‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 10 sur 132 · SUR LA NATURE ET LA CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PUSTULE MALIGNE · texte numérisé non relu

SUR LA NATURE ET LA CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PUSTULE MALIGNE

Les relations de la pustule maligne chez l’homme avec les affections charbonneuses des animaux sont depuis longtemps bien connues; on sait que cette pustule a pour cause déterminante l’introduction sous l’épiderme du sang d’un animal charbonneux.

Or, si le charbon a pour élément essentiel les infusoires filiformes que j’ai nommés des bactéridies, ces infusoires doivent constituer aussi l’élément de la pustule maligne. L’absence des bactéridies dans la pustule charbonneuse de l’ homme serait donc la négation du rôle attribué à ces corpuscules dans la production du charbon, comme aussi leur présence en sera la confirmation. A ce point de vue. l’étude de la constitution de la pustule maligne offre un véritable intérêt; elle en offre un non moins grand au point de vue du diagnostic et du traitement de cette dangereuse maladie.

Déjà dans une communication à l’Académie, au mois de septembre 1864, M. le Dr Raimbert et moi nous avons rapporté un fait confirmatif de cette relation de la pustule maligne avec le charbon ; en effet, la pustule que nous avons examinée renfermait un grand nombre de bactéridies, de tous

1 Comptes rendu* de l' Académie des sciences , 10 juin 1863.

CHARBON, SEPTICÉMIE

points semblables à celles qui se trouvent dans le sang des animaux charbonneux.

Je puis aujourd hui faire connaître deux nouveaux faits semblables que je dois à l’obligeance de M. le Dr Mauvezin, médecin distingué à Bray-sur-Seine, et auteur d’une nouvelle méthode de traitement de la pustule maligne, méthode qui consiste dans 1 ablation de la tumeur suivie de la cautérisation de la plaie. Elle compte déjà de nombreux succès.

Les pustules soumises à mon examen avaient été extirpées toutes les deux au troisième jour de leur développement, et elles avaient été placées immédiatement après dans une solution d’acide chromique. Leur durcissement par ce liquide et leur conservation parfaite m’ont permis de me rendre compte non seulement de l’existence des bactéridies dans la tumeur, mais encore de la disposition et des rapports de ces corpuscules. Des oupes très minces et l’action un peu prolongée de la potasse caustique qui dissocie ou dissout les éléments delà peau, tout en respectant les bactéridies, m’ont donné ce résultat d’une manière nette et précise.

Dans les deux cas, les bactéridies occupaient le centre de la pustule; elles étaient situées dans la couche muqueuse ou de Malpighi, au-dessous de la couche épidermique superficielle ; elles n’y étaient point uniformément réparties, mais elles formaient des groupes, des îlots disséminés et séparés par des groupes de cellules épithéliales normales. Dans chacun des groupes de bactéridies, ces petits corps existaient par milliers, constituant un feutrage très compact. Au centre de ces groupes, on ne distinguait aucun autre élément; mais, vers leur pourtour, les bactéridies étaient plus ou moins mêlées et interposées aux cellules épithéliales, ou bien elles formaient entre ces cellules des traînées qui se reliaient aux groupes de bactéridies avoisinants. Aucun autre élément pathologique n’existait dans ces pustules. Dans les couches profondes du derme, les vésicules adipeuses qui s’y trouvent normalement contenaient toutes des cristaux de margarine ; mais ce fait s’observe aussi dans d’autres cas.

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