‹ L'œuvre complet de Eugène DelacroixChapitre 64 sur 97 · LA CHAPELLE DES SAINTS ANGES · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE DES SAINTS ANGES

Peintures décoratives exécutées dans une chapelle de l'église Saint-Sulpice, ù Paris.

La décoration à fresque de la chapelle des Saints-Anges, commencée en iS53, ne fat réellement mise en voie d'exécution qu'en iSSj, et c'est pourquoi nous l'avons cataloguée sous la rubrique de cette année; elle fut terminée seulement en 1861. Elle comprend deux grands panneaux consacrés, l'un h la « Lutte de Jacob avec l'Ange », l'autre à « Héliodore chassé du Temple », puis quatre figures d'anges placées dans les ecoinçons de ces panneaux cintrés du haut : entin un plafond représentant : n Saint Michel terrassant le démon. » Cette décoration fut payée 20,000 fr. Le « Jacob luttant avec l'Ange » et « l'Héliodore chassé du Temple », sont traités dans le meilleur esprit décoratif. Malgré la perspective obligatoire du paysage dans le premier et de l'architecture dans le second, on sent derrière la peinture la résistance d'une épaisse muraille. L'œuvre de l'artiste voile la pierre, elle n'y perce pas d'ouverture factice. C'est que la peinture murale n'obéit pas aux mêmes lois que la peinture à l'huile : elle est un ornement, rien de plus. Si le trompe-l'œil est déjà dans un tableau un solécisme grossier, dans la peinture décorative il devient un barbarisme sans excuse. Il est essentiel que la surface reste et paraisse plane. La peinture murale joue un rôle plus élevé, mais analogue à celui qui jadis était réservé aux tapisseries de tenture dans le décor des habitations. Delacroix n'est donc pas tombé dans la faute de la plupart de nos peintres de chapelles et de salles de mairie. Sans diminuer en rien la valeur expressive de son admirable talent, il a su toujours, et surtout dans cette dernière création de son génie, rester le plus grand de nos décorateurs. Quand je songe h la froideur avec laquelle cette œuvre fut accueillie et h la résistance que notre public oppose encore à ce grand maître, je me reporte aux mélancoliques paroles que Delacroix lui-même, comme de pressentiment, écrivait a propos de la copie du Jugement dernier, par Sigalon, qui se produisit, dans la morne indifférence de tous: 0 A qui faut-il s'en prendre de cette indifférence coupable? Doit-on se dire que les beaux ouvrages ne sont pas faits pour le public et ne sont pas appréciés par lui. et qu'il ne garde ses admirations privilégiées que pour de futiles objets? Serait-ce qu'il sent, pour toute production extraordinaire, une sorte d'antipathie, et que son instinct le porte naturellement vers ce qui est vulgaire et de peu de durée ? Y aurait-il dans toute œuvre qui semble, par sa grandeur, échapper au caprice de la mode, une condition secrète de lui déplaire, et n'y voit-il qu'une espèce de reproche de l'inconstance de ses goûts et de la vanité de ses opinions? ou bien le public n'est-il tout simplement qu'un juge indolent qui voit indifféremment passer devant ses yeux les plus sublimes et les plus mesquines productions et n'y trouve autre chose que l'aliment d'une aveugle curiosité? »

N" i^^9 : Lutte de Jacob avec Fange

Fresque. — H. j™i5, L. 4'"85. — Photographié parMichelez pour la ville de Paris. — Gravé sur bois pour la Galette des Beaux-Arts, en 1861, dans les dimensions de : H. o'"2io, L. o^iSo; pour le Magasin pittoresque, en i863, dans les dimensions de : H. o'"286, L. o"M55; pour le Journal illustré des Deux-Mondes, dans les dimensions de H. o'"3o5, L. o^aio. (Le même bois fut réduit pour un tirage postérieur aux dimensions de: H. o"'2j5, L. o^igS.) Une autre gravure sur boismesure : H. o'^aoS , L. o"M40. — Gravé à l'eau-forte par G. Greux pour ÏArt, n° 366, 1882, dans les dimensions de : H. 0^293, L. o"Mq2 (il existe un état d'épreuve de remarque). — Cat. A. Moreau, pp. 223, 146.

Quelle grandeur dans la lutte de Jacob avec l'ange ! Toute l'importance décorative , ici, est laissée au paysage, un paysage solennel en sa simplicité . formé de trois chênes aux troncs

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immenses. L'énorme végétation oppose la puissante tranquillité de ses ombres paisibles au poudroiement lumineux des troupeaux disparaissant dans la perspective profonde des vallées tournantes, incendiées par la lumière du soleil levant. Au bord du gué qu'il vient de franchir, au pied du tertre élevé où s'agrafent les chênes géants, impassibles témoins du duel mystérieux, la lutte de Jacob et de l'ange touche à son terme. Une dernière fois, Jacob, tête baissée, se rue comme un bélier contre son adversaire inconnu. Sans efl'ort, d'un simple geste, celui-ci arrête le combat; il lui suffit de toucher au nerf sciatique le serviteur de Laban, celui qui s'appellera désormais Israël. — C'est ce dernier geste que Delacroix a représenté; avec quelle science, on en peut juger par la gravure d'ensemble et les dessins d'étude que nous reproduisons. Nous voilà loin des rixes d'énergumènes dont un peintre contemporain, reprenant le même sujet, nous a donné le bas spectacle. — Et avec quelle aisance la patiente volonté du maître a su assouplir ce procédé de la cire qui devait, croyait-on, s'opposer a la fougue de sa main ! Il lui a communiqué la flamme de son génie résolu.

N" I ^40 : Héliodore chassé du temple

Fresque. — H. 7"M5, L. 4'"85. — Photographié par Michelez pour la ville de Paris. — Gravé à l'eau-forte par L. Flameng pour la Ga:^ette des Beaux-Arts, 1861, dans les dimensions de : H. o^iqS, L. o"M45. — Gravé sur bois pour le Monde illustré, en 1862, dans les dimensions de : H. o'"3i5, L. o'"220. — Gravé sur bois pour le Musée des Familles, i863, dans les dimensions de : H. o"'294, L. o'"i40. — Gravé à l'eau-forte par Gustave Greux, pour l'Art, 1882, dans les dimensions de : H.o'"282, L. o™i89. — Cat. A. Moreau, pp. g3, 223.

En regard de l'architecture somptueuse et tourmentée des grands arbres du Jacob, Eugène Delacroix place ici l'architecture somptueuse aussi, mais régulière, du temple de Jérusalem. L'admirable artiste! que de soin, que d'intelligence il apporte en tous ces calculs de contrastes ! Voici maintenant qu'à la simplicité de la composition dans le Jacob, où il ne met en scène que deux figures, il oppose, dans l'Héliodore, le fracas de sept grandes figures et de treize figures secondaires. Sur l'un des paliers du temple, parmi les orfèvreries du trésor dont il a voulu s'emparer, le lieutenant de Séleucus Philopator vient de rouler sous l'atteinte du « cheval brillant et magnifique, monté par un cavalier terrible. » Il est terrible, en efîet, ce cavalier, et terriblement beau dans son implacable sérénité d'exécuteur des œuvres divines, superbe sous l'armure de pourpre et d'or, levant d'un grand geste le sceptre du commandement, conduisant à rênes lâches, du genou, la noble bête, qui, sans fureur, d'un mouvement cadencé, automatique, comme on accomplit un devoir, pétrit de l'un ou de l'autre sabot alternativement, la poitrine du profanateur. Sous les regards du grand prêtre Onias, des femmes, des enfants, des soldats terrifiés, deux anges, sous la figure de jeunes hommes <( pleins de force et de beauté, » ajoutent au châtiment la dure fustigation de grandes verges d'airain. Rien, si ce n'est l'oeuvre elle-même ou ses reproductions, ne peut donner une juste idée de cette composition héroïque, de sa majesté, malgré le vertige du mouvement, de son ordonnance savante et puissante dans un tourbillon de vie et d'action. La beauté du cavalier est incomparable. — Ce qui étonne surtout, c'est que la décoration de la chapelle ait conservé tant de grandeur et d'unité dans les conditions déplorables où elle fut exécutée. Commandée en 1849, elle ne put être commencée qu'à la fin de l'année i853, et dès lors fut constamment interrompue et reprise. La débile santé du maître s'accommodait mal du travail pénible qu'exige la peinture à fresque, dans une chapelle sombre et humide. Une fois, il eut à réimprimer lui-même les murs, en refaisant l'ébauche qu'il trouvait imparfaite; il dut alors employer tant de blanc, qu'il en ressentit les premiers symptômes de coliques de plomb. Le froid, l'obscurité le chassaient sans cesse de la chapelle; mais il s'en consolait et écrivait : 0 Les gens affligés d'une petite santé, comme moi, contractent à la longue l'habitude de ces interruptions et apprennent à tendre le dos à la nécessité. »

(EUVRE DE DELACROIX

N" 1541 : Plafond. Saint Michel terrassant le démon

Fresque ovale. — H. ou petit diamètre, 3™84, L. ou grand diamètre, b"^j?. — Photograpliié par Michelez pour la ville de Paris. — Cat. A. Moreau, p. 22?.

Des trois parties de la trilogie, la moins parfaite est le plafond. La surface n'est pas suffisamment remplie; le rocher qui porte le groupe de saint Michel et du démon, semble d'une dimension démesurée, sans proportion avec l'exiguité des figures. Quant au démon lui-même , il rappelle vraiment par trop le diable légendaire, cornu, griffu, velu, le nez en bec d'aigle, le

^^ (Il

sourcil en accent circonflexe sous sa couronne d'or. A la composition définitivement adoptée, je préfère de beaucoup, dans sa donnée générale, celle dont il existe un fort beau dessin (voir le n" 1288) où les figures, bien plus importantes, remplissent davantage la surface à décorer. Apparemment, Delacroix aura craint de trop surcharger le plafond en multipliant le nombre des personnages ou en les grandissant. D'ailleurs, l'avouerai-je, il me semble que l'exécution même de saint Michel trahit une certaine fatigue chez l'artiste ; il s'en serait rapporté à la main de son praticien que je n'en serais pas étonné : cela se sent au parallélisme timide et au dentelé symétrique des ailes de l'archange. Ce qui reste admirable en cette composition, c'est le mouvement planant du saint vainqueur, léger et robuste à la fois et d'un dessin superbe, fort et ressenti. Les deux principales compositions de la chapelle des Saints-Anges sont une vigoureuse revanche des faiblesses relatives que nous avons dû signnlei- dans le saint Michel terrassant le démon.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N"* 1)42, 1)45, IH4' ^H) • QU'^^^i"^ figures d'anges pour les écoinçons

— Dimensi(jns

Quatre fresques en gnsiiil plus grandes que nature.

Voici le texte de l'Invitation imprimée, datée du •2Q juin 1 86 1 , où Delacroix donne lui-même le motif de ht décoration : n M. Delacroix vous prie de vouloir bien lui faire l'honneur de visiter les travaux qu'il vient de terminer, dans la chapelle des Saints-Anges, à Saint-Sulpice. Ces travaux seront visibles au moyen de cette lettre, depuis le mercredi 21 juillet jusqu'au samedi 3 août, inclusivement, de I heure à 5 heures de l'après-midi. — Première chapelle h droite en entrant par le grand portail. — Plafond : L'archange saint Michel terrassant le démon. — Tableau de droite : Hèliodore chassé du temple. S'étant présenté avec ses gardes pour en enlever les trésors, il est tout à coup renversé par un cavalier mystérieux: en même temps deux envoyés célestes se précipitent sur lui et le battent de verges avec furie jusqu'à ce qu'il soit rejeté hors de l'enceinte sacrée. — Tableau de gauche : La lutte de Jacob avec l'ange. Jacob accompagne les troupeaux et autres présents à l'aide desquels il espère fléchir la colère de son frère Esali. Un étranger se présente qui arrête ses pas et engage avec lui une lutte opiniâtre, laquelle ne se termme qu'au moment où Jacob, touché au nerf de la cuisse par son adversaire, se trouve réduit à l'impuissance. Cette lutte est regardée, par les livres saints, comme un emblème des épreuves que Dieu envoie quelquefois à ses élus.» {Lettres, édition Burty.)

Année i858

N° i)4ô : Les bords du fleuve Sebou

71 Toile. — H. o'"5o, L. o"'6o. — Signé a droite et daté: «1858». — • Salon de iSSg. — Autographié à la plume par A. Robaut, et cliché dans les dirrlensions de : H. o"'o88, L. o™io8.pourle catalogue de la Vente C. Dutilleux. — Vente marquis du Lau, 5 mai 1866 : 6,5ooL; vente M. L., 14 mai 1873, 5,5 5 5 fr.; vente C. Dutilleux, 1874: 6,750 fr. à M. Malinet. — Cat. A. Moreau, pp. igS, 274. Six Marocains se baignent à l'un des tournants du fleuve peu g^g^gi^^gK;^^^^Z ;~'i^E3 profond. Au premier plan à gauche débouche un cavalier qui va faire rafraîchir son cheval.Tout auprès, un baigneur étendu se repose. Sur l'autre rive, un cheval, conduit par la bride, a déjà le pied dans l'eau.

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N° i}4y '■ Passage d'un gué au Maroc

très éclectique a chez lui

Toile. — H. o'^.iq, L. o'"7!i. — Vente San-Donato, 26 février 1870 : 14,800 fr. à M. Petit. — Appartient à M. Kums, d'Anvers. — Cat. A. Moreau, p. 275.

Composition admirable, en somme, par l'intelligence de la mise en scène, le naturel et la grandeur simple de l'action, la gaité de la lumière et des colorations. Les groupes du fond, et principalement celui des trois cavaliers qui causent en franchissant la rivière, sont d'une ordonnance parfaite. On comprend que M. Kums, l'heureux possesseur de ce tableau, proclame Delacroix 0 le premier peintre du monde. » Pourtant, cet amateur delà peinture d'un tout autre caractère.

N" 1548 : Matelots poussant un bateau

Toile.

H. o'"o8o, L. i"'oo. — Signé et daté : « i858 «.—Exposition des Cent Chefs-d'Œuvre,n°36, sous ce titre : « Côtes du Maroc. » — Appartient à M. Goldschmitt. — Non catalogué par M. Moreau.

Ce tableau est encore connu sous un autre titre: «Naufragés poussant un bateau h la côte. » Au premier plan, sept matelots arabes tirent, sur le rivage, une grande barque; h droite et à gauche, des indigènes assistent au spectacle de leurs efforts. Au fond apparaissent de hautes montagnes, au sommet desquelles se dresse une ville illuminée par le soleil. Delacroix a repris souvent cette composition en variant les détails (Voir les n°^ i i94et i igS). Cette composition lui fut inspirée par une aventure qui lui arriva avec son cousin M. Bornot, près de Fécamp. Voyant des marins, hommes et femmes, faire des efforts inutiles pour tirer une barque sur le sable, le maître et son ami s'unirent aux travailleurs. La besogne achevée, « eh bien, » dit Delacroix tout en nage, 0 j'ai trouvé un beau sujet de tableau. »

Chasse aux lions

Toile. — H. 0^76, L. o"'98. — Daté. — Photographié. — Voir aux années i833 n° 485, 1854 n°'* 1242 et 1243, i855 n"^ 1278 et 1279; '^'O^'" aussi le n° suivant. — Non catalogué par M. Moreau.

Cette toile n'a d'autre rapport avec le tableau du musée de Bordeaux que l'analogie du sujet; la composition est entièrement nouvelle. La mêlée n'est pas moms ardente, moins furieuse, mais les groupes sont disposés d'une façon plus claire. — « Cet homme », dit Baudelaire en parlant de Delacroix, <i me donne quelquefois l'envie de durer autant qu'un patriarche, ou d'être ranimé à temps pour assister aux enchantements et aux louanges qu'il excitera dans l'âge futur. '■

L'ŒUVRE DE DELACROIX

Chasse aux lions. — Variante

Toile. — H. o"^72, L. 0^98. — Vente Durand-Ruel, 3o mars i863: 4,700 fr.; vente du comte d'Aquila, 10 février 1868: i4,5o5 fr. — A appartenu à M. Faure. — Voir aux années i833, 1854, i855 et le numéro précédent. — Cat. A. Moreau, p. 280.

C'est encore une nouvelle variation sur un thème cher h Delacroix. Un lion et sa lionne ont surpris un groupe d'Arabes. Tandis que la femelle s'attache à la croupe du cheval qu'elle a couché sur le sol avec son cavalier, le mâle maintient entre ses pattes puissantes un des chasseurs renversés. Celui-ci s'efforce vainement de percer de son épée le flanc de l'animal. Mais tous ses compagnons accourent à son aide; l'un se glisse au ras du sol pour surprendre le lion par un coup porté en dessous; les autres viennent par derrière l'arme au poing. Le fauve retourne la tète vers eux, avec inquiétude; il sent que la lutte est inégale. Parmi les figures de cette composition, nous en signalons une, au fond h droite, que les dimensions de notre vignette laissent à peine voir; c'est un Arabe étendu sur le ventre, les bras jetés en avant, le corps placé entre les jambes de celui qui, de la main droite , élève un javelot en l'air et tient un bouclier de la main gauche.

N° 1^)1 : Le repos d'Hercule

Toile cintrée du haut. — H. o'"32, L. o'"40. — A appartenu à M. Monjean. — Non catalogué par M. Moreau. Cette toile, qui est une variante d'un des tympans du Salon de la Paix à l'Hôtel de Ville, avait été commandée à Delacroix par Constant Dutilleux, pour la Société des Amis des Arts d'Arras. Elle ne fut livrée qu'en i858. — Elle fut payée 3oo francs et gagnée h la loterie par M. Louis Sauvaige, artiste peintre h Lille, qui l'a cédée plus tard à M. Francis Petit. Voir au sujet de cette toile la lettre écrite par le maître à Constant Dutilleux, en date du 3o janvier i858 : « C'est une réduction modifiée de l'Hercule se reposant de ses travaux au pied de ses fameuses colonnes: c'est un des sujets que j'ai peints dans le Salon de la Paix, à l'Hôtel de Ville. » {Lettres^ édition Burty.)

N" 1)^2 : Tigre jouant avec une tortue

a préciser les

Toile. — De dix environ. — Appartenait à M.Fanien, en 1872. — Non catalogué par M. Moreau.

Pour donner plus de relief et d'expression dans le mouvement à ses animaux, Eugène Delacroix les peint comme s'il les voyait, non pas de loin, parce qu'alors les profils se confondent pour ainsi dire dans un plan géométral, mais de près et en plongeant le regard tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du modèle. Il obtient ainsi des lignes qui se pénètrent en sens divers et s'enveloppent de manière accents de la forme et à en augmenter l'ampleur.

N" I ^ ^ 3 • Saint Sébastien secouru par les saintes femmes

Toile. — H. o"'36, L. o'"45. — Signé au bas à droite et daté: «i858'i. — Gravé à Teau-forte par L. Flameng, dans les dimensions de : H. 0^098, L. o"'i32 pour la Galette des Beaux-Arts, i&5g, et le catalogue de la vente Laurent- Richard. — Vente Kalil-bey, 16 janvier 1868 : 10,000 fr.; vente Laurent-Richard, 7 avril 1873 : 3i,5oo fr. — N° i53 de TExposition Durand-Ruel, 1878, à M.Perreau. — Cat. A. Moreau, pp. 97, 176 note.

0 L'imagination de Delacroix! celle-là n"a jamais craint d'escalader les hauteurs difficiles de la religion; le ciel lui appartient, comme l'enfer, comme les guerres, comme l'Olympe, comme la volupté I), écrit Baudelaire; et il ajoute : « Il est bien un des rares élus, et l'étendue de son esprit comprend la religion dans son domaine ; son imagination, ardente comme les chapelles ardentes, brille de toutes les flammes et de toutes les pourpres. Tout ce qu'il y a de douleur dans la passion le passionne; tout ce qu'il y a de splendeur dans l'église l'illumine. Il verse tour à tour sur ses toiles inspirées, le sang, la lumière et les ténèbres.

N" 15)4 : Tigre effrayé par un serpent

riiile. — H. o"''33, L. o'"4o. — Gravé à l'eau-forte par Charles Courtry, pour les catalogues des deux ventes .T. Wilson, 1873 et 1881, dans les dimensions de : H. o"'t35, L. o"M69. — "Vente du 3 février 1860:440 fr. à M. Delacour; vente Van Cuyci<, du 7 février 1866 : 2,730 fr. à M. Brame; vente John W. Wilson, mars 1881, 24,100 fr. — N" t6o de l'Exposition Durand-Ruel, i87tS. — Cal. A. Moreau, p. 279.

W 1 3 ) ) : La mort de Lara

Toile. — H. o"62, L. o'"5o. — Voir la variante à l'année 1847. — Signé, daté au bas à gauche : « i858 ». — Vente Baron, 23 mars 1861 : 2,3oofr. à M. Soultzener. — Cat. A. Moreau, p. 249. Jusqu'à la fin de sa vie, Delacroix restera fidèle aux sujets romantiques : Siialvspeare, Goethe, Byron, sont ses livres de chevet, s'il ne les relit plus effectivement, car il a, dès i856, à peu près renoncé à lire, surtout le soir; il évoque la moindre de leurs créations dansées moments d'inoccu- ^^^^^ '~^^\^y^ pation apparente, qui ne sont pas du tout de l'ennui , oii il ferme les ^f^^^^^^^^^^:^^ yeux ou regarde le feu de la cheminée (lettre du 6 décembre i856). C'est à l'époque de son entrée dans l'atelier de Guérin, à dix-huit ans, a-t-il dit a Th. Silvestre,que commencent à se montrer les premières tendances de ce romantisme dont l'opinion l'a fait, pour ainsi dire, le chef patenté : « Si l'on entend par mon romantisme la libre manifestation de mes impressions personnelles, mon éloignement pour les types calqués dans les écoles et ma répugnance pour les recettes académiques, je dois avouer que non seulement je suis romantique, mais que je l'étais à quinze ans. »

L'Œli\'RE DE DELACROIX

N° ï})^ '• Tigre endormi

Dessin à la plume et à la sépia. — H. o"25, L. o"'35. — Appartenait à M. Bollet. à Arras. — Non catalogué par M. Moreau.

C'est exactement la répétition en grandes dimensions du tigre couché au premier plan dans la composition que nous avons cataloguée plus haut sous le titre : « Le lion malade et le rensrd.» (Voir le n" 947.) Lavée a grands traits, cette sépia a un accent de couleur et une souplesse d'exécution incomparables.

N" i}')/ '■ Lion se précipitant sur un homme

Croquis à la mine de plomb. — H. o'"i7, L. o"'i2. — Vente posthume. — Non catalogue' par M. Moreau.

Le groupe est étrangement équilibré. Tandis que le lion lui mord le bas droit et lui enfonce ses griffes dans la chair, le père presse son enfant contre lui et lui fait un rempart de tout son corps. — Son attitude exprime une telle détresse qu'on ne peut se défendre d'une impression de douleur poignante. Nous ne savons à quelle composition du maître rattacher ce croquis , sorti d'une imagination que hantaient sans cesse les visions farouches de la lutte et de la mort, et suggérée peut-être tout simplement par le bond d'un chat sur son épaule.

N° 1^)8: Tigre léchant du sang

Croquis à la plume. — H. o'"og, L. o™i6. — Ecrit au bas : « 20 févr. 58, Jenny (Le Guillou) ». — Non catalogué par M. Moreau.

Ce que Delacroix voulait r£ndre en ce croquis, c'était la souplesse, l'ondulation de l'échiné. Entraîné par la recherche du mouvement, il a exagéré peut-être la longueur et la courbe du torse ; des fautes voulues ainsi ne rendent que plus sensible, chez un vrai maître, la tendance de son génie.

N""^ 1)59' i?6o, ij6i : Lions

1° Croquis à la plume. — Dimensions in-quarto.

— Non catalogué par M. Moreau.

2° Croquis à la plume. — Dimensions in-quarto.

— Non catalogué par M. Moreau.

3° Croquis à la plume. — Dimensions in-quarto. — Non catalogué par M. Moreau. Eugène Delacroix laissa plus de six mille dessins et il disait à Constant Dutilleux : « On verra après ma mort que je sais un peu dessiner et ce que peut produire un homme qui travaille régulièrement huit heures par jour. »

L'ŒUVRE DE DELACROIX

N°® 1)62. i]6], 1364 : Tigres et jaguar. — Trois croquis

aJ^-TH?^ 1° Tigre en marche. — Croquis au '^fÇ^r crayon.— H. o"Mo, L.o^iS. — Non ^'^=- , " "^ " catalogué par M. Moreau. 1" Tigre au guet ramassé sur lui-même. — Croquis au crayon. — H. o"'07, L. o^ib. — Non catalogué par M. Moreau. 3° Jaguar. — Croquis à la plume. — H. o"'o8, L. o'"i7. — Ecrit au bas : « Jaguar.» — Non catalogué par M. Moreau.

N" 1^6^ : Cavalier arabe au repos

"'-jï-jj^X Croquis à la plume. — H. o™io, L. o'" 14.— Daté au bas, à droite: «9 avril (^Wffs! i858 ». — Reproduit en fac-similé par A. Robaut, n° 7, dans les dimen-

^^^rÙ. sions de : H. o'"io, L. o'^iq. — Vente posthume. — Appartient à '~'' ~" " M. Philippe Burty. — Non catalogué par M. Moreau.

On comparera ce croquis à ceux qui ont été décrits plus haut sous les n^^ 285,460, loyS, io83.

N°* 1366, 1)67 : Lionnes en arrêt

1° Croquis à la plume. — H. o'"i2, L. o^ig. — Signé « Eug. délie » (sous-entendu Croce). — Appartient à M. Choquet. — Non catalogué par M. Moreau. 2° Croquis à la plume. — H. o"'io, L. o^iS. — Daté : « 10 aoi!u 58 ». — Appartenait à M. G. Arosa. — Non catalogué par M. Moreau.

N"'' 1368, 1369: Deux croquis de lionnes

1° Lionceau. — Croquis à la plume, souvenir héraldique. H. o'"07, L. o™o8. — Non catalogué par M. Moreau. 2° Lionne vue de dos en marche. — Croquis à la plume. — H. o"^ L. o™o8. — Non catalogué par M. Moreau.

N" 1370 : Cheval au pas

Croquis à la plume. — H. o'"i3, L. o'"20. — Ecrit : « 25 févr. 58 à jp Jenny.» — Donné par Jenny Le Guillou à Constant Dutilleux, qui \i V V l'offrit au sculpteur Préault. — Non catalogué par M. Moreau. '"■'■^^-^' — •^•-'' En parcourant ce volume, le lecteur retrouvera plusieurs fois répétée cette gracieuse allure du cheval au pas. (Voir les nos 86, 222,460, 1075, io83, i235, 1277.)

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