‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 11 sur 132 · CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PUSTULE MALIGNE · texte numérisé non relu

CONSTITUTION ANATOMIQUE DE LA PUSTULE MALIGNE

Eu somme, dans la pustule maligne, au troisième jour -de son développement, les bactéridies forment l’élément essentiel et unique de la tumeur.

On sait que la pustule maligne est une affection primitivement locale dont on peut arrêter les progrès par l’ablation ou la cautérisation, mais que, après deux ou trois jours de durée, elle se généralise et qu’elle est alors au-dessus des ressources de la médecine. Or, la constitution anatomique de la pustule explique bien la succession de ces phénomènes. Nous voyons, en effet, que les bactéridies se développent dans les couches épidermiques de la peau, couches qui ne contiennent point de vaisseaux; elles y sont par conséquent confinées et isolées du reste de l’économie que leur destruction doit préserver de toute propagation ultérieure. Mais si leur développement n’est point entravé par leur destruction, elles rencontrent bientôt les couches superficielles du derme, lesquelles sont abondamment pourvues de vaisseaux lympathiques et sanguins ; elles s’introduisent dans ces vaisseaux et, entraînées par le fluide qui y circule, elles vont infester le reste de l’économie. Un fait récent, dont je vais parler, prouve que ce n’est point là une simple conception de l’esprit, mais que telle est en effet la marche de ces corpuscules dans l’évolution de la pustule maligne.

Je dois les détails de ce fait à l’obligeance de M. le Dr Lancereaux, chef de clinique de la Faculté de médecine, qui a bien voulu soumettre à mon examen le sang du sujet de cette observation.

Un homme âgé de vingt- trois ans, lustreur en pelleteries, avait été occupé dans ces derniers temps à la teinture de peaux de chèvre.

Le 3 juin, dans la journée, il s’aperçoit de l’existence d’un petit bouton prurigineux sur le côté gauche du col.

Le 4, il entre à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. le professeur Grisolle. Le bouton, ou plutôt la pustule était entourée d un gonflement œdémateux qui se prolongeait à la partie supérieure du thorax, presque jusqu’au mamelon ; elle formait

CHARBON, SEPTICEMIE

une saillie elliptique de 1 1/2 à 2 centimètres de diamètre, d’un rouge rosé, ayant au centre une sorte d’escarre arrondie, noirâtre, circonscrite par un cercle pustuleux en dehors duquel existaient quelques vésicules isolées. Ces caractères ne permettaient pas de méconnaître la pustule maligne. Dans la soirée, on la cautérise avec le sublimé corrosif.

Le 5, la fièvre est vive; le gonflement, énorme, s’étend jusqu’au-dessous du mamelon. M. Jobert, appelé, cautérise de nouveau la pustule au fer rouge et circonscrit la partie malade par un cercle de cautérisations.

Le 6, les symptômes s’aggravent encore; une plaque d’apparence gangreneuse se montre au devant du sternum, et le malade meurt dans la journée.

A l’autopsie, faite le surlendemain 8 juin, on constate la raideur cadavérique, l’absence de la putréfaction, un œdème du tissu cellulaire sous-cutané du thorax se prolongeant jusqu’aux médiastins, des points congestifs et apoplectiques au sommet du poumon gauche, l’engorgement sanguin du foie, l’augmentation du volume et le ramollissement de la rate, l’existence d’un sang noir, liquide et diffluent dans le cœur et les gros vaisseaux, l’absence de gangrène partout. La cautérisation de la pustule avait pénétré toute l’épaisseur de. la peau.

Du sang pris dans le cœur, examiné au microscope par M. Lancereaux, lui offrit des bactéridies en grand nombre. Une goutte de ce sang, qui me fut remise quelques heures après l’autopsie, contenait de même un grand nombre de ces corpuscules ayant tous les caractères de ceux du sang de rate. Les globules sanguins étaient agglomérés par amas comme dans cette dernière maladie.

J’inoculai la petite goutte de sang par quatre piqûres à un cobaye très vigoureux. Deux jours après, l’animal mourut et son sang m’offrit des bactéridies en nombre extrêmement considérable.

Dans les contrées où règne la pustule maligne, les médecins restent quelquefois indécis sur la nature de la tumeur qu’ils

Page 1