‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 33 sur 132 · XXVI I · texte numérisé non relu

XXVI I

réponse a M. Colin

Je ne me propose pas d’examiner ou de critiquer les expériences que M. Colin vient de communiquer à l’Académie. Les expériences sont des faits qui ont toujours leur valeur; leur interprétation seule pourrait donner prise à une discussion. Je veux simplement relever quelques assertions qui me paraissent erronées et remettre dans leur vrai jour quelques questions qui en ont été détournées.

Dans le préambule de ses dernières communications, M. Colin commence par donner un brevet d’incapacité à tous les expérimentateurs qui se sont occupés delà question de la sep-

i Builelin de l'Académie de médecine, 28 octobre 1873, p. 1272.

I A SEPTICÉMIE, RÉPONSE A M. COLIN

ticémie, et cela sous une forme impersonnelle : « On marche à l'aventure sur un terrain inconnu, en se servant d'instruments qu’on ne sait pas bien manier, de réactifs vivants dont la sensibilité est variable ou équivoque... et l'on élève des édifices fantastiques que le moindre souffle peut renverser. » Il ne m’appartient pas plus qu’à un autre de rechercher à qui ces généralités, qui occupent deux grandes pages de nos comptes rendus, sont plus particulièrement adressées ; mais il m’appartient de rectifier quelques assertions qui me paraissent plus particulièrement dirigées contre mes travaux : 1° je me serais borné à étudier les phénomènes sur une seule espèce animale; 2° je me serais servi d’un instrument défectueux dans la pratique de mes inoculations; 3° enfin le lapin est l’animal le moins bien choisi pour l’étude des altérations du sang.

1° À la première assertion, je répondrai que M. Colin ne sait pas sur combien d’espèces différentes d’animaux j’ai expérimenté; ces espèces sont très nombreuses; et celles que j’ai citées dans mes dernières communications, le lapin, le cobaye, le rat, la souris, le mouton, le dindon, la poule, le pigeon, suffisent à montrer que l’assertion de M. Colin est purement gratuite.

2° La seringue de Pravaz dont je me suis servi est un mauvais instrument, au dire de M. Colin, qui préfère la lancette, dont nous ne savons pas nous servir. En effet, dans une communication que j’ai faite en 1868 à cette Académie, j’ai dit que le procédé d’inoculation par ce dernier instrument a plusieurs inconvénients : « Les substances inoculées peuvent quelquefois refluer par l’ouverture, ou bien être emportées au dehors par le sang ou par la sérosité qui provient des vaisseaux incisés; l’air atmosphérique, ayant accès dans la plaie, peut déterminer la putréfaction des matières inoculées et par suite la septicémie et la mort1. » Dans tous les cas, on ne peut doser exactement la quantité de la substance inoculée,

* Bulletin de l'Académie de médecine, 1S68, [j. 816.

CHARBON, SEPTICÉMIE

ce qui m'a fait commettre quelques erreurs que j’ai rectifiées en me servant désormais de la seringue de Pravaz.

M. Colin, lui, sait inoculer avec une lancette quatre gouttes de sang aussi bien qu’un vingt-millième de goutte ; à la bonne heure, mais il ne pourra persuader aux médecins qui composent cette assemblée, que la seringue de Pravaz est un instrument infidèle et qu’il est difficile de s’en servir. Je dirai même que certains résultats différents des miens tiennent à la manière d’opérer dont M. Colin se loue tant, et, entre autres résultats, celui d’avoir vu que le sang septicémique perd sa virulence par l’ébullition. J’ai rapporté ici des expériences directement contraires; j’aurai prochainement l’occasion de les répéter devant une commission de l’Académie des sciences, et l’on pourra juger alors si, avec les instruments défectueux dont nous nous servons, on n’obtient pas des résultats plus précis qu’avec les moyens parfaits dont sait se servir notre savant collègue.

3° Le lapin, dit M. Colin, par son organisation, sa constitution, son idiosyncrasie, est l’animal le moins bien choisi pour l’étude des altérations du sang. C’est un herbivore devenant anémique, hydrohémique, avec une extrême facilité, sur lequel le pus, les dépôts caséeux, les infiltrations, se développent facilement, etc.

Si le lapin est un aussi mauvais sujet pour l’expérimentation, comment se fait-il que M. Colin l’ait choisi dans ses expériences les plus délicates et particulièrement dans celles où il recherchait l’action des produits volatils émanant des sujets septicémiques? On a beaucoup fait le procès au lapin et tout à fait à tort; c’est au contraire le réactif le plus précieux que l’on puisse prendre pour certaines recherches et particulièrement dans la septicémie; on me permettra de confirmer cette opinion par celle d’un expérimentateur dont M. Colin ne récusera pas la compétence : dans une communication sur l’infection purulente faite a cette Académie en 1871, M. Colin, abordant la question des effets de l’insertion de la matière putride dans le tissu cellulaire et les plaies,

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