Vierge du Sacré-Cœur
Toile. — H. o"'4i, L. o'"27. — N° i33 de la Vente posthume : 420 francs à
M. Isambert. — Racheté depuis par M. Haro. — Cat. A. Moreau, p. 3 18.
C'est d'après cette toile que nous reproduisons le tableau de Nantes. (V. la gravure du n" 35.)
N° 37 : Deux Anges
Toile. — H. o'"2o, L. o'"24. — Appartient à M. le Docteur Verdier.
Etude pour le groupe d'anges placé à la gauche de la figure principale dans la Vierge du Sacré-Cœur de Nantes (v. n" 35). Le 21 février, Delacroix écrit à son ami, M. Soulier : « Je travaille à mon tableau depuis le commencement du mois de janvier. Il commence à se débrouiller, mais l'inspiration me manque. Point de flambeau qui, du premier coup, ait jeté une vive lumière sur la route que j'ai à suivre. Je fais, je défais, je recommence et tout cela n'est point ce que je cherche encore. Il faut dire que la fièvre, qui m'avait quitté, m'a repris et m"a laissé beaucoup moins de temps pour le travail. »
N° 38 : Vierge Consolatrice des Affligés
devraient dans celle cation des
Croquis lavis ■ d'une première composition avec variantes du tableau de Nantes (voir n°^ 35 et 36). — Appartient à M. Choquet.
Cette composition n'est point l'esquisse du tableau de Nantes, mais la première pensée, très modifiée depuis, de ce tableau. Les variantes, en effet, sont considérables. La Vierge, ici, n'est plus assise sur des nuages, elle y apparaît à mi-corps, le buste penché en avant. L'artiste a modifié dans un sens tout opposé le groupe des figures du premier plan qui, dans le premier projet, sont entières, et réduites au buste dans la composition définitive. Celle-ci a gagné à cette double inversion un équilibre dans les rapports de proportion qui faisait évidemment défaut à l'ensemble que nous reproduisons. Nous rétablissons aussi le titre exact du sujet, qui n'est point « Notre-Dame-des-Sept-Douleurs », dont les attributs être un cœur percé de sept glaives. Tout ici, dans l'attitude de la Vierge comme des figures suppliantes ou désolées, indique clairement la trente-cinquième invo- Litanies de la Vierge : Consolatrix afflictorum.
N° 39 : Croquis d'après des maîtres italiens
Croquis à la plume. — H. o'"365, L. o'"23o. — Autographié en facsimilé de même dimension.
Delacroix travaillait sans relâche, avec une égale et constante passion. Depuis les créations de l'art antique, depuis les œuvres des maîtres des grandes écoles jusqu'aux moindres accidents de la vie et du mouvement dans l'homme et dans la nature, toute forme vue était aussitôt pour lui une forme dessinée. Croquis ou pensées, au crayon ou à la plume, sans relâche, il traçait sur des albums, sur des feuilles volantes ou sur des papiers à dessin, des notes de toute sorte. Un rapprochement, une remarque, une réflexion, une forme, un mouvement traversait son esprit, et aussitôt il griffonnait à la hâte, sur le premier papier venu sous sa main quelques mots ou quelques traits rapides et vifs que souvent il n'aura plus revus.
On remarquera que la feuille reproduite ici est chargée de croquis en sens inverse.
N° 40 : Portrait de Eugène Delacroix
Toile. — H. o"'40, L. o"'3i. — Non signé ni daté. — Vente Carrier, 5 mai 1875 : 5o fr. — Appartient à M. A. Robaut.
En ce portrait, qui est le plus ancien des portraits peints de Eugène Delacroix, l'artiste s'est représenté en pied, vêtu d'un élégant costume dans le i^oùt de Velazquez. Derrière la toile, sur le châssis, E. Delacroix avait écrit au crayon (1 Ravcswood» , sans doute pour Ravenswood, le nom de l'amant de Lucie de Lammermoor. Delacroix avait donné ce portrait à Carrier au moment où il venait de l'achever. — Non catalogué lors de la vente posthume de ce dernier, qui d'ailleurs passa inaperçue, ce portrait fut adjugé à un marchand au prix de 5o francs et racheté, le lendemain mè-me, h un prix beaucoup plus élevé par M. Robaut. — Nous ne laisserons pas échapper l'occasion qui nous est oflerte ici de rendre hommage à la mémoire d'Hippolyte Carrier, miniaturiste distingué, homme d'un goût fin, sûr, qui iut l'ami des romantiques et parlait d'eux avec une chaleur communicative. Nouslui devons des renseignements sur ses contemporains.
N" 41 ; La Favorite
Aquarelle. — H. o"'i8, L. o"'i4. — Signé. — Vente Sakakinc, 180 fr.
Tous les regards étaient, à cette date, tournés vers l'Orient. La lutte de la Grèce contre la Turquie passionnait la jeunesse. Tous les arts s'en inspiraient. Cette charmante aquarelle ainsi que le numéro 46, sont les premières traces que nous rencontrons dans l'œuvre de Delacroix de ce mouvement des esprits, qui devait lui inspirer un peu plus tard la glorification de la Grèce sur les ruines de Missolonghi.
En présence d'une telle variété de sujets et d'études de toute sorte, on demeure confondu. On se rend compte de cette supériorité acquise au prix de l'incessante réalisation de tout ce qui présentait à ses yeux ou à sa pensée un caractère esthétique. On sait maintenant que nul n'a plus dessiné que Delacroix; je pourrais dire dès maintenant que nul n'a mieux dessiné.
N'' 42 : Un bonhomme de lettres en méditation
Lithographie. — H. o'"i78, L. o"'22i. — Ni signé ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 70.
Caricature contre les écrivains de la presse monarchique et catholique. On jouait alors une pièce intitulée : le F^iu.v Bonhomme. De là l'entrée du mot «bonhomme « dans la polémique contre l'ancien régime. Le Miroir du 27 juin 1821 termine ainsi l'explication de la lithographie : « Ne nous fatiguons pas, lecteur, à chercher une ressemblance particulière dans les traits généraux. Le personnage que vous avez sous les yeux est un être idéal. Composé de détails empruntés aux uns et aux autresj ce bonhomme est le type de la sottise, comme la Vénus de Zeuxis est celui de la beauté. « Les accessoires caractéristiques sont l'éteignoir, la robe de chambre, la perruque
iT) L'ŒUVRE DE DELACROIX 1821.
h la brigadière, l'épée en croix avec un parapluie, une bouteille d'eau miraculeuse, des livres bien pensants, et, au mur, le portrait de Marlborough. Dans l'article, il est fait allusion à Chateaubriand et à des personnages désignés sous les noms de marquis de Crochepatte, M. de Clopineau (Talleyrand), Frère La Crescelle (probablement Lacretelle jeune, rallié à la Restauration), etc., etc. — Voir la lettre du 24 janvier 1862, adressée à M. Ph. Burty, qui l'avait interrogé au sujet d'un certain Portrait de M. Jérôme (V. année 182 5). Nous reproduisons le passage de cette lettre relatif au Bonhomme de lettres. « La caricature du Bonhomme de lettres n'est pas non plus de ma main. Je ne sçais (sic) quel accident a empêché de tirer mon dessin : il a été reproduit, mais maladroitement, par un de mes amis qui dessinait à peine. J'ai fait antérieurement un ou deux dessins pour être gravés dans le Nain Jaune, mais ils ont été arrangés au gré du directeur du journal. Tout cela est bien obscur et ne mérite pas de fixer l'attention. Il existe, je me le rappelle, un certain combat du Constitutionnel contre la Quotidienne qui est une affreuse lithographie de ma façon et je ne sçais si cela a paru. » [V. n" 45.)
N° 43 : Le Grand -Opéra
Lithographie. — H. o"'2oo, L. 0^140. — Sans date ni signature. — Catalogue A. Moreau, p. 67.
Cette caricature a paru dans le journal le Miroir, numéro du 26 juillet 1821. C'est donc bien à tort qu'on y veut voir une charge du grand Vestris, qui s'appelait lui-même le dioii de la danse. Le célèbre danseur avait quitté le théâtre en 1781 et était mort en 1808. Si le personnage vieux, laid, couronné de roses, forcé de s'aider de balais en guise de béquilles pour prendre du parcours, qui figure ici est Vestris, ce serait donc Marie-Auguste, fils naturel du précédent et qui dansait encore à l'Opéra en 1818, âgé de cinquante-huit ans. Comme, à cette date, il jouait le rôle de l'Amour dans le ballet de Psyché, les contemporains l'avaient surnommé le Père l'Amour. « Nous ne savons pas, disait le Miroir, si le Grand-Opéra se vouera un peu plus au culte de Polymnie dès qu'il sera installé dans son local; mais, comme jusqu'à ce jour, il n'a guère voulu sacrifier qu'à Terpsichore, nous le présentons au public appuyé sur ses ballets. »
N° 44 : Le Théâtre-Italien
Lithographie. — H. o™2oo , L. o"'i4o. — Sans date ni signature. — Cat. A. Moreau, p. 67.
Comme la précédente, cette caricature a paru dans le journal le Miroir, celle-ci à la date du i3 août 1821. Elles sortent l'une et l'autre des presses lithographiques de C. Motte. On sait que Delacroix était passionné de musique, il ne s'est pas abandonné ici à son humeur satirique. Pour symboliser le Théâtre-Italien, il choisit Rossini jeune, déjà glorieux, emplissant la scène de son génie, comme il l'occupe en cette miage par l'attitude plaisante du grand écart. Des poches dii maestro sortent de nombreuses partitions, et de chacune de ses mains il soutient un de ses opéras; à gauche, le Barbier de Séville ; à droite, Othello; sa plus récente création s'échappe de son cerveau. A cette date, 1821, c'est Mathilde de Sabran. Le Miroir reproche à son collaborateur « M. Lacroix », de n'avoir pas signé « cette nouvelle agression des détracteurs de l'ancien régime musical », et le dénonce.
l82i L'ŒUVRE DE DELACROIX
N° 45 : Duel polémique entre dame Quotidienne et messire Journal de Paris
o"'296. — Sans date ni
leur universel, en bonnet de coton et assis sous un dais.
Lithographie. — H. o'"2oo , L.
signature. — Cat. A. Moreau, p.
Cette caricature a paru dans le journal le Miroir du 29 septembre 1821. Le champion de la Quotidienne, monte sur Rossinante, coiffé de l'armet de don Quichotte, vêtu d'un costume troubadour de « Jeanne d'Arc », est armé d'une lance et d'une plume de paon. Son adversaire a enfourché l'âne de Sancho Pança. Il est coiffé d'un pot surmonté d'une girouette et est armé d'une plume d'oie et d'une fourchette. Les journaux du temps sont témoins du duel qui a pour juge du camp le Moni-
W 46 : Cavalier turc au coup de feu
Toile. — H. o'"28, L. o'"2i. — N'' 79 de la Vente posthume, 35o fr. — Appartient à M. le Docteur Horteloup.
Les (( cavaliers turcs » sont nombreux dans l'œuvre du maître ; celui-ci est le premier. On pourrait, pour le distinguer des autres, l'appeler le Cavalier turc au coup de feu. 11 est d'une allure superbe d'ailleurs et il semble que les plus beaux cavaliers turcs de Decamps soient inspires de celui-ci. Delacroix professait, d'ailleurs, une grande et sincère estime pour le talent de cet artiste. Sollicité par M. Moreau père d'écrire pour la !j Revue des Deux -Mondes un article sur Decamps, il s'excusa de ne point le faire et ajouta :« Je crois que sa perte est trop récente (1860) non seulement pour qu'il puisse être )ugé complètement, mais aussi pour qu'un jugement ait tout l'intérêt qu'il pourrait avoir plus tard. — Permettez-moi d'ajouter que ce grand artiste a eu de son vivant la bonne fortune d'être goûté sans conteste du public et des artistes; pas une voix ne s'est élevée contre tous les genres de succès qu'il méritait et qu'il a obtenus. »
N" 47 : Une Mulâtresse
Toile. H. o'"8o, L. o'"64. — Musée de Montpellier.
Cette figure peinte, de grandeur nature jusqu'aux genoux, fait partie de la collection léguée à la ville de Montpellier par M. Alfred Bruyas. Cet amateur eminent avait entrepris, avec le concours de Théophile Silvestre, la rédaction et même l'impression d'un catalogue infiniment précieux de sa galerie. La mort successive des deux collaborateurs est venue interrompre leur œuvre commune. Le premier volume de ce catalogue seul a été imprimé, mais n'a pas été mis dans le commerce de librairie. Les bonnes feuilles appartiennent à la municipalité de Montpellier. — Pour la première fois que nous rencontrons une peinture de la collection Bruyas, nous ne pouvons nous abstenir de rendre hommage à cet amateur d'un goût si sûr et d'un caractère si généreux. Nous avons déjà emprunté à son catalogue une pensée de Delacroix sur Raphaël. Ajoutons-y celle-ci sur Michel-Ange : « Pense au grand Michel-Ange; nourris-toi de ses grandes et sévères beautés! »