ACTION DES SUBSTANCES SUR LE VIRUS CHARBONNEUX
Quatre expériences au un six-millième donnent deux morts et deux survivants ; une au un sept-millième, mort. L'action antiseptique de l’acide chromique sur le virus charbonneux s’arrête donc au six-millième.
Il esta remarquer, cependant, que la limite de l’action de l’acide chromique n’est point nettement tranchée : c’est une question sur laquelle je reviendrai à la fin de cette note.
L’analogie ayant pu faire supposer que l’acide chlorhydrique possède des propriétés antiseptiques non moins énergiques, une première expérience est faite avec cet acide au cinqmillième.
Le cobaye auquel une goutte de la solution est injectée meurt trois jours après. Dans une deuxième expérience, la solution étant au un quatremillième, le cobaye mourut aussi au bout de trois jours. Dans une troisième expérience, avec une solution au un trois-millième, l'animal inoculé survécut.
L’action antiseptique de l’acide chlorhydrique est donc inférieure à celle de l’acide chromique.
Dans les expériences dont je vais rapporter les résultats, la proportion du sang charbonneux a été généralement de un centième ; il provenait d’un animal mort le jour même ou la veille, condition importante, car la putréfaction détruit rapidement le virus. La durée du contact du virus avec la substance antiseptique a été d’une demi heure à une heure ; enfin l’autopsie et l’examen microscopique après la mort ont constamment montré qu’elle était due au charbon.
Ne pouvant rapporter ici toutes les expériences avec les détails qu’elles comportent, je n’en donnerai qu’une indication sommaire :
Ammoniaque au les deux animaux survivent; au -jD-, -jL-,
150"? 157' l(:s quatre animaux meurent.
Silicate de soude au -jL-, -d-, survivent; au -Jr? meurent. Potasse caustique au survivent ; au -r^-, sur cinq, un
meurt et quatre survivent ; au -1— -d
meurent.
CHARBON, SEPTICÉMIE
Chlorure d’oxyde de sodium au -A-, -A-,
Vinaigre ordinaire au -A-, , —, surviv.
Permanganate de potasse au JA, A,
au
survivent.
meurt.
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Acide sulfurique au
survivent ; au Ag-, sur quatre inoculés, deux survivent et deux meurent ; au Ag-, un survit et un meurt; un au Ag-, survit.
Solution d’iode ioduré au A—, A— , A—, t4-. -4x. — — — !— 1
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AA, survivent, sauf un seul inoculé au -A- .
A l'exception de ce cas et de deux avec le permanganate de potasse, on remarque dans toutes ces expériences, au nombre de cent une, une régularité parfaite jusqu’au voisinage de la limite d’action de la substance antiseptique. Ces trois cas exceptionnels tiennent sans doute à ce que les vases ou les instruments qui avaient servi aux expériences n’étaient pas bien nets, car il suffit de un cent millième dégoutté de sang pour communiquer le charbon au cobaye. Ces erreurs sont facilement rectifiées en répétant l’expérience, comme on l’a fait ici.
L’acide pliénique jouissant aujourd’hui d’une grande réputation comme antiseptique, je rapporterai avec plus de détails les expériences qui le concernent :
Le 4 juillet, dans une solution d’acide phénique au un centième, on met du sang charbonneux dans la proportion de un centième. Après quarantecinq minutes de contact, une goutte du liquide est injectée, sous la peau de la nuque, à un cobaye qui survit.
Le 8 juillet, la même expérience est faite avec une solution d’acide phénique au un deux-centième ; l’animal meurt du charbon dans la nuit du 10 au 11 juillet.
Le 16 du même mois, l’expérience est reprise avec une solution d’acide phénique au un centième ; l’animal survit. Le 22, la même expérience est
action des substances sur LE virus charbonneux
faite avec une solution au un cent-cinquantième; le cobaye survit. Le 26, l’expérience est faite de nouveau avec une solution au un deux-centième; le cobave meurt du charbon le 29.
Enfin la même expérience, avec une solution d’acide phonique au un deux-centième, est faite le 28 septembre dernier, et le cobaye inoculé meurt du charbon le 30, deux jours après.
On peut donc, d’après leur puissance comme antiseptiques, ranger les diverses substances que nous venons d’examiner dans l’ordre suivant : ammoniaque, silicate de soude, vinaigre ordinaire et acide phonique ; puis la potasse caustique, le chlorure d’oxyde de sodium?, l’acide chlorhydrique, le permanganate de potasse, l’acide chromique, l’acide sulfurique, l’iode. La puissance de l’ammoniaque, du vinaigre et de l’acide plié nique enfin étant représentée par un deux centième celle de l’iode léserait pa-r un douze millième.
L’irrégularité dans les résultats, que l’on remarque vers les limites de l’action de la substance antiseptique, s’explique par la nature du virus; en effet, ce virus étant un être vivant, un corps solide, par conséquent, ne se trouve point en égale quantité dans tous les points du liquide, comme le ferait une substance soluble. Lorsque, par le fait de sa destruction par la substance antiseptique, sa quantité diminue beaucoup, il arrive que chacune des gouttes injectées n’en contient pas toujours ; de là une irrégularité nécessaire dans les résultats. Le même fait s’observe aux limites d’action delà chaleur et à un certain moment, lorsque l’on diminue progressivement la quantité du sang virulent par des dilutions successives.
Cette irrégularité prouverait, si le fait n’était aujourd’hui suffisamment démontré, que le virus charbonneux est un corps solide et non une substance soluble.
Les expériences que j’ai exposées dans une communication précédente et dans celle-ci donnent des indications utiles pour la pratique : l’action de la chaleur sur le virus montre que l’on peut impunément faire usage, pour l’alimentation, de viandes charbonneuses cuites. L’iode doit être considéré
CHARBON, SEPTICÉMIE
comme le meilleur antiseptique que l’on puisse employer dans le traitement des maladies charbonneuses, lorsque, n’étant plus localisées sous forme d’une simple pustule, elles ont pris une certaine extension. Des injections d’eau iodée au un sixmillième sont parfaitement tolérées par les tissus, et peutêtre dans l’oedème charbonneux, qui est constamment mortel pour l’homme, et dans les tumeurs de même nature chez les animaux, ces injections donneront d’heureux résultats ; enfin, comme désinfectant des peaux, des débris et du sang des animaux charbonneux, l’acide sulfurique, dont on se sert déjà dans l’agriculture et dont le prix est modique, sera certainement le plus précieux de tous.