‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 116 sur 132 · V. — Considérations générales sur le développement anormal · texte numérisé non relu

V. — Considérations générales sur le développement anormal

L’organisme des animaux, dans son évolution, dévie quelquefois de sa progression naturelle. Il en résulte la réalisation d’un type irrégulier, aberrant, qui se manifeste plus tôt ou plus tard et qui s’écarte plus ou moins du type spécifique : c’est que depuis la première heure de son existence, 1 animal est exposé à une foule de causes perturbatrices, de désordres morbides qui troublent le développement régulier des organes et lui impriment une direction nouvelle différente de celle que la nature avait déterminée. 11 est même de ces causes perturbatrices qui préexistent à l’acte de la fécondation de 1 œuf ; elles se trouvent soit dans quelque condition particulière de filiation, d’atavisme, de bâtardise ou de santé des procréateurs, soit dans la constitution de l’ovule, peut être dans celle du spermatozoïde fécondant.

Les causes perturbatrices de l’évolution atteignent l’embryon à telle ou telle époque de son développement, avant ou après l’apparition de certains organes, le modifient plus ou moins profondément dans son ensemble ou seulement dans ses parties. Sous ce rapport on conçoit que les effets de ces causes doivent être très variables suivant que, dans l’espèce atteinte, la période embryonnaire est courte ou longue, qu’elle se passe dans la condition parasitaire ou dans la condition indépendante, que les organes affectés sont permanents ou transitoires, que leurs fonctions sont ou ne sont pas actuellement en exercice, etc., et qu’il est donc impossible de rien établir de général à ce sujet.

Toutefois on peut dire avec vraisemblance que les causes perturbatrices antérieures à la fécondation impriment au déve-

ANOMALIES, TERATOLOGIE

loppement des modifications dont le caractère est le plus souvent une déviation simple du type spécifique, et que la plupart de ces déviations restent dans les limites de la variété.

Les causes perturbatrices postérieures à la fécondation impriment ordinairement aux organes des modifications plus apparentes- qui s écartent davantage d’un développement régulier, et qui revêtent parfois les caractères d’une lésion pathologique. Ces résultats doivent différer évidemment suivant l’intensité de la cause perturbatrice, et suivant le degré auquel est arrivé le développement embryonnaire ou fœtal : si les organes atteints sont à peine en voie de développement, les parties respectées pourront encore dans leur évolution, se reconstituer avec une certaine régularité, ou même avec une symétrie parfaite ; mais si déjà ils sont en grande partie constitués quant à leur morphose définitive, les parties atteintes resteront plus ou moins profondément altérées, déformées, détruites ou déplacées, et comme dans la condition embryonnaire ou fœtale, chez l’homme et les mammifères, la vie se perpétue malgré leur absence, le développement et l’accroissement continueront de se produire dans les parties restantes. Des . connexions nouvelles, variées, imprévues, s’établiront avec les organes voisins, qui, se développant et s’accroissant eux-mêmes dans de nouvelles conditions, se présenteront à un moment donné, avec une conformation différente de celle du type spécifique et plus ou moins dénuée de la régularité, de l’ordre et de la symétrie qui caractérisent l'organisme normal. Ainsi, l’homme, comme les animaux qui suivent les mêmes conditions évolutives, pourra apporter en naissant le stigmate plus ou moins profond d’une perturbation qui s’est produite à une époque indéterminée de son existence, et qui, dans l’ensemble de son être ou dans l’une de ses parties, le dévie du type organique de son espèce.

Mais la déviation, suivant la cause et l’époque où elle s’est produite, nous donnera l’image d’un type nouveau, toutefois régulier, ou celle d’un type plus ou moins difforme et sans aucune régularité.

Ces deux états ne sauraient être confondus 1 un avec 1 autre. Le premier résulte d’une impulsion étrangère donnée au développement primordial ou de rapports hétérogènes établis entre des parties qui ne devaient pas être associées, mais qui, après avoir subi une première déviation au type physiologique, se développent ensuite suivant les lois de 1 organisme. Elles réalisent ainsi un type harmonique, mais extra -naturel.

Le second est l’effet d’une perturbation profonde, morbide ou violente, qui désorganise les parties atteintes, et ne permet leur reconstitution que dans des conditions de désordre, de déformation, d’irrégularité tout à fait incompatibles avec l’idée d’une évolution naturelle. Ces deux états distincts doivent évidemment être désignés par des dénominations distinctes aussi aux déviations du premier groupe nous donnerons le nom d 'anomalies; à celles du second groupe le nom d ' abnormitës .

Les anomalies et les abnormités ne sont pas les seules lésions organiques que l'homme puisse apporter en naissant. Les causes morbides qui atteignent l’enfant ou l’adulte n’épargnent pas le foetus. Lorsque, chez celui-ci, les organes sont déjà constitués, les perturbations morbides n’occasionnent plus de trouble dans le développement qui est parfait ou sur le point de l’être ; elles se traduisent alors par des altérations pathologiques qui ne diffèrent point de celles qui surviennent après la naissance ; ce sont des inflammations, des éruptions cutanées, des ulcérations, des hydropisies, des tumeurs, etc , ou bien des déplacements, des difformités et des infirmités, qui n’ont rien de spécial, et que l’on distingue des lésions semblables survenant après la naissance en leur donnant l’épithète de congèniales .

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