CONSTITUTION ET DIAGNOSTIC DE LA PUSTULE MALIGNE
de l’épiderme peu considérable, paraissant contenir, infiltrée dans les parties profondes de la couche muqueuse de Malpighi, une sérosité fortement sanguinolente, car ce soulèvement avait une teinte violâtre très foncée. Après l’avoir abrasé, j’ai trouvé sur le bras, dans la largeur de 5 millimètres environ, le derme d’un gris violacé ou bleuâtre; le liquide sortant de la partie inférieure de la portion abrasée ne contient pas de bactéridies; le cercle d’apparence vésiculeuse qui avait 3 millimètres de largeur, déchiré avec une aiguille, a perdu peu à peu la couleur foncée, ainsi que celui de la partie inférieure de la pustule. C’est un exemple de ces boutons que les malades tourmentent de manière à en ecchymoser la surface et même une certaine épaisseur du derme et qui sont souvent pris pour de véritables pustules malignes. Certes, le diagnostic en est d’une difficulté extrême ; certains caractères, par leur absence, font bien suspecter la vérité ; mais l’incertitude est telle, sans le microscope, que la cautérisation doit avoir lieu. La sécurité du malade l’exige, et souvent la tranquillité du médecin et sa réputation sont à ce prix. »
Le résultat de l’examen que j'ai fait de toutes ces pastules, qui m’avaient été envoyées desséchées, est conforme à celui qu’a obtenu M. Raimbert. Les deux premières pustules étaient constituées en partie par des exsudais fibrineux interposés aux cellules épithéliales et qui renfermaient des bactéridies en nombre considérable. La troisième pustule, qui avait été très altérée, et dont l’aspect avait été tout à fait changé par l’application des remèdes, renfermait aussi des bactéridies, mais en nombre relativement petit. C’est ce dont je me suis assuré en dissolvant les tissus par la potasse caustique et par l’acide sulfurique concentré. Ces réactifs, en mettant les bactéridies en liberté, les faisaient reconnaître d’une manière non douteuse, car on sait que les bactéridies ont pour caractère l être inaltérables par l’acide sulfurique et par la potasse caustique. Cette pustule n’offrait pas de corpuscules purulents ; elle était en partie constituée par des exsudais fibrineux, ainsique les deux pustules précédemment examinées.
8(3 CHARDON, SEPTICEMIE
La quatrième, enfin, renfermait de nombreux corpuscules de pus, comme l’a vu M. Raimbert, et pas de dépôts fibrineux. Un examen long et minutieux avec la potasse et l’acide sulfurique ne m’a permis d’y reconnaître aucune bactéridie ni rien qui y ressemblât.
Ce n’était donc point une pustule charbonneuse, et l’examen microscopique est venu justifier les incertitudes du diagnostic médical.
REPRODUCTION EXPERIMENTALE DE LA PUSTULE MALIGNE CH EZ LES ANIMAUX1 — 180S —
L’examen histologique d’un certain nombre de pustules malignes m’a fait reconnaître que cette pustule se produit par le développement des bactéridies dans le corps muqueux de la peau. Les bactéridies déposées dans le corps muqueux par la trompe d’une mouche ou de toute autre manière, h la suite d’une dénudation épidermique, se multiplient rapidement entre l’épiderme et la couche profonde de la peau, seule pourvue de vaisseaux sanguins. L’irritation occasionnée par la présence de ces petits corps détermine une exsudation de sérosité et de fibrine dans laquelle les bactéridies trouvent un milieu favorable à leur reproduction. La lésion reste locale tantque cette reproduction s’accomplit dans le corps muqueux, mais il arrive un moment où les couches profondes du derme sont envahies et les bactéridies, en contact avec les vaisseaux, y pénètrent; alors, transportées par le sang dans toute l'économie, elles se reproduisent dans les organes internes et la maladie devient générale.
i Bulletin de l’Académie de médecine, année ISG8, ]). 7?1.
J’ai voulu reproduire expérimentalement chez les animaux ce qui se fait chez l’homme; il s’agissait d’introduire les bactéridies sans blesser de vaisseau. Pour y arriver, j’ai pris un petit cautère que j’ai fait chauffer dans l’eau bouillante, et, en l’appliquant sur la peau de cobayes, j’ai obtenu de petites vésicules par ce genre de vésication. Dans ces vésicules j’ai introduit du sang d’un animal mort de charbon, du « sang de rate» contenant des bactéridies. Au premier moment, rieu ne s’est montré ; mais, dès le lendemain, chez un de mes cobayes, il s’est produit une vésicule qui, en quelques heures, est devenue large d’à peu près 1 centimètre, s’est entourée d’une auréole rouge et contenait une sérosité pleine de bactéridies. J’ai apporté à l’Académie un autre cobaye qui présente la même lésion, ayant été inoculé avant-hier. On pourrait voir au microscope quel nombre de bactéridies se trouve dans la sérosité de la vésicule secondaire.
Ainsi l’identité de la pustule maligne et du charbon se trouve démontrée par la reproduction expérimentale de la pustule maligne à l’aide de sang charbonneux.
EXPÉRIENCES RELATIVES A LA DUREE DE L’INCUBATION DES MALADIES CHARBONNEUSES ET A LA QUANTITÉ