balcon! — Juliette au tombeau est aussi une petite

Mucoup plus finie que la précédente; l'étonnement du sépulcre se Ht dans le h blancheur exsangue de la ressuscitée qui, hélas ! va bientôt se rendormir

eil cternel sur le corps de Roméo. » Th Gautier. Les Beaux-Arts en Europe.)

N'" 1184: Michel-Ange dans son atelier

s.-cnptiun

eux-mêm

js de tout

Toile. — H. o'"6o, L. o'"40. — Signé à gauche: « Eug. Delacroix.. — Lithographie par J. Laurens, dans les dimensions de : H. 0^248, L. o"'i98. — Gravé sur bois pour le journal L'Expiisitiun de Toulouse. iS65, dans les dimensions de : H. o'"i66, L. 0^140. — Galerie Bruvas, musée de Montpellier. — Cat. A. Moreau, p. 122.

Delacroix avait publié en 1828, dans la Revue des Deux-Mondes, un article sur « le Jugement dernier », de Michel-.\nge. A ce sujet, il écrit à M. Charles Rivet ; 0 Heureux homme! j'écris sur Michel- .\ngc et vous le contemplez. Je mentirai à ce même public avec la même impudeur que tous ceux qui entreprennent de s'occuper d'eux-mêmes bien plus que du sujet qu'ils traitent. Est-ce que la plus faite dans le jour de la plus mauvaise humeur, mise en face des chefs-

es, ne serait pas, pour les gens doués de sensibilité, à cent mille pieds

mon pathos à froid. » {Lettres, édition Burty.'

N" 1 18^ : Lion attaqué

fond Je niontai;n

Toile. — H. o"'27, L. 0^34. — Signé en bas à droite et daté. — Gravé à Teau-forte par Charles Courtry dans les dimensions de : H. o"'iii, L. o'"i45. — Vente Hartmann, mai 1881 : 10,000 fr. à M. G. Péreire. — Non catalogué par M. Moreau. Le catalogue de la vente Hartmann disait : « Ployé sur les jarrets, un I superbe lion, la crinière hérissée, l'œil étincelant, pousse des rugissements et s'apprête a bondir sur un ennemi caché. Derrière lui. un bleuâtres et un ciel gris. "

L'ŒUVRb: DE DELACROIX

N" 1186 : Charles le Téméraire

71^ Toile. — De huit environ. — Reproduit en lithographie inédite pour la collection Moreau, dans les dimensions de : H. o™235, L. o'"i88. — Cat. A. Moreau, p. 122.

Si l'on veut se reporter à l'année i83i, n" 355, on reconnaîtra dans ce cavalier, le mouvement et l'attitude, à quelques variantes près, et de peu d'importance, du Charles le Téméraire de la Bataille de Nancy, appartenant au musée de Nancy. Il est permis de supposer que Delacroix aura repris alors, complété, terminé, une ancienne étude peinte en vue de ce tableau, n Le soir de la bataille de iMorat, le duc de Bourgogne vaincu, fuyant les Suisses qui le poursuivirent, vient de franchir un torrent débordé; son cheval, les deux pieds de derrière encore dans l'eau, se cabre en touchant la rive; au fond, de hautes montagnes. « En octobre 1828, Delacroix écrivait à son ami Soulier: « Le ministre de l'Intérieur, homme aimable sous tous les rapports, m'a commandé un tableau pour le musée de la ville de Nancy, représentant la mort de Charles le Hardy ou le Téméraire, grand libertin de sa nature... » et il signait plaisamment : « Peintre d'histoire et baron en herbe. ■>

N" 1187 : Cavalier arabe en vedette

Toile. — H.o'"55, L. o'"46. — Signé à gauche, daté: « i85 i ». — Gravé à Teau-forte par Flameng pour le catalogue de la vente Michel de Trétaigne, dans les dimensions de: H. o™i 10, L. o"'q2. — Vente A., 5 mai 1860 : 860 fr.; vente M. B., 22 décembre 1860 : 900 fr. ; vente Cachardy, 8 décembre 1862 : 800 fr.; vente du baron Michel de Trétaigne, 19 février 1872 : 14,100 fr. — Non catalogué par M. Moreau.

Le catalogue de la vente Michel de Trétaigne décrivait ainsi le cavalier arabe : « Monté sur un cheval isabelle qu'il retient vigoureusement par retourne pour appeler h lui deux autres cavaliers que l'on voit accourir au vent soulève violemment les larges plis de son burnous rouge. »

N" 1188 : Christ au prétoire. — Ébauche

toirc, vrai il v a

Toile. — H. ()"'92 , L. o'";?. — N° 117 de la Venle posthume: 1.754 fr. à M. Détriment. — 3, 000 fr. à M. Waroquier d'Orchies.

L'insulte est poussée à son paroxysme, en cette simple esquisse. Les outrages infâmes, les huées immondes s'abattent sur cette victime aux mains liées, que rien ne défend contre les pieds, les poings, les bâtons, les lanières, les crachats même de cette foule de forcenés. L'un des soudards avinés est là au premier plan, étendu comme une brute, qui ricane en détournant la tète. C'est l'éternel drame tant de fois renouvelé dans l'hisdeux mille ans, vrai aujourd'hui, des bestialités de la foule contre le faible.

LŒUVRE DE DKLACROIX

Année i852

N'MiSy: Prise de Constantinople

Toile. — H. o"'8o, L. i "'oo. — Signé à gauche, daté: « i852. » — Exposition d'Alsace-Lorraine, 1874, n° ii3. — Piiotographié par Biaun. — Litliographié par Achille Sirouy, dans les dimensions de : H. o™44, L. o™54. — Vente Bonnet, 19 février i853 : 3,199 fr. à M. A. Moreau. — Appartient à madame veuve Moreau. — Voir à Tannée 1841. — Cat. A. Moreau, pp. 122, 179, 187, 254.

C'est une variante de la célèbre toile de la salle des Croisades au musée de Versailles. «La ville vient d'être prise d'assaut; Baudouin, comte de P'iandre, qui commandait les Français, fait son entrée à la tète de ses hommes d'armes; des familles éplorées se prosternent jusque sous le pied des chevaux en implorant la pitié des vainqueurs : au fond l'on aperçoit l'eau bleue de la Corne d'Or bordée de maisons en amphithéâtre, et des groupes de pillards et de combattants. » (Th. Gautier, Les Beaux-Arts en Europe.)

N" 1190 : Saint Sébastien

Toile. — • H. o"'6o, L. o"'5o. - Non catalogué par M. Moreau.

Vente posthume, n° 1 1 3 : io5 fr. à M. Lenoir.

N° 1191 : Le bon Samaritain

Toile. — H. o'"32, L. o'"40. — Signé au milieu, daté : «i852.i>

— Exposition Durand-Ruel, 1878. — Photolithographié par Arosa dans les dimensions de : H. 0^098, L. o"'i24.

— Vente A., 24 avril i858 : 750 fr. à M. Arosa; vente Arosa : 5,ooofr. à M. Brame. — Appartenait à M. Perreau.

— Cat. A. Moreau, p. 261.

Tableau d'une coloration puissante, très monté de ton. « Le voyageur est couché à terre, demi-nu; le Samaritain, vêtu d'un manteau rouge, se penche vers lui, tandis que son cheval broute l'herbe derrière eux; au fond le prêtre qui passe sans s'arrêter. Le bon Samaritain, relevant le blessé, le portant sur son cheval, l'entourant de soins, est d'un enseignement plus direct que n'importe quel philosophe discourant sur la fraternité, entouré des attributs les plus clairs.') (Henri de la Madelèni.-, Eugène Delacroix à iExposition du boulevard des Italiens.]

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LŒU\RE DE UliLACROlX

N" 1192 : Les disciples d'Emm:ius

^^:^ Toile. — H. o'"56, L. o'"46. — Salon de i851-!. — Grave sur bois pour V Illustration, i853, dans les dimensions de: H. o"'i4o, L. o'"io5. — A t'ait partie des collections de madame Herbelin, de M. Fanien et de M. Monjean. — Cat. A. Moreau, pp. 143, 187.

Notre vignette a été faite d'après la gravure de \' Illustration, avant que nous ayons eu le tableau à notre disposition; c'est ce qui explique l'indication des pans coupés aux angles de la toile. Le tableau est exactement à angles droits. Ce très noble tableau, si simple, si humain et par là divin, d'une coloration et d'une entente de' lumière merveilleuses, souleva les protestations de la critique académique. La seule vengeance qu'on ait à en tirer ici est de mettre en regard de l'œuvre même quelques lignes de cette critique :« Sont-ce des disciples pénétrés d'un respect religieux à la vue de leur maître, ou des convives en appétit que ces deux hommes attablés, la serviette sur les genoux, le verre fort près de la main, comme ces joyeux compères que Jordaens aimait à peindre ' Cette figure aux traits et h l'attitude vulgaire peut-elle passer pour le Christ se révélant aux yeux de ses compagnons et trahissant tout h coup son essence divine? Que dire enfin des accessoires de la scène, de l'ajustement et du costume moderne des personnages, de cet escalier à balustres de bois comme on en voit dans les vieilles maisons des deux derniers siècles ' ... C'est peu pour un artiste comme M. Delacroix de colorier savamment un fond, de disposer habilement l'eftét de quelques tons : c'est une faute grave que de sanctionner par son exemple les tentatives de l'art matérialiste, et de rabaisser Ta grandeur d'une scène des Evangiles au niveau d'une scène d'hôtellerie flamande. » — Cette oeuvre si haute, de l'art matérialiste ! On reste confondu d'un tel jugement exprimé par un homme qui. nous l'en félicitons, a donne des preuves moins discutables de son goût en fait d'art.

N° 119^ : Éducation de la Vierge

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Toile. — H. o'"44, L. o"'54. — Voir variante à l'année 1842. — Appartient à M. Bischoffsheim. — Non catalogué par M. Moreau.

En se reportant aux numéros -/il et 733 on trouvera, et l'année 1S42, l'origine de ce tableau fournie par la correspondance du maître. 11 était alors ii la campagne à Nohant, chez madame Sand, et il donne dans une lettre h I\l. Pierret une aimable idée de la vie qu'on y mène ; « Le lieu est très agréable et les hôtes on ne peut plus aimables pour me plaire. Quand on n'est pas réuni pour dîner, déjeuner, jouer au billard ou se promener, on est dans sa chambre, à lire ou à se goberger sur son canapé. Par instants, il vous arrive, par la fenêtre ouverte sur le jardin, des bouffées de la musique de Chopin, qui travaille de son côté; cela se mêle au chant des rossignols et à l'odeur des rosiers. Tu vois que, jusqu'ici, je ne suis pas très à plaindre, et, cependant, il faut que le travail vienne donner le grain de sel à tout cela. Cette vie est trop facile, il faut que je l'achète par un peu de cassement de tête; et comme le chasseur qui mange avec plus d'appétit quand il s'est écorché aux buissons, il faut s'évertuer un peu après les idées, pour sentir le charme de ne rien faire. '> {Lettres, édition Burtv.)

N" 1 194 : Pirates africains enlevant une jeune femme

Toile. — H. o'"64, L. o"'8o. — Signé à gauche, daté : m852' . — Salon de i853. — Caricaturé par Bertall. — Appartient à M. Bischoflfsheim. — Cat. A. Moreau, p. 187.

A la fin de novembre i852, Delacroix considérait comme terminées ses peintures de l'Hôtel de Ville; mais cjuand il les vit en place, le lieu était si mal éclairé qu'il fut forcé de retoucher partout. Ce travail de retouche ayant été interrompu par les fêtes et réceptions de l'hiver, c'est pendant cette suspension que le maître peignit, outre quelques petits tableaux », le Martyre de saint Etienne, le

Repas d' Emmaiis et les Pirates, qu'il envoya au Salon de i853.

N" 119^' : Pirates africains enlevant une jeune lemme

Croquis à la mine de plomb. — H. o"'22, L. o"'34. — Voir le tableau décrit au numéro précédent. — Non catalogué par M. Moreau.

Il est impossible de rendre d'une façon plus claire et plus saisissante cette petite scène dramatique. L'expression par le mouvement ici est menée aussi loin qu'elle- peut aller. Le geste de l'homme qui pousse la barque pour la mettre à flot est d'une justesse admirable. Chacune de ces figures a son rôle dans l'action qui doit être lestement menée, car il est évident, h l'attitude de chacun, que les pirates sont poursuivis et serrés de près. Un critique peu indulgent pour Delacroix vantait en outre 0 la splendeur des tons du paysage. u — Le jour où il trouva cette composition. Delacroix ne dut pas être triste. « Travaillez toujours, écrit-il h ^L Andrieu, c'est encore la meilleure manière d'employer son temps, même quand on en retire peu de profit. C'est mon grand moyen contre les chagrins de la vie: non pas que je n'enrage souvent. Quand je fais mauvais, je suis fort triste, et puis il vient de bons moments qui me relèvent un peu.> {Lettres, édition Buny.l

N" 1196 : Un marchand arabe

totks et de

Toile. — H. o'"37, L. o'"45. — Signé en haut vers la droite.

— Gravé à Feau-forte par Duvivier, pour le catalogue de la vente Sourigues, dans les dimensions de : H. o"'ioq, L o™i36. — Vente Jolly d'Auxerre, 17 mai 1873, retiré; \ente Sourigues, 28 février 1881 : 7,8o5 fr. à M. Perreau.

— Non catalogué par M. Moreau.

Ll marchand traite avec une femme juive. Ce tableau fut exposé autrefois à Bordeaux. Il est ainsi décrit dans le catalogue de la \ente Sourigues : « Accroupi sur une natte, un marchand marocam présente des bijoux il une femme juive. Autour de lui sont diseoflfrets contenant sa marchandise. » Ajoutons que dans l'ombre, à

derrière la femme, est adossé au mur un jeune homme à l'attitude nonchalante.

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