‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 101 sur 132 · II. Chez la poule, l’existence de l’œuf h deux vitellus a · texte numérisé non relu

II. Chez la poule, l’existence de l’œuf h deux vitellus a

été très anciennement connue : Aristote fait la remai que que les œufs qui donnent deux poulets sont pourvus de deux jaunes et que certaines poules produisent toujours des œufs de cette sorte1. Quant à des œufs à trois jaunes, nous croyons que c’est de nos jours seulement que leur existence a été signalée : M. Valenciennes rapporte qu’il en a observé trois ; ces œufs provenaient de la halle de Paris où tous ceux qu on y vend sont comptés et mirés par des employés spécialement chargés de cette fonction. Ces employés estiment qu ils Couvent, dans l’année, cinq ou six œufs contenant trois jaunes , or, il arrive à la halle plus de cent quarante millions d œufs par an, c’est donc environ un œuf à triple jaune sur vingttrois millions.

Les œufs à deux vitellus sont proportionnellement beaucoup plus communs ; on en compte sur la même halle deux ou trois cents par an, c’est-à-dire sur cent quarante millions d’œufs. On a remarqué que ces œufs à double jaune sont plus communs dans les arrivages du Mans et de la Nor-

i Aristotelis, Hist. de anima li bus ; Ed. Scaliger, lib. VI, § 60, p. 659. Tolosoe,

mandie1. Certaines races de poules sont plus fécondes en œufs de cette sorte, telle est celle dite de brahma-poutra.

III. — Les œufs à deux jaunes sont généralement plus volumineux que des œufs ordinaires ; Hagendorn en a vu de la grosseur d’un œuf d’oie2; Dugès parle d’une poule qui, dans sa vieillesse, se mit à pondre tous le trois jours des œufs énormes à deux jaunes ; elle mourut après trois semaines, son dernier œuf n’ayant pu être expulsé3.

Trois œufs à double vitellus, pondus successivement parla même poule, m’ont donné les mesures suivantes :

Premier, grand axe, 75 millimètres, petit axe, 47 millimètres.

Deuxième, — 77 — — 48 —

Troisième, — 73 — — 50 —

Ces dimensions, malgré leurs variations, donnent pour chaque œuf un volume à peu près égal et bien supérieur à celui d'un œuf ordinaire qui, en moyenne, a 60 millimètres suivant le grand axe et 40 millimètres suivant le petit.

Les deux jaunes sont quelquefois contigus : d’autres fois, ils sont séparés par une couche plus ou moins épaisse d’albumine, ainsi que l’avaient reconnu Aristote et Harvey4.

D’après M. Valenciennes, ces œufs sont ordinairement anormaux dans leur constitution; leurs sphères vitellines sont déformées et privées de chalazes.

Huit œufs que j’ai examinés dernièrement avaient une coque régulière, une chambre à air unique, placée au gros bout, deux jaunes sensiblement égaux en volume, sphériques ou légèrement aplatis par pression mutuelle, pourvus l’un et l’autre de leur cicatricule. Ils différaient de l’état normal quant à la position des deux cicatricules relativement à l’axe de l’œuf et

1 Valenciennes, Note sur des œufs à plusieurs jaunes contenus dons la même coque ( Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XLII, p. 3, 1856).

2 D. Ehrenf. Hagendorn, Ova duplici vitello prœdila , Mise. mt. cur., déc. 1, année 2, observation 241, p. 342.

3 Ant. Dugès, Traité de physiologie comparée, t. III, p. 318. Paris, 1S39,

4 Harvey, ouv. cil., p. 98.

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quant au nombre et à la situation des chalazes : sur l’un des œufs, la cicatricule d'un vitellus étant située normalement, la cicatricule de l'autre était placée entre les deux jaunes ; sur un autre œuf, les deux cicatricules étaient tournées vers les deux pôles opposés ; sur un autre, elles étaient placées en dedans des deux sphères vitellines ; chez tous, enfin, l’une au moins des cicatricules avait une situation qui n'était pas tout à fait régulière. Quant aux chalazes, leur nombre n’a point dépassé deux ; tantôt elles étaient adhérentes au même jaune, celui du petit bout, et occupaient une position transversale par rapport au grand axe de l’œuf ; tantôt elles appartenaient chacune à l'un des jaunes ou l’une était commune aux deux jaunes.

Il peut se faire toutefois que les deux vitellus aient des chalazes disposées normalement comme l'a observé Harvey. « Ovum nuper in utero gallinæ perfection testaque obtectum reperi, cum vitellis, cicatriculis atque albuminibus crassioribus, omnibus geminis ; aderant etiam quatuor chalazæ ; albumen autem unicum duntaxat prædicta omnia circuxn ambibat 1 ».

J’ai vu moi-même, il y a quelques années, un œuf à deux jaunes dont chaque sphère vitelline avait sa cicatricule propre et ses deux chalazes, mais les deux internes (par rapport aux deux jaunes) étaient fusionnées en une seule.

IV. — Quant aux œufs à trois vitellus observés par M. Valenciennes, leur grosseur était celle d’un œuf de poule ordinaire; « leurs jaunes sont petits et sont loin d’avoir atteint leur grosseur normale. La sphère vitelline n’est pas régulière ; ces jaunes sont déformés, ils ne se touchent pas entre eux; des couches plus ou moins épaisses d’albumine les séparent les uns des autres ; chaque vitellus est enveloppé de sa membrane vitelline propre ». Soumis à l’incubation pendant huit jours, ils n ont offert aucun indice du développement embryonnaire2.

V. — Les œufs a deux vitellus ont encore été observés chez d autres oiseaux que la poule : M. Valenciennes en a vu chez

1 Harvey, ouv. cit., p. 54 * Valenciennes, mém. cit., p. 3,

ANOMALIES, TERATOLOGIE

le moineau commun, l’alouette des champs, le pigeon ramier, la tourterelle des bois, le canard musqué et le cygne.

VI. — Chez des invertébrés, l’on a vu aussi des œufs à deux vitellus : j’en ai observé chez le piano rbe et chez la paludine vivipare (pl. II, fig. 2, 3, 4) 1 2 ; M. Jaquemin en a vu également chez la paludine*; M. de Quatrefages, chez quelques mollusques d’eau douce; M. Valenciennes, chez des gastéropodes pectinibranehes , enfin M. Robin m’a dit en avoir vu un chez Yancylus fluviatilis .

L’anomalie dont nous nous occupons a été signalée par Dujardin chez Y ascaris acus du brochet3, et par Dugès chez l’oxyure du crapaud4; mais, dans ces deux cas, il n’était probablement question que d’un fractionnement normal du vitellus en voie de développement.

VII. — Quel est le mode de formation des œufs à deux et à trois jaunes ?

D’après les faits connus et d’après la manière dont se constitue l’œuf des oiseaux, on peut juger que la cause d’une telle anomalie se trouve tantôt à l’ovaire, tantôt à l’oviducte; en effet, deux vitellus complets se forment quelquefois dans une seule vésicule ovarienne; nous avons mentionné, en parlant des causes des anomalies primitives, un assez grand nombre d’observations de ce fait. Au sortir de la vésicule, ces vitellus saisis par la trompe en meme temps, doivent nécessairement être enveloppés ensemble par les produits que l’oviducte fournit à l’ovule; en outre, l’anomalie dans laquelle deux jaunes sont en partie fusionnés ne peut avoir son origine qu’à l’ovaire. Mais, d’un autre côté, l’anomalie pourrait avoir son origine à l’oviducte si deux vésicules ovariennes donnaient leur ovule presque simultanément; les vitellus, engagés dans

1 G. Davaine, Comptes rendus des séances de la Société de biologie, t. I, p. 88,1849.

2 Jacquemin, Histoire du développement du planorbis cornea, 1835.

3 p. Dujardin, Histoire naturelle des helminthes, p. 213. Paris, 1845.

4 A. Dugès, Recherches sur l'organisation de quelques espèces d'oxyures (Annales des sciences naturelles, t. IX, p. 231. Paris, 1826).

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le pavillon de la trompe, seraient trop rapprochés pour s’envelopper séparément de leurs membranes complémentaires ; c’est ainsi que, nécessairement, devait se produire cette anomalie dans le cas suivant : une poule qui était en ma possession, donnait constamment des oeufs à deux jaunes , elle fut tuée, et j’en fis l’autopsie afin de constater l’état des organes génitaux. L’ovaire formait une grappe très considérable dont chaque calice ne contenait qu’un seul vitellus. Un fait observé par mon ami le docteur Laboulbène, prouve d’ailleurs que l’inclusion de deux jaunes dans un seul œuf peut reconnaître ce mode de formation, car dans ce cas, l’un des jaunes étant enveloppé de sa vésicule ovarienne, l'autre avait dû être fourni par un autre vésicule.

VIII. — Trois opinions différentes ont été admises relativement au résultat de l'incubation des œufs à deux jaunes ; ce sont : leur infécondité, la production de deux embryons, celle d'un monstre double.

Plusieurs observateurs professent aujourd’hui la première de ces opinions.

La seconde a été celle d’Aristote, d’Harvey, de Wolff, etc. Toutefois, Harvey fait à ce sujet quelques réserves, et dit que l’un des poulets, si ce n’est tous les deux, périt le plus souvent dans l’œuf1. On voit dans Pline que les anciens étaient, comme les modernes,’ partagés d’opinion sur cette question: « Quelques poules, dit ce naturaliste, pondent toujours des œufs à deux jaunes, et parfois deux petits éclosent à la fois, l’un plus grand que l’autre, d’après Celse. D’autres auteurs nient la naissance de ces poussins jumeaux2. »

11 existe des observations authentiques de deux poulets éclos d’un seul œuf, un cas de ce genre très remarquable a été vu par mon ami M. Claude Bernard : sur dix œufs à deux jaunes pondus et couvés par une poule, neuf donnèrent chacun deux poulets vivants3.

1 Harvey, Exercil., XIII. p. 55.

2 Pline, Histoire naturelle, traduit par Littré, liv. X, ch. lxiv.

3 Cl. Bernard, Comptes rendus de la Société de biologie, t. I, p. 9. Paris, 1849.

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M. Dareste a constaté sur quelques œufs à deux jaunes couvés depuis six jours environ, l’existence de deux embryons; celui qui était placé vers le gros bout de l’œuf, c’est- à- dire vers la chambre à air, était plus volumineux que l’autre *. M.Panum (de KM), a dernièrement donné l’observation de deux embryons développés sur les deux vitellus d'un seul œuf; l’un des embryons avait une anomalie du cœur1 2.

Les œufs à deux vitellus peuvent donc se développer ; ce qu’indique d’ailleurs l’existence de deux cicatricules ; mais assez souvent, sans doute, la situation de l’une ou celle des deux cicatricules étant peu favorables au développement, l’un des embryons périt ou tous les deux périssent à l’époque où la respiration prend une activité plus grande ; car alors les organes respiratoires éloigné de la chambre à air remplissent leur fonction d’une manière insuffisante.

Dans les œufs à double vitellus de la paludme et du planorbe, j’ai pu suivre le développement complet et normal de deux embryons (pl. II, fig. 3, 4)3.

Quant à la troisième opinion, elle appartient à Fabrice d’Acquapendente4. Suivant le grand anatomiste, des œufs de poule à deux vitellus donnent des poulets pourvus de quatre jambes ou de quatre ailes, et de deux têtes sur un seul corps. Depuis le temps de Fabrice jusqu’à nos jours, un grand nombre de physiologistes ont regardé l'existence de deux jaunes dans l'œuf comme la raison de la monstruosité duplicitaire ; la compression que devaient éprouver , suivant eux, deux embryons renfermés dans la même coqne, déterminait la coalescence des parties en contact, et la formation d'un monstre double.

Deux observations semblent venir à 1 appui de cette opinion :

1 Dareste, mém. cil.

2 Panum, Archives de Virchow, 1859, et Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XLVIII, p. 922, 1859.

3 C. Davaine, Comptes rendus de la Société de biologie, p. 88, 1849.

i Pab. d’Acquapendente, ouv. cil., part. II, cap. 1 p. 11.

MÉMOIRE SUR UES ANOMALIES DE L’ŒUF

1° L’une est consignée dans le Magasin de Hambourg .

« Quelqu'un qui examinait des œufs en les regardant au soleil, en trouva un à deux jaunes. Il le lit couver et acquit un monstre compose de deux poulets réunis ensemble, à deux têtes, et dans lequel quelques parties paraissaient manquer, et d’autres étaient mêlées de façon à n'en faire qu une

seule *. »

2° L’autre observation appartient à l’illustre Étienne Geoffro}r Saint-Hilaire :

Il s’agit d’un poulet double qui fut mis sous les yeux de l'Académie des sciences, en mai 1826. 11 provenait d’un œuf remarquable par son volume, lequel, à cause de cette dernière circonstance, avait été examine avant 1 incubation au moyen du mirage ; on avait alors constaté qu il existait deux jaunes, non seulement distincts, mais places à distance. Les deux sujets qui en provinrent, d’ailleurs bien conformés, étaient réunis ventre à ventre par une portion commune allant d’un vitellus à l’autre 1 2.

Ces exemples ne peuvent être pris comme des preuves absolues de la réunion de deux embryons nés de deux vitellus complètement distincts , car le mirage ne donne jamais qu’une apparence un peu confuse des sphères vitellines. Dans le cas observé par Geoffroy Saint- Hilaire, il se peut qu il y ait eu une fusion partielle des deux jaunes semblables à celle que M. Dareste a observée deux fois. Dans cette condition on comprend l’union des deux embryons par l’ombilic; or, qu’elle serait la raison d'une semblable union dans le cas de deux vitellus complètement distincts? Serait -ce la compression réciproque? Mais dans les premiers jours de leur existence, les deux embryons sont séparés par les membranes vitellines, et ils n’augmentent nullement la masse des vitellus sur lesquels ils sont couchés. Par la suite, à mesure qu’ils se développent, l’espace libre, loin de diminuer, s’accroît autour d’eux de jour en jour ; l'œuf, en effet, perd de son

1 Cité par Ch. Bonnet, Œuvre, 1. 111, p. 501, note d’après le Magasin de Hambourg t. II, p. üi9.

v Isidore Geoffroy SaintUlilaire, Compte rendu de V Académie des science s, t.

poids, comme l’a établi Étienne Geoffroy Saint-Hilaire1, et la chambre à air s’agrandit proportionnellement. L’union ordinaire des monstres doubles par des parties similaires ne trouve point non plus sa raison dans la coalescence des germes de deux vitellus, car les cicatricules ont généralement sur les deux jaunes une situation respective fort variable, et de telle sorte que la loi de conjugaison devrait être l’union par les parties non similaires .

La formation d’un monstre double sur un un seul vitellus pourvu de deux germes nous paraît établie par les faits, et sous ce rapport, celle qui aurait son origine de deux jaunes distincts, manque de preuves certaines ; celle-ci ne s'explique point par la compression réciproque des deux germes, ni par la manière dont se fait le développement embryonnaire, ni par la situation respective et trop variable des embryons. Il y a donc lieu de croire que dans les deux cas rapportés cidessus, il existait une fusion primitive et partielle des deux vitellus que l’examen par le mirage ne pouvait faire reconnaître.

SECTION II

Œuf inclus dans un autre.

I. — De toutes les anomalies de l’œuf, la plus singulière, celle qui a généralement paru le moins susceptible d’explication, est l’inclusion d’un œuf dans un autre. Cette anomalie a été signalée il y a bientôt deux siècles, et, depuis lors, d’assez nombreux exemples en ont été observés.

II. — L’œuf qui renferme l’autre est quelquefois plus volumineux, quelquefois de même volume qu’un œuf ordinaire ; il possède une coquille et un blanc normaux et généralement

1 Etienne Geoffroy Saint-Hilairj, Des di/fjran'.s étals de pesanteur des œufs au commencement et à la fin de l' incubation (Journal complémentaire des sciences médicales, t. VII, p. 271, 1820

MÉMOIRE SUR les ANOMALIES DE L'ŒUF

aussi un jaune intact ou seulement déformé par la pression de l’oeuf inclus qui est toujours situé en dehors de ce jaune.

L’œuf contenant n’est quelquefois formé que d’une coquille et d’un blanc, le vitellus faisant défaut. Ce cas est îare . M. Flou rens en a observé un exemple qui offrait encore cela de remarquable que l’oeuf inclus était volumineux et pourvu d’un blanc et d’un jaune normaux. L’œuf contenant était énorme1.

L’œuf inclus est très rarement d'un volume ordinaire; presque toujours il est fort petit et constitué seulement par une coquille et un blanc, sans jaune. Tels sont la plupart des cas rapportés par les observateurs. Il en est cependant quelques-uns dans lesquels lejaune existait. Nous venons de mentionner un fait de ce genre observé par 1 illustre secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences ; nous en citerons un autre de M. Rayer (pl. II, fig. 5) : il s’agit d’un œuf d’oie très volumineux qui en contenait un autre ; celui-ci possédait un vitellus bien développé, un blanc et une coque calcaire. L’œuf extérieur était, complet, toutefois son vitellus était fortement aplati et comme écrasé par la coquille de l’œuf intérieur 2. Dans un cas anciennement observé par un chirurgien aux Indes, l’œuf inclus était complet, mais fort petit 3 4. Jung avait vu un cas semblable : le vitellus de l’œuf interne, très petit, avait ses deux chalazes *.

11 arrive aussi que l’œuf inclus n’est constitué que par un blanc et la membrane coquillière, lejaune et la coquille faisant défaut.

III. — Cas d’un petit œuf sans jaune et quelquefois sans coquille, inclus dans un autre du reste normal :

1 Klourens, Communication « l'Académie des sciences, cil.

2 Rayer, Œuf complet inclus dans un autre œuf complet (Comptes rendus de la Société de biologie, t. I, p. 123, 18i9.

3 Cité par Cleyer, Mise. nat. cur., dec. 2, année 1, observation 17, 1862.

4 Georg. Sébast. Jung, Ovum ovo prargnam, mise. nat. cur., decur. 1, ann. 2, observ. CCL. p. 348, 1671.

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