BACTÉRIDIES CONSTITUANT SEULES LE VIRUS CHARBONNEUX
EXPÉRIENCES AYANT POUR BUT DE PROUVER QUE LES BACTERIDIES CONSTITUENT SEULES LE VIRUS CHARBONNEUX1
M. Davaine s’est proposé d’isoler le virus charbonneux (les bactéridies). Après de nombreuses tentatives, il y a réussi de la manière suivante : il délaye quelques gouttes de sang charbonneux desséché dans 50 centimètres cubes d’eau distillée contenue dans un vase étroit. Au bout de vingt- quatre heures, la plupart des bactéridies ont gagné le fond du vase; il en reste très peu dans les couches supérieures; il remplace l’eau formant la moitié supérieure par de l’eau nouvelle, afin de prévenir la putréfaction. La même opération est renouvelée à plusieurs reprises; alors, en examinant avec soin le liquide, on constate qu’il est parfaitement transparent, sauf à la partie la plus inférieure ; or en inoculant à un cobaye une goutte de liquide prise à la partie supérieure, on ne produit rien, tandis qu’une inoculation faite avec une goutte de la partie inférieure détermine la mort de l’animal.
Dans une autre expérience, tous les animaux inoculés sont morts, mais la vie a été d’autant plus longue que la goutte inoculée appartenait à une partie plus élevée du liquide.
Dans une expérience faite sur des lapins, l’injection souscutanée de 1/2 centimètre cube de solution ( partie inférieure) causa la mort de l’animal en trente heure ; 1 centimètre cube de la partie moyenne tue au bout de quarante-huit heures seulement; enfin 1 centimètre cube de la partie supérieure ne tue pas l’animal.
1 Comptes rendus des séances de la Société de biologie , béance du 27 février 1SC9.
CHARBON, SEI’TICÈMIK
RECHERCHES
SUR LA SEPTICÉMIE ET SUR LES CARACTÈRES QUI LA DISTINGUENT DE LA MALADIE C H A R II ONN E U S E 1
I /introduction dans l’économie animale de matières putréfiées produit des phénomènes pathologiques qu’on a désignés sous le nom de septicémie. Pendant longtemps, la maladie charbonneuse a été confondue avec la septicémie. Les travaux que j’ai communiqués à plusieurs reprises à l’Académie ont eu en partie pour but de distinguer ces deux états pathologiques. J’ai poursuivi mes recherches sur ce sujet, et je me proposais de les publier prochainement dans leur ensemble; mais la lecture de M. Bouleysurla maladie appelée mal des montagnes, m’engage à communiquer dès aujourd’hui une partie des résultats que j’ai obtenus.
Du sang du cœur d'un bœuf, exempt de maladie, fut pris à la boucherie, le 22 juillet 1868, et conservé dans un flacon pour servir à des expériences successives, la température atmosphérique étant alors de -f 28° C. à + 32° C. Les animaux soumis à l’expérimentation furent des lapins et des cobayes. Le sang a été injecté dans l'épaisseur de la paroi abdominale au moyen de la seringue de Pravaz, et la quantité en a toujours été exactement déterminée.
Le 24 juillet, quatre gouttes de sang devenu très fétide sont inoculées à un cobaye par le moyen indiqué; le 25, un autre cobaye reçoit deux gouttes du même sang et un autre une seule goutte. Le 30 juillet, le 7 et le 31 août, trois autres cobayes reçoivent chacun une goutte du même sang conservé liquide. Tous ces cobayes sont morts avec des phénomènes pathologiques du même genre, dans un espace de temps
l Connues vendus de i’.l « demie des scicncis, 2ôj;mvitr 18.9.
CARACTÈRES DI b'FÈREN T] ELS DU CHARBON ET DE J, A SEPTICEMIE 95
variable entre quatorze ettrente- deux heures. Des expériences semblables, répétées sur des cobayes et sur des lapins avec du sang provenant de deux autres bœufs, donnèrent les mêmes résultats.
La maladie que détermine l'inoculation du sang putréfié estelle contagieuse ? M. Raimbert, deChâteaudun, dans son excellent Traité de lapustule maligne , a donné un certain nombre d'expériences qui viennent à l’appui de celte opinion. Plus récemment, MM.CozeetFeltz, d'après un grand nombre de faits, l’ont affirmée positivement. Il importait de vérifier ces faits.
Un cobaye étant mort. à la suite de l’injection d’une goutte de sang de bœuf putréfié, le 26 juillet 1868, deux gouttes de son .sang, prises dans le cœur aussitôt après la mort, furent injectées dans l'épaisseur de la paroi abdominale d’un autre cobaye; celui-ci mourut au bout de vingt-sept heures. Une demi- heure après la mort, deux gouttes de sang du cœur sont injectées à un autre cobaye, qui meurt au bout de vingt-deux heures. Trois autres cobayes sont encore inoculés successivement les uns des autres avec des résultats semblables.
Il ne peut donc exister de doute sur la virulence de la maladie contractée par le cobaye ou le lapin à la suite de l’inoculation du sang putréfié liquide.
Un examen superficiel des phénomènes de cette maladie contagieuse peut la faire confondre avec le charbon; comme le charbon, elle se communique par l’inoculation du sang liquide, et, comme lui, elle est rapidement mortelle; mais une élude attentive de toutes les conditions de cette maladie montre qu’elle diffère du charbon par un grand nombre de points :
1° S’il existe des bactéries dans le sang des animaux morts de septicémie, ces filaments sont doués de mouvements spontanés, tan lis que chez les animaux atteints ou morts de maladie charbonneuse, les filaments que Ton rencontre dans le sang ou dans les organes sont constamment immobiles : différence importante qui m’a engagé à ne point conserver à ces filaments le nom de bactéries .
2° Chez les animaux morts de septicémie, le sang placé sous
CHARBON, St.PlICli.MIE
le microscope garde ses caractères normaux; les corpuscules se dispersent et se répartissent uniformémnnt dans tout le champ; mais chez les animaux morts du charbon, les corpuscules sanguins, devenus agglutinatifs, forment des îlots qui laissent entre eux des espaces clairs, occupés exclusivement par le sérum. J’ai constaté cet aspect caractéristique du sang charbonneux chez l’homme, le mouton, le lapin, le cobaye, le rat; chez le cobaye surtout, il est extrêmement remarquable, et de cette apparence seule, on peut conclure à la septicémie ou au charbon.
3° La rate, dans la septicémie, ne subit point de changement notable; dans le charbon, elle est toujours plus volumineuse qu’à l’état normal. Dans le courant de l’été dernier, j’ai pesé la rate de sept cobayes morts de septicémie et de onze cobayes morls du charbon. Voici les résultats obtenus (je range les animaux par ordre d'âge ou de taille) :
Cobayes morts de septicémie : (F, 30; 0S,',40 ; CF', 40 ; 0gr,60; 0gr,80 ; 0gl',70; 0sr,80.
Cobayes morts du charbon: 0gr,30; 0gl',70; 1 gramme; lgr,15; 1 gramme; 1 gramme; 2gr,40; 2gr,25; 2gl',60; 2gr,25 ; 3g,',70.
Ainsi, dans la septicémie, la l’ale d’aucun cobaye n’a atteint le poids de 1 gramme; dans le charbon ce poids a presque toujours été atteint ou dépassé.
4° Le sang putréfié ou celui de la septicémie, après avoir été desséché, étant introduit sous la peau en certaine quantité, ne donne point lieu au développement d’une maladie générale; il n’en est pas de même pour le sang charbonneux, qui, convenablement desséché et introduit sous la peau en quantité extrêmement petite, développe la maladie charbonneuse. Dans une prochaine communication, j’établirai ce fait sur des preuves irrécusables.
5° La chair et les viscères d’un animal mort de septicémie peuvent être impunément ingérés dans le canal intestinal d’un lapin ou d’un cobaye; il en est autrement lorsque l’animal est mort du charbon. Dans la séance du 22 août 1804, j'ai coin-
muniqué à l’Académie sur ce sujet des expériences dont je vais rappeler les résultats : sur huit lapins ou cobayes qui avalèrent chacun 3 grammes de foie putréfié, un seul mourut, et l’autopsie montra qu’il était atteint de pneumonie. Sur six lapins ou cobayes qui avalèrent chacun 5 grammes de foie frais, mais provenant d’animaux charbonneux, cinq moururent avec tous les phénomènes du charbon, un seul survécut. J’ai répété ces expériences l’automne dernier, avec des résultats semblables.
6° La pustule maligne est l’une des formes de la maladie charbonneuse : en introduisant du sang charbonneux en quantité très petite sous l’épiderme soulevé par une légère cautérisation, j’ai déterminé cette maladie chez le cobaye. L’introduction, sous l’épiderme, du sang putréfié ne donne jamais lieu au développement de la pustule maligne ou d’une lésion analogue. Au reste, s’il en était autrement, on verrait fréquemment la pustule maligne chez les gens qui, par profession, manient des viandes faisandées ou des chairs putréfiées, par exemple, chez les cuisiniers et chez les élèves en médecine; or, il n’en est rien.
Il résulte de tous ces faits que l’introduction du sang putréfié dans 1 économie de certains animaux donne lieu à une maladie mortelle, et que cette maladie est contagieuse par 1 inoculation du sang liquide; mais cette maladie se distingue du charbon par des caractères nombreux et très précis.
remarques relatives aux recherches de m. Sanson
Dans sa communication du il janvier 1869 sur la maladie
* Comptes rendus de V Académie des sciences, 1 r février 1869.
DaVaink. L’Œuvre. ~
98 CHARBON, SEPTICEMIE
appelée mal des montagnes, M. Bouley rapporte des observations de M. Sanson, relatives à la maladie charbonneuse. Ces observations infirmeraient plusieurs des résultats de mes recherches sur cette maladie : 1° le sang charbonneux perdrait, par la dessiccation, la faculté de transmettre le charbon ; 2° les bactéridies n’existeraient pas constamment chez les animaux atteints de cette maladie.
1° Quant au premier point, j'ai inoculé le sang charbonneux desséché un grand nombre de fois avec succès. J’ai déjà publié plusieurs de ces faits ; il me suffira d’en rappeler quelques-uns. Pendant l’été de 1804, j’ai fait de nombreuses recherches expérimentales sur les maladies charbonneuses ; or, je me suis procuré le virus charbonneux avec du sang que je conservais sec depuis l’année précédente et qui datait de onze mois. Ce fait se trouve mentionné dans les Comptes rendus de l’Académie, séance du 22 août 1864. Au mois de juillet 1868, je fis de nouvelles expériences sur cette maladie. Le virus charbonneux provenait, cette fois, de sang desséché qui m’a été envoyé dans une lettre par M. Raimbert, médecin il Châteaudun. Dans la séance de l’Académie de médecine du 11 août, j’ai montré un cobaj'e atteint d’une pustule maligne artificielle; cette pustule avait été produite par l'introduction, sous l’épiderme de l’animal, d’une très petite parcelle de ce même sang sec, envoyé par M. Raimbert. Le grand nombre des inoculations que j’ai faites en 1864, puis en 1868, et qui toutes ont eu pour point de départ l’inoculation de sang desséché, ne peuvent laisser croire à une erreur dans la nature de la maladie; il n’est donc point possible de contester le fait. Cependant, je suis loin de nier la réalité des résultats contradictoires obtenus par M. Sanson; ces résultats s’expliquent facilement. J’ai fait observer, dans plusieurs de mes publications que la putréfaction enlève assez promptement au sang charbonneux la propriété de transmettre la maladie; j’ai fait observer encore que, en été, le sang charbonneux qu’on laisse se dessécher lentement se putréfie d’abord et qu’il devient ainsi tout à fait inerte. Il faut, sans doute, voir dans ce lait
l’une des causes qui ont amené les résultats négatifs obtenus par M. Sanson.
2° Quant à la présence des bactéridies chez les animaux charbonneux qui, suivant M. Sanson, ne serait pas constante, je ne chercherai point à expliquer la contradiction. Je ferai simplement observer que la putréfaction enlève, il est vrai, au sang charbonneux, sa faculté d’inoculer le charbon, mais elle donne à ce sang la propriété de tuer par septicémie. Or, la septicémie est contagieuse comme le charbon et peut être facilement confondue avec lui, si l’on se contente d’un examen superficiel; elle s’en distingue toutefois par les caractères précis que j’ai donnés dans une récente communication à l’Académie; en outre, par Y absence des bactéridies. Ce qui tendrait à prouver que M. Sanson n'a point évité la confusion que je signale, c’est d’abord que cet observateur, croyant à une parenté très étroite entre le charbon et la putréfaction, n’a pas dû se préoccuper de l’éviter; c’est ensuite que le sang qu’il a expérimenté, après l’avoir desséché, n'a point donné lieu à une maladie générale; or, c’est ce qui arrive pour le sang de la septicémie, mais non pour le sang charbonneux.
Enfin, bien qu’il soit établi par les recherches de plusieurs observateurs que les filaments du sang charbonneux ne sont pas de la meme espèce que ceux de la putréfaction, de la septicémie (Coze et Feltz), ou d’une infusion de foin, bien que l’un des savants les plus autorisés en ces matières, M. Robin, tenant compte de leurs caractères distinctifs, ait cru devoir classerles filaments du charbon, non plus parmi les vibrioniens, mais parmi les algues, dans le genre leplothriœ, M. Sanson confond tous ces petits êtres les uns avec les autres et leur donne collectivement le nom de bactéries.
Avec des vues si différentes, deux observateurs ne peuvent arriver aux mêmes résultats; il me suffit, je pense, de signaler ces divergences du point de départ pour rendre raison des contradictions.
CHARBON, SEPTICÉMIE
RAPPORT SUR UN TRAVAIL D E M. LE Dr RaIMBERT