IÔ
Année 1822
N° 48 : Waverley
Dessin au crayon noir estompé. — H. o"'285 , L. o'"2io. — Non • catalogué par M. Moreau. — Vente du 14 décembre 1874 à Thotel '■\ „ Drouot : 40 francs.
Nous sommes tout près de considérer nous-même comme excessif le scrupule de conscience qui nous fait cataloguer ici ce très médiocre dessin dont l'attribution nous paraît fort contestable. En tout cas faudrait-il le reporter à une date antérieure, et Walter Scott a-t-il mieux inspiré Eugène Delacroix qu'en ce premier essai. Nous retrouverons plus loin : l'Ermite de Copmanhurst,Front-de-boeufet le Juif,Front-de-bœuf et la Sorcière, la mort de l'évêque de Liège, la Fiancée de Lammermoor, Ivanhoë, l'Enlèvement de Rebecca, Quentin Durward, Redgauntlet, Richard Cœur-de-Lion.
Dante et Virgile
Toile. — H. i™8o, L. 2'"4o. — Au musée du Louvre. — Gravé à l'eau-forte, par Bouruet : o'"i85 sur o'"225; par d' Henri et : o'"2i5 sur 0^279 ; lithographié par Célestin Nanteuil o'"482 sur o™65o. Nombreuses gravures sur bois pour publications illustrées, notamment VUlustratio7i et VHistoire des peintres de toutes les écoles. — Cat. A. Moreau, pp. 89, 116, i32, 1 39, 1 67, 1 88 et 206.
Le titre complet de cette admirable composition qui fut l'œuvre de début de Eugène Delacroix au Salon de 1822 est celui-ci : « Dante et Virgile conduits par Phlégias, traversant le lac qui entoure les murailles de la ville infernale de Dité. Des coupables s'attachent à la barque et s'efforcent d'y entrer. Dante reconnaît parmi eux des Florentins. » On sait quel fut le succès. Immense. Delacroix avait exécuté ce tableau en quelques semaines. Il écrit, en effet, le i5 avril i82i,à son ami Ch. Soulier: «... Jesors d'un travail de chien qui me prend tous mes instants depuis deux mois et demi. J'ai fait dans cet espace de temps un tableau assez considérable qui va figurer au Salon. Je tenais beaucoup à m'y voir cette année, et c'est un coup de fortune que je tente. » — Le Salon n'eut lieu qu'en 1822. Le tableau fut acheté par l'Etat doui^e cents francs.
N° : Dante et Virgile
Toile. — H. o">25 , L. o"'34. — Réduction du précédent avec une légère suppression.
Appartient à M. Charles Narrey, à qui il a été légué par M. Alphonse Royer, qui l'avait luimême reçu de Eugène Delacroix.
N° ^ I : Portrait du général Charles Delacroix
Toile. — H. o"'39 , L. 0^29. — Appartient à la famille de M. Léon Riesener à qui Eugène Delacroix Tavait légué par testament. — Cat. A. Moreau, p. 228.
Le général, tête nue, en veste de coutil blanc, le col de chemise largement rabattu, est nonchalamment couché sur le gazon de son jardin, dans ce bien de famille, nous dit M. Moreau, qu'on appelait le Louroux et dont on aperçoit la maison basse dans le l'ond du tableau. Delacroix y séjourna en 1822 (voir lettre du 18 août à M. Picrret, édition Burty) et y ht alors ce portrait. A ce propos, nous donnons ici la généalogie du peintre :
Claude Delacroix, régisseur du comte de Belval, et sa femme Marguerite-Louise Flize, décédés à Givry, en Argonne, eurent huit enfants dont l'aîné, Charles Delacroix, avocat au Parlement, ancien premier commis du contrôle des finances, préfet h Bordeaux et à Marseille, puis ministre des Affaires étrangères, eut lui-même quatre enfants : i'^ Henriette, de- Charles, général, aide de camp du prince Eugène, dont nous
venue madame de Verninac; 2 „
reproduisons le portrait; 3" Henri, mor't'cngagé' volontaire à Friedland; 4" Eugène Delacroix
Académie
sur tous les élèves
Dessin au crayon noir rehaussé de blanc. — H. o"'6o , L. o"i45. — Appartient à M. Alfred Robaut depuis la Vente posthume.
Cette académie est datée au verso : « 1822, 3° trimestre, 23 septembre. — M. Meynier, professeur. — E. Delacroix, élève de" M. Guérin. — Place 72. » Dans les Notes sur Delacroix que Léon Riesener a fournies à M. Ph. Burty, nous trouvons le passage suivant : « Ce fut mon père qui lui conseilla l'atelier de M. Guérin. Delacroix venait de perdre sa mère. Il avait perdu son père beaucoup avant... Arrivant à l'atelier, bien élevé, il se lia avec Schefîer, Champmartin, les principaux élèves de Guérin. Le talent ne se développe pas inopinément ; Delacroix m'a parlé de l'influence qu'un certain Champion avait eue sur le talent de Géricault lui-même et de l'atelier Guérin. »
Grec en embuscade
Aquarelle. — H. o'"20, L. o™26.
— Vente hôtel Drouot, avril 18 M. Moreau.
Signé au bas, à droite.
— Non catalogué par
Cette aquarelle, comme la précédente, comme tant d'autres compositions de l'année 1823, met en lumière ce que j'appellerai les procédés d'entraînement de Eugène Delacroix ; on y voit clairement par quelle succession d'efforts il préparait ses grandes compositions, comment il créait peu à peu le milieu ambiant dans lequel devait se développer en une floraison magnifique sa pensée pittoresque.
N° 54 : Épisode des guerres entre les Turcs et les Grecs
Aquarelle. — H. o™20 , L. 0^24. — ■ Vente Boulanger, février 1880: 195 francs. — -Non catalogué par M. Moreau.
Delacroix préludait alors au Massacre de Scio, qui devait être la grande œuvre du Salon de 1824. Le i5 septembre il écrit à son ami Chiarles Soulier qui était alors à Naples : «... J'ai moi-même quelques petites choses à te demander. Je me propose défaire pour le Salon prochain un tableau dont je prendrai le sujet dans les guerres récentes des Turcs et des Grecs. Je crois que dans les circonstances, si d'ailleurs il y a quelque mérite dans l'exécution, ce sera un moyen de me faire distinguer. Je voudrais donc que tu m'adressasses quelques sites de ton pays de Naples, quelques esquisses pochées de sites marins ou de montagnes bien pittoresques. Je ne doute pas que cela ne m'inspire pour le lieu de la scène. »
N° ^5 : Lisette
Toile. — H. o'"25, L. o"33. — Vente à l'hôtel Drouot en mai .879.
Delacroix nerveux, fiévreux, bilieux, a toujours aimé le spectacle de la santé chez la femme. Une lettre du 18 août à M. Pierret en témoigne sous une forme amusante. Elle est datée du Louroux, propriété de son frère le général: « Je t'écris à une toise et demie de distance de la plus charmante Lisette que tu puisses imaginer. Que les beautés de la ville sont loin de cela! Ces bras fermes et colorés par le grand air sont purs comme du bronze... Dis à notre ami Félix (Guillemardet) que malgré son antipathie pour les bas bleus, je crois qu'il rendrait les armes à Lisette. Et, du reste, ce n'est pas la seule; toutes ces paysannes me paraissent superbes. Elles ont des têtes et des formes de Raphaël et sont bien loin de cette fadeur blafarde de nos Parisiennes. Mais, hélas! malgré quelques larcins, nos affaires ont bien de la peine à avancer auprès de ma Zerline. — Sœr Amor! » (Edition Burty). Zerline, bas bleus, Lisette, il s'agit ici d'une servante.
N° ^6 : Le déménagement de dame Censure
Lithographie. — H. o^igS , L. o™355. — Ni signé, ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 70.
Caricature politique pour le journal Le Miroir^ publiée le 1 1 février 1822. D'un édifice dont la porte grillée est surmontée de l'écriteau Maison à louer s'éloigne une charrette traînée par un âne et dans laquelle s'opère le déménagement du personnel et du mobilier de la censure. Un diable cornu, ailé, griffu, conduit l'attelage qui n'en peut mais. Sur le chariot sont entassés, dans l'ordre suivant, un pain de sucre, une chaise, une masure, d'Outre-Zèle, Cadet-Roussel, un vieillard, une lourde oie, un anonyme. L'anonyme, c'est le diable. Les autres figurations ont la prétention de rappeler les noms des censeurs. Il est clair, par exemple, que la lourde oie qui pèse sur l'arnère-train de l'ânon est une allusion à M. de Lourdoueix. Ainsi des autres. — Des ciseaux ailés s'échappent des fenêtres de la maison à louer.
N° ^ 7 : La Leçon de Voltige
Lithographie. — H. o™2o3 , L. o"'3oo. — Ni signe, ni daté. — Cat. A. Morcau, p. 69.
Dans un cirque forain, un marquis, un chevalier et d'autres personnages ridicules galopent en cercle et portent des bannières sur lesquelles on lit : Vasselage, XIV» siècle, Coutume de Gascogne, Droits du Seigneur, Capitaineries, etc. La plupart des cavaliers sont désarçonnes. Au centre se tient un général à cheval assiste d'un ccuycr debout auprès de lui. Le général porte un étendard avec ces mots : Gloire, Honneur, Patrie. — Cette caricature politique, dont les légendes seules rendent l'ironie saisissable, a paru dans le journal Le Miroir, du 8 mars 1S22,
N" ^'8 : Les Écrevisses à Longchamp
Lithographie. — H. o"'2oo , L. o'"3o7. — Ni signé, ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 69.
Cette caricature politique, parue le 4 avril 1822 dans le journal Le Miroir, représente la promenade de Longchamp qui avait lieu le 'Vendredi saint dans l'avenue des Champs- Elysées. Le groupe principal se compose d'anciens émigrés en perruque et l'épée en verrouil ou en costume troubadour, et d'une marquise à paniers et poudrée, portant un chapeau chinois en guise d'ombrelle. Ils sont tous montés sur une écrevisse qui nécessairement marche à reculons. Une autre écrevisse porte une chaise en façon de trône où siège un pain de sucre. Dans l'esprit de la caricature du temps, le pain de sucre désignait suffisamment le roi Charles X. A gauche, deux personnages au pied d'un arbre sifflent le cortège.
N° 59 : Gare derrière ! ! !
Lithographie. — H. o"'24o , L. o'"3io. — Ni signé ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 69.
Caricature politique publiée par le journal Le Miroir, du 3o mai 1822. Une sortede Croquemitaine ridicule en costume de général, coiffé sens devant derrière d'un chapeau à plumet flétri et tenant un bâton de commandement au poing gauche, s'escrime d'un cimeterre tout ébréché contre des quartiers de roc dispersés à ses pieds sur le sol. La malice fort pauvre de cette caricature consiste dans ce fait qu'en développant le bras, le matamore va frapper la montagne en forme de pain de sucre qu'il est chargé de défendre et derrière laquelle se dissimulent des personnages effarés. — Nous avons déjà vu que Delacroix n'avait, à juste titre, qu'une fort médiocre estime pour ces péchés de jeunesse. Mais en matière de catalogue et d'inventaire, on n'a le droit de rien omettre. Par ces faiblesses mêmes qui les rapprochent de nous, les grands artistes sont plus humains.
22 L'ŒUVRE DE DELACROIX l823
Année 1828
N° 60 : Portrait de Thalès Fielding
Piron. — Vente le baron Rivet.
Toile. — H. o'"32, L. o"'24. — N" 75 de la Vente posthume : 3qo fr.
Piron après décès, 21 avril i865 : io5 francs — Cat. A. Moreau, pp. 229 et 3i3.
Thalès Fielding, aquarelliste anglais, se lia d'intime amitié avec Delacroix pendant un séjour assez long qu'il fit à Paris à cette époque.» Delacroix vécut quelque temps avec Fielding, raconte L. Riesener dans seS Notes publiées par M. Burty. « Pour faire du café le matin, on ajoutait de l'eau et un peu de café sur le marc de la veille dans Tunique bouilloire, jusqu'à ce qu'on fût forcé de la vider. De temps en temps, on avait un gigot en provision dans l'armoire, auquel on coupait des tranches pour les rôtir dans la cheminée. Mais un jour les deux amis partageant ce déjeuner se fâchèrent. Fielding disait très sérieusement qu'il descendait du roi Bruce. Delacroix l'appelait « sire ». Mais Fielding ne pouvait sur ce sujet admettre la plaisanterie et se fâcha pour toujours. » Pour toujours est de trop, car Delacroix s'afflige en 1823 du départ du « bon Thalès « et quand notre maître à son tour ira à Londres en 1825, c'est avec les Fielding qu'il passera le meilleur de son temps.