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LA SEPTICÉMIE, REPONSE A M. COLIN

septicémie a fait depuis six à sept ans de grands progrès, et quelle est moins inextricable qu’on ne l’a dit.

On peut espérer que, grâce aux efforts de tous, la plupart des questions qui sont encore obscures seront bientôt élucidées.

Il est un dernier point sur lequel je désire m'expliquer encore, parce que je crois que les critiques de mon savant collègue le visent directement, bien que, grâce à la forme impersonnelle qu’il adopte, M. Colin puisse toujours répondre : Je ne m’adressais pas à vous. Il s’agit d’une théorie de la septicémie, d’une généralisation qu’il pense avoir mise a néant en prouvant que tous les animaux inoculés avec du sang putréfié ou septicémique ne contractent pas la septicémie.

Notre savant collègue n’a probablement pas bien lu la partie de mes communications qui concerne cette généralisation, car si je disque tous les animaux septicémiques doivent donner la septicémie au lapin, qui devient le réactif de cette affection, je ne dis nullement que la réciproque est vraie ; c’eût été de ma part une inadvertance par trop bizarre, lorsque je venais de montrer expérimentalement que les animaux ont des aptitudes inégales à l’inoculation de cette affection, et que quelques-uns ne la prennent absolument pas de cette manière. M. Colin a laissé de côté précisément la moitié des faits sur lesquels s’appuie la généralisation qu’il critique. Si l’inoculation d’une maladie à un animal est une preuve directe que cet animal est apte à recevoir cette maladie, il y a aussi des preuves indirectes qui ont tou autant de valeur.

Qu’un chat furieux, ayant mordu plusieurs personnes dans une famille, soit tué, le médecin appelé à guérir les plaies, soupçonnant la rage, inoculera la bave du chat à un chien, et si celui-ci devient enragé, il en tirera cette conclusion certaine que le chat avait la rage, et nous en tirerons une autre conclusion non moins certaine, c’est que le chat est susceptible d’avoir cette maladie.

Qu’un homme nous offre des symptômes de la morve, l’ino Davaine. L’CEuvre.

CHARBON, SEPTICÉMIE

culatioii au cheval assurera de même le diagnostic et prouvera en même temps que l’homme est apte à contracter la morve.

Eh bien, puisque M. Colin a bien voulu s’occuper de ma théorie, pourquoi n’a- t-il pas rappelé que, dans mes généralisations, je me suis appuyé sur ce fait d’une vache dont le sang recueilli par M. Magne a donné la septicémie au lapin, et cet autre fait d’un homme mort à l’hôpital Saint-Antoine, dont le sang pris dans le cœur, inoculé par MM. Lancereaux, Vulpian et moi, a donné la septicémie à des lapins1 ?

Est-ce que ce fait pour l’homme et pour le bœuf d’avoir donné la septicémie au lapin n’est pas aussi probant que si cette affection leur avait été reportée du lapin?

il est encore d’autres faits qui, par induction, peuvent nous faire croire que le mouton, le porc et le cheval contractent la septicémie, ce sont les empoisonnements de ces animaux parla saumure.

Et cet autre fait encore, dont M. Colin se débarrasse facilement en disant :

« Aussi, je ne sais comment expliquer ce fait merveilleux observé à Lyon et accepté ici sans contrôle, à savoir que quelques gouttes de pus fétide prises sur un cheval qui en produisait impunément de grandes masses, auraient tué promptement un autre cheval à la suite de leur insertion dans une plaie sous- cutanée.

Ce fait n’a rien de surprenant : dans les maladies, il se trouve des conditions particulières qui nous disposent à les contracter ou qui nous en préservent. Il s’agit pour la septicémie de déterminer ces conditions ; je possède des faits, que je communiquerai à l’Académie en leur temps, qui prouvent que des animaux réfractaires à la septicémie dans certaines conditions la prennent dans d’autres conditions.

Quanta la théorie qui est si mal accueillie par notre savant collègue, je n’y attache point une grande importance. Nous savons tous ce que valent les théories; l’histoire des sciences

1 Voir page 186.

se ferait avec celle de toutes les théories qui se sont successivement écroulées. Mais nous ne pouvons nous en passer ; sans cela, nous mériterions le reproche que M. Colin adresse à je ne sais qui, « de marcher à l’aventure sur un terrain inconnu ». De ma théorie de la septicémie est sortie l’indication de prendre le lapin comme réactif de cette affection. J'ai vu avec plaisir que M. Colin n’a pas dédaigné de s’en servir pour rechercher les quantités infiniment petites de virus qui se trouve dans la vapeur exhalée des cadavres et pour constater la persistance ou la perte de la virulence des matières ingérées dans l’estomac.

Le procédé n’a vraiment plus qu’un seul défaut, c’est d’avoir été indiqué par un homme qui ne possède pas les vrais principes.

RAPPORT SUR UN MEMOIRE DE M. RaIMBERT INTITULÉ :

Du traitement clu charbon par l'injection sous-cutanée de liquides antivirulents 1

Messieurs, vous avez renvoyé à l’examen d’une commission composée de MM. Bouley, Laboulbène et moi, un travail de M. Raimbert, intulé : Du traitement du charbon chez l homme par les injections sous-cutanées de liquides anlivirulents.

La maladie charbonneuse chez l’homme, toujours mortelle lorsqu elle est abandonnée a elle-même, l’est souvent aussi,

i Bulletin de l'Académie de médecine, iS mt'i, 1875, p. 549.

CHARBON, SEPTICEMIE

malgré tous les traitements que nous lui opposons. Lorsque nous parvenons à arrêter sa marche envahissante, ce n’est que par des moyens douloureux et qui trop souvent laissent des stigmates indélébiles ou des altérations organiques fâcheuses.

Dans ces derniers temps l’on a pu concevoir l’espérance qu’une nouvelle méthode de traitement, exempte des inconvénients de la cautérisation et plus souvent efficace, pourrait être opposée avec succès à l'envahissement de cette cruelle maladie.

Cet espoir, déjà fondé sur quelques faits, est devenu une réalité. De nouvelles observations, que nous communique M. Raimbert, nous en donnent la confirmation.

Le hasard ou l’empirisme n’ont rien à faire dans cette nouvelle méthode de traitement; l’Académie verra avec satisfaction qu’elle est l’application pure et simple de notions exclusivement scientifiques. Pour le bien faire comprendre, il importe de rappeler des faits qui ne sont peut-être point encore généralementconnus et de montrer par quellesériedeconnaissances successivement acquises on est arrivé à la conception et à la pratique de ce nouveau traitement. Aussi bien l’exposition de ces faits ne sera point sans utilité pour les médecins qui seront appelés à traiter la maladie charbonneuse, car ils sauront mieux quel but ils doivent atteindre et quelles indications ils doivent cherchera remplir; ils sauront donc apporter dans leur traitement les modifications que peut demander la diversité des cas.

Dans l'année 1850, une association de médecins et de vétérinaires du département d’Eure-et -Loir s’étant formée par l’initiative de votre collègue et mon maître Rayer, pour étudier le sang de rate qui ravageait alors la Beauce, cette association, dis -je, grâce à l’expérimentation sur les animaux, fit faire à la connaissance des maladies charbonneuses d’assez grands progrès : on reconnut alors, d’une manière à peu près certaine, que le sang de raie du mouton, la pustule maligne et l’œdème malin de l’homme Sont des formes variées d’une même affection, le charbon.

A cette époque je découvris dans le sang charbonneux des corpuscules filamenteux, semblables à certainesbactéries, mais toujours privés de mouvement, auxquels je donnai le nom de bactéridies. L’étude de ces petits corps que je repris eu 1860 acheva de confirmer les connaissances récemment acquises sur l’unité de la maladie charbonneuse malgré ses formes diverses. Les bactéridies se retrouvent, en effet, dans le sang de rate, dans la pustule maligne, dans l’oedème malin; elles se retrouvent aussi chez tous les animaux qui meurent a la suite de l'inoculation de l’une de ces maladies.

Des considérations diverses, qu’il est inutile de rappeler ici, prouvent que ces petits corps constituent le virus charbonneux même.

Or, quelle est leur nature? Il est facile de constater qu’ils se rapprochent par tous leurs caractères des algues microscopiques ou de certains champignons et qu’ils appartiennent aux végétaux cellulaires; ce sont donc des êtres doués de vie.

Cette connaissance ne peut manquer de faire naître la pensée que, si l’on arrivait a tuer ces petits êtres par un moyen quelconque, sans nuire à l’organisme dans lequel ils se développent, on guérirait aussitôt la maladie qu'ils déterminent. N’est-ce pas ce qui est arrivé pour la gale, après la découverte de l’acare qui la produit ? N’est-ce pas ainsi que, grâce à la connaissance du champignon de la teigne, on guérit toujours cette maladie trop souvent rebelle autrefois à tous les traitements. Dans le charbon, il est vrai, l’agent virulent se développant plus profondément, il est plus difficile et plus incertain de l'atteindre. Toutefois cette considération ne pou vait être regardée tout d’abord comme un obstacle absolu ; les difficultés à vaincre étaient seulement plus grandes.

La première condition à remplir pour arriver au but pro posé, c’était de connaître les propriétés vitales des corpuscules charbonneux. Il fallait donc, avant tout, rechercher quelles sont les substances ou quelles sont les conditions qui ont, sur la vitalité de ces corpuscules, l’action la plus éner gique.

CHARBON', SEPTICEMIE

Cette recherche que j’ai faite, le premier probablement, en mêlant avec du sang charbonneux diverses substances dites antiseptiques, ne me donna tout d’abord que des résultats fort incertains. Il serait inutile de mentionner ici les difficultés inhérentes à ce genre d’expériences. Mais, ayant reconnu, en 1868, qu’il suffit d’une quantité infiniment petite, un centmillième, un millionième de goutte de sang charbonneux, pour tuer un cobaye, un moyen simple et facile d’expérimenter l’action de diverses substances sur le virus me fut offert immédiatement. En effet, si l’on mêle une goutte de sang avec cent, mille gouttes d’eau, avec dix mille et même moins, toute trace delà goutte de sang disparaît immédiatement; ni l’ébullition, ni les réactifs ne décèlent la présence des substances albuminoïdes; le microscope n’y découvre aucun corpuscule sanguin et cependant ce liquide est virulent dans toutes ses parties; une seule goutte injectée au cobaye, le tue infailliblement. Ainsi, nous pouvons considérer que le virus contenu dans ce liquide s’y trouve à nu, en quelque sorte, et qu’il est dépouillé de toutes les substances qui pourraient le soustraire à l’action des réactifs. Ce n’est donc plus un liquide épais et visqueux, mais de l’eau limpide et claire qui deviendra l’objet de nos expériences.

Les résultats de ces expériences ont été communiqués à l’Académie des sciences en 1 873 1 ; leur application à la gué rison de la maladie charbonneuse chez l’homme et chez les animaux suivit de près cette communication.

Le traitement nouveau qui fut alors institué est trop directement lié à ces résultats de l’expérimentation, pour qu’il soit superflu de donner encore ici quelques explications sur le procédé qui a été suivi dans ces recherches et sur leurs principaux résultats.

L’ammoniaque est la première substance dont j’ai examiné l’action sur le virus charbonneux.

A 300 grammes d’eau distillée, dans laquelle avait été préa-

t Voir page 229 et suiv.

lablement introduite une goutte de sang charbonneux, j’ajoutai 1 gramme d'ammoniaque. Après une demi-heure de contact, j’injectai avec la seringue de Pravaz, sous la peau d’un cobaye, une goutte du liquide. La quantité de virus charbonneux contenue dans la goutte d’eau injectée étant suffisante pour tuer infailliblement le cobaye, cet animal devait mourir si l’ammoniaque au un trois -centième ne suffit pas à détruire le virus.

L’animal mourut, en effet, le surlendemain.

Une seconde expérience, avec 200 grammes d’eau pour 1 gramme d’ammoniaque, donna le même résultat.

Dans une troisième expérience avec 100 grammes d’eau pour 1 gramme d’ammoniaque, le cobaye survécut.

D’autres expériences ayant confirmé celles-ci, on peut conclure que l’action destructive de l’ammoniaque sur le virus charbonneux, après une demi-heure de contact, ne devient manifeste qu’à 1 pour 100.

Une série d’expériences semblables ayant été entreprise avec la potasse caustique montra que l’action destructive de cet alcali sur le virus charbonneux est constante jusqu’à 1 pour 500, c’est-à-dire que la potasse a une action cinq fois plus énergique que l’ammoniaque.

Une autre série d’expériences ayant été entreprise avec l’iode, montra que la puissance destructive ou antivirulente d’une solution iodurée est encore complète au un douze-millième.

Les expériences comparatives que je fis avec d’autres substances me permirent de ranger l’action antivirulente de ces substances dans l’ordre suivant, en allant des plus faibles aux plus fortes : ammoniaque, silicate de sourie, vinaigre ordinaire, acide phénique, potasse caustique, acide chlorhydrique,permanganate de potasse, acide chronique, acide sulfurique, iode.

Les expériences qui ont permis d’établir cette série progressive ont été assez multipliées pour que je puisse regarder comme certain que de nouvelles recherches ne les modifie-

CHARBON, SEPTICEMIE

l'ont pas dans leurs points essentiels. J] importe toutefois de faire remarquer que les résultats varient avec la durée du contact : telle substance, dans telle proportion, ne détruit pas la vitalité des bactéridies en une demi-heure, mais elle la détruit après plusieurs heures de contact. La température rend aussi plus ou moins grande l'action antiseptique de ces substances. Ce sont des faits sur lesquels j’espère revenir prochainement.

La connaissance de ces faits peut-elle nous donner quelques indications relativement au traitement de la maladie charbonneuse?

S’il est vrai que cette maladie soit déterminée par le développement de végétaux microscopiques, de bactéridies, et l’on ne peut douter qu’il en soit ainsi, pourquoi l’ammoniaque, l’acide phénique, la potasse, l’iode, ne tueraient -ils pointées petits êtres au sein de l’organisme, comme ils le font dans le liquide de nos expériences? Assurément nous n’avons aucune raison de douter de cette possibilité; mais ce dont nous pouvons douter, c’est que l’organisme vivant qui renferme les bactéridies, ne soit point détruit en même temps que ces petits, êtres.

Or, si le charbon était dès le début une affection générale; si chez l’homme on voyait cette maladie sous la forme que l’on a appelée fièvre charbonneuse, il serait nécessaire que le liquide antivirulent pénétrât dans tous les organes et dans la proportion qui tue les bactéridies; mais telle n’est pas la forme sous laquelle se présente à nous le charbon; cette maladie, chez l’homme, est presque toujours, sinon toujours, primitivement locale et extérieure. C’est grâce à cette circonstance que les moyens de traitement dont on s’est servi jusqu’aujourd'hui, parviennent à la guérir quelquefois.

Eh bien, si l’on examine les parties primitivement atteintes par le charbon, on constate que le virus ou les bactéridies occupent d’abord le corps muqueux de la peau, et bientôt après elles envahissent le tissu cellulaire sous-cutané, ame-

TRAITEMENT l'AR l.ES INJECTIONS SOUS CUTANEES

nant la production d’un œdème dans la sérosité duquel elles se rencontrent en grand nombre. Cet œdème acquiert parfois une grande extension, bien que la maladie soit encore localisée, et ce qui le prouve, c’est que les moyens de traitement appliqués alors extérieurement sont encore quelquefois efficaces.

Pour tuer les bactéridies, il suffit évidemment d introduire dans le liquide séreux qui les renferme 1 un des antiseptiques dont nous avons étudié l’action.

Dans les régions superficielles du tronc ou de la tête et dans les membres, nous n’aurons pas à craindre d offenser des organes essentiels à la vie. Mais les tissus sous-cutanés peuvent-ils, sans éprouver une altération trop profonde, recevoir le contact un peu prolongé de l’acide pliénique, de l’acide sulfurique, de l’iode, etc., dans les proportions qui détruisent le virus charbonneux.

L’expérimentation sur les animaux pouvait donner facilement la solution de cette question. J’ai constaté ainsi que les tissus sous.-cutanés ne sont-point altérés par des solutions de ces divers corps infiniment plus concentrées que celles qui tuent les bactéridies dans l’eau distillée.

Ces préliminaires m’ont paru nécessaires pour bien faire comprendre la méthode qui a été suivie dans les observations dont je vais parler maintenant.

Deux mois environ après la communication de ces faits à l’Académie des sciences, l’iode fut heureusement appliqué à la guérison d’un œdème charbonneux, maladie qui, chez l'homme, malgré tous les traitements, est presque constamment, sinon constamment, mortelle.

Un homme âgé de vingt-cinq ans, mégissier, habitant Varennes (Meuse), fut atteint au mois de novembre 1873 d’un gonflement de la paupière supérieure droite, qui envahit successivement l'autre paupière, le front du même côté, puis le cuir chevelu jusqu’au delàdel’oreille, etla joue droite jusqu’au niveau du cou. Les Drs Collot et Jailliot, médecins distingués du pays, connaissant parfaitement les maladies charbonneuses, et assistés d'un jeune et savant

CHARDON. SEPTICEMIE

vétérinaire, Staniz Cézard, — dont nous avons à déplorer la mort récente. — après une longue hésitation, ne douteront plus que la maladie ne fut un oedème malin.

Le quatrième jour de l’invasion, à huit heures du matin, ils pratiquèrent sur la paupière supérieure une large cautérisation au fer rouge. Malgré cette opération, l'œdème fit des progrès en tous sens et gagna la partie supérieure de la poitrine, mais en restant limité au côté droit. Le soir de ce même jour, d’après mes indications, on pratiqua dans les parties envahies, avec la seringue de Pravaz, sept injections de huit gouttes chacune d’une solution d’iode iodurée au un quatre-millième. — Le lendemain, cinquième jour de la maladie, le gonflement des paupières de l’œil droit et du front a sensiblement diminué, mais il a augmenté vers la poitrine, et les paupières do l’œil gauche se gonflent à leur tour.

Nouvelle injection de vingt gouttes de la solution iodurée au un quatremillième, dans la paupière supérieure gauche et dans la région du cou.

Le lendemain matin, sixième jour, l’œdème de l’œil gauche est resté stationnaire, et l’état général paraît plus satisfaisant, mais vers le soir l’œdème du côté gauche augmente considérablement ; alors, sur les indications de Staniz Cézard qui avait expérimenté sur lui-même l’effet des injections sous-cutanées d’iode, les Drs Collot et Jailliot font, dans la paupière supérieure gauche, une injection de vingt gouttes de la solution au un cinq-centième et non plus au un quatre-millième, et une autre injection de trente gouttes au niveau de la clavicule droite.

A partir de ce moment, l’affection prit une marche décroissante et le huitième jour le malade fut considéré comme hors de danger. La guérison complète se fit longtemps attendre à cause de la perte de substance que la paupière droite supérieure avait éprouvée par l’application du cautère actuel.

Dans ce cas, dont Staniz Cézard a donné la relation, l’iode fut encore employé à l'intérieur et en applications externes ; mais il serait trop long de rapporter ici tous les détails de ce fait intéressant.

Nous avons à regretter que la nature charbonneuse de cette maladie n’ait pas été déterminée soit par l’inspection microscopique de la sérosité del’œdème, soit par l’inoculation à des animaux. Certes les phénomènes et la marche de la maladie, la compétence des médecins appelés à la soigner, ne peuvent guère nous laisser de doutes à ce sujet, mais nous devons reconnaître que ce fait n’a point toute la certitude que la

TRAITEMENT l'AR I.E.S INJECTIONS SOUS-CUTANEES

science exige et que de nouvelles observations étaient nécessaires pour lui donner une confirmation.

M. Raimbert nous donne aujourd’hui cette confirmation et ses observations ne peuvent laisser de prise au doute.

Dans deux cas, M. Raimbert s’est servi de l’acide phénique avec succès; dans un troisième, il a employé l’iode et, bien que dans ce cas la malade qui était enceinte soit morte par suite d’un accouchement prématuré, l’affection charbonneuse avait été, selon toute apparence, préalablement guérie.

La première observation, comme celle de Staniz Cézard, concerne un œdème malin. Le malade était un cultivateur qui avait perdu plusieurs moutons du sang de rate. Par l’examen microscopique, M. Raimbert a constaté la présence des bactéridies dans la sérosité des vésicules qui existaient sur la partie œdémateuse.

La certitude dû diagnostic, la nouveauté du traitement, la rareté de semblables guérisons, m’engagent h rapporter ici l’observation avec tous ses détails :

M. B..., cultivateur, âgé de quarante-six ans, s’est aperçu le 16 octobre 1873, dans la soirée, de la présence de quelques vésicules derrière son oreille droite, sur l’apophyse mastoïde. Elles s'étaient développées sans autre sensation que de la démangeaison.

Dans la journée du 17, les tissus environnants se tuméfièrent ; le gonflement envahit la joue. Le malade éprouvait eu même temps des douleurs névralgiques dans la face et les dents.

Le 18, le gonflement avait fait de grands progrès : il occupait toute la joue et s'étendait en avant aux deux lèvres, en bas sous la mâchoire inférieure, en haut aux paupières qui étaient complètement fermées. Ces parties étaient dures, élastiques, comme un cuir fortement tendu. Sur la tempe et au voisinage de l'œil, le gonflement était un peu pâteux. Derrière 1 oreille, sur l’apophyse mastoïde, il existait trois ou quatre vésicules distantes les unes des autres. L’une d'elles était ouverte et laissait voir le derme d un rouge violâtre et humide. Dans l’intervalle, l’épiderme était comme chagriné dans une étendue de 4 à 5 centimètres environ. Toutes ces parties n’étaient pas douloureuses, même à la pression, et leur coloration était d’un rouge ou plutôt d’un rose légèrement violâtre.

Pas de céphalalgie, de gêne de la respiration. Pouls fréquent, mou,

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peu développé. Toi était l’état du malade le 18 dans la soirée, lorsque je (N. Raimbert) fus appelé auprès de lui.

Traitement . — Cautérisation avec le cautère actuel dans une étendue de 4 à 6 centimètres. Dépôt de petits cristaux de sublimé dans les petits godets formés par les pointes de feu et d’un peu de poudre grossière de la même substance dans l’intervalle. Par-dessus le tout, un morceau de sparadrap et un bandage contentif

Le 19, la surface cautérisée est convertie en une eschare sèche ; la tuméfaction des parties voisines a augmenté, surtout en bas sous la mâchoire inférieure ; le gonflement a gagné le cou ; il en résulte que la respiration est gênée et qu’il se produit à chaque inspiration un bruit rude, une sorte de raclement laryngé. La joue est plus résistante, plus tendue, les paupières sont plus dures ; les lèvres, plus tuméfiées, forment deux bourrelets qui ne peuvent retenir la salive. En arrière et en haut, la tuméfaction n'a pas fait de progrès. Assoupissement continuel. Pouls très fréquent, inégal, mou, dépressible.

Traitement. — Injections hypodermiques dix ou douze fois répétées avec la seringue de Pravaz pleine d’eau phéniquée au cinquantième (eau distillée 100 grammes, acide phénique cristallisé 2 grammes), sur toute la joue jusqu’au bord de la mâchoire inférieure et sur la tempe. Quelques instants après ces injections, la tuméfaction paraît moins dure. (Cataplasme arrosé d’eau-de-vie camphrée, après avoir enlevé de la surface cautérisée le sublimé qui est resté en excès.)

Le 20, la diminution de la tuméfaction est notable ; les paupières sont moins dures et, quoiqu'elles ne puissent encore s'entr'ouvrir, on peut suffisamment les écarter pour apercevoir la conjonctive œdématiée, injectée et d'un rouge sombre. La joue et les lèvres sont moins tendues ; la respiration n’est plus ni gênée ni bruyante. (Sur la surface cutanée de la joue, qui a été le siège des piqûres, on remarque un grand nombre de petites bosselures ou élevm'es. Le sommet de plusieurs d’entre elles est jaunâtre comme s'il se formait du pus ) Le pouls est moins fréquent, plus ferme, sans irrégularité, moins d’assoupissement.

Traitement. — Le même.

Le 21, le gonflement continue de diminuer, les paupières s’entr'ouvrent, les lèvres ne sont plus tuméfiées. Il n’existe plus de gonflement que sur la partie de la joue située au devant et au-dessous de l’oreille.

(Les petites bosselures observées la veille, et dont le sommet semblait occupé par une gouttelette de pus, sont formées par l’épiderme épaissi et infiltré de sérosité. En le soulevant avec une épingle on met à nu le derme, d’une couleur rouge sombre, et une dépression au point où l’aiguille à injection a pénétré.)

Pouls sans fréquence, régulier et plus plein. La respiration est facile. Pas de céphalalgie ni desomuolence. Toutes les fonctions s’exécutent bien.

Traitement. — Cataplasme. Eau vineuse ; bouillons, potages.

Le 7 novembre, l’eschare, qui ne tient plus que par quelques fibres celluleuses, est détachée ; il reste à peine quelques traces de gonflement.

La cicatrisation ne se fit pas longtemps attendre.

La seconde observation deM. Raimbert est relative à une pustule maligne du doigt annulaire delà main gauche, pour laquelle le Dr Yerdureau, de Patay, a été appelé à donner ses soins.

Au mois de juillet 187-i, le malade, cultivateur à Gaubert, avait saigné une vache atteinte du charbon dont elle mourut Une écorchure qu'il avait au doigt et sur laquelle du sang s’était desséché devint, trois jours après, le siège d’une pustule maligne. Une première cautérisation avec la potasse caustique n’arrêta pas les progrès du mal ; une seconde cautérisation profonde avec le fer rouge, et qui fut prolongée sur le dos du doigt et de la main, n’eut pas un meilleur résultat. Le troisième jour, tout le bras est envahi par mie enflure dure et blanche. Plusieurs incisions de 3 à 5 centimètres de longueur sont pratiquées sur le bras et l’avant-bras. Le quatrième jour, le gonflement ayant encore augmenté et les phénomènes généraux s’étant beaucoup aggravés, le Dr Verdureau considère le malade comme perdu ; il fait néanmoins de nouvelles cautérisations sur le dos de la main et au-dessus du poignet.

Le Dr Raimbert, ayant été appelé, constate que le gonflement s’étend depuis l’extrémité inférieure du membre jusqu’à l’épaule, et qu’il envahit le côté gauche de la poitrine en avant et en arrière. Sans plus attendre, il fait, au moyen do la seringue de Pravaz, dans toute la longueur du bras, une quarantaine d’injections sous-cutanées avec l’acide phénique au un cinquantième ; il vide tout le contenu de la seringue.

A la suite de ces injections, le malade est pris d’une syncope dont il sort assez rapidement.

Le lendemain, cinquième jour, l’etat général s'est amélioré ; le bras est notablement moins dur, mais la tuméfaction paraît s’etre encore étendue sur la poitrine, en avant et en arrière.

De nouvelles injections furent pratiquées dans la journée et dans la soirée, hiles furent suivies d’une amélioration notable dans les phénomènes locaux et généraux, et quelques jours après la guérison était assurée.

Cependant des douleurs apparurent cinq ou six jours plus tard dans la main et dans le bras ; de petites ulcérations se formèrent dans les points coi responlants aux piqûres 5 un abcès se développa dans l’avant-bras; quelques points gangrenés se montrèrent au doigt annulaire, au dos de la main et au coude ; mais, un mois après, toutes les plaies étaient en voie de réparation.

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La troisième observation concerne une pustule maligne dontétaitatteinteunefémme âgée de vingt-trois ans, marchande de peaux de mouton et enceinte de sept mois. La pustule étaif située sur la pommette droite et présentait tous les caractères de la pustule maligne; l’existence des bactéridies fut constatée dans la sérosité des vésicules.

Le deuxième jour de la maladie (10 octobre 1874), la joue est le siège d’une tuméfaction dure et élastique près de la pustule, molle dans les parties plus éloignées et qui ne s'étend point jusqu’aux paupières ni jusqu’aux lèvres. L’escarre est enlevée par le bistouri, et l’on applique dans la plaie un fragment de sublimé.

Le lendemain, troisième jour, la tuméfaction a augmenté en arrière du côté du cou et aussi vers les paupières qui sont gonflées et molles ; en bas, elle s’étend sous la mâchoire et le menton. Le soir, le gonflement a encore un peu augmenté, surtout en arrière. Quatre injections d'une solution d’iode au un cinq-centième sont pratiquées sur la joue et au niveau des branches de la mâchoire inférieure. Chacune de ces injections est de la moitié du contenu d’une seringue de Pravaz.

Le quatrième jour, le gonflement est stationnaire à la joue, mais il a augmenté à la circonférence, en bas, sous la mâchoire et le long du cou en arrière. Les paupières sont un peu moins œdématiées.

Le soir, quatre injections sont pratiquées à la partie inférieure de la joue, au-dessous du maxillaire inférieur derrière la branche montante de cet os, et à la partie latérale du cou. Chacune de ces injections, d’une solution iodurée au un cinq-centième est de la moitié du contenu de la seringue de Pravaz.

Le lendemain, cinquième jour, la tuméfaction des paupières continue de décroître. La joue est moins tuméfiée, plus molle, mais en arrière le gonflement n’a pas sensiblement diminué, il s’est même encore étendu. En avant il dépasse un peu la clavicule ; en arrière il atteint l’épaule droite et la partie supérieure du dos.

Le soir, les paupières, moins œdémateuses, s’entr'ouvrent, mais l’état des autres parties n'a pas changé. L’injection de deux seringues pleines de la solution iodurée est pratiquée, l’une au-dessous de l’apophyse mastoïde, l’autre à la partie supérieure et latérale du cou.

Le lendemain, sixième jour, la tuméfaction a diminué partout, et le septième jour elle est presque complètement dissipée, excepté autour de l’escarre déterminée par le caustique.

Le huitième jour, l'état local continue de s’améliorer et l’état général est satisfaisant, lorsque des douleurs sc font sentir dans diverses parliesdu

tronc et principalement vers l’utérus: elles augmentent le lendemain et amènent l’expulsion d’un fœtus qui ne tarde pas à expirer.

Une perte abondante suit cet accouchement prématuré, et la malade meurt deux jours après, le onzième depuis l’invasion de la pustule.

Suivant toute apparence, la terminaison fatale delà maladie ne doit point être attribuée à l’affection charbonneuse, bien que cette affection en ait été la cause indirecte par l’avortement quelle a provoqué. En effet, les malades atteints d’une pustule maligne meurent généralement entre le troisième et le septième jour; il est très rare qu’ils atteignentle neuvième, et cette femme est morte le onzième jour après l’apparition de la pustule. En second lieu, la tuméfaction avait disparu deux jours au moins avant la terminaison fatale ; enfin l’examen microscopique des caillots de la métrorrhagie ne fit découvrir aucune bactéridie, bien que l’existence de ces petits corps eût été constatée au début dans la sérosité de la pustule.

Dans les quatre observations dont nous venons de donner le résumé, la cautérisation a été pratiquée dès le début, et dans ces quatre cas l’injection des liquides antivirulents a été faite lorsqu’il a été constaté que la marche de la maladie n’était, point arrêtée et que l’on ne pouvait plus rien attendre de la cautérisation. Les injections faites alors, et en quelque sorte in extremis , ont amené une amélioration rapide dans les points où elles ont été pratiquées. Dans l’œdème charbonneux traité par M. Raimbert, quelques instants après les injections la tension des tissus paraissait déjà moindre, et le lendemain l’amélioration était assez prononcée pour que la guérison ne laissât pas de doute. Chez l’homme atteint de pustule maligne, les accidents généraux avaient perdu de leur intensité douze heures après les premières injections, le bras était moins dur, et, douze heures encore après, la marche décroissante de la maladie rassurait complètement sur son issue.

11 est évident que dans tous ces cas la cautérisation a été inutile et que la maladie aurait été arrêtée dès le début, comme

256 CHARBON, SEPTICÉMIE

elle l’a été plus tard, si l’on avait pratiqué les injections tout de suite. Et l’on peut juger, d’après leurs résultats, que dans un œdème limité à la joue, comme chez la femme traitée par M. Raimbert, l’injection sous -cutanée eût arrêté instantanément l’extension du mal et eût amené une guérison rapide.

Il est rationnel de croire que tous les antiseptiques dont nous avons étudié l’action sur les bactéridies peuvent être appliqués à la guérison dos maladies charbonneuses; mais toutes ces substances ne jouissant pas de la même activité, la théorie indique que nous devons préférer celles qui possèdent l’énergie la plus grande. Cependant ces substances antiseptiques doivent remplir encore d’autres conditions. Ainsi, nous aurons à rechercher celles qui seront le moins offensives pour les tissus, celles qui causent le moins de douleurs, et celles qui, au contact des liquides de l’économie, conserveront le plus longtemps leur composition chimique. C’est à l’expérience h résoudre ces questions. Il se peut que le permanganate de potasse ou l’acide sulfurique, par exemple, qui, en solution au un cinq- millième, détruisent encore le virus charbonneux, soient préférables à l’acide phénique et à l’iode.

Jusqu’aujourd’hui ces deux dernières substances seules ont été essayées dans le traitement du charbon, et, d’après les observations de M. Raimbert, l’acide phénique paraîtrait plus actif que l’iode ; mais il suffit d’examiner de près les faits pour voir que cette conclusion serait erronée.

Avec la solution d’acide phénique au un cinquantième, dans un cas, M. Raimbert injecte au début du traitement dix ou douze fois le contenu de la seringue de Pravaz ; dans le second cas, il répète quarante fois cette injection, tandis que dans le troisième cas, avec la solution d’iode au un cinq centième, il injecte deux fois seulement le contenu de la seringue de Pravaz.

Un antiseptique qui possède une faible énergie exige qu’on l’emploie en solution beaucoup plus concentrée qu’un autre antiseptique doué d'une énergie très grande, et par conséquent le premier expose plus que le second au danger d'offenser les

tissus vivants. Aussi L’iode, qui est encore actif au un douzemillième et même beaucoup au delà, peut-il avec elficacité être injecté sous la peau en solution au un cinq-centième, tandis que l’acide phénique qui, dans mes expériences, est resté inactif au un deux centième, a dû, pour être efficace, être injecté en solution au un cinquantième. A ce degré de concentration l’acide phénique n’est pas toujours inoffensit pour les tissus avec lesquels il est en contact ; c’est ce dont on peut juger d’après les résultats de la deuxième observation de M. Raimbert.

Je ne veux pas m’étendre davantage sur cette question importante; mais je ne puis omettre de rappeler que, d après les expériences de Staniz Cézard sur lui-même, les injections d’une solution d’iode iodurée au un cinq-centième sont peu douloureuses si elles sont faites lentement, et qu’elles n ont point d’inconvénients pour les tissus? L’iode remplit donc toutes les conditions que nous pouvons désirer.

Le traitement des maladies charbonneuses qui fait 1 objet de ce rapport est exempt de douleurs vives, il n’altère point les tissus envahis, il ne laisse point dans les parties atteintes de désordres consécutifs graves, il est facile dans son application et prompt dans ses résultats; il peut donc, sans inconvénient, être mis en pratique dès le début du mal, alors même que le diagnostic laisserait quelque incertitude.

Or, cette incertitude est presque constante au début, surtout dans l’œdème malin, à moins que le médecin expérimenté ne sache reconnaître par l’inspection microscopique l’existence des bactéridies dans la sérosité des vésicules, ce qui est encore rare aujourd’hui. Aussi, dans la plupart des cas, on hésite à appliquer un traitement douloureux et qui, sur certaines parties, à la paupière par exemple, entraîne des désordres consécutifs très graves ; de sorte que souvent, lorsque la nature delà maladie est devenue évidente, le remède est impuissant à prévenir une issue fatale.

Les faits que nous communique M. Raimbert ont donc une U ay aine. L'Œuvre.

CHAKBON, SEPTICEMIE

grande importance, puisqu’ils fixent définitivement la valeur d’une méthode de traitement qui possède tous les avantages que nous venons d’énumérer.

RECHERCHES SUR QUELQUES-UNES DES CONDITIONS QUI FAVORISENT OU QUI EMPÊCHENT LE DÉVELOPPEMENT DE LA SEPTICEMIE1 — 1 S7 9 —

Les animaux, suivant leurs espèces, ont une aptitude différente à contracter la septicémie. On sait que le lapin, par exemple, peut être tué par un millionième de goutte de sang septique, tandis que le cobaye et le chien restent indifférents h cette minime quantité de virus. Cependant, si l’on pratique sur ces animaux un certain nombre d’expériences, dans le but de leur communiquer la septicémie, on peut remarquer que leur résistance h cette maldie n’est, pas constante, et l’on rencontre des cas que l’on pourrait croire exceptionnels. De même parmi les animaux qui n’ont pas été l’objet de nos expériences, mais dont nous observons simplement les maladies, nous en voyons qui contractent la septicémie ou qui eu meurent dans des circonstances où beaucoup d’autres restent complètement indemnes. Or, nous savons que les exceptions en physiologie et même en pathologie n’existent que par notre ignorance de toutes les conditions dans lesquelles les faits se sont produits. Pour élucider la question si difficile de la septicémie, il ne suffit donc pas d’accumuler des faits plus ou moins rares ou exceptionnels et en apparence contradictoires ;

i Hullcliii de l'Academie de médecine , année I S79, ]i. I2L

mais il faut chercher à trouver les conditions encore inconnues qui les produisent.

C’est de quelques-uns de ces faits que je vais m’occuper ici.

La température atmosphérique a- 1 -elle une influence sur l’invasion de la septicémie? A priori , on pourrait douter d’une telle influence, lorsqu’il s’agit des animaux à sang chaud; car ceux ci possèdent une température qui ne varie pas avec celle du milieu qu’ils habitent. Néanmoins, j’ai pu m’apercevoir que les mêmes expériences faites en hiver et en été ne donnaient pas toujours des résultats identiques. Etaitce à la différence de la température de chaque saison qu’il fallait attribuer la différence des résultats?

La solution de cette question par l’expérimentation parait devoir être facile: toutefois on trouve à la réaliser une certaine difficulté dans la résistance trop grande de certains animaux qui contractent rarement la septicémie par des injections sous-cutanées, ou dans la facilité trop grande de certains autres, tels que le lapin, qui est toujours tué par les quantités les plus minimes de virus.

Le cobaye tient le milieu entre ces deux catégories. Eti variant la quantité du liquide virulent qu’on lui injecte, on peut à volonté le laisser vivre ou le tuer, lorsque l’on a préalablement déterminé les doses qui peuvent amener ces résultats.

C’est donc le cobaye que j’ai choisi pour résoudre la question de l’influence de la température atmosphérique sur le développement de la septicémie.

Pendant les mois de juillet et août 1868 ‘, la température atmosphérique variant de 25 à 30> G., j’injectai avec la seringue de Pravaz dans la cuisse de deux cobayes deux gouttes et chez cinq autres une goutte de sang de bœuf putréfié à l’air libre. Tous ces animaux moururent dans l’espace de vingt-deux à trente heures.

1 Les expériences rapportées dans ce mémoire, bien que déjà anciennes, n’ont pas été publiées. Je voulais les donner dans un travail d’ensemble que les circonstances ne m'ont pas permis d’achever.

260 CHARBON, SEPTICÉMIE

Du 23 novembre au 11 décembre 1869, la température atmosphérique variant de 8 à 11° C., sept cobayes reçurent de la même manière du sang de bœuf putréfié à l'air libre ; les doses étaient pour chacun de une, deux, trois, quatre et cinq gouttes. Tous ces animaux survécurent.

La condition variable la plus apparente de ces expériences, c’est la différence dans la chaleur atmosphérique des saisons où elles ont été pratiquées ; cependant, je ne veux pas donner ici ces faits comme des preuves indiscutables de l'influence de la température sur le développement de la septicémie; nous savons, en effet, que le sang putréfié varie beaucoup dans sa puissance, suivant qu’il est conservé depuis plus ou moins longtemps; suivant qu’il a été putréfié lentement ou rapidement et même, sans doute, suivant la pureté ou l’infection septique du local dans lequel on l'a placé. Dans ces conditions diverses, tel sang putréfié tue un lapin par un dix-millième de goutte, tel autre ne le tue pas avec dix gouttes. Toutefois, je dois dire que, dans les expériences rapportées ci-dessus, la putréfaction du sang qui a servi aux inoculations s’était opérée dans des conditions assez semblables.

Pour que toutes les expériences soient comparables et pour leur donner une certitude absolue, il est nécessaire que le liquide septique soit constamment identique dans ses facultés virulentes. Or, cette identité, nous pouvons la trouver dans le sang d’un animal mort de septicémie. Je me suis assuré, en effet, que la virulence de ce liquide pris dans le cœur d’un animal mort de septicémie est toujours telle que, quelle que soit la saison, quelle que soit la température du local ou toute autre circonstance, elle tue un lapin par l’injection souscutanée d’une dose infinitésimale, et cela avec les mêmes phénomènes et dans le même laps de temps.

D’après ces considérations, je me suis servi du sang du cœur d’un lapin mort récemment de septicémie, dans les expériences que je vais rapporter.

Du 29 au 31 juillet 1872, la température atmosphérique ayant oscillé entre 20 et 26° C., j’inoculai à dix-huit cobayes des fractions de goutte de

CONDITION.', DU DKVEUOl’PEMKNT DE DA SEPTICÉMIE

saug de lapins morts récemment de septicémie. Quatre de ces cobayes reçurent de un vingtième de goutte à une demie goutte ; quatre reçurent un quarantième de goutte, deux un cinquantième, quatre un centième, deux un deux-centième, deux un cinq-centième. Tous ces animaux moururent dans l’espace de vingt à trente heures.

Du 18 au 25 décembre 1873, la température atmosphérique étant restée presque constamment à zéro, huit cobayes reçurent dans la cuisse un cinquantième de goutte de sang septique de lapins récemment morts, dose de beaucoup supérieure à celle que reçurent huit des cobayes précédents. Aucun de ces animaux n’en éprouva d’effet apparent.

Le 30 décembre de la même année, la température étant encore à zéro, un cobaye reçut un trois-centième, un autre un centième et trois autres chacun un trentième de goutte du même sang ; ils n’en éprouvèrent non plus aucun effet.

Le 6 février 1874, cinq cobayes furent placés dans un local dont la température varia de zéro à -f- 4° G. Ils reçurent un six-centième, un troiscentième, un centième, un cinquantième et un dixième de goutte du sang d’un lapin récemment mort de septicémie. Aucun d’eux ne parut en éprouver le moindre effet.

Un lapin ayant été inoculé par comparaison avec un dix- millième de goutte du même sang, mourut trente heures après.

En résumé, nous voyons dans ces expériences que treize cobayes inoculés pendant l’hiver avec des doses de sang septique qui varient d’un dizième à un cinquantième de goutte résistent tous ; tandis que dix autres inoculés pendant l’été avec des doses qui varient d’un cinquantième à un cinq-cen tième de goutte contractent la septicémie et meurent.

.l’ajouterai que la différence dans la quantité de sang septique nécessaire à tuer le cobaye en été ou en hiver peut être de un à deux mille ; c’est-à-dire que, dans les grandes chaleurs de l’été, la quantité de sang virulent qui tue cet animal peut-être deux mille fois moindre qu’en hiver.

La saumure détermine quelquefois, sinon toujours, la mort des animaux (lapins, cobayes) par l’invasion de la septicémie. C, est un fait que je crois avoir établi dans l’une de mes communications à cette Académie1.

i Bulletin 'le l'Académie de médecine. 29 octobre 18/2.

CHARBON, SEPTICEMIE

Le 3 novembre dernier (1878), j’injectai à un cobaye assez gros, dans l’une des cuisses, quatre gouttes de saumure de porc prise chez un charcutier de Paris. L’animal mourut le 5 avec des phénomènes de la septicémie. Huit jours après, deux cobayes furent inoculés de même avec quatre gouttes de la même saumure; tous les deux survécurent.

J’attribuai la différence de ces résultats à ce que, dans l’intervalle de ces expériences, la température du local avait sensiblement baissé. Pour vérifier cette manière devoir, je fis, le 24 novembre, les expériences suivantes :

J’injectai à deux cobayes trois gouttes, à deux autres six gouttes et à deux autres encore dix gouttes d'une saumure prise à Paris chez un autrecharcutier. Trois de ces cobayes, ayant reçu trois, six et dix gouttes, lurent placés dans une écurie dont la température était à quelques degrés au-dessus de zéro. Les trois autres, ayant reçu également trois, six et dix gouttes, furent placés dans un local dent la température fut maintenue entre — |— 20 et — 30" G.

Les trois cobayes placés dans le local froid ne parurent pas malades ; des trois autres placés dans le local chautfé, l’un mourut le deuxième jour, un autre le troisième jour après l’inoculation. Ce sont ceux qui avaient reçu six et dix gouttes.

D’après toutes ces recherches qui ont eu pour objet l’action du sang putréfié, celle du sang de la septicémie, enfin celle de la saumure, il est manifeste que la température de l’atmosphère où vivent les animaux les rend plus ou moins aptes à contracter la septicémie.

Sans doute la chaleur viscérale de ces animaux est constante; mais les membres, la tête, les parois du tronc se mettent plus ou moins en rapport avec la température du dehors. Le sang qui circule dans les vaisseaux de ces parties y subit une certaine réfrigération qui modère ou empêche la génération des bactéries qu’il renferme, ou bien, au contraire, un excès de chaleur qui favorise leur production.

L’effet de l’élévation ou de l’abaissement de la chaleur atmosphérique sur la genèse des maladies épidémiques et

CONDITIONS DU DKVEI.Ol'I’EMENT DE I.A SEPTICEMIE 2 f.3

contagieuses est une des notions les plus anciennes de lu médecine, bien que des connaissances împai laites sui lu nature de ces uffections n’uient point permis d’en donner l’explicution .

Or, j’ui reconnu que lu septicémie se produit, non point seulement pur le contuct d un liquide ou d une mutière septique, mnis qu’elle se développe encore u lu munière des affections contugieuses que je viens de mentionner, lorsque intervient une clmleur atmosphérique élevée. Sous cette influence elle se propuge suns pluie et sans contuct immédiut, c’est— à dire qu’elle se produit épizootiquement pur une contagion à distance ou, suivunt une expression employée en médecine vétérinuire, pur virus volatil.

L’intérêt de ce fuit qui, je crois, n’u pus uttiré l’uttention des observuteurs, me servira d’excuse si j’entre ici duns de plus umples développements.

En 1865, alors que la question de la maladie charbonneuse soulevait des contradictions ardentes, MM. Jaillard et Leplat communiquèrent à l’Académie des sciences des expériences desquelles il semblait résulter que le charbon peut se produire sans bactéridies, et même que, en l’absence de ces petits êtres, il acquiert plus de virulence encore.

Ces observateurs me firent voir, dans le laboratoire du Collège de France, en présence de Claude Bernard et de notre illustre confrère M. Pasteur, des animaux inoculés avec le sang de la maladie qu’ils croyaient être le charbon. Cette maladie était contagieuse, rapide, et l’on ne pouvait, en effet, constater dans le sang la présence d’aucune bactéridie.

Je vérifiai expérimentalement dans mon laboratoire toutes les assertions de MM. Leplat et Jaillard, mais je reconnus que cette affection était tout h fait distincte du charbon.

Elle en différait d’abord par l’absence des bactéridies, ensuite par son envahissement rapide, sa durée plus courte, par la putréfaction cadavérique qui suivait de près la mort, par l’aspect des corpuscules du sang, non agglutina tifs, par le volume de la rate qui était normal, par la conservation de

C1IARB0X, SliPTIClCMIK

la septicité malgré la putréfaction, par sa communication aux oiseaux, enfin par sa transmission aux animaux sans contact immédiat.

Ce dernier fait attira d'autant plus vivement mon attention que, pendant trois étés, dans ce laboratoire, plusieurs centaines d’animaux avaient été inoculés du charbon et que pas un seul n’était mort sans inoculation préalable.

Pour reconnaître si les animaux morts spontanément avaient contracté par contagion la maladie importée dans le laboratoire, plusieurs lapins furent inoculés avec leur sang, et dans un nouveau local; ils moururent tous avec les mêmes phénomènes que ceux de MM. Jaillard et Leplat.

Ces faits sont mentionnés dans les Comptes rendus de /’ Académie des sciences pour les mois d’août et septembre 1865.

Mais quelle était cette maladie évidemment distincte du charbon? Le sang qui l’avait communiquée au lapin provenait d’une vache morte, disait-on, du charbon. 11 avait été envoyé de Chartres par la poste et inoculé plusieurs jours après la mort de cette vache; c’était au mois d’août; la chaleur était intense; il s’était putréfié. Aujourd’hui, l'on eût reconnu facilement la septicémie dans cette maladie, alors inconnue. Je crus devoir la désigner provisoirement sous le nom de maladie septique de la vache.

Trois ans après, j’établis, sur des caractères précis, la distinction du charbon d’avec la septicémie, et j’en fis l’objet d’une nouvelle communication à l’Académie des sciences 1 ; or, on put reconnaître alors que les caractères de cette dernière affection sont identiques avec ceux que j’avais donnés de la maladie septique de la vache. Celle-ci n’était donc autre que la septicémie. Elle avait revêtu un caractère contagieux à distance, à cause de la température élevée de la saison,

i G. Davaine, Recherche s sur la septicémie et sur les caractères qui la distinguent de la maladie charbonneuse (Comptes rendus de V Académie des sciences , 27 janvier 1869). — Voir page 9'i et suiv.

CONDITIONS DU DEVEI.OPUEMENT TE UA SliP'l ICÉMIE

favorisé, peut-être aussi par celle de mon laboratoire, qui était exposé au midi.

Cette épidémie, observée avec un grand soin en 1865, nous donne donc un exemple certain de la communication de la septicémie par virus volatil sous l’influence d’une température élevée.

J’eus l’occasion d’observer un autre exemple de cette contagion pendant l’été de 1873. Une épizootie semblable à celle de 1865, qui régna dans mon laboratoire à cette époque, apporta un grand trouble dans mes expériences et me força encore d’abandonnerle localoù étaient renfermés mesanimaux.

Ces faits suffiront, je crois, pour prouver que la septicémie revêt parfois, sous l’influence d’une température atmosphérique élevée, un caractère épidémique et contagieux sans contact immédiat.

Parmi les maladies qui attaquent l’homme, il en est une où l’action de l’élévation de la température atmosphérique est particulièrement remarquable : c’est la fièvre jaune, dont nos confrères de la marine française viennent de subir la cruelle et glorieuse épreuve.

Mais il ne faut pas conclure de ces faits que toutes les maladies de nature septique sont favorisées par une tempéra ture élevée, ou au contraire arrêtées par une basse température; une telle généralisation serait tout à fait erronée.

Sous ce rapport, en effet, la maladie charbonneuse ne suit pas la loi de la septicémie : tandis que le virus de cette dernière affection n’est point tué par la température de -+- 100° C. *, et qu’il acquiert même plus d’activité par une grande chaleur, celui du charbon est détruit, comme je l’ai reconnu, lorsqu’il est soumis pendant un quart d’heure à une température de -+- 48° C. Il perd même à -+- 42° C. la faculté de se développer. C’est ce qu’a prouvé la mémorable expérience de M. Pasteur.

i G. Davaine, Recherches relatives à V action de la chaleur sur le virus charbonneux (Comptes rendus de V Academie des sciences , 29 septembre 1873). — Voir pope 22') et sniv.

CI r \UBOX, SEPTICÉMIE

Quant à l’action d’une basse température, elle diffère aussi dans les deux maladies : si la septicémie devient moins active et s’éteint, comme la putréfaction, par une température voisine de zéro, le charbon ne s’en développe pas moins en toute saison. Je me suis assuré de ce fait à diverses reprises : le 24 janvier 1870, la température étant de + 5 à 4- 6° C., j’inoculai, avec du sang charbonneux, trois lapins et trois cobayes, qui moururent tous du charbon. J’ai rapporté, en outre, dans l’une de mes communications à cette Académie, que deux chiens inoculés du charbon, ayant été exposés sans abri à une gelée très intense, furent trouvés morts un matin, ce qui fît croire qu’ils étaient morts de froid; mais l’autopsie me montra qu’ils étaient morts du charbon1.

Il suit de ces faits que toutes les maladies de nature septique ne sont pas influencées de la même manière par la température atmosphérique, bien que sans doute, sous ce rapport, le plus grand nombre de ces affections se rapproche de la septicémie.

Une autre question relative à la septicémie a fait encore l’objet de mes recherches. Certains animaux sont-ils absolument réfractaires à cette maladie ?

L’Académie se rappellera peut-être quej’ai émis autrefois sur cette question une opinion contraire, opinion purement théorique, il est vrai. 11 est incontestable que les carnassiers, un certain nombre au moins, ne contractent pas la septicémie par le tube digestif; mais ceci pourrait s’expliquer par une constitution particulière de l’épithélium de leurs voies digestives; certains animaux sont de même réfractaires à l’action de certains poisons. D’un autre côté, l’innocuité pour ces animaux de nos injections sous- cutanées pourrait tenir à la constitution sèche et compacte des tissus qui, même après la mort, sont assez lents à se putréfier; ce sont ces raisons et d’autres encore quej’ai invoquées à l’appui de l’opinion que

l Bulletin de l'Académie de médecine , 1870, p. 476 et page 123.

conditions du développement de la septicémie 2G7 j’ai exprimée ici, à savoir que tous les mammifères peuvent être atteints de septicémie1. Quoi qu’il en soit, il n'est nullement prouvé que les animaux réfractaires aux expériences que nous avons pratiquées sur eux ne puissent être infectés par d’autres procédés.

Dans le courant de l’année 1873, je nie suis procuré trois renards, dont deux très jeunes et un déjà adulte. Les trois animaux furent nourris pendant plusieui’s mois de lapins et de cobayes morts de septicémie : ce qui ne les empêcha pas de grandir et d’engraisser. Je leur injectai sous la peau, à diverses reprises, avec la seringue de Pravaz, du sang septique de lapin; mais ils n’en éprouvèrent en apparence aucun effet. Chez l’un cependant .il survint sur le dos, au point où une goutte de sang septique avait été injectée, un énorme abcès qui s’ouvrit spontanément et qui guérit en douze jours. D’après ces expériences, on pourrait donc considérer le renard comme tout à fait réfractaire à la septicémie.

Le 30. janvier 1874, j’injectai dans la cavité péritonéale du plus âgé de ces renards, vingt gouttes environ d'un mélange de sang septique frais et de sang putréfié. Pour être certain de ne pas arriver dans l’intestin, l’injection fut faite au moyen d’une sonde de gomme élastique introduite par une petite ouverture de la ligne blanche. Immédiatement après, l’animal devint malade et il mourut en vingt-quatre heures au plus, d’une péritonite avec épanchement.

Le 2 février, j’injectai à un lapin un millième de goutte de la sérosité du péritoine, et à un autre un millionième de goutte de la même sérosité. Le premier de ces lapins mourut le lendemain (3 février) dans la journée, et le second le surlendemain (4 février).

On connaît la célèbre expérience de Burdon Sanderson qui, ayant introduit dans la cavité abdominale des matières purulentes, mais non septiques, vit que ces matières y acquéraient rapidement une septicité extraordinaire. Mon but, dans mon expérience, n’était nullement de contrôler celle de Burdon Sanderson; je voulais savoir si le virus septique, qui reste inoffensif dans les muscles du renard, ne trouverait pas, dans la cavité péritonéale, un milieu et une température plus favorables a sa multiplication, et si de ce foj’er il ne verserait pas dans le torrent circulatoire une quantité de bactéries ou,

l Bulletin de l' Académie de médecine, 2S janvier 1873,

CHARBON, SEPTICEMIE

si Ion veut, de virus suffisante pour infecter l’économie tout entière.

Pour reconnaître si cette infection générale existait en effet, et si notre animal était mort de septicémie, il devait suffire d’inoculer des lapins avec du sang pris en dehors de la cavité abdominale.

Ayant donc ouvert le cœur du renard avec précaution pour éviter le contact du liquide péritoneal, et avec des instruments nouveaux, je pris une certaine quantité de sang, dont j’injectai, comme précédemment (2 février), à un lapin un millième de goutte, et à un autre un millionième de goutte. Le premier de ces animaux mourut le lendemain (3 février), et le second trois jours après (5 février).

Une autre expérience faite à l’un des jeunes renards donna un résultat semblable. Je voulus injecter dans le foie de cet animal, avec la seringue de Pravaz, une goutte de sang de lapin mort de septicémie. Mais cette injection, ayant été faite rapidement pour éviter les morsures de l'animal, arriva dans le péritoine et non dans le foie, comme l'autopsie le démontra.

Immédiatement après, l’animal devint malade et il mourut en moins de vingt-quatre heures. Le péritoine et l’une des plèvres contenaient de la sérosité sanguinolente ; le péricarde était sain ; le cœur offrait à sa surface un certain nombre de pétéchies, le sang qu’il contenait était à demi coagulé.

Deux lapins furent aussitôt inoculés, l’un avec un millième de goutte de la sérosité du péritoine. Le premier lapin mourut en vingt- trois heures, le second en trente-six heures environ.

Pour confirmer la mort par septicémie chez ces deux animaux, un millionième de goutte de sang pris dans le cœur de l’un et de l’autre fut inoculé à deux lapins, qui tous les deux moururent en dix -neuf heures, à quelques minutes d'intervalle.

On doit conclure de ces expériences, que le renard peut contracter la septicémie, bien que l’introduction du virus par l’alimentation ou par des injections sous-cutanées soit tout à fait impuissante h lui communiquer cette maladie.

Après avoir exposé ces faits qui peuvent jeter un nouveau jour sur quelques-unes des conditions de la septicémie, 1 Académie me permettra, j’espère, d’envisager cette question à un point de vue plus général. Cela me paraît d’autant, plus utile,

que la question semble s’obscurcir de plus en plus. Nous avions déjà la septicémie expérimentale et la septicémie chirurgicale ; on entrevoit maintenant une septicémie interne qui méritera sans doute le nom de médicale. Si l’on continue de s’égarer dans cette voie, l’on aura aussi la septicémie du lapin qui se prend par une injection sous- cutanée, celle du renard qui se prend par le péritoine, celle de 1 homme qui se prend par une plaie, etc.

La septicémie devrait cependant être une des maladies les mieux déterminées, car nous pouvons à volonté en faire naitre le virus, en suivre les effets chez un animal et l’étudier sous toutes ses faces. Cette' étude a été faite par plusieurs observateurs dont les travaux me paraissent avoir été trop négligés par les pathologistes. Je crois, pour ma part, avoir établi la véritable nature de la maladie qui est une, et qui ne présente d’autres différences dans ses manifestations que celles qui résultent des conditions dans lequelles elle se prend et dans lesquelles elle accomplit son évolution.

La maladie charbonneuse n’était pas non plus pour les anciens pathologistes une maladie simple et toujours identique : il y avait le charbon blanc, le charbon gangréneux, le sang de rate, etc. Mais après la découverte des bactéridies, quand j’eus montré la constance et l’identité de ces petits corps dans les différentes formes du charbon, la possibilité de les faire apparaitre toujours semblables par l’inoculation au cobaye, il fallut reconnaître que le charbon, interne ou externe, du bœuf, du mouton ou de l’homme, est une maladie unique et toujours identique à elle même.

L’expérimentation peut nous démontrer de même l’unité de la septicémie dont le virus est une bactérie, et dont la nature est une putréfaction accomplie pendant la vie.

Je ne veux point revenir ici sur la question de la nature de la septicémie, que j'ai traitée longuement devant cette Académie. Je crois avoir prouvé par des arguments, dont les travaux publiés depuis lors n’ont point affaibli la valeur, que la septicémie est une simple putréfaction.

CHARBON, SEPTICÉMIE

Cependant je crois devoir examiner ici deux opinions qui ont été émises à cette tribune sur des conditions qui préservent les animaux delà septicémie ou qui la leur donnent; opinions que je regarde comme dénuées de vérité et propres à égarer les pathologistes qui les partageraient. Ensuite j’exposerai en aussi peu de mots que possible, d’après ce que nous voyons chez les animaux soumis à nos expériences, comment, suivant moi, l’individu inoculé prend la septicémie, ou comment il y résiste.

L’une des opinions que je veux examiner ici ne date pas d’aujourd’hui; elle est déjà fort ancienne : c’est que la vie ou la force vitale s’oppose au développement du virus septique dans l’économie des animaux.

Je n’ai point pour but de soulever ici la question des forces vitales; il ne m’appartient pas de le faire, et je crois que les physiologistes sont aujourd’hui d’accord sur la puissance, je pourrais dire sur l’impuissance qu’on doit leur attribuer. Je veux seulement examiner cette question au point de vue de la septicémie : si nous injectons à un lapin un millionième de goutte de sang septique, cet animal contracte toujours la septicémie et meurt. Cette même quantité de virus estabsolument inoffensive pour le cobaye, et même nous avons vu que, par une température voisine de zéro, un dixième de goutte de sang septique ne suffît pas à lui donner la maladie. D’après la manière de voir dont nous nous occupons, nous devons conclure que le cobaye a une résistance vitale de beaucoup supérieure à celle du lapin.

Si maintenant nous considérons la maladie charbonneuse, nous savons qu’un millionième de goutte de sang charbonneux tue le cobaye et ne produit aucun effet apparent sur le lapin. Dans ce cas, la même manière de voir nous amènera à conclure que la force vitale est plus développée chez le lapin que chez le cobaye.

La force vitale n’a donc rien à voir dans ces maladies virulentes.

Une autre condition à laquelle on paraît attacher beaucoup d'importance comme cause de la septicémie, ce serait une prédisposition des animaux à la gangrène. Certainement une partie du corps frappée de gangrène se putréfie rapidement et peut devenir ainsi une cause de septicémie; toutefois, c’est au même titre qu’un corps étranger quelconque qui, étant en état de putréfaction, serait mis en contact avec la plaie d’un animal vivant. J’ai rapporté un cas de ce genre observé chez un homme mort dans le service de notre collègue M. Lancera ux U

Mais, quant à croire qu'une prédisposition à la gangrène serait une des conditions lès plus nécessaires à l’invasion de la septicémie, nous n’observons, dans nos expériences, rien qui s’y rapporte. Je 11e sache pas qu’on ait jamais signalé la gangrène chez le lapin; pour moi, sur un nombre très considérable de ces animaux, je 11’en ai point observé un seul cas. Cependant cet animal, si peu disposé à la gangrène, est celui de tous qui contracte le plus facilement la septicémie. Le lapin le mieux portant meurt, si nous voulons, de celte maladie en moins de vingt heures. Les deux renards dont j’ai parlé étaient jeunes, forts et bien portants ; néanmoins, ils sont morts très rapidement de septicémie. Cette maladie peut donc être rapide et fatale chez les animaux les mieux portants et les moins disposés à la gangrène.

Examinons ce qui se passe chez les animaux soumis à nos expériences, afin de découvrir, s’il est possible, les conditions qui déterminent chez eux la septicémie.

La première condition nécessaire au développement de la maladie, dans nos expériences, c’est l’introduction du virus dans les organes de l’animal vivant. Ce virus est une des bactéries de la putréfaction. Je dis une des bactéries, car plusieurs raisons peuvent faire croire qu’il existe, parmi ces petits êtres, de nombreuses espèces qui 11e se développent

Voir jiage 18ii.

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point toutes et toujours ensemble lorsque le milieu vient à varier.

Une seconde condition, c’est que l’organe ou le milieu dans lequel nous introduisons le virus soit favorable à la reproduction des bactéi'ies.

Une troisième condition se rapporte k la quantité des bactéries introduites dans les tissus. Cette question de quantité a été rendue manifeste dans nos expériences. Non seulement elle varie d’une espèce d’animal k une autre espèce, du lapin au chien, par exemple; mais elle varie encore dans la même espèce : nous en avons vu un exemple dans le cobaye.

Une quatrième condition se trouve dans le degré de virulence de la substance inoculante, virulence qui varie considérablement, suivant la nature de la matière qui s’est putréfiée et suivant la température dans laquelle s’est opérée la putréfaction.

Maintenant, nous pouvons nous demander ce que deviennent les bactéries introduites dans les tissus par une injection souscutanée.

Lorsque leur nombre est suffisant pour occasionner la mort, une certaine quantité se retrouve dans le lieu de l’inoculation et le reste est transporté dans divers organes. C’est un fait incontesté, je crois. Elles se multiplient rapidement et bientôt infestent toute l’économie.

Mais que deviennent -elles dans le cas où leur nombre est insuffisant pour donner la mort? Périssent- elles ou restentelles inactives? Evidemment, toutes ces bactéries suivent les mêmes conditions que les premières; les unes se multiplient d’abord sur place, d’autres sont tout de suite emportées au loin : elles arrivent ainsi successivement, par la circulation du sang, dans des organes excréteurs où elles sont éliminées comme des substances toxiques.

Si donc le virus introduit dans l’organisme d’un animal ne s’est pas reproduit en quantité suffisante pour réparer ses pertes, l’economie s’en débarrasse comme de tout autre poison.

Je reconnais que cette explication est une simple hypo-

thèse, car l'élimination des corps solides par des organes excréteurs n’a jamais été démontrée. Cependant, j’ai pu vén lier une partie au moins du phénomène; j ai constaté, en effet, que des spores de champignon infiniment plus volumineuses que les bactéries, étant injectées dans la cuisse d’un cobaye ou d’un lapin, sont transportées dans les organes les plus éloignés, le poumon, le cerveau, le foie, le rein...

Je n’ai point, il est vrai, constaté 1 élimination de ces spores par les urines, la bile, ou par les sécrétions intestinales, mais cette élimination me parait être prouvée pour les bactéries par des faits faciles à vérifier.

Nous constaterons ces faits par l’observation de ce qui se passe chez un animal auquel nous aurons donné la septicémie et qui guérit. Le cobaye nous servira encore ici, car il guérit quelquefois de cette maladie.

Après une injection d’une quantité suffisante de sang putréfié dans une partie telle que la cuisse, l’animal perd de sa vivacité; il cesse à peu près de manger; son poil se hérisse, sa température s’élève; en même temps la cuisse se gonfle et devient plus ou moins volumineuse. Tous les observateurs ont vu, par l'examen anatomique de cas semblables, qu’il s’est formé dans la partie inoculée un œdème dans lequel se trouvent des quantités prodigieuses de bactéries. Si Ton veut s’assurer du fait chez l’animal en observation, il suffit de pratiquer une ponction sous -cutanée avec l’aiguille de la seringue de Pravaz. On peut retirer par aspiration une petite quantité de sérum qui, soumise au microscope, fera voir des myriades de bactéries.

Lorsque le cobaye guérit, les phénomènes généraux s'apaisent en peu de jours et le gonflement de la cuisse disparait complètement. Alors l’examen le plus minutieux ne peut plus constater, dans la partie inoculée, les moindres traces des bactéries qui s’y trouvaient auparavant en si grand nombre.

Que sont donc devenus ces petits êtres? De deux choses Tune : ils se sont détruits ou bien ils ont été exportés. Mais pourquoi, lorsque les bactéries sont en petit nombre, se Davaine. L’Œuvre. 18

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détruiraient elles dans le lieu de l’inoculation, puisqu’elles ne se détruisent pas quand elles sont en grand nombre, en nombre suffisant pour amener la mort de l’animal? On n'en voit pas la raison. J’ajouterai que leur destruction sur place ne me paraît pas possible, car les bactéries sont douées d’une certaine consistance, comme je l’ai dit, il y a bien des années déjà; elles résistent même à l’action de la potasse caustique et de l’acide sulfurique en solutions assez concentrées.

Il faut donc que ces bactéries aient été exportées, et, comme on n’en retrouve plus les traces dans d’autres parties de l’économie, il est nécessaire qu’elles en soient sorties. Evidemment, cela ne peut être que par les émonctoires naturels qui expulsent les autres substances étrangères à l’économie; phénomène qui s’accomplit par les fonctions mêmes des organes et non par une force vitale hypothétique.

Une autre preuve encore que les bactéries sortent de l’économie de l’animal malade nous est donnée par la contagion qui s’établit parfois dans le local où se trouvent les individus atteints de septicémie. Cette contagion, dont j’ai cité des exemples certains, ne peut se produire qu’au moyen des miasmes exhalés par les malades ; or, ces miasmes sont nécessairement les bactéries qui, comme on l’admet universellement aujourd’hui, constituent le virus de la septicémie.

On comprend, par les faits qui viennent d’être exposés, l’aptitude particulière de certains animaux à contracter la septicémie, lorsque leurs chairs ou leurs liquides offrent aux bactéries de la putréfaction un milieu favorable à leur multiplication rapide.

On comprend de même l’importance du foyer où ces petits êtres ont été introduits, foyer qui, par sa température et sa constitution, offre de même aux bactéries les meilleures con ditions pour leur développement.

Enfin, on comprend l’action de la température atmosphérique qui, étant élevée, donne à la génération de ces petits êtres une grande activité et qui la modère ou l’empêche, au contraire, lorsqu’elle s’est abaissée, d’accord en cela avec l’action

traitement des maladies charbonneuses quelle exerce sur la putréfaction des matières organiques privées de vie .

Les connaissances acquises dans ces dernières années sur la septicémie peuvent, je pense, nous donner des conceptions nouvelles sur les conditions de la formation de certaines maladies épidémiques et contagieuses telles que la peste, la fièvre jaune, le typhus des armées, le typhus des hêtes à cornes, etc., maladies qui ne sont pas sans analogie avec la septicémie.

Pour expliquer l’origine de ces affections, il n'est plus nécessaire de supposer, soit une fermentation particulière du sang ou des humeurs, soit la création d’un virus nouveau ou la conservation indéfinie de ce virus dans des conditions inconnues, sa réapparition dans des conditions également inexpliquées. Il suffit de leur appliquer, par analogie, les lois connues de la septicémie, pour concevoir que l’agent qui les fait naître n’est pas l'effet d’une création particulière qui disparaît avec la maladie, mais qu’il se retrouve dans d’autres conditions.

En effet, si l’épizootie de sept:cémie, que j'ai signalée chez le lapin, avait été remarquée il y a quelques années, certes on n’eût pas pensé que le virus de cette maladie nous environne de toutes parts, que toute matière organique privée de vie est son aliment, que tout animal qui meurt devient sa proie, que nous l’introduisons dans nos intestins avec les mets et les boissons, et sans cesse dans nos poumons avec l’air respiré.

Il en est cependant ainsi et, dans celte atmosphère dange reuse, nous vivons sans appréhension du moindre danger.

C’est que, pour que le danger nous atteigne, certaines con ditions doivent etre réalisées : c’est une plaie qui servira de voie d’introduction au virus, un épanchement de sang, une collection de pus, etc., qui formera un foyer actif au sein de 1 économie; c est 1 excès de la température atmosphérique, dont l’action puissante a été exposée dans ce travail, qui imprimera une nouvelle activité à la maladie.

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De même nous pourrons concevoir que le virus des grandes maladies contagieuses existe et vit en dehors de l’économie des animaux, soit dans les immondices accumulées des grandes agglomérations humaines, soit dans les alluvions déposées par les fleuves, soit dans les marais boueux et stagnants, etc.

Le virus existe là, inaperçu, jusqu’au jour où, par l’effet de la saison, du climat, de l’humidité ou delà sécheresse, ou par toute autre circonstance qui nous échappe, il trouve des conditions quile propagent chez l’homme ou chez les animaux.

L’épidémie alors éclate et persiste jusqu’à ce que les conditions qui l’ont fait naître cessent d’exister Mais le microbe virulent, devenu latent pour nous, continue de vivre dans son terrain primitif.

Ainsi, ce qui manque à l’épidémie, ce n’est pas le virus, ce sont les conditions qui lui donnent l’activité.

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