‹ L'œuvre complet de Eugène DelacroixChapitre 61 sur 97 · I.ŒUVRK DE DF.I.ACROIX · texte numérisé non relu

I.ŒUVRK DE DF.I.ACROIX

N" 1197 • Marphise. — Etude de composition

Croquis. — H. o'"i7, L. o"'24. — Voir les niimcros suivants.

— Non catalogué par M. Moreau.

C'est ici la première pensée, la première forme sous laquelle l'idée

■. '^'' ''''Kv ;■ :■':' Vv^^'^aî; plastique de ce charmant motif se présente à l'esprit du maît ^'Y/ ;i',;.5'A " VÛ\ •■-\Ar Pinabel vient d'être désarçonné, son cheval s'échappe en bondis- '•iy^;/' "^ r/'",."« iC sant, celui de Marphise se raidit en regardant la victime du com- "^*^" • - ;î/ ' ' bat; la petite femme nue, dépouillée de ses vêtements, est vue de

face. De cette première conception il restera peu de chose dans la composition définitive, à peine la disposition de la lance; mais tout ce qui trahit encore, en ce dessin, la récente émotion de la lutte, disparaîtra, c'est-à-dire le raidissement de l'attitude dans le groupe triomphant. Le corps de Pinabel et son cheval en fuite seront rejetés, dispersés à des plans plus éloignés, dans la perspective d'une allée profonde.

N" 1198: Marphise. — Sujet tiré de TArioste

Toile. — H. o'"8o, L. i'"oo. ^ Signé au bas à gauche et daté : « 1852». — Lithographie par Eugène Le Roux (en maints endroits, la pierre a été retouchée par Delacroix) dans les dimensions de : H. o'"270, L.o^SBo. — Livré à M. Bonnet au prix de i,5oo fr. — Vente Bonnet, ig février i853 : 1,100 fr.; vente H. D., 20 mai 1881 : 25,100 fr. — Cat. A. Moreau, pp. 1 1 5, 247.

Marphise, après avoir vaincu le chevalier Pinabel, dépouille sa maîtresse de ses riches atours pour en parer la vieille qu'elle emmène avec elle. ( L'Arioste, Roland furieux, chant XX; stances 108 et suivantes.) Delacroix ayant retouché notablement la pierre lithographiée par M. Le Roux, nous donnons par exception la description des états. Premier état. En bas, à gauche : « E. Delacroix pinx.»; à droite, «Eug. Le Roux, lith. » ; au milieu : « Imp. Bertauts, Paris»; sans le titre. — Deuxième état. En bas, à droite : « Collection de M. Bonnet » ; au milieu : 0 Marphise, tiré de l'Arioste ».

N" 1199 : Marphise. — Étude de composition

tovée. Elle n'en

Croquis. — H. o'"24, L. 0^19. — Non catalogué par M. Moreau. Dans ce deuxième croquis, l'attitude du cheval est h peu près trouvée, celle du repos; la bète allonge le cou, lève la tète vers les basses branches de la forêt, et d'un joli mouvement mord aux feuillages. Dans le tableau les pieds de devant seront rapprochés; ils sont écartés ici, ce qui semble indiquer sinon la marche, au moins le déplacement pas il pas. La maîtresse de Pinabel n'a pas encore pris la pose d'une grâce exquise que aous lui voyons dans la peinture. L'aspect de cette peinture est d'un ton rougeàtreun peu lourd; peut-être, à l'époque où nous l'avons vue, avait-elle besoin d'être netest pas moins une œuvre extrêmement précieuse.

N" I200 : Indienne mordue par un tigre

Toile. — H. o"'45, L.o"'54. — Appartenait à M. Haro en 1872; à M. G. Petit en 1884. — Non catalogué par M. Moreaii.

En janvier i852, Delacroix écrit à M. P. Andrieu : « Mon cher Andi'ieu, j'ai reçu votre lettre avec bien du plaisir et je vous envoie quelques mots de réponse : je suis jusqu'au cou dans les petits tableaux. Ayant été quelque temps sans travailler, il m'a pris une fureur de peindre que je passe sur de petites toiles: c'est à la fois une occupation et un repos des grands travaux. J'ai encore un reste de mauvaise humeur contre la grande peinture, à laquelle j'ai dû mon dernier désappointement : je ne calcule donc pas pouvoir me remettre de sitôt h ces travaux. D'une part, je voudrais faire quelque chose pour le Salon; d'autre part, je ne pourrai travailler h 1' Hôtel de Ville avant que les fêtes soient finies ; il faudrait donc calculer pour la fin de mars. » {Lettres, édition Burty.)

N" 1201 : Jeune femme à sa toilette

Pastel. — H. o'"22, L. o"'27. — Signé et daté au bas à gauche : « i852 » avec dédicace. — .^ppartie^t à M. Haro. — Non catalogué par M. Moreau.

Ce pastel fut donné par Delacroix à M. Haro, à l'occasion de son mariage, dont il fut l'un des témoins. L'autre témoin de M. Haro était M. Ingres. Parlant des rapports des deux chefs d'école, Th. Silvestre dit : n Delacroix avait la faiblesse de craindre le sectaire et la secte. Bien qu'il trouvât à son rival certaines qualités graphiques, il ne lui enviait au fond que la santé, l'audace et la ténacité de la conduite. Néanmoins il mettait à parler de son talent une complaisance dont nous ne garantissons pas la parfaite sincérité. Plus M. Ingres déchirait Delacroix, plus Delacroix vantait M. Ingres. Dans ce combat h coups de lance d'un côté et à coups de chapeau de l'autre, le farouche maître d'école triomphait sans peine de l'obséquieux gentleman. » Les fureurs comiques de M. Ingres contre Delacroix sont restées célèbres.

N""" 1202, 1205, 1204: Christ marchant sur les eaux

i" Toile. — H. o"'6o, L. o'"5o. — Non catalogué par M. Moreau. 2° Toile ébauche. — H. o"'6o, L. o"'5o. — N" 1 1 2 de la "Vente posthume : 800 fr. à M. Filhston. — Non catalogué par M. Moreau. 3" Pastel. — H. o"'3o, L. o™23. — N° 36o de la" Vente posthume : 36o fr. à M. Claburn. — .\ppartient à M. Choquet. — Non catalogué par M. Moreau.

Le n" i2o3 n'est que l'cbauche, en dimensions égales, du tableau n" 1202.

— Notre vignette reproduit le n» 1204. — C'est une composition d'une expression supérieure. Les attitudes suffisent à elles seules pour rendre admirablement l'assurance du Christ et la détresse de Pierre, le triomphe de la foi et la défaite du doute. Delacroix a traduit en poète la pensée profonde de l'Évangile.

LŒUVRE DE DELACROIX

N" I20) : Baptême du Christ

^75 de la Vente posthume. — Non

Dessin. — In-folio. — Partie du n" catalogué par M. Moreau.

En présence de ces mouvements, indiques avec tant de grandeur et de simplicité, comment ne pas rappeler ces quelques lignes de l'éloquent plaidoyer que Théophile Silvestre rédigea dans ses Artistes vivants pour défendre Eugène Delacroix contre les injustesattaques de ceux qui l'accusaient de ne pas savoir dessiner : » Dans notre pays, organisé d'une façon tout opposée au véritable sentiment des arts, on prend pour beauté du dessin l'exactitude et la propreté graphiques. Mais Michel-Ange et Raphaël eux-mêmes ne seraient que des académiciens, à peu près aussi tristes que les nôtres, si, h leur profonde connaissance de la nature humaine et de ses proportions, ils n'ajoutaient la noblesse idéale et l'allure héroïque que la nature entière prenait dans leur esprit comme dans un miroir magique. Le vulgaire appelle pureté du dessin les figures nettement enlevées à l'emporte-pièce sur une feuille de papier blanc avec une fine pointe de crayon et des boulettes de mie de pain. » (Th. Silvestre.)

N" 1206 : Bateaux de pèche

Forget, Delacroix se

Croquis à la plume. — H. o"'i5, L. o'"28. — Reproduit en fac-similé par A. Robaut, dans les dimensions de : H. o™i5, L. o"'28. — Appartient à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau.

■ Dans la lettredu i3 septembre i852, adressée de Dieppe à madame de laisse aller au penchant philosophique de son esprit, n Mon séjour se prolonge un peu plus que je ne voulais. Je vous envoie donc pour vous distraire quelques nouvelles de la mer. Je serais revenu plus tôt sans le mauvais temps persévérant qui n'a presque pas cessé pendant les premiers jours. On m'a flatté aussi que nous aurions pour demain mardi une des grandes marées de l'année. Je n'ai point résisté, d'autant plus que, l'habitude aidant, je me'plais infiniment h cette vie paresseuse, tandis que les premiers jours j'ai été sur le point de me sauver par ennui! Vous n'aimez pas Dieppe, par conséquent mes éloges du séjour que j'v fais vous paraîtront sans doute tenir au besoin du repos qui était devenu impérieux chez moi. » [Lettres, édition Burty.)

N" 1207 : Tigre en marche

Croquis aquarelle. — H. o'"55, L. o^iSo. — Partie du n° 494 de la ~ Vente posthume. — Exposition des Dessins du siècle, février 1884, ^-! — n°954 du catalogue (supplément!. — Appartient à M. Léon Bonnat. — Non catalogué par M. Moreau.

L'animal qui descend la colline, les pattes très écartées, est d'une magnifique allure. Comme on y reconnaît le génie, l'homme qui, trente ans avant, peignant le Massjcre de Scio, écrivait : n Mon tableau acquiert une torsion, un mouvement énergique... Il y faut ces membres comme je sais et comme peu en cherchent. <> ,

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Année i853

N° 1208: Portrait de M. Alfred Bruyas

Dessin à la mine de plomb. — H. o"'26, L. o"'i9. — Reproduit en fac-similé par A. Robaut dans les mêmes dimensions. — Galerie Bruyas, à Montpellier. — Cat. A. Moreau, p. i36.

Delacroix avait fait ce croquis pour dispenser son modèle de l'ennui de longues séances de pose ; il ne recourut à la nature que pour achever l'œuvre ainsi préparée. Il écrivait en mars à M. Bruyas un billet que nous reproduisons l^^" avec les réflexions dont M. Burty le fait suivre: « Monsieur, vous serait-il 'S agréable de venir, demain matin jeudi, reprendre votre portrait. Excusez l'interruption à laquelle j'ai été forcé parla nécessité de travaillera mes tableaux pour le Salon. Vous trouverez, toutefois, que, grâce au dessin que j'ai fait d'après vous, j'ai beaucoup avancé votre portrait, et j'espère que je n'aurai besoin que d'un petit nombre de séances pour le finir. » — Un fac-similé de ce dessin a été exécuté avec une remarquable fidélité par M. A. Robaut. Un visage long et distingué, des mains nerveuses et fines, une pose alanguie donnent un caractère de vérité surprenante à cette étude. »

N° 1209 : Portrait de M. Alfred Bruyas

Toile. — H. i"M6, L. o^Sg. — Lithographie par J. Laurens dans ^ les dimensions de : H. o"'224, L. o^ijo. — Galerie Bruyas, à Montpellier. — Cat. A. Moreau, p. 289.

\^ Ce n'est pas un manteau, contrairement à ce que l'on pourrait croire à ^i^ig^ première vue, qui est sur les épaules du modèle, mais un paletot. 0 Le '" portrait de M. Bruyas, qui fut connu des Parisiens seulement à l'Exposition posthume de l'œuvre de Delacroix, avait été commencé vers mars iS53, ainsi qu'on le voit par le billet suivant, et terminé en mai. 11 appartient aujourd'hui, ainsi que toute l'intéressante galerie de feu Bruyas, au musée de Montpellier. Le 4 mai, Eugène Delacroix écrivait encore au même amateur, qui fut un de ses admirateurs les plus passionnes et les plus subtils : « Monsieur, seriez-vous assez bon pour venir poser demain une dernière fois a 1 heure ordinaire? J'ai terminé votre portrait, sauf quelques légères retouches que je compte faire. Je serais en mesure de vous le livrer à la fin de la semaine. J'y tiens d'autant plus que je vais m'absenter de Paris....» M. Bruyas, avecl'aide de Théophile Silvestre, avait rédigé un catalogue raisonné et illustré de sa collection de peintures modernes.

N° 12 10: Saint Etienne

Toile. — H. o"4i, L. o'"34. — N" 61 de la Vente posthume : i,3oo fr. à M. Lambert Sainte-Croix. — Cat. A. Moreau, p. 186.

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N" 12 1 1 : Disciples et Saintes femmes relevant le corps de Saint Etienne

Toile. — H. i"'48, L. i"'i5. — Signé à gauche en bas, daté: « i853 ». — Salon de i853. — Terminé en iSSg. — Photogra-

phiépar Charles Desavary et parGranguillaume, dans le format in-quarto. — Caricaturé par Cham. — Acheté par le musée d'Arras, en iSSg, au prix de 4,000 fr. — Cat. A. Moreau, pp. 186, 201.

C'est par l'entremise de Constant Dutilleux que la ville d'Arras acheta, en iSSg, ce tableau du Salon de iS53. On trouvera à ce sujet, dans les Lettres publiées par M. Burty, la correspondance du maître; il s'y montra ce qu'il fut toujours,' un homme d'une rare et exquise délicatesse. Le critique de la Revue des Deux-Mondes consent à louer « l'invention dramatique de la scène et surtout l'effet sinistre des murailles et du ciel qui servent de fond. » Cependant, aux raisonnements de M. Henri Delaborde, nous préférons la belle passion de M. H. de la Madelène : « Hors de la ville, le long des remparts, le saint diacre Etienne vient d'être lapidé en témoignage de la foi nouvelle qui va changer le monde. Des disciples et des saintes femmes relèvent pieusement le corps pour lui donner la sépulture. Sur le devant, une femme agenouillée étanche le sang du premier martyr. L'aspect général de cette composition est des plus saisissants. Le cadavre de saint Etienne, dans ses habits sacerdotaux, est d'une réalité hardie et émouvante. Le corps s'affaisse dans les bras des fidèles avec un mouvement d'une vérité étonnante. Le paysage est superbe : tout concourt franchement à l'harmonie de l'ensemble, les murailles, la terre et le ciel embrasé. Comme toujours, la critique s'acharnera à certains détails qui seraient des incorrections, si on ne savait quels sacrifices M. Delacroix fait très résolument à l'effet général, n

N° I2I2 : Saint Etienne secouru par ses disciples. — Variante

Toile. — H. o'"44, L. o"'36. — A M. Wurocquié. — Non catalogué par M. Moreau.

Cette variante ne présente pas les exagérations de dessin qui ont soulevé tant de protestations haineuses et que Th. Silvestre a défendues avec son incontestable autorité: « Pourquoi trouve-t-on dans l'œuvre de Raphaël tant de détails contre l'anatomie mesurée de l'Ecole de médecine? Le voici ; ce qui préoccupe d'abord Raphaël, c'est la nécessité de tirer de l'ensemble de ses lignes une arabesque générale, noble et harmonieuse; mais il lui est bien arrivé de casser un bras, et qui pis est, de tordre le cou à tel personnage, pour le seul but d'incliner une ligne dans un sens plutôt que dans un autre, sacrifiant ainsi des détails h l'exigence de l'ensemble, et appliquant dans l'Art cette raison d'Etat qui fait couper la tête à un assassin pour protéger le corps social tout entier. Delacroix, il est vrai, semble désarticuler à l'occasion certains personnages, en vue de développer, par des exagérations volontaires, l'eflét général d'une action dramatique. Dans le Saint Etienne, du musée d'Arras par exemple, les mains pendantes du martyr sont pesantes et inégales; le corps est extrêmement long, les bras de la jeune fille qui trempe son mouchoir dans le sang ont un développement quasi fantastique, etc.. Mais, sans cette exagération volontaire, l'action des personnages serait-elle aussi expressive?»

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N° 1 2 1 3 : Daniel dans la fosse aux lions

Toile. — H. o'"74, L. o^ôo. — Signé à droite, daté : «i853». — Photographié par GoupiL — Vente Thirault, 3 avril i85j : 3,45o fr. à M. Mêlas, de Marseille; vente Hôtel Drouot, 5 mai 1877 : 17,500 fr. — Cat. A. Moreau, p. 256.

On a vu la variante de cette composition à l'année 1849 Ivoirn" io66\ <i Rubc-ns,» a dit Delacroix, c sacrifiait parfois le style et la convenance pittoresque à la couleur, par exemple, dans ses Sirènes de la galerie de Médicis. Il vaut mieux tout sacrifier à la convenance et à l'expression réelles du sujet. » ^Cité par Th. Silvestre.) Et ailleurs : <( Là où un peintre cherchera une expression ou un style de convention, il sera tendu , il perdra son cachet ; Va où il s'abandonnera franchement à son originalité, qu'il s'appelle Raphaël, Michel-Ange, Rubens ou t, il sera toujours sûr de sa grandeur et de sa puissance. "

N° 12 14 : Le Christ sur le lac de Génézareth

Toile. — H. o"'59, L. o"'72. — Signé à droite et daté : «1853».

— Photographié par Braun. — Lithographie en 1880 par

Sirouy, dans les dimensions de : H. o"'4i5, L. o'"5o8. —

I Gravé à Feau-forte par Bracquemond pour le catalogue des

' Cent Chefs-d'Œuvre, dans les dimensions de: H. 0^187,

?-^^ L. o"'224. — Appartient à M. Gustave Viot et provient de la

"^ collection Tabourier. — Cat. A. Moreau, p. 262.

Ce tableau est le premier de la série. Il figura à l'Exposition Durand- Ruelen 1878. C'est celui que le peintre Troyon avait acheté à la montre du marchand Beugniet, et que madame Troyon mère donna comme souvenir, après la mort de son fils, à M. Fre'mvn. A deux centimètres près, il mesure les mêmes dimensions que celui qui est décrit plus loin sous le n" 1220. La principale différence réside dans la couleur de la mer, qui est ici d'un beau ton vert et non pas jaunâtre. Il y a également sept figures dans la barque, qui est matée et dirigée vers la gauche du spectateur. L.es collines de l'horizon sont plus élevées.

N°i2i) : Le Christ sur le lac de Génézareth

Toile. — H. o"'5o, L. o"'6o. — Signé à droite, non daté. — Gravé à Feau-fone par A. Greux, pour la galerie Durand- Ruel, dans les dimensions de : H. o"'io7, L. o"'i3i. — Vente Frémyn, 8 avril 1875 : 17,500 fr.; vente R. L. L., 22 avril 1876. — A successivement appartenu à MM. Perreau, Bouruet-Aubertot et John Saulnier. — Cat. A. Moreau, p. 262.

Cette variante a été peinte une année après le premier tableau (n" 1214). La mer y est aussi de couleur verte, la barque est dirigée de même h gauche, mais démâtée, et il y a neuf figures au lieu de sept, et l'horizon est placé beaucoup plus haut. Il figurait, en 1864. à l'Exposition posthume.

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N° 12 16 : Le Christ sur le lac de Génézareth

Peinture sur carton. — H. o'"^6, L. o'"5j. — Signé à gauche, non daté. — N" i3r de la Vente posthume : i,5oo fr. à M. Filhston. — Vente du comte de Komar, après décès : g, 000 fr. à M. Monjean. — Appartient à M. Monjean. — Car. A. Moreau, pp. 263, 317.

Cette variante rappelle la disposition de celle qu'on trouvera plus loin décrite 50us le n" 1220, et, pour la marine, celle qui a appartenu h Troyon (voir le n" 1214). M. Monjean affirme que ce tableau, contrairement à ce qu'en dit M. Moreau, n'est pas celui qui figurait à la Vente posthume. Ce dernier serait celui que nous décrivons au n" i 2 17. Nous avons cherché au catalogue de la Vente posthume les dimensions qui pouvaient seules servir de moyen de contrôle, mais elles ne s'y trouvent pas. Toujours selon M. Monjean, dont nous ne pouvons ni confirmer, ni contredire l'assertion, le comte de Komar tenait cette toile de Delacroix lui-même. Du reste, cette œuvre est certainement une des plus réussies et des plus soignées du maître, ce qui permet de mettre en doute l'exactitude de la mémoire de M. Moreau, disant qu'elle est peu terminée. Ici, le Christ est placé dans la partie inférieure de la barque, il y a huit figures et la mer est d'un ton bleu vert.

N° 1217 : Le Christ sur le lac de Génézareth

dans

Toile. — H. o'"5o, L. o'^'63. — Ni signé, ni daté. — Appartenait à M. Soultzener. — Cat. A. Moreau, p. 262.

La barque remplit presque toute la toile. Soulevée par un pli de lame, elle touche h la ligne d'horizon par la poupe sur laquelle le Christ est endormi. Neuf personnes, dont deux bateliers courbés sur leurs rames, occupent le frêle esquif, qui n'a plus ni voile, ni mât, ni cordages. — Jésus, lui, le Dieu, dort d'un sommeil paisible, enfantin, sur son oreiller de rayons. Mais quel trouble effroyable en ces âmes et en ces corps d'apôtres! Quel déchaînement de nuées ciel et de vagues monstrueuses, d'un vert glauque, sinistre, froid, autour de ce

sommeil! Disposition admirable dans sa grandeur terrible! Quel trait de génie que cette lame dont l'énorme volute se creuse, s'élève et monte encore comme pour rouler et ensevelir l'embarcation dans la vaste courbe de sa lourde retombée! — Dans cette suite de variations, on retrouve les grands effets de mer que Delacroix étudiait pendant ses séjours à Dieppe.

N" 1218: Le Christ sur le lac de Génézareth

Toile. — H. o™45, L. o"'65. — Signé à droite, non daté. — Appartient à M. .loseph Crabbe, de Bruxelles. — Cat. A. Moreau, p. 262.

Le ciel sombre et orageux est coupé dans un coin par un effet de pluie. — « Tout séduit Delacroix dans cet épisod'e, dit M. H. de la Madelène : les flots soulevés, le ciel noir d'orage, les voiles déchirées par le vent, l'épouvante des nautoniers, et par-dessus tout, le doux sommeil du Sauveur au milieu des révoltes de la nature.

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N° 1219 : Le Christ sur le lac de Génézareth

Toile. — H. o'"46, L. o™54. — Signé à gauche sur la barque même, non daté. — Appartient à M. Van Praet. — Cat. A. Moreau, p. 262.

Dans cette variante, le maître a supprimé les montagnes du fond, le ciel foncé est entr'ouvert au milieu en hauteur. — Effet général très sombre.

N° 1220 : Le Christ sur le lac de Génézareth

Toile. — H. o"'59, L. o'^-S. — Daté. — Piiotographié pour le catalogue de la vente Carlin. — Gravé à l'eau-forte par Charles Cou rtry, pour Durand- Ruel, dans les dimensions de : H.o"'io8, L. o™i34; et pour le catalogue de la vente de M. de Beurnonville, par La Guillermie, dans les dimensions de : H. o"'i04, L. o^iaS. — Vente Davin, 29 mars 1862 : 4,700 fr. à M. Péreire; vente Edwards, 7 mars 1870 : 28,000 fr.; vente Carlin, 29 avril 1872 : 27,500 fr. à M. Vaysse; vente du baron de Beurnonville, avril 1880 : 20,000 fr. — Cat. A. Moreau, pp. 32, 262. Ce tableau fut exposé sous le n" 79, a l'Exposition du pavillon de Flore, en août 1878. Il existe de ce même sujet d'assez nombreuses variantes; nous les indiquons toutes successivement. — Ici, la barque se dirige vers la droite du spectateur, il y a sept figures, les lames ne cachent pas l'horizon, borné par des collines très basses. La mer est jaunâtre.

N" 1221 : Le Christ

au

pilori

gardes de Ponc

Toile. — H. o™43, L. 0^27. — Signé à droite en bas, daté : « (853 ». — Lithographie par V. Loutrel, pourla collection Moreau, dans les dimensions de : H. o'"262, L. o'"2io. — Vente Philippe Rousseau, 28 mars iBSg : 83o fr.; vente Baroilhet, 12 avril 1866: 780 fr.; vente Marmontel, 11 mai 1868 : 2,3oo fr. — Cat. A. Moreau, pp. 126, 261.

Nu jusqu'à la ceinture, le Christ est vu de dos, attaché, les poignets ficelés, au fût de la colonne infâme. Sa tète, couronnée d'épines, s'incline sur la poitrine. 11 est debout sur une plate-forme élevée d'où il domine les rues de la ville et peut voir par une arcade basse approcher les •Pilate qui viennent pour le prendre et le conduire au Golgotha.

N" 1222 : Le Christ au pilori

Pastel. — In-octavo. — Vente Ph. Burty, 1874. — Non catalogué par M. Moreau. C'est exactement lemème sujet qu'au numéro précédent, repris au pastel, sans variante.

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N° 122) ; Christ en croix

Toile. — Dimensions inconnues. — Daté: «iSSS». — Exposé au boulevard des Italiens en 1860. — Appartenait alors à M. Davin. — Non catalogué par M. Moreau. En cette année i853, Delacroix ne peint guère que des sujets religieux.

N°^ 1224, 122^, 1226 : Maréchal ferrant

1" Toile. — H. o">39, L. o'"54. — Vente Surville, 1 I avril i856 : 1,760 fr. à M. Laferrière. — Appartient à M. Abraham Schult, de Hambourg. — Cat. A. Moreau, p. 269.

2° Toile. — H. o"'5o, L. o^ôi. — N° 68 de la Vente posthume : 2,400 fr. à M. Lecomte. — Non catalogué par M. Moreau.

3° Dessin à la mine de plomb. — H. o"M6, L. o'"26. — • N°423 de la Vente posthume : 385 fr. — Au Musée du Non catalogué par M. Moreau.

^•ignettc représente le dessin; les deux toiles n'offrent guère de variante.

N"*" 1227, 1228 : Arabe à Taffùt

1° Toile. — H. o™33, L. o"'4o. — Appartient à M. Louis Dubuisson.

— Non catalogué par M. Moreau.

2° Dessin à la mine de plomb. — H. o"'2i, L. o"'27. — N° 443 de la Vente posthume, 3i5 fr. — Au musée du Louvre. ^ — Photographié par Braun. — Gravé sur zinc dans les mêmes dimensions pour

Les Dessins du Louvre, L. Baschet, éditeur. — Non catalogué par M. Moreau.

La toile a été achetée par M. L. Dubuisson à M. F. Petit ; elle est d'un effet très intense.

N° 1229 : Arabe à lafFût

Croquis à la plume. — In-quarto. — Partie du n" 453 de la Vente posthume. — Appartient à M. A. Robaut. — -Voiries numéros précédents. — Non catalogué par M. Moreau.

Ce premier jet, si rudimentaire qu'il paraisse, résume déjà toute l'action. Il nous intéresse par l'énergique expression de la tête, les fermes accents du corps, qui précisent le geste rampant du chasseur qui lutte de ruse et d'adresse avec sa proie.

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N"i25o: Chasse aux lions — Esquisse

joile. — H. o'"82, L. r"i6. — N" 148 de la Vente posthume : i,3oo tr. — Vente Riesener, 1879, retiré à 5oo fr. — Voir les tableaux aux années i85 5 et i858. — Cat. A. Moreau, p. 319.

Cette superbe ébauche est l'esquisse, avec des variantes importantes, du tableau du musée de Bordeaux, malheureusement brûlé en 1870.

N° 1 2 } I : Chasse aux lions

Toile. — Do vingt-cinq environ, — Non catalogué par M. Moreau.

Nous ne trouvons trace de cette peinture que dans les notes de ^L Piron, Delacroix l'aurait

vendue 2, 5oo francs à M, Goldschmitt.

N° 1232 : Lion au sanglier

Toile. — H, o"32, L. o"'49. — Appartient à M, A. Revenaz. — Non catalogué par M, Moreau,

Au-dessous de cet épisode, de cet exemple des fatalités du combat pour l'existence, struggle for life, comme dit Darwm, citons une lettre mélancolique de Delacroix h son ami Soulier, datée du 23 mars i85o : « La vie ne va que par soubresauts et presque toujours ce sont des chagrins. Le temps où nous vivons nous fournit une moisson plus ample que la vie n'en comporte d'ordinaire. Tristesse pour le présent, inquiétude pour l'avenir; il et se réfugier dans le souvenir est une grande consolation. Où sont nsouciance? » — Ce tableau est d'une vigueur singulière.

N" 1233 : Lionne et ses petits attaqués par un tigre

plus terribles,

Dessin à la plume, — H, o'"20, L, o"'i5. — Gravé sur bois pour le Magasin pittoresque, dans les dimensions de : H, o"'2oo, L, o™i5o. — Cat, A. Moreau, p. 80,

Un des côtés admirables du talent de Eugène Delacroix, c'est que la force qu'il trouve et qu'il interprète si bien dans les médailles antiques, il l'applique toujours h quelque sujet qu'il traite. Nous voulons dire cette force souple qui tient autant de la composition et de l'arabesque des lignes que de 1 expression par les grands traits physionomiques. Et c'est précisément parce que chez lui le geste seul sufti't h l'expression, qu'il lui faut peu d'efforts pour la mimique du visage; c'est assez dire que les accents les les rend simplement, quand tant d'autres sont obligés d'appeler la grimace

leur secours. Tout le drame ici n'est-il pas lisible dans l'attitude des animaux:

LŒUVRE DE DELACROIX

N" I2j4 : Épisodes de bataille — Deux croquis

Croquis à la mine de plomb. — H. o'"090, L. o"'i-o. — ç^ Partie du n° 456 de la Vente posthume." — Appartient à "' M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau.

Ce croquis se trouve au bas d'une feuille qui contient en outre deux simples indications au trait du même sujet. Dans l'une d'elles Delacroix a relevé énergiquement la tête du cheval au lieu de

la laisser retomber entre les jambes, en signe d'abattement ; l'animal semble ainsi prendre

part à la scène, et implorer le secours pour son maître et pour lui.

N" 123^ : Cavalier arabe en attente

Dessin à la plume. — H. o"'26, L. o"'32. — Signé à droite. On lit à gauche : « A mon cher Batta, Augerville. » — Gravé sur zinc dans les dimensions de: H. o^oqS, L. o"Mo7, pour le journal l'Art, numéro du 7 mai 1882. — Non catalogué par :."■' M. Moreau.

■ ^--- > — ^ Son «cher Batta » est Alexandre Batta, le célèbre violoncelliste avec

qui, nous l'avons déjà dit, il se rencontrait chez M. Berryer, à Augerville.

Année 1854

N° 1236: Archimède tué par le soldat de Marcellus

Toile rectangulaire. — H. o'"42, L. o'"54. — Voir à l'année 1844, n" Q17 — Vente Baroilhet, 12 mars i855 : 3oo fr.; vente après décès de M. David Michau, 1 1 octobre 1877, retiré à 83o fr. — Cat. A. Moreau, p. 256.

C'est la même composition absolument que dans le pendentif de la bibliothèque du Palais Bourbon, sauf les déplacements obligés, pour les besoins d'une forme de cadre toute différente, puisqu'à la bibliothèque le pendentif a la forme d'un hexagone curviligne irrégulicr.

Famille arabe

Toile. — Dimensions inconnues. — Exposition universelle de iS55. — Cat. A. Moreau, p. 192.

C'est la première leçon d'équitation donnée à un petit Bédouin de sept à huit ans par son père. Le cheval est alezan. Dans un coin, la mère sourit à ce spectacle.

LŒUVRE DE DELACROIX

N" 12)8 : Samson et Dalila — Ébauche

Toile. — H. o"4i, L. o^^by. — N° i igde la Vente posthume : 1,459 fr. à M. Detrimont. — Vente du marquis du Lau, 5 mai 1869 : ij/So fr. à M. Brame. — Etait en 1875 chez le peintre Daubigny, qui l'avait payé de 5 à 6,000 fr. — Cat. A. Moreau, p. 3 16.

La tonalité générale est rouge et bleue, atténuée par des jaunes et des bruns. Nous devons signaler la beauté de cette esquisse, où la disposition des groupes s'équilibre très heureusement et où l'har-

monieuse variété des tons produit une vibration très délicate.

N*" 1239 : Samson et Dalila

■jj^~ •-Jtii Croquis à la mine de plomb. — H. o"'2o, L. o"'25. — Vente '-'^"Z^' 'X posthume. — Non catalogué par M. Moreau.

i^^v!?' C"est la première pensée du tableau précédent ; le geste sent encore la recherche du style dont le maître a su débarrasser sa composition définitive, où Dalila a plus de beauté et de vraie grandeur. Il A!! semble que Delacroix, en traçant ce croquis un peu maniéré, se soit

souvenu de Michel-Ange, dont il fut si longtemps préoccupé et dont il a dit: « Michel-Ange est le père de l'art moderne. On peut reprendre et blâmer les bizarreries, les extravagances même dans lesquelles l'imitation de son style a entraîné ceux qui s'en sont inspirés sans posséder une originalité propre ; mais enfin, c'est à lui que s'arrête définitivement ce que j'appellerai l'art gothique , l'art na'îf, si l'on veut, mais l'art qui ne se connaît pas et qui entrevoit à peine cette vive lumière . qui ne brille qu'à des temps marqués. » (Etude sur Michel-Ange, Revue des Deux-Mondes .]

N° 1240 : Femmes turques au bain

Toile. — H. o™94, L. o'"78. — Signé à gauche et daté : « 1 854». Vente du 4 mars 1868 : 5, 000 fr. à M. John Saulnier. — Cat. A. Moreau, p. 274.

Il y a cinq figures. La femme qui est tout h fait au premier plan caresse un petit chien. Une autre, près d'elle, fait le geste de retirer son bas. Au second plan, h la surface de l'eau, une baigneuse nage dans une attitude d'abandon et de grâce charmante. Au fond, au pied d'un saule, où pend un vêtement, une jeune femme étendue regarde une de ses compagnes qui entre dans l'eau, en se retenant aux branches. Tout au dernier plan, deux cygnes et des charmilles. Une trouée, sur laquelle se découpent délicatement les profils des arbres, laisse entrevoir un ciel d'azur. Nul poète n'a célébré plus èloqucniment quu Delacroix en cette œuvre les délices de l'été, la fraîcheur des eaux dans l'ombre discrète des végétations puissantes. — Notre vignette a été faite d'après un dessin que nous devons à l'obligeance de M. Eugène Vergez, artiste à Bordeaux.

L'ŒUVRE DF: DELACROIX

N" 1241 : Saint Georges

Toile. — H. o'"46, L. o'"55. — Tableau acquis par la ville de Grenoble, le 24 avril i858, à la vente G. Arosa : i,25o'fr. — Musée de Grenoble. — Cat. A. Moreau , pp. 204, 261.

(( La peinture est l'art de produire l'illusion dans l'esprit du spectateur en passant par ses yeux » disait Delacroi.-v cité par Théophile Silvestre , et celui-ci ajoute très éloquemment : « Voilà pourquoi ses héros se disloquent en frappant d'estoc et de taille dans l'ardente mêlée : les chevaux, poussés en avant par le vertige du combat, viennent mourir, s'effondrer, s'abattre sur le spectateur, sanglants et fumants ; les yeux de l'homme en fureur sortent de leurs orbites; les vaincus, les victimes, suppliants, renversés, tendant les bras avec une exagération sans mesure, comme leur désespoir. La main qui excite à la révolte, commande le supplice ou lance la malédiction, grandit encore sous les touches du pinceau, poussées à fond comme des coups d'épée. Le but n'est pas seulement atteint, il est traversé. C'est que la nature se livre parfois elle-même à ces débordements, emportée par ses propres lois. Examinez la foule au moment où un chariot vient d'écraser un passant, dans les rues encombrées, un enfant, une femme ; on sent dans l'air un frisson tragique : l'effroi, la pitié, la colère, allument les yeux, tordent les bouches, écarquillent les mains et font avancer les tètes sur les cols allongés. L'équilibre anatomique a reçu une irrésistible secousse. Qu'est devenue la régularité ordinaire des proportions dans les physionomies, dans les mouvements ; qu'est devenue surtout cette délimitation froide et dure appelée ligne ou contour. La liberté sans frein des émotions naturelles a tout bouleversé ? » — Nous devons à M. Félix, de Grenoble, la communication du dessin qui a servi à exécuter notre vignette.

N° 1242 : Chasse aux lions

Toile. — H. 2™6o, L. 3'"6g. — Au Musée de Bordeaux.

— Brûlé en partie en 1870. — Voir Tesquisse à l'année 1853 et les variantes aux années i855 et i858. — Cat. A. Moreau, p. 200.

Ce tableau, peint en 1854, acheté 10,000 francs par l'Etat et donné par lui à la ville de Bordeaux, a été à peu près complètement détruit en 1S70, dans l'un des incendies successifs de la mairie de Bordeaux, où se trouvait installé le Musée.

— Heureusement, il en reste une esquisse qui avait été acquise à la vente après décès de Delacroix, par Riesener, pour la somme de i,3oo fr. (Voira l'année i853, n"^ i23oet

i23i.)En ces derniers temps, M. Andrieu en a fait une répétition au moyen des documents qu'il a pu se procurer. Le gouvernement en a fait l'acquisition et l'a donné au Palais-Bourbon. « La chasse au lion est le plus effrayant pèle-mèle de lions, d'hommes, de chevaux; un chaos de griffes, de dents , de coutelas, de lances, de torses, de croupes, comme les aimait Rubens ; tout cela d'une couleur rutilante et si pleine de soleil qu'elle vous fait presque baisser les yeux. Nous ne savons pas ce que dirait Jules Gérard de cette manière d'attaquer le lion. Quant à nous, nous en sommes fort contents, c'est de l'énergique et vaillante peinture. » (Th. Gautier. Les Beaux-Arts en Europe.) Sensiblement , il n'y a pas à le méconnaître, ces Chasses sont inspirées des Chasses de Rubens; mais si elles en évoquent le souvenir, si elles en ont la furie héroïque, elles témoignent d'un plus scrupuleux respect de la réalité.

LCEUVRK DE DELACROIX

N" 124^ : Chasse aux lions. — Variante

Croquis à la mine de plomb. — H. o^iôS, L. o'"222. — On lit en haut à gauche : « 3o juillet 54, soir. » — Vente posthume. — Appartient à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. En 1854, il écrit h M. Andrieu : a Pour moi, pendant que nous travaillerons à Saint-Sulpice, j'essaierai de mener de front un tableau pour W l'Exposition. Mon projet serait de vous établir à l'église comme chez vous et de vous laisser marcher comme si vous faisiez votre propre tableau. Moi. pendant cela, je serais parmi les lions et les Arabes, ni'escrimant de mon côté.

N° 1244 • Falaises de Fécamp

Peinture sur bois. — H. o™i6, L. 0^20 environ. — Appartient à M. Lambert de Sainte-Croix. — Non catalogué par M. Moreau.

C'est une mignonne peinture exécutée, non sur nature, mais d'après des études. La facture en est superbe. Les lumières, hardiment empâtées, donnent une puissance d'efi'et singulière aux nuages et à la mer. Trois ou quatre figures animent les premiers plans, une entre autres sur la droite, apparaît vêtue d'une vareuse rouge

par la note \ ive de sa couleur, cette partie la plus sombre du tableau.

N° 124^ : La mer vue des hauteurs de Dieppe

Toile. — H. o'"35, L. o'"5i. — N" 98 de la Vente posthume: 3,65ofr.à M. le comte Duchâtel. — Exposition d'Alsace- Lorraine en 1874. — Cat. A. Moreau, p. 3i5.

Cette petite toile est un chef-d''œuvre de lumière et de couleur, comparable à ce que le prodigieux Turner a fait de plus merveilleux. Th. Silvestre comparant la dernière manière de Delacroix à celle du peintre anglais, ajoute : « Il n'y a pas là pourtant la moindre imitation du maître anglais par le maître français; notons seulement, chez ces deux grands peintres au déclin de la vie, des inspirations de couleur à peu près analogues. Ils s'élèvent de plus en plus dans la lumière, et la nature, perdant de jour en jour sa réalité, devient une féerie. Turner arrivait sur la fin de sa carrière aux décorations factices et aveuglantes du théâtre. Il s'était mis en tête, à tort ou à raison, que les artistes les plus illustres de toutes les écoles, sans excepter les Vénitiens, étaient restés bien au-dessous de l'éclat pur et joyeux delà nature, d'un côté en assombrissant les ombres par convention, et, d'un autre côté, en n'osant pas attaquer franchement toutes les lumières que leur montrait la création dans sa virginité. Aussi essaya-t-il les colorations les plus étranges et les plus brillantes. Delacroix, homme plus ardent encore et plus positif que Turner, n'a pas poussé si loin l'aventure; mais, comme l'artiste anglais, il est insensiblement monté d'une harmonie grav

violoncelle, à une harmonie claire comme les accents du hautbois

grave comme les sons du

N" 1246 : Baigneuse

Toile. — H. o'"290, L. o^SiS. — Vente Villot, 25 janvier 1864 : 570 fr.; vente Van Cuyck, 7 février 1866: 990 fr.; vente du marquis de Lambertye', 17 décembre 1868': 7,800 fr. — Appartient à M. F. Bischoffsheim. — Cet. A. Moreau, p. 282. Nous rectifions une erreur de dimension qui a échappé h M. A. Moreau. Il donne : H. o"'94, L. ©""yS. C'est un ravissant tableau de chevalet, que ne dépare aucune négligence; il est d'une touche preste, vive, habile; les figures sent traitées avec une grande délicatesse et le paysage est d'une exécution très soignée. iVoir le n° suivant.) — « En présence d'un objet véritablement beau, un instinct secret nous avertit de sa valeur et nous force à l'admirer en dépit de nos préjugés et de nos antipathies. Cet accord des personnes de bonne foi prouve que SI tous les hommes sentent l'amour, la haine et toutes les passions delà même manière, ils sont émus également en présence de la beauté. » (Qitestions sur le beau.)

N" 1247 : Suzanne au bain. — Ébauche

Toile. — H. o'"3o, L. o"'24. — N° 118 de la Vente posthume: 3 1 5 fr. à M. Fabius Brest. — Non catalogué par M. Moreau.

Ce tableau offre une grande analogie avec la Baigneuse, que nous avons décrite au n" 1246. Mais ici s'est introduit a gauche un troisième personnage, qui soulève les draperies qui voilaient le beau corps de la baigneuse. Il tient la place du socle de marbre et du charmant petit chien qu'on y voyait juché dans l'attitude la plus provoquante. Enlevée avec une admirable liberté d'esprit, cette ébauche nous rappelle les conseils donnés par Delacroix : « Ne travaillez pas quand vous êtes indisposé, et lorsque vous vous remettez à l'œuvre après avoir été malade, ne travaillez pas trop la première fois. Arrêtez-vous sitôt que vous vous sentez fatigué. Reposez-vous souvent. Si l'entrain vous prend, abandonnez-vous; mais il faut être déjà fort habile pour aller ainsi. Il arrive souvent qu'en pleine verve on gàtecertains travaux; arrêtons-nous alors, et attendons un meilleur moment.» iSouvenii-s manuscrits de M. Planet.j

N" 1248 : Lion debout s'apprêtant à bondir

éclaire la robe kiuve de

Toile. — H. o'"2 7, L. o'"35. — Signé vers la droite, non daté. ^ Vente Bonnet, i853; vente Laurent -Richard, 7 avril 1873 : 8,3oo fr. à M. Durand-Ruel; nouvelle vente Laurent-Richard, mai 1878 : 2,905 fr. à M. Henri Hecht. — Cat. A. Moreau, pp. 281, 282.

Le catalogue de la deuxième vente Laurent-Richard décrivait ainsi ce lion : « Il sort d'un creux de rocher, la tète haute, le regard fixe. Ployé sur ses pattes nerveuses, il se raidit comme pour préparer un bond. Le ciel est bleu foncé, et le soleil imal. » — Le tableau manque un peu de souplesse.

LŒUVRE DE DELACROIX

N" 1249: Lion guettant sa proie

Toile. — H. o'"24, L. o^'l-ia. — Signé au bas, à gauchie. — Vente de Schwabacher, mai 1874 : j,25o fr. ; vente Laurent-Richard, 1878: 3,260 fr. à M. Dollfus. — Non catalogué par M. Moreau.

n Les reins ployés, l'œil en feu, il rugit près de son antre, comme à l'approche de l'ennemi». Cette description du catalogue Laurent-Richard n'est peut-être pas tout à fait exacte, si nous comparons cette toile au croquis suivant, dont le geste révèle une intention pareille, et que Delacroix définit en trois mots. C'est, à n'en pas douter, un lion qui guette une proie.

N" 1250: Lion guettant sa proie

Croquis à la plume. — H.o"'i.^, L. o™20. — Ecrit au bas: «Regardant des gazelles.» — Non catalogué par M. Moreau.

La disposition est à peu de chose près la même que celle du tableau précédent. La note autographe du maître détermine bien le sujet, sur lequel certains amateurs se sont trouvés en désaccord. Quelques-uns même y ont trouvé un lion en rut. — Tout est bonheur chez les grands artistes : il n'est pas jusqu'à ces trois mots écrits à gauche qui ne contribuent h rétablir l'équilibre de la composition.

N° 12^1 : Lionne en marche, vue de dessus

Croquis à la mine de plomb. — H.o'"io, L. 0^09. M. Moreau.

Non catalogué par

Delacroix affectionne tout particulièrement cette façon de voir de dessus les animaux, afin d'en développer dans toute leur puissance les lignes serpentines. Ils descendent des montagnes ou les gravissent avec un jeu de muscles étonnant ustesse et en tout cas très vital, dont le rendu suppose une mémoire ou une science rare.

Études de lions

i" Lion malade. — Croquis à la mine de plomb. — H. o™iq, L. o'"28. — Non catalogué par M. Moreau.

2" Lion en marche. — Croquis au pinceau. ■ — ■ Non catalogué par M. Moreau.

A aiicune époque de sa vie, Eugène Delacroix se considérant toujours comme un élève, ne négligeait la moindre occasion de dessiner et d'apprendre. Pour étudier les fauves, il visitait les ménageries, les laboratoires de dissection et travaillait de compagnie, rivalisant d'ardeur avec son ami Barye; mais il avait un tel sentiment de la vie, qu'il ne pouvait s empêcher d'animer ses squelettes. Toujours son trait s'ondule et vibre.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N"M2^'4, 12^',- : Études de détails

i" Deux croquis à la mine de plomb sur une même feuille. — Format in-folio. — Non catalogué par M. Moreau. 1" Aquarelle. — Format in-octavo. — Appartient à M. Heyrauld. — Non catalogué par M. Moreau.

Infatigable dans la poursuite du mouvement, Delacroix a réalisé souvent les mêmes études par les procédés les plus divers, crayon, plume, sépia, aquarelle. Notre vignette reproduit les deux croquis; quant h l'aquarelle, qu: est exécutée avec une conscience absolue, elle n'est qu'une répétition coloriée du premier de ces croquis.

N° 12^6 : Lion mort, debout. En bas, une tête de squelette

Croquis à la mine de plomb. — H. o"'i8, L. 0^27. — Ecrit au bas : « Mort. » — Non catalogué par M. Moreau.

N° 12 ^'7 : Lions et lionnes. — Études

Croquis à la mine de plomb. — Vente Forget. — Non catalogué par M. Moreau.

N°^ 1258, 12)9: Tigre prenant sa course

i°Croquis à la mine deplomb. — H. o"^\~, L. o'"24. — Appartenait à M. G. Arosa. • — Non catalogué par M. Moreau.

Tous ces croquis, qui offrent h un tel degré l'imprévu et le charme de la vie, ne peuvent se retrouver que sous la main d'un artiste ayant profondément observé et sans cesse étudié.

2" A l'Exposition des dessins du siècle, organisée en 1884, à l'Ecole des Beaux-Arts, figurait un autre dessin de ce même tigre, sur feudle in-quarto; il appartenait à M. René-Paul fluet.

N" 1 2Ô0 : Tigre assis guettant une proie

Dessin à la plume. — H. o'"i70, L. o"'225. — Ecrit au bas à droite : « Eugène Delacroix à Alexandre Batta, petit souvenir reconnaissant pour le plaisir qu'il m'a fait. Augerville, mai 1854. )i — Non catalogué par M. Moreau.

C'est un dessin très soigné; l'exécution en est très simple, parce que toutes les parties sont éclairées en pleine lumière. Cela n'empêche pas. toutefois, cette exécution d'être variée; on dirait d'un bas-relief taillé au marteau.

N""" 1261, 12Ô2, 126}, 1264 : Ecorchés de panthères

i" Croquis à la mine ^^i-^ de plomb. — H . o"' 1 7, L. o™27. — tcrit au bas : '( Panthère. >< — Non catalogué par M. Moreau. 2° Croquis à la mine de plomb. — H. o'"i 2, L. o'"22. — Non catalogué par M. Moreau.

3" Croquis à la minede plomb. — H. o'"o8, L.o'"24. — Noncataloguépar M. Moreau. 4" Croquis à la mine de plomb. — H. o"'i5, L. o'"2o. — Non catalogué par M. Moreau. Tous ces croquis sont animés ; toujours l'action, le mouvement, la vie jusque dans la mort.

N° 126) : Vieux cheval hiissé pour mort

'^Q^p^fr ^^^^'vj. Croquis à la mine de plomb. — H. o'"i i, L. o'"26. — Daté: « 24 août ^^|^^^7°^gi. 54, Dieppe. » — Reproduit en fac-similé par A. Robaut, n° 3 i, dans "^^^^^^s^E^ les dimensions de : H. o^ii, L. o"'26. — Vente posthume à ^^^ *'"' M. Luquet. — Non catalogué par M. Moreau.

Nous disons : 0 Vieux cheval laissé pour mort, » et non pas tout simplement : n Cheval mort «, parce que, parait-il, Delacroix aurait vu le misérable animal se relever sous les coups de fouet trois jours après qu'il en avait fait le croquis.

N° 1266 : Animaux divers. Cheval, paons, cygne

Croquis à la plume. — H. o'"24, L. o"'35. — Ecrit : « Samedi 27 mai 54. » — Non catalogué par M. Moreau.

Il est très rare qu'on ne retrouve employés dans l'une des nombreuses toiles du maître, les multiples croquis qu'il nous a laissés. Ici, la jument rappelle celle qui figure dans les tableaux d'Ovide: les paons, le cygne, se rencontreront aussi utilisés au hasard de son œuvre. ur cela que ses moindres dessins ont un incontestable intérêt. Montrons aussi la page est habilement couverte, et comme les divers croquis s'y pénètrent, de 'i pondérer leurs masses et balancer leurs lignes.

C'est po

comme

manière

N" 1267 : Aigle. Face et profil

Croquis à la mine de plomb. — H. o"'o8o, L. o'"i i5. — Non catalogué par M. Moreau.

Dans ces croquis, le côté supérieur est saisi avec une justesse parfaite. Au premier regard, on voit que ces ailes, de proportions démesurées, sont construites pour supporter un poids bien autrement lourd que celui de l'animal, lorsqu'une heureuse rencontre lui a mis une bonne proie dans les serres.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

OQ

N° 1268 ; Un quai à Dieppe

X Croquis à la mine de plomb. — H. o'"i8, L. o'"34. — T Ecrit au bas : « Dieppe, du quai Duquesne, 2 sept. 54 >>. - Non catalogué par M. Moreau.

faire

A chaque saison qu'il faisait au bord de la mer, Delacroix habitait sur le quai Duquesne, n" 6. De sa fenêtre il voyait la mer et le mouvement des navires, qui est pour lui n la grande afcomme il dit dans une lettre, du 2 septembre 1854, à madame de Forget.

N" 1269 : Bateau en réparation

Croquis à la mine de plomb. — H. o'"23, L. o'"]8. — Daté: u 2 i sept. 54 ». — Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau.

Des matelots sont occupés à calfater un bateau en réparation dans le port de Dieppe. Que d'études de détails, poulies, cordages, mâtures, etc., faites avec une admirable patience par le maître, avant qu'il réalise les scènes que sa trrande imagination méditait. Delacroix travaillait par tempérament, non seulement dessinant, mais aussi prenant des notes. Nous relevons, à côté d'un croquis représentant des vagues, les quelques lignes suivantes : « Mer tranquille vue de face — semblable aux sillons des champs, lorsqu'on a coupe l'herbe et qu'on l'a posée sur le dos des sillons. Le ton de la demiteinte de la mer jaune transparent verdàtre, comme de l'huile, taches bleuâtres comme de l'étain avec l'aspect métallique et luisant. C'est la reflexion du ciel dans les flaques d'eau ; les bords sont très brillants et argentés et le milieu est bleuâtre. Ou bien les bords sont bleu étain et le milieu couleur de sable. Ces tons couleur de sable se voient souvent dans la mer. Le sable du bord de la mer toujours plus foncé que celui qui est vm peu plus éloigné, parce qu'il est plus mouillé. >>

N"'' I2JO, 1271 : Barques et bateaux

1° Deux barques au port de Dieppe. — Croquis rehaussé d'aquarelle. — H. o'"22, L. o"'34. — Daté : « 1 '^'' sept. i. — Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau.

2° Bateau de pèche. — Croquis d'aquarelle., — H. o"'225, L. o"'355. — Ecrit : ' i5 sept., vendredi... Isabev et Chenavard. » — Non catalogué par M. Moreau. Tout en poursuivant cette variété d'études et d'observations, Delacroix retrouvait au spectacle de la nature et de ses aspects grandioses le repos de la pensée, la sérénité des sens et l'apaisement de son imagination maladive. Ainsi écrivait-il : « Voilà depuis quelques jours que je déjeune; je dis un peu moins de mal de mon siècle et de l'humanité; je me réveille assez gai, grand symptôme, et point effrayé à l'avance de la journée dont il va falloir traîner le poids; enfin je me vois tout prêt à être comme tout le monde. Etre comme tout le monde! N'oilà la vraie condition pour être heureux.» [Lettres, édiiion Burty.^

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