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VII. — Variétés naturelles

Les traits du visage, le volume du tronc, les proportions des membres varient d’un individu a un autre, et de même les détails organiques des os, des muscles, des viscères, etc., la distribution des vaisseaux et des nerfs offrent des a arietés nombreuses ; c’est là ce qui constitue 1 essence même de 1 individualité. La plupart de ces dernières variations ne peuvent être reconnues que par l’inspection cadavérique. Elles sont signalées dans les ouvrages qui traitent de 1 organisation des êtres vivants, sous la dénomination des variétés anatomiques .

Parmi les variations apparentes extérieurement, variations qui caractérisent plus particulièrement 1 individu, il en est, comme les différences de hauteur, de grosseur, de coloration du corps tout entier ou de l’une de ses parties, qui, plus ou moins exagérées, semblent parfois sortir des conditions naturelles de l’espèce. Les individus qui les présentent se lont remarquer et deviennent, pour le vulgaire, des êtres à part, qu’on a même qualifiés de nom de monstres ; cependant, ces individus ne s’écartent point du type spécifique, en ce sens qu’ils se perpétuent parfois dans l’espèce comme famille ou comme race, et qu’ils peuvent être ramenés par voie de génération aux conditions ordinaires du type primitif.

Tels sont, chez l'homme, les géants et les nains qu’on

ANOMAl.IES, TÉRATOLOGIE

retrouve comme variétés ou races fixées ; tels sont les albinos et, chez les animaux, les moutons à jambes courtes (M. Ancon)* les boeufs aux narines atrophiées (B. Niata), et tant d’autres variétés ou races plus ou moins singulières ; telles sont des variations plus restreintes dans certains organes, variations qui ont une cause accidentelle ou héréditaire; par exemple, la longueur exagérée des petites lèvres chez les femmes Houzouanas, la proéminence fessière chez les Hottentotes, Y existence d'un rudiment caudal chez certains hommes1, celle d’une énorme queue dans une race de moutons, l’absence de cornes chez le bœuf, de queue chez le chien, le cheval, la

i J. Otton Helbigius affirme avoir mi des hommes à queue : « Les habitants des montagnes de la province de Kèlang ou Quélang, dans l'ile de Forai ose, dit ce voyageur, ont presque tous, selon leur propre aveu, des queues au-dessus de l’anus. J’en ai vu deux dont les queues chauves étaient semblables à celles de cochon. Il y a aussi d'autres hommes dans les iles Orientales et Australes-Orientales, qui ont des queues. » (Ephem. nat. cur. Dec., I, ann. IX et X, 1678-1679, obs. 194 et Collecl. acad., p. 417.)

On a prétendu que dans la tribu des Niam-Niam, en Afrique, les individus sont ordinairement pourvus d’un appendice caudal; mais ce fait a été nié par plusieurs voyageurs qui ont visité l’Afrique centrale. Le docteur Hubscli, médecin des hôpitaux à Constantinople, a affirmé de nouveau ce fait ; il dit avoir vu, à Constantinople, une esclave négresse de cette tribu, qui avait une queue lisse et sans poils, longue de deux pouces environ et terminée en pointe. Un homme de la même race, qu’il a vu également, avait une queue, longue de un pouce et demi et recouverte de quelques poils; enfin un enfant de race caucasienne avait une queue longue de un pouce. Un de ses aïeux avait présenté la même anomalie (Gazelle hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1854). Voyez sur ce sujet : Le Bret, Notice sur l’existence d'une race d'hommes àqueue (Archives générales de médecine, févr. 1855).

SchenU a rapporté le cas d’un individu, d’ailleurs affecté d’anomalies beaucoup plus graves, qui avait une queue très distincte, assez longue et tout à fait comparable à celle d’un cochon (Monst. hist. mcmorabilis, n* 34). Dans l’article Cas rares du Dictionnaire des sciences médicales, p. 152, il est fait mention, d’après le Dictionnaire philosophique de Voltaire, d’une femme, qui avait quatre mamelles et qu portait au croupion une excroissance revêtue de poils chevelus; mais, comme le fait remarquer Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, l’appendice dont parle Voltaire était situé sur la poitrine.

D’après Serres, il existe un rapport constant entre l’évolution de la moelle épinière et celle de la queue. Le savant anatomiste dit avoir observé un cas chez le nouveaunô, dans lequel la moelle épinière occupant toute l’étendue du canal rachidien, la colonne vertébrale ôtait terminée par une queue ;Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, Traité de Tératol., t. I, p. 521).

On peut donc croire qu’il se produit parfois chez l’homme des individus anormaux pourvus d’une queue; mais quant à des races ou variétés de l’elpèce humaine pourvues de cet appendice, leur existence est très improbable.

poule; celled’une portion delà voûte crânienne chez les poules huppées, etc.

Les variations anatomiques, qu’il serait trop long de mentionner ici, donneraient lieu aux mêmes remarques .

L’hérédité des caractères de l’un et de 1 autre procréateur est une cause des variations individuelles, puisque chacun des parents transmet à sa progéniture, tantôt l’un, tantôt l’autre, des attributs qui lui sont propres.

Cependant, si cette cause était seule agissante, les variations individuelles seraient assez bornées, mais un nombre considérable d’autres conditions viennent y ajouter leur action : la latitude ou l’altitude des diverses contrées, les climats différents, la constitution géologique du sol, la diversité de l’alimentation, l’abondance ou les privations, la liberté ou la séquestration, la domestication chez les animaux, la culture chez les végétaux, etc , toutes ces conditions impiiment à l’organisme des êtres qui y sont longtemps exposés, des modifications successives qui peuvent parfois se transmettre héréditairement, et qui déterminent ainsi la formation de races distinctes ou de variétés définies.

Le rapprochement et l’accouplement des individus appartenant à ces races ou à ces variétés diverses donnent encore naissance à de nouvelles modifications dans les cai’actères organiques des descendants. Ces modifications résultant du croisement sont elles-mêmes passagères ou plus ou moins persistantes. Il arrive aussi que des caractères particuliers aux ascendants disparaissent dans plusieurs générations, pour reparaître dans l’un ou dans quelques-uns des descendants, même quand les degrés intermédiaires sont absolument dénués de la ressemblance.

Ces faits de retour ou d'atavisme ne sont pas rares chez les animaux et les plantes qui naissent de races croisées; mais ils existent aussi dans des races que leur ancienneté fait regarder comme pures. Maintes fois ils ont été observés chez les animaux domestiques qui, redevenus libres, reprennent plus ou moins la livrée de leurs ancêtres sauvages. De pareils

ANOMALIES, TERATOLOGIE

exemples ont prouvé que dans l'organisme certains caractères peuvent rester en puissance ou à l’état latent, non seulement pendant quelques générations, mais même pendant un nombre incalculable de générations.

D’après les systèmes de Lamarck et de Darwin touchant l’origine des espèces, ces faits de retour tardif pourraient expliquer l'apparition de variations qui sont extraordinaires dans certaines espèces, mais qui sont des attributs naturels dans des espèces voisines ou même éloignées. 11 serait permis, en effet, de croire à la réapparition d'une particularité appartenant à quelque ancêtre perdu dans la nuit des temps, ou bien à l’influence d’une filiation plus éloignée encore. Ainsi s’expliquerait l’existence des vertèbres coccygiennes supplémentaires chez les hommes à queue, si toutefois il en existe. Ainsi, dans les bandes ou raies colorées qui apparaissent quelquefois sur le dos ou sur les jambes du cheval, ou verrait l’influence d’une parenté avec le zèbre ou l'âne ; dans l’existence d’un os trapèze et du rudiment d’un cinquième os métacarpien, on reconnaîtrait la réapparition dans le pied du même animal, d’une conformation normale chez l’hipparion (Gaudry), genre voisin, mais éteint. Enfin, dans des protubérances existant sur les os frontaux de cet animal, on trouverait un rapport plus éloigné encore avec les ruminants pourvus de cornes.

C’est peut-être par l’atavisme qu’il sera permis d’expliquer ces cas singuliers dans lesquels plusieurs enfants, appartenant à un père et à une mère bien conformés, apportent en naissant des anomalies semblables1.

Une autre condition de variation naturelle qui mérite de fixer l’attention des observateurs, doit être rappelée ici. Dans les végétaux, l’élément mâle peut affecter directement la conformation, non seulement de la graine, ce qui est naturel, mais encore celle de la fleur ou du fruit qui contient cette

1 Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire. Op. cil., Monstres eclromèlicns. — Meckcl, Op, cil., t. I, p. 15 et 59. — Gurlt, Op. cil., t. II, p. 5 et 172. — Henle, Zeitschrift fur rationnelle Medicin, t. Il, p.7, cités par Vogel, A nat. path., p. 426,

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graine. Dans les animaux, on a vu, d’une manière indubitable, le produit d’une seconde portée, conserver plusieurs des caractères du père de la première portée, quoique celui de la seconde fût tout diffèrent du premiei .

VIIL Variétés maladives .

Bien que les conditions des variations que nous avons appelées naturelles échappent à l’analyse, nous reconnaissons cependant que ces variations ne sont pas un pur effet du hasard et qu’elles sont subordonnées à certaines influences dont nous pouvons parfois apprécier la nature. 11 est d autres conditions des variations qui nous paraissent plus prochaines et qui sont plus palpables, ce sont des conditions de santé des procréateurs dont les causes bien connues des médecins frappent les yeux même du vulgaire. Ces conditions amènent la dégradation physique et morale des êtres qui s’y trouvent longtemps exposés, dégradation qui se transmet à leur descendance avec des caractères particuliers. Ces caractères constituent des types nouveaux qui ont été appelés variétés maladives ou variétés dégénérées1 2.

Les causes de ces variétés sont nombreuses et s’exercent souvent sur beaucoup d’hommes à la fois ; telles sont : 1 abus des boissons fermentées et des narcotiques, 1 usage des substances alimentaires altérées par 1 ergot du seigle, par le verdet ou verdérame du mais (?), 1 action continue des émanations toxiques du plomb, du mercure, du phosphore, etc., celle des

1 Burdaeh, Traité de physiologie, trad., t. II, p. 242, 1838; les rails ailés chez le Cheval et l'Ane , par Ilaller ; chez le cheval et le couagga, par Home et Gnles; chez le sanglier et la truie, par Mec,el; chez le chien, par Slark; chez V homme, par Osiander. - Allen Thomson, art. Génération, p. 408, Cyclopxdia or Anal, and Phys 1839. — Alexandre Harvey, De l'influence exercée par le mâle sur la constitution et sur la reproduction i de la femelle ( Gazette médicale de Paris 1830, p. 136). — Ch. Darwin. De la variation des animaux et des plantes, trad.. t. I, p. 420, 428. Paris, 1868.

2 B.-A. Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine, in-8° et atlas in-4”. Paris, 1837. — Id. Do la formation du type dans les variétés dégénérées, in-4". Paris, 1864.

émanations paludéennes; la privation d’air et de lumière; certaines influences encore mal connues des vallées monta gneuses(?); le travail excessif ou trop prolongé dansles manufactures, dans les mines, la misère et les excès de tous genres.

Toutes ces causes amènent, chez les individus qui y sont longtemps soumis une altération progressive de l'organisme, une véritable dégradation qui ne permet plus le retour aux conditions primitives de la santé. Et cette dégradation, bien qu’elle se manifeste avec des caractères généraux pour les êtres qui en sont atteints, cette dégradation, disons-nous, se montre avec des caractères particuliers suivant chacune des grandes causes qui l’ont amenée. Les descendants de ces individus misérables participent de la condition de leurs procréateurs ; ils apportent en naissant le stigmate de la cause dégradante qui a frappé leurs parents et nous présentent les types dégénérés des variations morbides (Morel).

Chez ces êtres dégradés, la physionomie offre rarement la régularité et l’harmonie qui constituent la beauté physique. La tête est trop volumineuse ou trop petite, irrégulière dans la forme; le front est bas et fuyant ; l’occiput est aplati: les pariétaux trop saillants ; les oreilles mal implantées et difformes ; les mâchoires supérieures grandes; le nez élargi; les lèvres grosses et saillantes; la face irrégulière; la physionomie ingrate; les membres supérieurs et inférieurs disproportionnés; l’attitude du corps mal équilibrée.

Les formes des organes internes sont souvent frappées aussi d’un défaut de symétrie et de régularité. En sorte que ces êtres dégénérés ne sont point toujours renfermés dans les limites de la variété. L’appareil de la génération est plus particulièrement affecté, et la reproduction est souvent bornée. Enfin ces individus sont fréquemment atteints par des infirmités diverses.

Les fonctions intellectuelles, dont nous n’avons point à nous occuper, ne sont pas épargnées, et ces malheureux fournissent un contingent considérable d’idiots, de crétins, d’épileptiques et d’aliénés.

On peut rapporter aux variétés par dégénérescence maladive, les crétins, les microcéphales idiots, les nains rachitiques, les dégradés alcoolisés, narcotisés, les dégénérés par intoxication saturnine, mercurielle, paludéenne auxquels on peut ajouter certains lépreux, certains pellagreux, etc.

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