‹ L'œuvre complet de Eugène Delacroix, peintures, dessins, gravures, lithographiesChapitre 24 sur 114 · Portrait d enfant · texte numérisé non relu

Portrait d enfant

Toile. — H. o™20, L. o™i6. — Appartient à M. Soulier fils.

Ebauche intéressante où la tête seule et les cheveux sont à peu près terminés. Ce portrait passe à tort pour celui d'un enfant de Thalès Fielding. — Fils d'un père et d'une mère artistes (le père était peintre de portraits, la mère peignait à l'aquarelle des fleurs, des animaux) , les Anglais Fielding étaient quatre frères: Théodore, Copley, Thalès et Nathan, tous artistes, aquarellistes de talent, quoique d'un mérite inégal; le plus célèbre est Copley (1787-1855). Thalès seul vint en France. 11 n'était pas marié. Thalès mourut en 1837, à l'âge de quarante-quatre ans.

N° 62 : Portrait de M. Soulier

Aquarelle. — H. o'"ii5, L. o'"85o.

M. Soulier fut comme MM. Pierret, Piron, Guillemardet, un ami de la première heure. A propos d'une lettre du 10 décembre 18 18, qui fut adressée à M. Soulier par Delacroix, M. Ph. Burty ajoute : « M. Soulier le connaissait depuis 181 6. Il lui avait enseigné l'aquarelle, procédé de peinture alors presque inconnu ei> France et que lui-même avait appris, en Angleterre, de son ami Copley Fielding. » Il était alors surnuméraire et secrétaire de l'intendant du Domaine extraordinaire. Horace Raisson, homme de lettres, journaliste, et qui fut l'un des collaborateurs de Balzac, était dans le bureau de M. Soulier; c'est Raisson qui lui amena Eugène Delacroix.

l823 L'ŒUVRE DE DELACROIX 23

N° 6j : Portrait en pied de M. Soulier

".ix-S; Sépia.

H. o"'26o, L. o"m85. — Appartient à M. Paul Soulier

dit qu'il était dans le

En manches de chemise et gilet blanc, les jambes croisées, le modèle, assis sur un tabouret de paille devant une table de bois blanc sur laquelle est posé un pupitre à musique, chante en s'accompagnant d'une guitare. Dans le fond, une autre guitare suspendue au mur et un chapeau de haute forme sur une seconde table. — Cet intérieur est sans doute celui que M. Soulier occupait alors, « l'humble chambrctte, la plus haute de la place Vendôme, à l'hôtel du Domaine extraordinaire,» où Delacroix, Raisson et Soulier enluminaient « en s'amusant » le bois et le fer de dessins de machines destinés h être joints à des brevets d'invention. C'était Horace Haisson qui avait eu l'idée de cet enluminage pour» faire gagner quelques sols « à ses camarades. Nous avons même bureau queiM. Soulier et lui avait amené Eugène Delacroix.

N"64 : Portrait en buste de M. Pierret

Toile. — H. o'"26, L. o'^2o. — Non signé ni daté. — Apparparticnt à madame veuve Pierret. — Cat. A. Morcau, p. 228.

Portrait admirable de simplicité savante et de caractère. Le visage, de face, entièrement rasé, a fourni au peintre une belle étude de modelé délicat et fin. Les cheveux sont ramenés en mèche épaisse sur le front. Le regard est doux sous les lunettes, le nez ferme, la bouche d'un beau dessin. Largement ouvert, l'habit laisse voir une haute cravate noire et un gilet de nankin à collet droit. M. Pierret était un ami d'enfance de Eugène Delacroix. La première des cinquante lettres publiées par M. Philippe Burty, et que le maître lui adressa, est datée du ti décembre 1817. Il mourut en 1854. Madame veuve Pierret a toujours mis la plus grande obligeance à communiquer les documents restés entre ses mains à tous ceux qui se sont occupés de Delacroix. Nous lui en adressons ici nos plus vifs remercîments.

N°6p Portrait en buste de M. Leblond

. — Non signé ni Cat. A. Moreau,

Dessin à la mine de plomb. ■ — H. o"'i3, L. o" daté. — Appartenait à madame veuve Leblond. p. 228.

Ce profil, un peu tourné vers la droite, avec l'œil largement ouvert, est intéressant surtout parce qu'il consacre le souvenir d'un homme qui fut. avec MM. Pierret, Henri Hugues, Félix Guillemardet, Champmartin, Piron, Soulier, Riesener. Comairas, Lelièvre et, plus tard, M. Villot, des plus anciens et constants amis de Eugène Delacroix. Son nom revient fréquemment dans la correspondance du maître avec les termes de la plus sincère affection. Il a dû lui-même recevoir bien des lettres de son illustre ami; il n'y en a pas une seule dans l'édition de M. Burty, qui n'aura pu en avoir communication.

24 L'ŒUVRE DE DELACROIX l823

N° 66 : Orpheline au cimetière

Toile. — H.o'"65,L. o'"54. — Salon de 1824. — Non signé ni daté. — Appartient au docteur Gebaûer, héritier de madame veuve Leblond.

Assis de face, la tête penchée en arrière et tournée à droite, le modèle a les yeux levés vers le ciel, le cou et le haut de la poitrine découverts, la main droite posée sur les genoux.

Cette puissante étude a été faite au moment où Delacroix préparait la grande composition du Massacre de Scio; elle rappelle le mouvement de la vieille femme grecque agenouillée auprès du corps de sa fille morte, dans ce tableau. Le maître y attachait une certaine importance, car il l'exposa au Salon de 1824. C'est h cette intention, assurément, qu'il aura ajouté le paysage, un cimetière de canipagne, pour motiver l'expression de la figure.

N° 67 : Jeune fille debout dans un cimetière

Toile. — H. o"'4i, L. ©""Sj. — Vente X***, i<"-mai 1874: 1,100 fr. — Non catalogué par M. A. Moreau.

L'orpheline est debout, le bras droit plié, la main à la ceinture; de la main gauche pendante, elle tient un léger bouquet de fleurs. Elle avance parmi les tombes éparses du petit cimetière d'un village dont on aperçoit dans le fond le modeste clocher parmi de molles verdures. Le paysage monte par de douces collines jusqu'à l'horizon. Nous pensons que Delacroix aura voulu traiter en soi le sujet qu'il avait, une première fois, adapté par occasion à une étude faite d'abord à toute autre intention. — Voir le numéro précédent. — Combien n'est-il pas intéressant, grâce aux rapprochements amenés par l'ordre chronologique que nous avons adopté, de pénétrer, comme nous le faisons ici, dans l'intimité des conceptions d'un maître, de voir l'idée première accidentellement enfantée se développer et revêtir une forme définitive.

N° 68 : Portrait de M. X.

Dessin mine de plomb. — H. o'"i6o, L. o'"i25. — N» 32i de la Vente posthume. — Appartient à M. A. Robaut.

Dans son très précieux livre sur l'œuvre de Eugène Delacroix, M. Ad. Moreau a consacré toute une partie aux « Portraits peints et dessinés» par le maître. « En dressant la liste chronologique de tous ceux dont nous avons pu retrouver la trace et constater l'authenticité, dit-il, nous pensons avoir accompli un travail curieux à plus d'un titre. » Rien de plus juste. C'est là, en effet, un côté du génie de Delacroix fort peu connu. Quoiqu'il ait peint et dessiné un grand nombre de portraits, surtout dans sa jeunesse, comme ils étaient destinés à des amis très intimes, ils sont, pour la plupart, restés ignorés du public. Nul plus que lui, pourtant, n'aurait pu dire avec notre admirable La Tour parlant de ses modèles : « Ils croient que je ne saisis que les traits de leur visage, mais je descends au fond d'euxmêmes à leur insu et je les remporte tout entiers, n

N° 69 : Portrait de Eugène Delacroix

Toile. — H. oi"35, L. o'"2j. — Lithographie par Alfred Robaut : omioS sur o"'o82. — Vente Constant Dutilleux, 1874 : 2,750 fr - - Appartient à M. le baron de Beurnonville. — Non catalogué par M. A. Morcau.

Ce portrait est l'un des premiers que le maître ait peints d'après lui-même. Celui qui est entré au Louvre en 1872, après la mort de Jenny Le Guiliou, ancienne servante de Delacroix, est de 1829. On reconnaît l'époque du Massacre de Scio] la puissance dans les lumières, la transparence dans les ombres sont les mêmes.

N° 70 : Portrait de Juliette Pierret enfant

Toile. — H. o'"22, L. o"'2o. — Non signé ni daté. — Appartient à madame veuve Pierret.

Souvenir d'intime amitié donné par Eugène Delacroix h son camarade d'enfance le plus cher et qui l'avait puissamment soutenu de son admiration. Il lui écrivait en octobre 1820 : « Pourquoi es-tu le seul qui, en dépassant énormément ce que mes plus forts accès de vanité m'aient pu inspirer, m'as pourtant un peu remis à mon rang?... Ton suffrage tout seul dans une balance emportera tous les autres réunis dans l'autre. Puisque, le premier, tu m'as dit que tu sentais quelque chose dans ce que je fais, il est juste que tu aies ta récompense du bien que tu m'as fait et du courage que tu m'as donné. »

Deux études de chevaux

ton de paille, pour indiquer la litière de l'écurie.

1° Cheval rouan. — Toile. — H. o>»3o, L. 0^40. — Vente posthume : 620 fr.

2'' Cheval dans une écurie. — Toile. — H. 0^3 i , L. o'"40. — Vente posthume : 400 francs à M. Bornot.

La robe du cheval, en notre étude n' 2, est bai-cerise: d'une traînée de pinceau, le maître a posé sur le sol un

N° 73 : Relais de quatre chevaux

Toile. — H. o"i24, L. o'»3 i . — N» 2o5 de la Vente posthume : 435 francs à M. Delille.

Cette magnifique étude ne sortit jamais de l'atelier de Delacroix. Si elle avait été connue, elle lui eût concilié sans doute le bon vouloir d'un autre peintre également passionné pour le cheval, qui devait être un peu plus tard l'artiste non le plus illustre, mais le plus célèbre de l'Ecole française, Horace Vernet, dont l'antipathie à l'égard de Delacroix était déclarée et se manifesta, notarnment en 1849, "^^"^ les élections à l'Académie. Voir la lettre du 29 août à L. Riesener (édition Burty).

N° 74 : Cheval de charrue

Toile. — H. o™44, L. o™36. — N" 204 de la Vente posthume : 450 fr. — Appartient à madame la baronne Rivet.

fi Le baron Charles Rivet, dit M. Burty, qui, de nos jours, a attaché son nom à la fondation de la troisième Republique, demeura un des fidèles amis de cœur de Delacroix. Celui-ci, dans un premier testament que lui fit déchirer sa gouvernante, Jcnny Le Guillou, 1 avait désigné comme son légataire universel. C'était un homme de grand sens et de mœurs aimables.» Il avait été aussi l'ami et le camarade d'atelier de Bonington. Delacroix lui légua en mourant un tableau inachevé de Bonington, précisément, Chevalier et Page, et une petite toile du même portant deux sujets en grisaille.

7^, 76 : Etudes de chevaux à lecurie

ces deux études, et il l'avait accrochée dans

i" Cheval blanc. — Toile. — H. o'"45, L. o'n54. — Vente posthume : t ,080 fr. 2° Deux chevaux. — Toile. — H. o'"3i, L. o'"40. — Vente posthume : 480 francs à M. Bornot, cousin de Delacroix. — Appartenait à feu M. Gavet, gendre de M. Bornot.

Delacroix tenait beaucoup h la première de salle à manger.

N°^77, 78 : Deux costumes d'Orient

Toiles. — Mêmes dimensions : H. o™33, L. o"i24. — Non signé ni daté. — N" 188 de la Vente posthume. — Appartient à M. Mercier.

Les deux figures sont debout; l'une est vue de dos, l'autre de face. Nous retrouverons quelque chose du grand mouvement ondulé de la draperie de l'homme vu de dos dans le costume du Giaour pour le magnifique Combat du Giaour et du Pacha, appartenant à madame Mahler, et si peu connu.

N°' 79, 80 : Deux études d'officiers grecs

Toiles. —1° H. o™25, L. o^iS. — Appartient à M. le baron de Schwiter. — 2» Même sujet : H. 0^40, L. o™3o. — Vente Richard Wallace, 1877 : 280 fr. — Cat. A. Moreau, p. 26g.

La première de ces deux toiles est une charmante esquisse précieusement conservée par M. le baron de Schwiter, qui fut l'un des amis auxquels le maître confia par testament le soin de classer tous ses dessins après sa mort. C'est elle que nous reproduisons.

N° 81 : Grec blessé

Aquarelle. — H. o'"022, L. o'"oi6. — Lithographié par M.Jean Gigoux dans les mêmes dimensions. — Cat. A. Moreau, p. i25.

Groupe de deux figures en costume grec, composé d'un soldat assis, blesse, le bras droit en ccharpe et tenant de la main gauche un verre que la femme debout auprès de lui vient de remplir. Dans le fond, un autre blessé avance en s'appuvant également sur une femme. — Il n'y a d'autre trace de cette aquarelle que la lithographie de (îigoux reproduite ici. — C'est là encore une de ces études par lesquelles le maître se préparait au Massacre de Scio. On reconnaît déjà dans l'attitude des femmes toute l'exquise tendresse que Delacroix impose aux Saintes Femmes prèsdu Crucilié ou de saint Sébastien. Personne n'a su comme lui expruner la profonde passion de la . charité chez la femme. Il n'est point de sentiment humain qu'il n'ait connu et fait passer dans son œuvre.

N° 82 : Costume de Calcutta

^pWTT^ïM Toile. — H. o"'45, L. o"'3y. — N» 184 de la "Vente posthume : ' ' 65o fr. — Appartient à M. Ph. Burty. — Cat. A. Moreau, p. 32 1.

Le personnage, aux longues moustaches noires finement effilées et relevées en croc, le cou nu, vêtu d'un costume de couleur bleu foncé à parements jaunes et plastron rouge, coiflé d'un chapeau à larges bords, est assis de trois quarts, tourné à gauche, les bras retombants et les jambes croisées l'une sur l'autre. Sur le fond neutre s'enlève en clair une draperie posée sur le dossier d'une chaise.

Aujourd'hui que le romantisme a rompu toutes les entraves qui retenaient l'école française enchaînée aux colorations pâles des plâtres académiques, cela paraît tout simple qu'un artiste se plaise à étudier les détails pittoresques d'un costume exotique. Mais n'oublions point que nous sommes ici en 1823, au temps des Ajax insultant les dieux, et qu'alors, « Rien que la mort ne pouvait expier son forfait. »

N^S^ : Académie de femme

Toile. — H. on'8i, L. o™65. — N° 200 de la Vente posthume. — Appartient à M. Jehan Duseigneur fils, après avoir appartenu successivement à Téminent critique d'art Théophile Thorc et à M. Paul Lacroix.

Delacroix, qui a fait un certain nombre d'académies de femme, fut le plus chaste des peintres. Il faut que le nu s'impose par le caractère du sujet pour qu'il l'introduise dans ses compositions. Quand il le rencontre, il le traite en maître, comme dans les peintures décoratives du Salon du roi, dans l'Orphée du Corps législatif et dans la Mort de Sardauapale; mais il ne le cherche point. Nul n'est plus éloigné que lui des motifs de pure volupté. Quand l'amour passe dans son œuvre — et il y passe bien rarement — il le conçoit dans les ironies de Faiist ou dans les rayonnements de Juliette et Roméo; son génie plane toujours au-dessus des ardeurs lascives.

N°' 84, 85 : Deux costumes souliotes

Toiles. — 1° H. o"^40, L. o™26; 2° H. o'"40, L. o™3i — 177 et 178 de la Vente posthume. — Le n" 177 Vente posthume : 58o fr., à M. Petit. — Cat. A. Moreau, p. 320.

Ces études de costumes souliotes furent faites en vue du Massacre de Sa'o. Mais Delacroix ne pouvait se défendre de mettre en mouvement même les objets inanimés qui posaient devant lui. Il a donné à celui que nous reproduisons l'attitude de la danse; c'est le n" 178 de la Vente posthume. Dans le

. n° 177, le personnage, vu de face comme ici, a le pied posé sur une pierre.

~ ^ Les costumes et les armes sont d'une grande somptuosité et d'une coloration

éclatante qui contrastent heureusement avec les tons blancs de la fustanelle.

N° 86 : Nègre à cheval

- Lithographie. — H. o™i64, L. o'"2io. — Vente posthume, trois épreuves : 32 francs.

Les jambes et les bras nus, coiffé en arrière d'une petite calotte de forme conique, vêtu d'une veste sans manches et d'un jupon blanc, le nègre monte un cheval de race anglaise vu de profil et marchant au pas relevé vers la droite, au milieu d'une vaste plaine. L'animal, en simple tapis de selle sans surfaix apparent, est bridé; les branches du mors sont visibles et l'on aperçoit un gland de soie floche attaché à la sous-gorge. La tête du cavalier paraît petite, mais on ne considérera que la justesse et l'aisance du mouvement.

La lithographie n'est pas signée en toutes lettres, elle l'est seulement des initiales E. D.

Année 1824

N° 87 : Milton soigné par ses filles

icroix et

Toile. — H. o'"oo, L. o™oo(?) — Salon de 1827. — Au duc de Fitz-James.- — Cat. A. Moreau, p. 170.

Ce tableau, peint en 1824, exposé à la Société des Amis des Arts, puis au Salon de 1827, fut acheté par M. le duc de Fitz-James et passa en Angleterre. Nous en donnons une idée, pensons-nous, en reproduisant un croquis à la plume de o""i75 suro'"i90 de la collection Riesener. — Si M. Moreau ne lui assignait expressément la date 1824, nous aurions reporté l'exécution de ce tableau après le voyage de Londres, qui est de l'année 1825. C'est à partir de ce moment, en effet, que le grand courant passionné des poètes anglais, Shakespeare, Byron et aussi Walter Scott, pénètre dans l'âme de Eugène y dépose le germe des plus hautes conceptions romantiques.

N° 88 : Le Tasse dans la Maison des Fous

Toile. — H. o'"49, L. o'"6o. — Signe, non daté. — Salon de 1839. — Exposition universelle de i855. — Vente A. Dumas tils, i865 : 14,000 francs. — Vente Khalil bey, 1868 : i6,5oo francs. — Vente Carlin, 1872 : 40,000 francs. — Gravé à l'eau-forte par L. Flameng. — Litliographié en sens inverse par Mouilleron, pour la publication Le Mont Carmel et les chrétiens d'Orient (1844). — Gravé sur bois dans le vrai sens pour le Monde illustré (num. du 11 janvier 1868). — Cat. A. Moreau, pp. 92,118,119,144,160, 191,257,287,323.

Les fous regardent curieusement le poète assis et qui détourne sa tète pensive appuyée sur la main gauche. Dans le fond, un gardien fait claquer son fouet.

— Cet admirable tableau fut, d'après M. Moreau, exposé au Salon de iSSg. Il ne figure pas au livret, mais ce n'est pas une raison négative pour cette époque. Il existe plusieurs variantes du même motif. — L'œuvre, à peu près achevée à cette date [1 824), fut, comme les Natche^, mterrompue par le Massacre de Scio et revue et signée seulement en 1825 pour M. Formé.

— Voirie numéro suivant et aux années 1825 et 1827.

N° 89 : Le Tasse en prison

Dessin. — Gravé à Teau-forte par A. Devéria. — H. o"'i79, L. o"M i5. — Fragment du précédent. — Cat. A. Moreau, p. 92.

C'est la figure isolée du poète dans le tableau précédent, avec de sensibles différences dans le costume et dans l'ajustement du manteau qui recouvre ici l'avant-bras droit. — Dès 1819, Delacroix se montre bien vivement préoccupé de ce noble sujet. « N'est-ce pas que cette vie du Tasse est bien intéressante? écrit-il à M. Pierret. Que cet homme a été malheureux! Qu'on est rempli d'indignation contre ces indignes protecteurs qui l'opprimaient sous prétexte de le garantir de ses ennemis et qui le privaient de ses chers manuscrits! Que de pleurs de rage et d'indignation il a dû verser en voyant que pour les lui enlever plus sûrement, on l'accusait de folie et d'impuissance! Qu'il a dû de fois user sa tète à ses barreaux en pensant à la bassesse des hommes. » (Lettres, publication Burty.)

N° 90 : Etude d'intérieur

Aquarelle. — H. o'"i55, L. o'"2io. — Vente posthume : 5o francs. — Vente Constant Dutilleux : 3ro francs à M. Burguiéres. — Lithographiéà la plume et cliché pour le catalogue delà vente parAlf. Robaut : o'"78 sur o"'io5.

Ce n'est pas là un sujet bien intéressant, diront ceux qui demandent à la peinture des anecdotes et des histoires. Non, assurément; mais, outre les ualités pittoresques de cette charmante aquarelle, est-il possible de rencontrer une plus idèle expression de l'intimité d'un ménage de garçon?

Massacre de Scio

Toile. —H. 4'"22, L. 3"'57. — Salon de 1 824. Acheté par FEtat : 6,000 francs. — Exposition universelle de i855. — Gravé à Peau-forte par Masson. — Lithographié par Blanchard. — Gravé sur bois pour Vlllustration et pour l'Histoire des Peintres. — Appartient au musée du Louvre. — Cat. A. Moreau, pp. 93, 117, 142, 160, 167.

Le titre exact du tableau est : Scènes des massacres de Scio. La peinture était achevée, déposée au Louvre où se faisaient alors les expositions annuelles, quand Delacroix vit les tableaux de Constable qu'un spéculateur français avait envoyés au Salon. 11 fut tellement frappé de l'admirable facture de l'illustre paysagiste qu'il obtint de faire descendre son tableau dans la salle des Cariatides et là le reprit et, en quatre jours, le transforma complètement (voir la notice de M. Villot sur John Constable). M. Lassalle-Bordes, qui fut un des praticiens du maître, prétend que celui-ci retoucha de nouveau le tableau en 1847, au moment où il terminait la coupole du Luxembourg. (( Il trouvait que les tons avaient poussé au jaune. » Après le Massacre de Scio, M. de La Rochefoucauld, alors directeur général des beaux-arts, aurait, d'après les Noies de L. Riesener, fait appeler Eugène Delacroix, non pour lui commander des travaux, mais pour lui recommander « de dessiner d'après la bosse ».

Delacroix ne connaissait pas la Grèce, où il n'avait jamais voyagé, lorsqu'il a peint le Massacre de Scio; cela ne l'a pas empêché de tirer de son sujet un grand effet de vraisemblance poétique qui s'élève jusqu'à la terreur. La santé de la main a rendu fidèlement la fièvre de fa pensée qui agitait tous les esprits en 1824 au seul nom de la Grèce. La peste, la corruption, la mort physique et la mort du cœur se partagent l'attention troublée par cette horrible scène de destruction, où la vieillesse s'hébête de folie, où l'enfance affamée s'attache aux seins taris d'un cadavre, où la nicâle vigueur s'écoule en flots de sang par de béantes blessures, où la beauté virginale est livrée dans sa pure nudité aux meurtrissures d'un cheval furieux. « Ces scènes horribles, dont nul ménagement académique ne dissimule la hideur, a dit Théophile Gautier, ce dessin fiévreux et convulsif, cette couleur violente, cette furie de brosse soulevaient l'indignation des classiques dont la perruque frémissait comme celle de Haen.del, et enthousiasmaient les jeunes peintres par leur hardiesse étrange et leur nouveauté que rien ne faisait pressentir. Aujourd'hui, le Massacre de Scio est devenu classique à son tour; on le copie, on l'étudié, on l'admire. » C'est l'Orient et sa cruauté dans l'homme et dans la nature : la peste et le meurtre.

92, 9} : Etudes pour le Massacre de Scio

Toile. — H. o'"q5, L. i™3o. — Salon de 1824. —Vente du 11 mai 1876, à l'hôtel Drouot : 3,65o francs à M. Auguste Vacquerie. — Cat. A. Moreau, p. 167. La plus importante est une étude du groupe de la mère couchée, morte, et de l'enfant. Il en existe une autre réduction de o"'40 sur o"'5o qui a successivement appartenu à MM. Jeanron, Niel, Martin, Burty, Barbedienne, Charly.

l8'24 L'ŒUVRE DE DELACROIX 3l

N° 94 : Tête de vieille femme pour le Massacre de Scio

Aquarelle — H. o"M7, L. o'"i4. — Appartient à M. A. Robaut depuis la Vente postliumc.

Cette admirable e'tudc, d'une puissance de relief extraordinaire, d'une expression saisissante, avec ses yeux glauques ourles de rouge et sa liouche édentée, tordue par l'âge, cette tète si curieusement encapuchonnée a été visiblement faite d'après nature comme une préparation pour la vieille femme du Massacre de Scio, dont il y a aussi une étude peinte. La vue de cette admirable aquarelle me remet en mémoire un passage de la très remarquable étude de Henri de la Madeleine : « Que de sottises n'a-t-on pas dites et redites sur le dessin de Delacroix? Vicieux, extra- ^ -^.i vagant, caricatural, informe, c'était une horreur pour les calligraphes.

Que pouvaient, en effet, comprendre les admirateurs des P'avarger ou des Vital dans ce dessin cursii et parafant, prompt comme la parole même, né d'une inspiration impérieuse. «

N° 9^ : Tête de femme pour le Massacre de Scio

Toile. — H.o'"42,L.o™34. — Au docteur Gebauer. — Gat.A.Moreau,p. i68

Cette étude, conforme à l'exécution détinitive, est celle de la femme grecque accroupie au premier plan à droite, la poitrine découverte, auprès de la mcre couchée morte et dont l'enfant cherche à prendre le sein. Nous renvoyons l'amateur curieux de pénétrer le secret des procédés intellectuels d'Eugène Delacroix ii la toile que nous avons reproduite sous le n" 66. (]e rapprochement montre avec quelle certitude de conception et d'exécution il transformait la réalité étroite fournie par le modèle vivant. C'est le mouvement de l'Orpheline de 1823 qui est devenu celui de la mère de 1824.

N° 96 : Cavalier grec blessé

- Aquarelle. — H.

'23. — Signé, daté.

Cette aquarelle, vernie et encadrée sans marge, fait l'effet d'une peinture à l'huile. On lit au bas, à gauche : « Eug. Delacroix h son ami Th. Fielding, novembre 1824. » — Ce morceau précieux appartenait h M. Guillaume, de Bruxelles, en 1874, et a passé depuis entre les mains de M. Arthur Stevens et de M. F. Petit. — D'après la tradition, Thalès Fielding aurait collaboré à l'exécution du ciel dans \t Massacre de Scio, mais j'ai dit comment Delacroix, par des reprises successives

en 1824 et en 1847, ne laissa rien subsister de ce premier travail.

N° 97 : Mademoiselle La...

Toile. — H. o™6o, L. o"'4o. — Non signé ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 229.

Cette demoiselle La..., représentée en buste, vêtue d'une robe de couleur foncée serrée h la taille par une large ceinture à haute boucle, est, pensons-nous, un modèle du nom de Laure.

N° 98 : Aline la mulâtresse

t Toile. — H. o™6o, L. o'"48 — Signé à droite à hauteur de Tépaule: Eug. Delacroix. — Appartient au docteur Gebatier. — Cat. A. Moreau, p. 229.

Le modèle, vu presque de face, est coiffé d'un vaste turban bleu. La robe grise, très ouverte, est fixée au corsage de dessous par une large broche de forme carrée, dorée et ornée de pierres de couleur. Un châle rouge descend des épaules pour envelopper les bras. — Malgré l'indication du Catalogue A. Moreau, cette étude est signée en toutes lettres. Nous rectifions aussi les dimensions. — M. Moreau catalogue également une variante de cette étude, non signée ni datée, dans les dimensions de o'"35 sur o"'27 (et non 22), variante qui, peut-être même, n'est pas de la main de Delacroix.

N° 99 : Aline la mulâtresse

Toile. — H. o-^Sao, L. o'"235.

38o francs à M. le baron Rivet.

193 de la Vente posthume :

■Cat. A. Moreau, p. 32 1.

datées d

ailleurs, 'une des

Cette toile n'est pas une variante des précédentes, c'est une étude entièrement nouvelle. Le modèle, presque de face, est tourné dans le sens opposé (ici à droite). Il n'y a plus ni broche, ni châle, ni turban, et le nu de la poitrine est beaucoup plus accusé. Curieux de tout ce qui pouvait lui offrir un élément nouveau décoloration, Delacroix étudiait alors le jeu particulier de la lumière absorbée, et non plus réfléchie, par la peau dans les races où la nature a varié, comme un fondeur merveilleux, toutes les patines du bronze.

Il existe encore d'autres études de femme en buste vêtu, non signées ni et de dimensions variées, généralement de o™72 sur o'"6o ou de o"'35 sur plus intéressantes figure sous le numéro 97.

N° 100 : Scène de « Don Juan »

Toile. — H. o'"54, L. o'"44. — Signé. — Salon de i838. — Appartient à M. Marmontel. — Cat. A. Moreau, p. 177.

C'est une scène du dernier acte, celle du souper. Don Juan répond par des railleries aux larmes de dona Elvire qui le supplie d'ab- )urer son impiété, quand Leporello annonce l'arrivée du Commandeur. En entendant les pas lourds de la statue, don Juan, d'un air de défi, se soulève à demi sur son fauteuil. La porte s'ouvre, et Leporello recule avec des gestes de terreur effarée. — Ce tableau, peint dans une gamme de tons un peu sombre, ne fut exposé qu'en i8'38. A cette époque, Delacroix terminait le salon du Roi à la Chambre des députés; il tenait cependant à ce que son nom figurât au livret du Salon. C'est alors qu'il se sera décidé à envoyer ce tableau peint en 1824 et qui opposait une note sévère aux splendeurs de la Médée et des Coiivulsionnaires . Quelle variété de génie chez le peintre qui pouvait exposer la même année trois ouvrages d'un caractère si différent!

N'' loi : Cheval effrayé par l'orage

Aquarelle. — H. o"'235, L. om32o. — Appartient à M. le baron de Schwiter.

M. le baron de Schwiter fut un des meilleurs amis de Eugène Delacroix, qui lui légua, en mourant, un tableau de Watteau, un de Chardin et un grand paysage inachevé de Thaïes Fielding et le désigna pour concourir au classement de ses dessins. Il avait reçu cette précieuse aquarelle d'un si beau mouvement, en échange d'une collection d'empreintes de médailles que Delacroix a maintes fois dessinées. Voir années 1824 et 1825.

N° 102 : Cheval arabe

Sépia. — H. o"'i9, L. o'"23. — Appartenaità mad. Leblond.

L'admirable observateur que Delacroix! Tour homme qui aura partagé la vie d'un camp de cavalerie demeurera frappé, comme nous le sommes en face de ce dessin, du développement extraordinaire de cette faculté chez le maître. Bridé, sellé, harnaché, l'animal s'est détaché du piquet. Avec quelle gaieté d'enfant mutin^ quelle innocente malice, il s'échappe d'un trot léger pour le plaisir de faire courir son gardien, ici, un Arabe ! Il n'y met pas de méchanceté, l'aimable animal; tout à l'heure, il se laissera reprendre, remettre au piquet.

N'' 10 j : Scène du Sabbat

Toile. — H. o"'3i, L. o'"39. — N° 142 de la Vente posthume : 410 francs à M. Haro.

C'est une simple ébauche, intéressante surtout par la belle disposition de la ligne diagonale qui, des masses de rochers placés à gauche, s'élève vers les hautes ruines en forme de falaises qui dressent leurs cimes dans le vaste ciel et vers lesquelles s'élance, comme h l'assaut, la bande des sorciers, larves, lémures, afrites, goules, lamies, psylles, brucolaques et autres esprits nocturnes.

N° 104 : La fiancée de Lammermoor

Aquarelle. — H. o-^iSS, L. o'"265. — Vente Villot, 18-5 : 45 francs. — Appartient à M. Marquet de Vasselot, statuaire.

« On entra dans l'appartement, et la première chose qu'on vit fut le corps de Bucklaw étendu derrière la porte et nageant dans son sang. » C'est une des dernières scènes du roman de Walter Scott, une indication plutôt qu'une oeuvre définitive. Delacroix reviendra plus tard, en 1827, au même roman et choisira un autre motif. — A la vente Villot, du 6 décembre iSyS, cette aquarelle fut réunie à un dessin à la mine de plomb d'après Géricault; le prix de 45 francs porte sur ce lot de deux pièces.

N° 105 : Portrait en pied de M. Soulier

Toile. — H. i"'42, L. i-^io. — Ni signé ni daté — Appartient à M. Soulier fils.

Peinture inachevée. La tête et la main droite seules sont terminées ou à peu près; le reste n'est qu'indiqué, quoique la toile soit couverte partout. — L'œuvre a été peinte dans l'atelier de Delacroix dont on reconnaît les propres meubles. Le maître eut toujours le désir, qu'il ne réalisa pas, d'achever ce portrait. On le rendit au modèle à la mort de Delacroix. — M. Soulier, le teint pâle, les cheveux châtain foncé, vêtu de drap bleu sombre, est assis de face, les jambes croisées, la main gauche appuyée sur un livre posé à plat sur ses genoux. Le fauteuil et le canapé, les mêmes que dans le portrait de M. F. Villot, sont en bois d'acajou et recouverts d'étoffe verte. Dans le fond, une draperie rouge et la fameuse guitare que nous avons déjà vue dans un précédent portrait de M. Soulier. — Ajoutons, pour compléter les renseignements déjà donnés sur cet excellent ami de Delacroix, que M. Soulier avait étudié l'aquarelle dans l'atelier de Copley Fielding, à Londres, et que c'est par lui et chez lui, dans la mansarde de la place Vendôme, que Delacroix connut Thalès Fielding. (Voir n^^ôo à 63.)

N° 106 : Le modèle Rose

Toile. — H.o'"32, L. o'"48. — Au docteur Gebauer.

D'une lettre sans date à M. Pierret (M. Burtydit « vers i 823 », nous nous croyons dès lors autorisé à adopter 1824), nous détachons, malgré la dernière ligne un peu libre, les lignes suivantes qui se rapportent manifestement à notre étude : o ... Je suis fâché de ne t'avoir pas vu, mon petit ami. Mais, du moins, fais-moi le plaisir de m'en dédommager en venant demain travailler avec moi. J'aurai modèle depuis sept heures du matin, rue de Sèvres, n° 1 i ... J'avais tâché de déterminer Félix (Guillemardet, qui faisait son droit) à venir nous tenir compagnie demain. Mais il m'a dit que le régime dotal l'emporterait sur le fessier de mademoiselle Rose pour cette fois. «

N° 107 : Scène d'adieux

croix ne

Aquarelle. — H. o'"i5o, L. o'"io5. — Appartient à M. Haro.

Les amants, au moment de se séparer, se tiennent étroitement embrassés dans l'allée verdoyante d'un parc. — Encore un projet abandonné (Voir n° 1 1 4). « Si je ne suis pas agité comme le serpent dans la main de la Pythonisse, je suis froid; il faut le reconnaître et s'y soumettre. Tout ce que j'ai fait de bien a été fait ainsi. » (Extrait des agendas de Eugène pelacroix, dans le catalogue imprimé et non livré au public de la magnifique collection léguée par M. Alfred Bruyas au musée de Montpellier. Ce catalogue avait été rédigé par le donateur avec la collaboration infiniment précieuse^ de Théophile Silvestre). — La scène n'est pas à ce point particularisée qu'il y ait le moindre intérêt h nommer ces amants. Cela importe peu, car Delas'y est arrêté que pour indiquer le mouvement d un groupe de deux figures.

N° 108 : Les Natchez

Toile. — H. o'"90, L. i"m6. — Signé à droite. — Salon de i835. — Vente Paturle, 28 février 1872: 1 9,000 francs à M. Febvre. — Gravé à Teau-forte : o'"o97 sur 0"' 128 par Bracquemond pour le catalogue de cette vente. — Cat. A. Morcau, pp. 89, 160, 175, 252.

Inutile de dire que le sujet est emprunte à Chateaubriand. Fuyant le massacre de leur tribu, les deux jeunes sauvages remontent le cours du Meschaccbé. Pendant le voyage, la jeune femme a été prise des douleurs dc^^l'enfantement. Les Natchez ont quitté leur pirogue; le père, agenouillé sur le sable, tient dans ses bras le nouveau-né que la mère, assise sur le sol, regarde avec tendresse. — L'exécution du Massacre de Scio interrompit celle des Natchez. Ce dernier tableau était déjà fort avancé h cette date. Cependant, il ne parut qu'au Salon de i835. Mis en loterie à Lyon, au profit d'une œuvre de bienfaisance, en i838, par M. Rivet, préfet du Rhône et ami du maître, il fut gagné par M. Paturle. Il avait été payé 1,200 francs à l'artiste, qui écrivit à M. Rivet, après le tirage de la loterie : « Que j'aurais désiré que mon triste tableau, s'il vous a plu le moins du monde, vous fût échu! Je crains bien qu'il ne se présente de sitôt sous ma main un sujet aussi conciliant, si je puis parler ainsi. Mes inclinations tragiques me dominent toujours et les Grâces me sourient rarement... »

109, 110, III, 1 12 : Feuilles de croquis d'après l'antique.

1° Médailles et monnaies. — Dessin à la plume.

^^^-^ o'"3oo. — Appartient à M. Burty. — Publié en fac-similé dans V Autographe au Salon, numéro du 10 juin 1864.

- Dessin au crayon. — H. o"'i3o, L. o'"20o. — Mêmes indi-

2° Fragments étrusques cations complémentaires que ci-dessous 3*^ Médailles. — Dessin à la plume. — H. o'"ioo, L. o'"i70. — Lithographie de mêmes dimensions par Alfred Robaut, dans la troisième série de ses « Fac-similés de croquis et dessins originaux de Eug. Delacroix, 1 865, chez Pauteur « Planche tirée à dix épreuves seulement, non publiée.

4" Médaille de Syracuse. — Dessin à la mine de plomb. — Diamètre o"'o6o. — ■ Mêmes indications, sauf le chiffre du tirage qui est de t5o et le numéro delà série, qui est la première. La médaille orne la couverture de cette série.

Delacroix avait étudié l'antique avec la passion qu'il apportait à toute chose. Nous l'avons vu (n" 101) échanger une aquarelle importante contre une collection d'empreintes de médailles, celies-là mêmes assurément d'après lesquelles les croquis que nous donnons ici furent exécutés. Médailles, pierres gravées, trépieds, carquois, figures d'ornement, animaux symboliques, tètes casquées, etc., ce que Delacroix recherche dans ces dessins au trait, c'est le type essentiel de l'objet, ce qui caractérise cet objet, en éliminant l'accident et jusqu'au détail pittoresque. De là cette grandeur.

N° 1 1 3 : Mort de Caton

Toile. — H. on'60, L. o"'44. — Lithographié par J. Laurens : o'"23 sur o"'i7. — Appartient au musée de Montpellier, galerie Bruyas.

C'est une académie que Delacroix a reprise et complétée en lui donnant l'intérêt d'une composition. On se demande si le maître n'eut pas alors la pensée de se mesurer avec Louis David, qui exposait précisément au Salon de 1824 une figure académique dans une attitude analogue. Cette académie de David était très célèbre dans les ateliers. Il l'avait peinte en 1779, pendant son pensionnat de Rome. Elle servit longtemps de modèle à ses élèves avec une autre académie d'homme vu de dos. Cette dernière était connue sous le nom d'Hector; la première, qui est au Louvre, sous le nom de Patrocle. Le Caton de Delacroix nous fait l'effet d'une réminiscence très intentionnelle du Patrocle. Malgré tout, l'œuvre conserve l'allure tendue des morceaux académiques.

N° 1 14 : Camp romain

Aquarelle. — H.

bas à gauche. — Villot.

o'"i55, L. o"'295. — Appartient à M.

Signé au Georges

C'est là un des innombrables projets, moins que cela, une des innombrables pensées qui traversèrent le cerveau de Eugène Delacroix en son incessante activité, pensée non réalisée cette fois. Aura-t-il manqué d'obstination? « Sorti d'un travail, » a-t-il écrit quelque part, « impossible de s'y remettre. Il y . a une croûte à rompre pour s'y remettre de cœur,

quelque chose comme un terrain rebelle qui repousse le soc et la houe. Mais après un peu d obstmation, cette rigueur s'évanouit. Tout à coup, il est prodigue de fleurs et de fruits, on ne peut suffire à les cueillir. »

N° II 5 : Portrait d'Abel Widmer

Toile ovale. — H. o">6o, L. o™5o. — Appartient à M. Arosa. — Cat. A. Moreau, p. 23o.

En 1824, puis en i825, et de 1828 à 1834, avec une lacune en i83i, Delacroix fit, au prix de cent francs, pour son ami M. Goubau, chef d'institution, le portrait à l'huile, en buste, des élèves lauréats au concours général. M. Goubau est le fondateur du collège Chaptal. Dans le principe, la pension portait le titre de Institution Saint-Victor et était située rue Chantereine, devenue rue de la Victoire. C'est en 1 83o qu'elle fut transférée rue Blanche, où elle devint collège Chaptal, aujourd'hui boulevard des Batignolles. Le lauréat de 1824 s'appelait Abel

Widmer. Redingote bleu foncé, gilet montant, col et cravate blanche

d aspect négligé. A. Widmer mourut très jeune, vers i833.

l825 L'ŒUVRE DE DELACROIX

N° 116 : Desdemona et Emilia

Toile. — H. o'"24, L. o"^ij. — Appartient à M. Soulier fils. — Non catalogué par M. Moreau.

C'est la dernière scène du quatrième acte d'Othello, dans l'appartement de Desdemona. Othello, Lodovico et les gens de leur suite sont sortis. Emilia commence de défaire sa maîtresse, la romance du Saule est chante'e. La conversation s'engage sur l'infidélité des femmes. « desdemona. Oh! ces hommes! ces hommes! ... Crois-tu en conscience, dis-moi cela, Emilia, qu'il y ait des femmes qui offensent leur mari d'un si gros outrage. — EMir.iA. Il y en a de telles, cela n'est pas douteux.., — desdemona. Je ne crois pas qu'il existe une telle femme. — émii.ia. Oui, il en existe par douzaines, et autant encore par-dessus le marché qu'il en faudrait pour peupler le monde pour lequel elles auraient joue....» Suit le grand monologue d'Emilia qui se termine par ces mots : « Ainsi donc, que nos maris nous traitent bien, ou bien qu'ils sachent que nos pèches, ce sont leurs pèches qui nous les enseignent, » et auquel l'innocente, la triste Desdemona coupe court par ces mots : a Bonne nuit, bonne nuit; que le ciel m'accorde des mœurs qui me permettent non de tirer le mal du mal, mais de me corriger par le mal ! » Elles sortent. Le drame approche, la fin tragique qui arrêtera Delacroix plus tard en 184S et en i83o.

N° 117 : Macbeth consultant les sorcières

Lithographie. — H. o'"322, L. o"'25o. — Premier e'tat. Ventes de la Combe, i863 : 72 francs; Dubois, 1866 : 3o francs. — ■ Deuxième état. Vente Parguez, 1 861 : 25 francs. — Troisième état. Vente posthume 1864 (cinq épreuves) : 5i francs; Ventes Burty, Paris, décembre 1874: 3o francs; Burty, Londres, 1876: 20 francs;ViIlot, 1875 (mauvaise épreuve): 16 francs; Sensier, décembre 1877 • francs. — Quatrième état. Vente Soleil, Janvier 1872: 7 fr. — Cinquième état. Vente Langlais, 1868, (deux épreuves): 3 fr. 5o. — Cat. A, Moreau, pp. 40, 41.

Le premier état, dont il n'a été tiré que six épreuves, ne porte ni signature ni lettre, les bords ne sont pas rectifiés. — Dans le deuxième état, certains clairs ont été ajoutés à la pointe avec la signature à gauche, « E. Delacroix », sans lettre, bords rectifiés. — Troisième état. Au bas à droite, « Lith. de G. Engclmann »; au milieu, « Toil and trouble, fire burn, and cauldron bubble» (c'est le refrain des sorcières dans la scène de la caverne qui ouvre le quatrième acte de

« Macbeth : » « Double, double toil and trouble, etc Redoublons de travail et de

peine; brûle, feu ; bouillonne, chaudron) ». — Quatrième état, non signalé par M. Moreau : Le nom de G. Engelmann effacé; il ne reste que les mots « Lith. de » (épreuve de la Vente Soleil). — Cinquième état. En bas à droite : « Imp. Bcrtauts, R. Rodier, Paris «; au milieu : (I Macbeth » et le texte de Shakespeare.

N"" 118 : Macbeth consultant les sorcières

Toile. — H. o"32, L. o'"25. — Sans changements. — Appartient à M. Albert Hecht.

Macbeth debout en costume écossais a pénétré dans la caverne ténébreuse où les trois sorcières se tiennent accroupies autour d'un cliaudron bouillant, et les interroge : « Je vous en conjure, par la science que vous possédez, quelle que soit la manière dont vous l'avez acquise, répondez-moi. » — Admirable interprétation de cette admirable scène! Dans l'exécution de cette toile étrange, Eugène Delacroix, se souvenant du procédé lithographique qu'il avait adopté pour l'exécution du numéro précédent, a travaillé en maints endroits la pâte avec une pointe ou le manche d'une brosse, de même qu'il avait traité la pierre à coups de grattoir.

Portrait de M. Jérôme

la lettre Jérôme « « Venez prendre.

Dessin ou sépia. — H. o'^i29, L. o^SSo. — Grave' à l'aquatinte, par Hocquart. — Cat. A. Moreau, pp. io5, 106.

Eugène Delacroix interrogé par M. Burty au sujet du dessin, lui répond le 24 janvier 1862 : « Je n'ai aucun souvenir de M. Jérôme, ni d'avoir rien fait qui ait trait à cela. » M. Burty ajoute cependant : « Quoi qu'en dise Delacroix, la gravure qui parut en tête du Manuscrit de feu M. Jérôme (Paris, 1825, un vol. m-8", fatras politico-économique, publié par François de Nantes), dut être gravée d'après une sépia de lui.» C'est par suite d'un lapsus que M. Burty a écrit François de Nantes, il s'agit ici de François de Neufchâteau, écrivain et homme d'État, né à SafFais j, ™ . (Meurthe), en ijSo, mort en 1828, membre de l'Institut, classe des ^,g-^ Lettres, en 1797; poète et auteur dramatique médiocre qui publia, de 1810 h 1828, plusieurs ouvrages sur l'agronomie. — Nous reproduisons de l'aquatinte : En haut, au milieu : « Ceci est le véritable portrait de feu Monsieur ; en bas, à gauche: « Delacroix del. »; à droite : « Hocquart jeune, sculp.»; au milieu : avec moi dans le pays des loups, peut-être y trouverez-vous quelque chose à ap-

N° 120 : Portrait de Désiré Pellerin

Toile. — H. o'"6o, L. o'"5o. — Signé au bas à gauche. — A appartenu à MM. Rigaut et Alfred Robaut, aujourd'hui dans la collection de M. de Beurnonville. — Cat. A. Moreau, p. 23o.

Désiré Pellerin était un élève de l'Institution Saint-Victor dirigée par M. Goubau, ami de Eugène Delacroix. Nous avons dit (voir no 1 15, année 1824) dans quelles conditions le peintre déjà célèbre fit pendant sept ans les portraits des élèves de cette pension qui remportaient des prix au Concours général. Le lauréat de 1825 pour le second prix de Géographie, classe de sixième, était Désiré Pellerin. C'est bien un type de jeune piocheur; tout dans sa physionomie, ces cheveux incultes que le passage habituel de la main a redressés, le front puissant, le regard de ces yeux bleu foncé, la bouche ferme révèlent l'énergie et la constance de la volonté. Habit noir-bleu, gilet jaune à raies brunes, gants grisardoise. Comme Abel Widmer, le lauréat du second prix ue Mathématiques élémentaires en 1824, et qui survécut dix ans à peine à son succès. Désiré Pellerin mourut jeune, en 1837.

N° 1 2 1 : Portrait de Mademoiselle Claire Pierret

Toile. — H. o'"39, L, o™3i. — Non signé ni daté. — Appartient à madame veuve Pierret.

C'est à M. J.-B. Pierret que Delacroix, pendant son séjour à Londres, aux mois de mai, juin, juillet et août 1825, écrit le plus souvent et avec le plus d'effusion. Ces lettres sont charmantes et l'on y voit poindre le germe de ses grandes et prochaines compositions shakespeariennes. Telle est, par exemple, celle du 27 juin : « J'ai vu Richard III^ joue par Kcan qui est un très grand acteur, quoi qu'en dise l'ami Duponchel qui l'appelle le Philippe de l'Angleterre (Philippe était un célèbre auteur de mélodrame). Je ne saurais être de son avis. Young ne me plaît pas autant. Je l'ai vu dans plusieurs pièces, entre autres la Tempête qu'on a remise h la scène. On a changé le commencement de Richard : au lieu de la mort de Clarence, ils ont mis la mort de Henri VI, qui est aussi de Shakespeare; mais dans la deuxième partie de Henri VI, Richard, qui n'est encore que Glocester, vient dans sa prison et l'assassine à coups d'épée. Ce moment a été terriblement rendu par Kean, ainsi que mille autres dont je ne manquerai pas de te rebattre les oreilles. J'ai vu aussi Othello par lui. Les expressions d'admiration manquent pour le génie de Shakespeare qui a inventé Othello et lago. Je suis obligé à mon grand regret de manquer une représentation demain où Young doit jouer le rôle de la^o avec Kean dans Othello. Quoique h des théâtres différents, ils se réunissent pour un bénéfice. Je pense voir aussi Hamlet. » Et au mois d'août : « Je suis inconsolable d'avoir manqué Hamlet, par Young. >> Il le vit plus tard et y trouva son propre Hamlet.

N° 122 : Portrait de Tabbé Martial Marcet

Lithographie. — H. o"''i3o, L. i25. — Vente Parguez : 6 francs. — IP^m, Vente Sensier : 7 francs.

Le jeune ecclésiastique est représenté en buste, en soutane et rabat, tète nue et ^iyaH^^^ de trois quarts. La légende de la lithographie relevée par M. Morcau manque laHHHHHK. de clarté. Nous la reproduisons en signalant le vague que la présence de deux ^IfRHHjPPi noms d'artistes fait planer sur l'authenticité de l'attribution : « En bas, à . ■ ■ gauche: « Devéria d'après nature »; à droite : « Eug. Delacroix «; au milieu : « Lith. de Langlumé et C«, — M, Martial Marcet ».

N° 123 : Portrait de M. Pierret

Toile. — H. o"'32, L. o"'24.— N° 77 de la Vente posthume : 600 francs à M. Bornot. — Cat. A. Moreau, pp. 23o, 3i3.

Le vieil ami de Eugène Delacroix, dont nous avons déjà vu le portrait plusieurs fois, est représenté ici, assis les jambes croisées, le coude gauche appuyé sur une table. Il est coiffé d'un large turban et revêtu d'un costume turc composé d'une tunique vert foncé, rehaussée de passementeries d'or et d'une ceinture d'un ton violet neutre. La table sur laquelle il est accoudé est d'un ton violet rougeàtre. — Cette belle étude de costume pour laquelle posa M. Pierret, n'est pas signée. Elle resta dans l'atelier de l'artiste jusqu'à sa mort. Delacroix l'a souvent consultée, notamment pour le Turc à la Selle (1828) et pour le Turc assis (184G).

N° 124 : Portrait de M. Washington

Toile. — H. o'"46, L. o'"35. — N° 76 de la Vente posthume. — Appartient à madame Pastré de Regny. — Cat. A. Moreau, p. 23o.

M. Washington était également un ami de Delacroix qui l'a représenté debout, en costume grec, et tenant un fusil à la main.

N° 125 : Portrait de M. Soulier

Toile. — H. o'"45, L. o'"38. — Non signé. — Cat. A. Moreau, p. 23o. Il est représenté debout, une main dans le gilet, l'autre cachée derrière le dos.

N° 126 : Pâtre romain

anciens et modernes.

Toile de 6. — Peint en 1825 pour M. Du Sommerard. — ^ Salon de 1827. — Lithographié par Mouilleront o'"i57 sur o'"i98. — Le premier état de cette lithographie portait en bas à gauche : « Cabinet de M. Dugléré. » — Cat. A. Moreau, pp. i33 et 169.

Le pâtre, couvert d'une peau de mouton, tête nue, agenouillé au bord d'une mare, se penche pour y tremper ses lèvres. — La lithographie de Mouilleron a paru sous le titre : «la Mort du Brigand » dans la publication del'imprimeur-lithographe Bertauts, intitulée: «Les Artistes » L'homme peut bien être un brigand, mais il ne meurt pas, il boit.

N° 127 : Mendiant anglais

Aquarelle. — H. o'"2o5, L. o^^^o. — Vente Villot, i865 : 3o5 fr. — Gravé de mêmes dimensions à Feau forte, par M. F. Villot. — Cat. A. Moreau, p. 108.

Étude sinistre de la misère londonnienne. « Je me suis cruellement ennuyé pendant les premiers jours, » écrit-il de Londres, le 6 janvier 1825 ; « j'ai été sur le point de repartir sans cérémonie. Cela vient de ce que je ne faisais que voir de côté et d'autre sans autre fruit que me fatiguer. Depuis que je me suis mis à travailler, je me plais ici. Je suis très flâneur à la vérité, mais pas badaud... Les chevaux, les voitures, les trottoirs, les parcs, la Tamise, les bateaux de la Tamise, les bords de la Tamise, Richmond et Greenwich, tout cela demanderait des volumes de lettres. »

N° 128 : Deux chevaux de ferme anglais

Panneau. — H, o"'oo, L, o"'oo (?) — Salon de 1827. — Cat. A. Moreau, p. 169.

N° 129 : Cheval de ferme rouan vineux

Aquarelle. — Vente Villot, i865 : 45 francs! — Cat. A. Moreau, p. 293.

Etude faite en Angleterre. Le cheval, dit M. Moreau, est harnache et représenté fuyant, vu de croupe.

N"^ 130, 131 : Combats de chevaux

1° Toile. — H. o'"27, L. o'"32. — Signé, daté. — N" 82 de la Vente posthume : i,6o5 francs à M. Van Cuyck, 7 février 1867 : 750 francs. — Cat. A. Moreau, p. 3i3.

2° Toile. — H. o"'35, L. o">45. — Signé, daté. — N" 82 de la Vente posthume : 2,400 francs à M. Delille.

— Non catalogué par M. Moreau.

Superbes études de mouvement que l'artiste retrouvera, consultera dix ans plus tard au moment de la Bataille de Taillebourg, où il y a une si furieuse mêlée de chevaux et qu'il a reprises plusieurs fois, notamment la première pour divers Combats du Giaour et du Pacha et surtout pour le Choc de cavaliers, dont la peinture fut refusée au Salon de 1834. (Voir aux années i833 eti845.)

N''' 1 3 2, 1 3 3 : Tombeaux d'Adrien et de Nicolas d'Estouteville

Sépias.— i" H.o'"i8, L. o"^26.

— 2° H. o"'i8, L. o'"23. — Partie du n" 597 de la Vente posthume, à M. Bornot.

Ces dessins ont été faits dans les ruines de l'abbaye de Valmont, près de Fécamp, qui appartiennent à M. Bornot, cousin de Delacroix, et où il allait souvent dans sa jeunesse. Léon Riésener, dans ses Notes, parle de ce pays et des séjours qu'il y fit avec Delacroix. « A Valmont, en Normandie, nous avons passé quelques vacances. Tantôt il était tout feu pour le travail et faisait des aquarelles délicieuses qui ont été vues à sa vente; tantôt ne pouvant s'y mettre, il se mettait à mouler avec passion les figurines qui ornent les tombeaux des moines d'Estouteville, fondateurs de l'abbaye de Valmont. Nous travaillions à ces moulages quelquefois après dîner, malgré les observations du domestique du propriétaire absent, car l'église servait de bûcher. C'était dans l'arrièresaison. L'eau gelait. Le toit de l'église était à jour. Les rayons de la lune y pénétraient et étincelaient dans les feuillages couverts de rosée qui poussaient dans la nef. Nous nous donnions l'un après l'autre le spectacle des ombres immenses que nous projetions avec art sous les colonnades des bas-côtés. » [Lettres, édition Burty.) Delacroix écrit aussi en 1829, qu'il moula « certaines petites figures qui ornent les tombeaux et sont d'un très beau style. »

N° 1 34 : Le Chevalier

Aquarelle. — H. o'"i5o, L. o'"iio. — Appartient à madame veuve Pierret. — Non catalogué par M. Moreau.

N'est-ce pas ici encore un souvenir de l'abbaye de Valmont? Non que nous supposions que Delacroix ait copié cette figure sur place. Mais n'aura-t-il pas été tenté de rendre la vie à quelqu'un de ces seigneurs d'Estouteville dont la grande allure en la rigidité de leur tombeau l'avait vivement frappé? Il aura disjoint ces mains réunies pour l'éternité dans

la prière et rendu, pour la durée d'un mince papier taché de couleur,

la vie, le mouvement, la fière tournure des mœurs héroïques au châtelain de Valmont. Le trait sculptural, la solennité de la pose font penser à la statue du Commandeur de Don Juan. C'est une statue, mais une statue prête à s'animer.

N° 1 3 ^ : Le Tasse dans la maison des fous

Dessin. — H. o™i8o, L. o'"225. — Signé au bas à gauche I et daté 1825. — -Exposition posthume de Poeuvre de Eugène Delacroix au boulevard des Italiens. — Lithogràphié par A. Devéria : o'"i44sur o'"i70. ■ — Gravé sur bois pour L'Univers illustré du 10 septembre 1864. — Appartient à M. Paul Meurice. — Cat. A. Moreau, p. 144.

Cette composition présente de nombreuses différences avec celle de 1823. Les fous debout qui harcèlent le poète sont de plus petites proportions et le maître a ajouté une figure de plus, celle du fou accroupi qui, par une affreuse ironie, simule l'action d'écrire. Dans la muraille du même côté, il a ouvert une fenêtre grillée où apparaît une figure de folle, enfin, il a substitué un crucifix à la petite baie du fond.

N° 136 : Tarn O'Shanter

Toile. — H. o'"26, L. o,3o. — Signé en bas à droite. — Peint en 1825 pour madame Dalton. — Salon de i83i. — Vente B..., 3o mars i855 : 8o5 francs. — Vente marquis de L..., 4 février i865 : 2,3oo francs. — Vente Khalil-Bey, 16 février 1868, à M. Verdier: 3,75o francs. — Photolithographié par M. G. Arosa: o"'940 sur o™! 18. — Lithogràphié dans le sens opposé par Mouilleron : o"'245 suro"'3o5. — Cat. A. Moreau, p. 172,248. Sujet tiré d'une ballade écossaise de Burns. — La lithographie de Mouilleron est intitulée «La Course effrénée» et porte en haut, à gauche : « Souvenirs d'artistes »;à droite, le nombre 559 : en bas à gauche : « Eug. Delacroix pinx^. — La Course effrénée »; au milieu : « Imp. Bertauts, Paris»; adroite: «A. Mouilleron, Paris». Le tirage est fait sur papier bleuté. M. Moreau, aux deux pages de son livre où il parle de ce sujet, donne deux dates différentes: 1825 et 1827. — Le tableau n'étant pas daté, nous adoptons la première, car M. Moreau dit expressément que la peinture fut exécutée en 1825 pour madame Dalton. (Voir à 1827.)

N° i}7 : Odette et Charles VI

Toile. — H. o'"343, L.

Signe

au bas à

droite. — Lithographié par Maurin, de mêmes dimensions. — Appartient à M. Dumas-Dcscombes.

Ce tableau peint en iSzS porte encore derrière le châssis le nom de M. F. Leblond, pour qui il a été peint. Le possesseur actuel le tient de son oncle Kl. Dumas-Descombes. La lithot^raphie porte en bas à gauche : « Delacroix pt. », à droite: « Maurin del. »; au milieu: « Lith. de Villain », le titre et un timbre sec ovale avec les mots « Sazerac et Duval « autour d'une lyre. Malheureusement cette lithographie, qui a l'avantage de représenter le tableau dans son vrai sens, a complètement altéré l'expression du page qui enlève l'épée des mains du roi, et surtout le personnage d'Odette dont la tète est tournée davantage dans le sens du trois quarts, ainsi que nous la rétablissons par un croquis complémentaire. La différence est tellement marquée qu'on supposerait volontiers que Delacroix a modifié cette partie du tableau après l'exécution de la lithographie. Le Charles VI du compositeur Halévy est de 1843; l'œuvre de Eugène Delacroix est donc antérieure de dix-huit années.

N° 138 : Don Quichotte dans sa librairie

Toile. — H. o'"40, L. o'"3 i . — Signé, non daté. — Vente Du Sommerard, 12 décembre 1843: 100 francs. — Vente Durand- Ruel, 28 janvier 1854: 400 francs. ^ Vente Bouruet-Aubertot, 22 février 1869 : 6,85o francs. — Vente Frémyn, 6 avril 1875 : 6,200 francs. — Cat. A. Moreau, p. 243.

Ce tableau commencé le 6 avril 1824, puis interrompu, n'a été terminé qu'en 1825. Il est très coloré, très étudié dans le rendu des détails de nature morte, tels que les reliures des livres de chevalerie sur lesquels médite don Quichotte tout de noir vêtu et coiffé d'un bonnet de nuit. Toute la lumière du tableau est concentrée autour des deux petits vases posés sur la table.

N° 139 : Le duc de Bourgogne montre sa maîtresse au duc d'Orléans

Toile. — H. o'"oo, L. o'"oo (?)— A appartenu au prince Napoléon.

— Ventes 6 mars 1843 : 3oo francs; 25 janvier 1864: 1,200 francs.

— Cat. A. Moreau, p. 264.

Nous reproduisons une partie de ce tableau d'après une eau-forte de M. Frédéric Villot. Dans la composition complète, le duc de Bourgogne est agenouillé sur un coussin; on voit dans le fond un dressoir chargé d'orfèvrerie. M. Villot a fait, en 1829, une copie de ce tableau; elle était chez le prince Napoléon à côté de l'original et on l'attribuait à tort à Decamps.

N° 140 : Odalisque

Toile. — H. o"'3jo, L. o"'445. — Non signé, — N° 69 de la Vente posthume : 705 francs à M. Baroilhet. — Vente Baroilhet, 16 mars 1872: i,o5o francs. — Vente Dassonville, mars 1879: 5oo francs. — Cat. A. Moreau, p.3i3.

Ce n'est qu'une esquisse. Le modèle vu de face, couché sur le côté droit, a la tète renversée sur des coussins; la main droite s'approche d'un narghilé posé à terre. Dans le fond une tenture et une échappée de paysas^e. On reconnaît dans cette étude le type physiologique de la femme robuste, forte, aux ampleurs massives que Delacroix a généralement mtroduite dans ses compositions héroïques. L'attitude ici et le narghilé qui ont fait baptiser cette toile l'Odalisque ne sont en réalité qu'accessoires, un simple prétexte pour une superbe étude de nu.

N° 141 : Archers de la garde écossaise

fr<-' Aquarelle. — H. o'^iS, L. o'"2o. — Appartient à M. Soulier fils. — Non catalogué par M. Moreau.

. .C'est une ébauche, mais saisissante par la beauté du geste et du mouvement, inspirée à coup sûr par le chapitre V du s^^âTi Quentin Durward de Walter Scott. « Ce corps célèbre qu'on nommait les archers de la garde écossaise avait été formé par Charles VI avec plus de raison qu'on ne peut en alléguer ~ - , généralement pour entourer un trône d'une troupe de soldats mercenaires. Les dissensions qui avaient arraché à ce monarque plus de la moitié de son royaume et la fidélité douteuse et chancelante de la noblesse qui défendait encore sa cause rendaient imprudent et impolitique de confier cà ses sujets le soin de sa sûreté personnelle. Les Ecossais étaient les ennemis héréditaires de l'Angleterre, les anciens amis, h ce qu'il semblait, les alliés naturels de la France. Ils étaient pauvres, courageux et fidèles. La population surabondante de l'Ecosse, le pays de l'Europe qui voyait partir le plus grand nombre de hardis aventuriers, fournissait toujours de quoi recruter leurs rangs. Leurs prétentions à une antique noblesse leur donnaient en outre le droit d'approcher de la personne d'un monarque de plus près que toute autre troupe. «

N° 142 : Bonaparte

Aquarelle. — Diamètre o'"o75. — Don de Jenny à M. Alfred Robaut. — Non catalogué par M. Moreau.

Nous avons dit plus haut comment Jenny « dont les soins passionnés et jaloux, dit M. Burty, ont prolongé le souffle frêle, toujours menacé » de Delacroix, avait possédé bien des œuvres de son maître. Voici l'article du testament qui la concerne : « Je lègue à Jeanne-Marie Le Guillou une somme de cinquante mille

francs (5o,ooo fr.), plus ce qui sera à sa convenance dans mon mobilier enunmotce

qu'il lui plaira de choisir pour se composer le mobilier d'un petit appartement convenable.»

N° 143 : Tête de jeune garçon

PasteL — H. o"^39, L. o'"29. — A appartenu à Jenny Le Guillou qui en fit don à Constant Dutilleux. — Non catalogué par M. Morcau.

M. Philippe Burty nous a dit dans sa précieuse édition des Lettres de Delacroix, comment la gouvernante de Delacroix était entrée en possession d'un certain nombre d'ouvrages de son maître : « Jenny ou Jeanne Le Guillou , dont le rôle auprès de Delacroix pourrait être dénaturé injustement, n'était pas une nature vulgaire. C'était une paysanne des environs de Brest, douée d'instincts délicats. Quelquefois dans l'atelier elle disait spontanément en face d'un croquis ou d'une peinture : v Monsieur, je trouve cela très bien. — « Cette Jenny s'y connaît, s'écriait Delacroix ravi! Eh bien, Jeanne, je vous le donne! » Et il écrivait son nom au revers. De là h renouveler l'anecdote de Molière, la distance est grande. — Malheureusement, vers la fin, malade , soupçonneuse, elle lit le vide autour de son maître qui ne pouvait se passer de ses soins. »

N°' 144, 14^, 146; 147, 148: Cinq feuilles de médailles

Six '190,

Lithographie.

i" Lithographie, médailles. — H L. o"'26o. — Sign^ au milieu : « Eug. Delacroix, 1825.» — Vente de La Combe (i'^'' état) : 10 fr.

— Cat. A. Moreau, p. 38.

— Quatre médailles. — H.

— Signé à gauche : « Eug.

Delacroix, 1825.» — Vente de La Combe (premier état): I o francs.— Vente posthume (même état) : i3 francs. — Cat. A. Moreau, p. 39. 3° Lithographie. — Neuf médailles. — H. o"'2io, L. o"'3oo. — Signé en bas et au milieu: '( Eug. Delacroix, 1825 ». — Vente de La

Combe (premier état) : 10 francs. — Cat.

A. Moreau, p. 39.

4" Lithographie. — Sept médailles. — H. o'"282,L. 0^^240. — Signé en bas à gauche : « Eug. Delacroix, 1825.» — Cat. A. Moreau, p. 39. ( Il existe de cette planche un état antérieur non signalé par M. Moreau et dans lequel la médaille dite de Syracuse occupe la place prise ici par la médaille au hibou.)

5° Lithographie. — Douze médailles. — H. o'"24o, L. o'"3o5. — Signé en bas et au milieu : « Eug. Delacroix, 1825.» — Vente de La Combe (premier état), 43 francs. — Vente posthume (deuxième état), 16 francs. — Cat. A. Moreau, pp. 39, 40.

A l'exception de notre n» 2, le premier état de ces lithographies ne porte pas de nom d'imprimeur; le deuxième état porte au bas à droite : « Lith. de G. Engclmann »; le troisième état à droite, tantôt en haut, tantôt en bas : « Imp. Bertauts, Paris », et à gauche : « Publié par l'artiste. » — Le troisième état de notre n° 2 porte en bas à droite : « Imp. Bertauts, R. Rodier, Paris «. (La série des cinq planches atteint généralement le prix de i5 à 25 francs.)

N° 149 : Thésée vainqueur du centaure Euryte

• j.^.-j'»--^^ Lithographie. — H. o'"i40, L. o-^ijo. — Ni signé, ni daté. — Vente 1^^^^^^% de La Combe, 2 février i863 : 21 francs. —Vente Villot, décembre 1875 : Wf^^^^ 10 francs. — Cat. A. Moreau, p. 28.

^tffe^^y Cette lidiographie fut exécutée par Delacroix en 1825, à son retour de ■ Londres, d'après le dessin qu'il avait fait au British Muséum d'une des métopes du Parthénon. Thésée saisit aux cheveux, de la main gauche, le centaure Euryte qu'il vient de frapper et qui porte la main à sa blessure. C'est par inadvertance que M. Moreau intitule cette rarissime lithographie : « Thésée domptant le Minotaure.»

N° 150 : Dix médailles antiques

7-«Ëf^^W^^ï?=ï; ' Lithographie. — H. o'"i8o, L. o'"22o. — Ni signé, ni daté. — r'^^^^l^^^È' Vente Parguez, 1861 : 5o francs. — Vente Dubois ( la même 1^^^^^^^^^* épreuve) : 8 francs. — Cat. A. Moreau, p. 38.

'M^^^^^^S^'Bwi La plus importante de ces dix médailles représente une Victoire ailée, debout et en pied. Dans l'espace demeuré hbre, malgré la f ^#ià^^kS^ juxtaposition des médailles, Delacroix a dessiné ici un large motif KWI^'^ii^^^^^l d'ornement, ailleurs une sorte d'oiseau héraldique et auprès de ce «^^^45'^'^!ft^©^*i dernier ces mots: « Third lithographie essay (Troisième essai de lithographie) «qui permet de supposer que ce dessin a été fait ajirès le voyage à Londres, qui est de la même année 1825, sinon à Londres même. — 11 n'y a qu'un état de cette lithographie, fort rare d'ailleurs, mais dont nous avons vu cependant une épreuve chez M. Moignon et une autre chez M. Engelmann.

N°' I ^ I , I ^ 2 : Deux feuilles de médailles antiques

£M^^ ^.^^^.^(^^^ i" Gravure en bois.— Dix-sept médailles. W|'g)^^g ^^t^ - H-o'^^O' L. 0-175.- Cat. A. Mo-

" 2° Gravure en bois. — Trois médailles. ^^P^;' Wii ^^^^ — H. o'"6o, L. o"'90. — Cat. A. Moreau, p. 184.

^^^\^^^^(^^^^^^^ La plupart des médailles groupées dans notre n" i figurent ^^^)|i^S)|j^î^«^,)\^^ déjà dans les lithographies originales. (Voir n"^ iSgà 143). Cette '•V è> reproduction porte au bas et au milieu l'inscription suivante : « Interprétation de Médailles, pierres gravées en camées antiques, tirées du cabinet du duc de Blacas. » — Le n» 2 a été publié dans la Galette des Beaux-Arts, tome XVI, i'^'' janvier 1864. En bas sur la médaille de gauche représentant un homme couché, on lit : « M. Deschamps, sc.«. En définissant le dessin de Prud'hon, Delacroix a donné l'exacte définition de sa propre manière de dessiner et de peindre : « Prud'hon, dit-il, est peintre d'abord, c'est-à-dire que sur un champ auquel il donne avant tout la profondeur, il dispose des groupes entoures d'air et de lumière. Il s'attaque à la plus grande difficulté de son art, qui est d'obtenir la saillie. Ce qui caractérise l'antique, c'est l'ampleur savante des formes combinées avec le sentiment de la vie, c'est la largeur des plans et la grâce de l'ensemble. «

Année 1826

N"' 155, 1^4: L'Empereur Justinien composant ses Institutes

i" Toile. — H. 3"Vo, L. 2"'75. — Signe, daté, 1826.— Détruit. — Exposition universelle de i855. — Cat. A, Moreau, pp. 188 et 209. 2° Aquarelle. — H. o"'22, L. o'"i6. — Vente A. de la Fizclièrc, 8 novembre 1878. — Appartient à M. A. Robaut.

Le tableau, qui décorait l'un des grands panneaux de la salle des séances de la section de l'Intérieur, au Conseil d'État, a été brûlé dans l'incendie de ce palais, en 1 87 1 . De toutes les compositions que ce motif a inspirées à Delacroix, celle qui se rapproche le plus du tableau est l'aquarelle ayant appartenu à M. Albert de la Fizelière et que nous reproduisons ici.

I )' I ^6, 1^7, 1 58 : Études et variantes du Justinien

i" Croquis plume. — H. o'"29, L. o"'27.— N°46 des fac-similés de M. Alf. Robaut, avec une ligne autographe.

2» Toile.— H. o"'32, L. o'"24. • — Vente Carrier, 1875, à M. Robaut. — Esquisse très colorée; la draperie du fond est jaune.

3" Toile. — H. o'"55, L. o'"46. — N" 53 de la Vente posthume: 56o francs au paysagiste Corot. — Appartient à M. Robaut. — Esquisse; la draperie du fond est rouge. — Cat. A Moreau, p. 304, 3i i.

4° Toile. — H. o'"29, L. o"'20. — Appartient à M. Ph. Burty. — • Esquisse.

« Tout le Bas-Empire,» adit Th. Gautier, «est résumé dans la figurede Justinien; aux larges draperies antiques commencent à succéderles brocarts constellésde pierreries, le luxe asiatique de Constantinoplc; quelque chose de subtil et d'efféminé se glisse dans la majesté impériale. »

N° I )9 : Le docteur Faust

Toile. — H. o"'48, L. o"'40. — Signé. — ^ Salon de 1827. — Lithographie par Eug. Delacroix (Voir année 1827). — Ventes Hôtel Drouot, 26 février i853 : 680 francs; 22 mars i86g: 7,600 francs. — Cat. A. Moreau, pp. 54, 170, 247.

Il serait superflu de décrire ce tableau dont nous reproduisons plus loin la lithographie originale. Il fut exécuté pour l'imprimeur Motte et vendu par celui-ci à l'un des frères Dcvéria.

N° 160 : Le doge Marino Faliero condamné à mort

Toile — H. i'"45, L. i-^iS. — Salon de 1827. — Exposition universelle de i855. — Gravé à Peau-forte par L. Flameng dans les dimensions de o'"240 sur o*" 189. — A fait partie des collections Isaac Péreire et Sir Richard Wallace. — Cat. A. Moreau, pp. 94, 168, 189.

Le corps du doge Marino Faliero, condamne' à mort pour avoir conspiré contre la République de Venise, gît décapité au bas de l'escalier du palais ducal. — M. Lassalle-Bordes, dans les notes qu'il a communiquées à M. Burty, dit : « Je voulus savoir quel était celui de ses tableaux auquel il donnait la préférence. 11 me répondit que celui pour lequel il avait toujours eu un faible était la Décapitation du doge Marino Faliero à l'escalier des Ge'ants.» Rien de plus vraisemblable. En effet, Delacroix ne manque jamais à le citer dans ses lettres de candidature à l'Académie des Beaux-Arts. Delacroix l'acheva en avril 1826. (Voir la lettre du 21 avril à M. Soulier, édition Burty.) Après l'avoir exposé au Salon de 1827, il l'envoya à Londres. « Tu sauras, écrit-il encore à son ami Soulier, en mars 1828, que mon tableau de Marino Faliero est à British Gallery et que les journaux anglais en ont fait des éloges magnifiques.» Cela le consolait un peu de l'échec de son Sardanapale à Paris, la même année. Vendu primitivement 1,800 francs, le Marino Faliero {ut plus tard racheté par lui 3, 000 francs. S'il passait en vente publique aujourd'hui, ce dernier prix serait décuplé deux ou trois fois.

N° 161 : Même sujet

Papier. — H. o"'35, L. o"'27. — Esquisse du numéro précédent. — Vente F. Villot,

I I février i865 : 420 francs.

II a passé également à la vente posthume quelques études de tête, croquis à la plume sur papier de sous-main.

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