LA SEL’TICÉMIE, REPONSE A M. COLIN
résistent à la contagion de cet état morbide; en d’autres termes, j’ai vu que le sang charbonneux altéré, dépouillé de sa virulence spéciale par la putréfaction, tuait le lapin sans produire le moindre effet sur le mouton (p. 1223). » — Je dirai encore ici que M. Colin dédaigne trop les travaux des autres, car sans cela il ne se serait pas donné la peine de faire cette découverte. Il y a neuf ans, en 1864, j en ai fait 1 objet d’une communication à l’Académie des sciences (22 août 1864). J’ai établi alors que le sang charbonneux perd quelquefois au bout de peu de jours (cela dépend de la température atmosphérique) sa faculté de transmettre le charbon, et que les accidents qu’il cause sont ceux que déterminent les matières putrides. M. Colin confirme aujourd’hui ces résultats. Voilà donc deux faits capitaux qui prouvent que les expérimentateurs dont M. Colin fait la critique dans son préambule n’élèvent point toujours des édifices fantastiques que le moindre souffle peut renverser.
M. Colin fait de ses travaux avec ceux des autres un amalgame où chacun a peine à se reconnaître, et, comme notre savant collègue semble s’être donné pour mission d’empêcher dans la science l’intrusion de notions erronées, on peut croire que les faits vrais qu’il laisse passer sont à lui et que les erreurs sont aux autres. Mais c’est aussi une manière de bien servir la science que de confirmer les vérités acquises; je vais donc rappeler, parmi les questions que j’ai traitées, celles que M. Colin a confirmées.
Dans la communication du 7 octobre, M. Colin pose la question suivante : « Les matières putrides, le sang en voie de décomposition, peuvent- ils déterminer la septicémie sur la plupart des animaux et particulièrement sur toutes les espèces domestiques (p. 1178)? » Toute cette communication, à part le préambule, est consacrée à l’examen de cette question. Un grand nombre de faits sont rapportés qui prouvent surabondamment la conclusion à laquelle arrive notre savant collègue, conclusion que voici : « En résumé, l’état pathologique désigné sous le nom de septicémie n’est donc
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pas un effet constant et invariable du sang putréfié à l’air libre ou altéré dans l’organisme. C’est une réaction morbide donnée par certains animaux, mais que le plus grand nombre ne donne pas dans les conditions expérimentales (p. 1197) ». Voilà qui est bien, mais pourquoi M. Colin se donne -t-il une peine extrême pour avoir l’air de se trouver en contradiction avec moi, lorsqu’au fond nous sommes parfaitement d’accord? Voici, en effet, la même question que j’avais posée en termes un peu différents dans ma communication du 8 oc lobre 1872 : « La septicémie expérimentalement produite envahit-elle tous les animaux indistinctement, ou bien estelle spéciale à quelques espèces? » Et voici la conclusion : « Ces expériences nous prouvent que les diverses espèces d’animaux sont diversement impressionnées par le virus septicémique, comme on pouvait au reste le prévoir par analogie, d’après la considération que les maladies contagieuses ou virulentes sont spéciales à certaines espèces et qu’elles atteignent très rarement un grand nombre d’espèces différentes. »
Une seconde question qui se trouve confirmée par les recherches de M. Colin, c’est la transmission de la septicémie au lapin à doses infinitésimales.
Une troisième question, c’est ce caractère particulier aux corpuscules rouges du sang de se dépouiller facilement de leur matière colorante par la putréfaction et par la septicémie.
Une quatrième question, c’est la vérification de ce fait, que le sang septicémique (et je l'ai montré aussi dans le sang putréfié) perd en partie sa virulence par une putréfaction plus avancée. M. Colin dit avoir indiqué ce fait dans un travail communiqué en 1871 à l’Académie. Je me serais fait un devoir de rendre à mon savant collègue ce qui lui appartient; mais je dois dire qu’en ceci sa mémoire l'a probablement mal servi, car j’ai lu et l’elu ce travail de 1871 sans y trouver trace du fait indiqué.
On voit d’après tout ce qui précède que la question de la