‹ L'œuvre complet de Eugène Delacroix, peintures, dessins, gravures, lithographiesChapitre 51 sur 114 · Le campement arabe · texte numérisé non relu

Le campement arabe

Toile. — H. o*".^?, L. o'"45. — Signe au bas, à droite. — Refusé au Salon de iSSq. — Pliotolithographié par Arosa pour le catalogue illustre de sa vente, dans les dimensions de H. o"'io2, L.o"'i25. — Vente Hôtel Drouoi, lo lévrier i853 : 400 fr., à M. Arosa; vente Arosa, février 1S78: 4,3oo fr. à M. Pinart. — Voir, à Tannée 1 833, Taquarelle variante qui faisait partie de Talbum des dix-huit aquarelles de M. de Mornay, cataloguée sous le titre de « Campement dans la villed'ÂIias-sar-El-Kcbir, » n" 494. — Cat. A. Moreau, pp. 178 (note) et 269.

Sous une tente ouverte, soutenue par un piquet grossier, deux Arabes sont blottis. Au second plan, deux chevaux, l'un gris, l'autre bai, sont attaches et paissent, surveilles par leur maître. Un grand ciel orageux roule de larges nuées au-dessus des tentes qui ferment l'horizon. — Les variantes avec l'aquarelle sont sensibles, ne fût-ce que par l'absence de la grande tente rayée, où Hotte le pavdlon français.

N" 689 : Paysage du Maroc

Toile. — H. o^So, L. o"*39. — Signé au bas, non daté. — Photolithographié par Arosa, dans les dimensions de : H. o"'096, L. o"',i22. — Vente D., 10 février i858 : 25o fr. à M. Arosa; vente Arosa, février 1878 : 3, 100 fr. à M. Leroy; vente Leroy, 1882 : 2,i5o fr. — Cat. A. Moreau, p. 270.

Deux Arabes, au premier plan à gauche; l'un, debout, tient un fusil, l'autre est assis. Ils sont placés au pied d'un monticule où s'élèvent de grands arbres, au bord d'une longue route par où s'avance vers eux un autre Arabe à cheval, vêtu d'un burnous bleu fonce à capuchon. A droite, des mouvements de terrains boisés descendent vers une longue plaine bordée à l'horizon par des montagnes.

N° 690 : Colomb au retour du Nouveau-Monde

Toile. — H. o'"90, L. i"M6. — Daté. — Gravé à l'eauforte par Bracquemond, pour le catalogue San-Donato, et cliché ensuite pour 1 Illustration^ dans les dimensions de: H. o^iio, L. o"'i45. — Vente San-Donato, 26 février 1870 : 80,000 fr. à M. Hollender. — Appartient à M. E. Sccrétan. — Cat. A. Moreau, pp. 94, 269.

Christophe Colomb monte les marches du trône où le roi d'Espagne Ferdinand et la reine Isabelle l'attendent debout. Au premier plan sont déposés les magnifiques trophées de l'expédition, des vases, des objets précieux que le conquérant a rapportés du nouveau-monde. Un moine assiste, le sourcil froncé, à ce spectacle. Des femmes, des cavaliers occupent le second plan à gauche. — Delacroix a mis en ce tableau tous les joyaux de sa palette.

N"69i : Cléopâtre et le paysan

Toile. — De 25 environ. — Salon de 1839. — Exposition d'Alsace-Lorraine, n° ii3 du catalogue. — Photographié par Braun. — Vente du 18 janvier i85o: i,3o5 fr.; vente George Sand, 23 avril 1864: i,i65 fr. — Appartient à madame Carayon-Talpayrac. — Cat. A. Moreau, pp. 178, 254, 257.

M. Adolphe Moreau signale une première variante de ce tableau où la reine, au lieu d'être assise sur un siège antique, serait couchée sur un sopha de couleur rouge, et c'est à cette variante qu'il attribue les prix de vente que nous venons de citer. Le paysan, au lieu d'être placé à gauche de la composition, serait placé à droite. Nous nous demandons s'il ne s'est pas fait quelque confusion avec la variante dont nous parlerons tout à l'heure, et qu'il décrit avec certaine inexactitude. — Quoi qu'il en soit, l'attitude de Cléopâtre ici, est d'une grâce exquise, et le mouvement du paysan d'une justesse de réalité saisissante. Les formes massives de l'homme sont calculées pour faire ressortir la beauté de la reine.

N° 692 : Cléopâtre et le paysan. — Variante

Toile. — H. o'"28, L. o'"36. — Signé à gauche, non daté. — Vente C, i3avril i865; 9 mai 1874 : 7,25o fr.; vente de S., 5 mai 1 877 : 4, i 5o fr. — Cat. A. Moreau, pp. 1 78, 254, 257.

La reine, le sein découvert et les bras chargés de bijoux, vêtue d'une robe d'un vert jaune avec un voile violet rattaché au diadème de la coiffure, est couchée sur un lit de repos d'un ton rose vineux. Elle se retourne à demi vers l'esclave qui apporte le panier de figues à grandes feuilles. Cet homme, dont les chairs sont très colorées, est recouvert d'une ample draperie bleu foncé. Derrière le lit, et non derrière le paysan, comme le dit M. Moreau, apparaissent deux esclaves attentifs. L'un tient une lyre; il est vêtu d'une robe rougeàtre, l'autre porte une robe jaune et un manteau bleu.

N° 695 : Justice de Trajan. — Esquisse

Toile.— H. o'"58, L. o'"45. — N° 58 de la Vente posthume : i ,600 fr. à M. Piron. — Vente Piron, 21 avril i865 : 455 fr.; vente Miolan- Carvalho, 14 mars 1876 : 800 fr., à M. Alexandre Dumas fils; vente Alexandre Dumas fils, février 1882 : 1,620 fr. — Cat. A. Moreau, p. 3 12.

Cette esquisse présente peu de différences avec le tableau. Trajan est moins avancé dans le milieu de la toile et son cheval est d'un ton foncé. On ne voit pas ici le jeune homme du premier plan qui s'écarte vers la droite, le bras droit plié; mais toute la grande ordonnance de l'œuvre est trouvée.

l.(i:r\'RK OK LACROIX

W 694 : Hamlet et les deux fossoyeurs

r. Toile. — H. o"'8o, L. o"'65. — Signé au milieu en bas et date i83(). — Salon de iSSg. — Exposition universelle de i855. — Grave à reau-t'orte par Nanieuil pour l'Artiste, dans les dimensions de : H. o"'i46, L. o"'i20. — Lithographie par Eugène Le Roux, dans les dimensions de : H. o"'27(), L. o'"223. — Vente de la duchesse d'Orléans, 18 janvier i85 3 : 6,3oo fr., à M. Maurice Cottier. — Appartient en usufruit à madame veuve Maurice Gottier, mais en nue propriété au musée du Louvre. — Gat. A. Moreau, pp. 66, 86, 134, 178, 246.

Le legs généreux de M. Maurice Cottier assure à notre Louvre la possession de ce chef-d'œuvre, ainsi que de notre n" 323: <i Jeune tigre louant avec sa mère. « — La scène du cimetière est rappelée au livret de i83() par les premières paroles du début : <> Le fossovkur. Ce crâne, monsieur, était le crâne d'\'()rick, le boulVon du roi. — IIami.f.t. Ik-las! pauvre Yorick ! » — Le catalogue de l'exposition du boulevard des Italiens, en iS()o, le dit daté de iS3S.

N" 69^ : Chaiies-Quint au monastère de Saint-Just

Toile. — H. o""-i2, L. ()'"i7. — Signé, daté, 1839. — Héduction du tableau de i833. — Vente du 18 janvier i85o : 2,5oo fr.; vente San-Donato, 21 février 1870 : 5,200 fr. — Voir à Tannée i83i , la vignette sans changement. — Gat. A. .Moreau, pp. 48, 173, 254.

N"' 696, 697 : Portrait de M. Henri Hugues

I " Toile

'60. — Non

signé. — Cat. A. Moreau, p. 237.

2° Aquarelle ovale. — H. o'"i5, L. o'"i2. — Gat. A. Moreau, p. 237.

L'aquarelle, dit M. Moreau, est d'une fraîcheur de tons extrêmes. Le modèle qui, dans le portrait à l'huile, porte une redingote marron, a ici un habit bleu clair. — (Quoique nous réunissions les deux œuvres, l'aquarelle doit être plus ancienne de plusieurs années. Elle appartenait à Léon Ricsener, h qui Delacroix légua le grand portrait. M. Henri Hugues était le cousin des deux artistes et Léon Riescncr a tracé de lui, dans les notes qu'il a fournies à M. Philippe Burty, le charmant portrait qui suit ; « i'endant longtemps, lui (Delacroix), Henri Hugues, hls d'une sœur de sa mère et moi, nous nous réunissions une fois par semaine, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, à tour de rôle, ou chez le restaurateur. Il apportait dans ces dîners une gaieté aimable, toujours conciliante et une amitié attentive, affectueuse pour le cousin Henri, notre aîné, homme charmant, ingénu, chevaleresque, que Delacroix aimait

l88 L'ŒUVRE DE DELACROIX 1889

de tout son cœur et dont le souvenir lui est resté cher constamment. Il en a fait un beau portrait qu'il me donna. Henri, employé dans l'administration des postes, poète par délassement, était plus que négligé dans sa toilette. Je me rappelle qu'une fois à grand'peine nous sortions d'une représentation extraordinaire de V Auberge des Adrets, donnée, je ne sais pourquoi, le jour, par Frédérick-Lemaitre. Le chapeau et la tenue de Henri, sortant du théâtre, étaient réellement plus que comiques. Delacroix, très élégant et recherché dans sa toilette, lui donnait impassiblement le bras en plein boulevard, et, gai comme un pinson, jouissait de l'esprit de son vieil ami : c'est à l'amitié de ces deux hommes que je dois ce que j'ai de bon à mes yeux. 0

N° 698 : Desdemona maudite par son père

Peinture sur bois. — H. o"'400, L. o'"3i5. — Signé au bas à gauche. — Appartient à M. E. Secrétan. — Non catalogué par M. Moreau.

« Desdemona, aux pieds de son père qui veut lui donner sa malédiction pour avoir épousé secrètement Otello, q^u'on voit dans le fond.» — Cette toile, par son aspect éclatant, produit l'effet d'une masse de fleurs disposées dans leur plus ardente harmonie. On en jugera par les colorations. Le doge porte un manteau rose rouge, doublé d'un violet bleu foncé et perlé, une toque et un voile du même noir bleu que les manches du vêtement ; Desdemona, une robe verte à galons d'or et une écharpe violet rouge doublée d'hermine. Son riche éventail en plumes de paon garni de diamants est tombé sur les dalles. Les murs sont de marbre jaune avec quelques écussons armoriés en mosaïque

N°' 699, 700 : Desdemona maudite par son père. — Croquis

i" Croquis à la plume. — H. o"^22, L. 0^28. — Reproduit en fac-similé par A.Robaut, de mêmes dimensions. — Vente posthume: SSgfr. à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau.

2° Croquis à la plume. — H. o'"28o, L. o'",2o5. — Reproduit en fac-similé par A. Robaut, de mêmes dimensions, et en cliché phototypographique pour le journal l'Art, livraison du 23 avril 1882, dans les dimensions de : H. o"'28o, L. o"'2o5. — Vente posthume, n° 459, à M. Alfred Robaut. — Non catalogué par M. Moreau.

Le second croquis est d'une exécution plus large et plus colorée que le précédent. Delacroix en a définitivement adopté la disposition, sauf pour les fonds. ( Voir le n° 698.)

N° 701 : Deux tigres et deux lions

Dessin. — Dimensions inconnues. — Daté. — Vente Villot, i865. — Non catalogué par M. Moreau.

l83c) L'ŒUVRE DE DELACROIX l8()

N° 702 : Le poète Arion et le philosophe Anaximandre

' Aquarelle (ctudel. — H. o'"o85, L. o'"i35. — Appartient >\-..^%^ - Alfred Robaut. — Notes écrites lisibles sous Faquarelie. — Non catalogué par M, Moreau.

^IHjrf^^^^, V V'^\ Oh peut voir au Louvre, parmi les dessins du Primatice, trois ■ V- £^ ' : groupes de ( deux hommes à moitié drapes et assis à terre, l:;^^- ' '■-^'j^^^^a* ^ tournés à gauche ». Ce sont les compositions originales, en -'-'^ ■^"^"-«^t/'^^^ tout semblables au fragment que nous reproduisons ici, exécutées h la sanguine et rehaussées en blanc sur papier légèrement teinte, d'après lesquelles Nicolo dell'Abbate'a peintla galerie de Henri II à Fontainebleau. La copie n'a pas été taite d'après les sanguines du Louvre, qui ne possède pas exactement ce motif, mais d'après la peinture. Le dessin pris sur place à Fontainebleau porte encore les notes manuscrites au crayon mine de plomb, sur lesquelles Delacroix a peint à l'aquarelle la tonalité des figures et des paysages. — En haut, à gauche : « Plus foncé, plus rouge, « c'est du vieillard vu de dos qu'il parle. — En haut, à droite sur le ciel : « Bleu clair > — Au bas, à droite, pour la draperie de l'homme vu de face : « Brun rouge laqueux. « Au milieu, au bas : n Herbe — Les noms d'Arion et dWnaximandre sont sans doute empruntés à la description du P. Dan : Merveilles de Fontainebleau.

N" jo} : Études de fauves

<;.^.y^i^ .-^p^. Lionne et lion. — Croquis à la plume. — H. o'"2o, L. o"'ii). — 'jff^^h^-y^Signé « Eug. Delacroix » en haut à gauche et daté du 3 février 7 / ^ 1839. — Non catalogué par M. Moreau. (7 >\ C^j croquis fut offert par M. X***, en 1871, à la loterie de l'Opéra. On y )*. ^-té* retrouve comme le plus souvent, chez Delacroix, ce sens profond de la \i |! grandeur héroïque qu'il réalisait, en quelque sorte inconsciemment, fe même en dessinant d après le modèle vivant. La lionne a une si grande f \ v^^\ allure qu'on la voit toute prête à entrerdans quelque cortège de Bacchus. kV-J;^) Î/^^ \^ y*^" '^^ grimpant, a quelque chose d'héraldique dans son

i^ÎA^*^^^^ étrange silhouette. Ces croquis, s'ils sont fait de souvenir, ne valent pas

une de ces fidèles études d"après nature, superbes de force et de simplicité, et telles qu'on on rencontre, pour ainsi dire, à chaque page dans l'œuvre de Delacroix.

N" 704 : Cheval en liberté

Croquis à la plume. — H. o'"2o, L. o"'28. — Appartient à ""^ mI^TO^^''^^^ (jcorges Villot tils. — Non catalogué par M. Moreau. ^^^^ZLi ^^^\ït-^ ~ chevaux de Gros sont héroïques, pleins de feu ; le « peintre r-^^^^^vp^^^m^-' d'Aboukir» leur a rendu la grandeur, cette belle fièvre qui est leur ^S^ï^y.. /i^-^^^^r ■ santé, mais il n'a guère reproduit que la race arabe et, malhcureusèment, il les a tous vêtus de satin. C'est de la soie qui adhère au poitrail ruisselant, qui se blanchit d'écume sous le cuir des courroies et l'or des caparaçons. Ce n'est pas là cette peau tellement fine et souple que l'attouchement le plus léger là fait frémir sous le doigt. Gros a peint le coursier; Géricault et Delacroix ont peint le cheval.

igo LŒUVRK DE DELACROIX 1840

N'^'yo^', 706: Etudes de tigres

i" Tigre suivant une piste et grognant. — Croquis à la plume. — H. o"'i2, L. o^ig. — Daté 9 février 1839. — Extrait d'un dessin offert par M." Brandon à la loterie de TOpéra ( 1871 ). — Non catalogué par M. Moreau.

H. o"^075, L. G'" 190. — Vente posthume. —

N" 707 : Le naufrage de don Juan

2° Tigre étendu au repos. — Sépia. — Non catalogué par M. Moreau.

Toile. — H. i"'3o, L. i'"g5. — Signé à gauche et daté 1840. — Salon de 1841. — Exposition universelle de i855. — Exposition du boulevard des Italiens, 1860. — Lithographié en deux dimensions par Français : 1° H. o"'i5o, L. o"'233 ; 2° H. o'"285, L. o"^43o. — Gravé sur bois pour F Illustration et pour la Ga'^ette des Beaux-Arts, dans les dimensions de : 1° H. o'"i40, L. o™226 ; 2° H. o'"i 14, L. o'"i8i. — Gravé en aquatinte pour l'Artiste, par Desmadryl, dans les dimensions de : J-i. o"'i43, i.. o"'2i5. — Appartenait à M. Moreau, qui Ta légué au musée du Louvre. — Cat. A. Moreau, pp. 11 5, 139, 140, 179.

En léguant au Louvre ce tableau très important, M. Moreau avait imposé la condition qu'il ne serait pas exposé dans les salles actuelles du second étage, très mal défendues contre la chaleur et la lumière pernicieuses de l'été. Il a donc été placé dans la grande galerie française, dite du xvnio siècle au premier étage. « Si l'on relit, dans le poème de Byron, le passage d'où l'artiste a tiré le sujet du Naufrage de don Juan, on sera peut-être surpris qu'il n'ait pas placé sa barque entre cette mer unie comme une glace et ce ciel d'un azur impitoyable qui ajoutent encore à l'horreur de la scène, par l'ironie du contraste ; mais les moyens de la poésie et de la peinture ne sont pas les mêmes ; — un ciel bleu, une mer calme, n'eussent peut-être pas aussi bien donné l'idée du danger couru que ces flots lourds et clapotants, sous ces nuages d'une lividité sinistre, dont l'écume moutonne autour de cette barque sans voile, sans rame, sans boussole, sans gouvernail, perdue au milieu de l'immensité, où des malheureux, se jetant des regards de cannibales, agitent des billets au fond d'un chapeau, pour savoir qui sera mangé, comme dit la naïve ballade des matelots, — c'est le « radeau de la Méduse », dépouillé de son appareil tragique et théâtral et ramené à la plus simple expression. — Ne pensez plus à don Juan, qu'il serait difficile de reconnaître parmi ces visages hâves, creusés, amaigris, convulsés par d'exécrables convoitises, et dites si jamais épisode de naufrage a été rendu d'une façon plus profondément naïve et plus naïvement effrayante. — Comme on sent frétiller les requins à triples rangs de dents sous ces vagues d'un vert glauque, balançant leur crête de mousse blanche ! comme le vent et le tonnerre grondent sourdement derrière ces nuages bas, gros d'orage et de pluie ! » (Th. Gautier.)

iS^O LcEUVRli DELACROIX KH

N" jo8 : Barque de don Juan

- '^j^ Croquis lavis. — H. o'"23, L. o'"3o. — Vente posiluime. — \ cmc Sciisicr. — Non catalogué par M. Morcau.

En i883, à l'occasion du legs fait au Louvre' par AL Moreau, un «S^^Vgj-^j^^^ffii^V?; peintre, M. Charles Jacque, dans une lettre rendue publique, ^^^j^Kj^aP'j^^;- ^ plaisante agroablcment l'ignorance routinière des écrivains qui ^^ii^^^^^yÇbéi^i^^ ont toujours écrit la Bar.jue ou le Naufrage de don Juan, au lieu ^"^^^y',-,^'"?^?^"^-^ < de la Barque ou le Naufrage du Don Juan. M. Charles Jacque nous renvoie ii l'école, c'est-à-dire au Don Juan de Molière et à celui de da Ponte, qui a inspiré le chef-d'œuvre de Mozart, et où il n'v a pas, en effet, trace de barque, ni de naufrage. Selon M. Charles Jacque, Delacroix aurait emprunté le motif de son tableau à un fait divers de journal, rapportant un épisode du naufrage d'un vaisseau nommé « le don Juan ». Si M. Charles Jacque, avec moins d'imagination et "plus de précision, avait consulté le catalogue de l'Exi^osition universelle de il y aurait lu 0 le Naufrage de « et non pas « du don Juan ». S'il avait ouvert le catalogue de l'Exposition du boulevard des Italiens (Tableaux de l'école moderne tirés de collections d'amateurs, 1860), il aurait pu y lire le passage du « Don Juan » de Byron, que Delacroix, lui, avilit lu : « Que faire ? On propose de tirer au sort ; on prépare les billets qui désigneront la victime... Les lots sont faits, marqués, mêlés et distribués dans une silencieuse horreur... Et le sort tomba sur le précepteur de don Juan ». Ch. n, st. i.xxiv, lxxv. — Delacroix, dans ses lettres, désigne parfois ce tableau sous le titre de: « le Naufrage ». La lettre de M. Charles Jacque fut publiée dans le Figaro et dans le Temps du 7 avril i883. Personne n'a encore protesté, que je sache, contre cette malheureuse boutade, sauf M. A. de Montaiglon dans y Intermédiaire iln ib avril i883, colonne 253, sous la signature M. D. A.

N" J09 : Prise de Constantinople par les Croisés. — Esquisse

■^^.L ,1| ^ i Toile. — H. o'"37, L. o"'48. — Non signé ni daté. — I^P^^^ -^*^^ci.J^--T^t-J Liihographié par Braun. — Exposition dWIsace-Lorrainc.

Hi5B"\.f^^"^' -^Z,^.'''! — Vente Dauzats, après décès : 7,100 fr. — Appartient au nsp£fl*ls''']^'SJt^^ '^^'^ d'Aumalc. — Cat. A. Moreau, p. 121, 258. '^^Ès^L^'f^^^ÊÉi:''^^- tableau est l'esquisse admirable qui servit à Delacroix ^jK^^\>^^^^Qtw en 1841, pour l'exécution du grand tableau de Versailles, qui t^^^Kol^^^^^L^^^ est, avec la bataille de Taillcbnurg. la plus noble gloire de ce P^^' Fffrjllffl^^^l^j?^ musée. — Nous donnons ici l'argument du tableau, pour n'avoir, ^^'^]ç^C^- '^^^^^^^ un peu plus loin, à nous occuper que de l'œuvre : « Baudouin,

comte de Flandre, s'avance suivi d'un cortège de cavaliers portant des bannières : au premier plan, un groupe de personnages qui tendent vers lui des mains suppliantes ; au deuxième plan, sous les arcades d'un portique, un t;uerrier entraîne un vieillard: au fond, les dernières scènes du combat, et la ville en perspective. »

N" 710 : Hamlet et les deu.x fossoveurs

Dessin marouflé sur toile. — H. o"'3o5 , L. o"'23o. — N" 404 de la Vente posthume : 161 fr. — Appartient à madame Boulanger-Cave. — Non catalogué par M. Moreau.

N°7ii : Hamlet et le fossoyeur

Toile. — H. o"\3o, L. o'"42. — Réduction du tableau de iSSg. . — Voir la lithographie originale de Eugène Delacroix, à Tannée 1834. — Vente B., 16 mars 1840: 40 fr.; vente Didier, 3 mai 184g : 3oo fr.; vente Gachardy, 12 février i853 : 390 fr.; vente, 18 inars 1854: 23o fr. — Cat. A. ÎVIoreau , pp. 42, 243.

N° 712 : Adieux d'Hamlet et d'Ophelia

Toile. — H. o'"28, L. o™2i. — Lithographié par Loutrel pour la collection Moreau, dans les dimensions de : H. o"'28o, L. o'"2io. — Vente Schwabacher, 9 mai 1874 : 4,5oo fr. — Voir à Tannée 1 834. - — Cat. A. Moreau, p. 114, et variante, p. 62.

Cette scène n'est point, comme Ta cru M. Moreau, et comme nous l'avons cru nous-même un instant, la première du troisième acte, où Hamlet donne brutalement des conseils a Ophelia ; c'est évidemment celle que décrit Ophelia (acte 11, scène 2) racontant à Polonius, son père, son entrevue avec Hamlet : « Il m'a prise par le poignet et m'a serrée fortement; puis il s'est éloigné de toute la longueur de son bras, et, avec son autre main ainsi sur son front, il s'est mis à étudier mon visage avec tant d'attention, qu'on aurait dit qu'il voulait le dessiner. Il est resté longtemps dans cette attitude; enfin, me secouant un peu le bras, et baissant et relevant trois fois sa tête, — comme cela, — il a poussé un soupir si lamentable et si profond, qu'il semblait ébranler toute sa charpente et emporter sa vie; cela fait, il m'a lâchée ; puis, la tête retournée par-dessus son épaule, on aurait dit qu'il trouvait son chemin sans le secours de ses yeux, car il est sorti sans se servir d'eux, et jusqu'à la fin, il n'a cessé de diriger sur moi leur lumière. «

N"" yij : Portrait de mademoiselle Heindericks

Toile cintrée du haut. — H. i"^40, L. i"'o6. — Signé, daté au bas adroite sur le terrain: «E. Delacroix, 1840.» — Non catalogué par M. Moreau.

Mademoiselle Heindericks était religieuse Clarisse. Sa famille descendait, dit-on, de Van Dyck. — Devant cette image si expressive de la beauté moderne, les dernières lignes de l'écrit de Delacroix, intitulé Qjiestions sur le beau nous reviennent en mémoire, et nous voulons les mettre sous les yeux du lecteur : k Quoi ! le beau, ce besoin et cette pure satisfaction de notre nature, ne fleurirait que dans des contrées privilégiées, et il nous serait interdit de le chercher autour de nous! la beauté grecque serait la seule beauté ! Ceux qui ont accrédité ce blasphème sont des hommes qui ne doivent sentir la beauté sous aucune latitude, et qui ne portent point en eux cet écho intérieur qui tressaille en présence du beau et du grand. Je ne croirai point que Dieu ait réservé aux Grecs seuls de produire ce que nous, hommes du Nord, nous devons préférer; tant pis pour les yeux et les oreilles qui se ferment et pour ces connaisseurs qui ne veulent

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