‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 39 sur 132 · BSORPTIOX DES VIHUS A LA SURFACE DES PLAIES · texte numérisé non relu

BSORPTIOX DES VIHUS A LA SURFACE DES PLAIES

liquides déposés à leur surface de s’introduire dans leur cavité.

D’après ces considérations, j’ai cherché si les résultats des inoculations ne varieraient pas en plaçant le virus sur des plaies produites par des moyens divers, soit par l’application de substances vésicantes, soit par des frottements avec des corps rudes, soit enfin par la simple excision des téguments.

Je parlerai aujourd’hui des résultats que j ai obtenus avec des plaies produites par l’excision des téguments. Toutes les expériences ont été faites sur des lapins. La peau d une région quelconque du corps, ayant été soulevée avec une pince, fut excisée avec des ciseaux, dans une étendue variable ; puis, aussitôt après, la plaie fut recouverte d’une couche épaisse de sang charbonneux frais et reconnu très virulent; au bout d’une ou de plusieurs heures, la plaie fut profondément cautérisée.

La première expérience fut faite le 19 juillet dernier. La peau ayant été enlevée sur la cuisse droite d’un lapin, dans l’étendue d'une pièce de 1 franc, la plaie fut recouverte immédiatement de sang charbonneux frais ; une heure après, elle fut cautérisée avec l'acide sulfurique concentré. La même opération fut pratiquée à un autre lapin sur la région frontale. Le premier mourut du charbon en quarante-huit heures ; le second mourut un jour plus tard, probablement par les effets de la cautérisation, qui avait dénudé les os du crâne, car on ne put constater les lésions caractéristiques du charbon.

Le 23 juillet, une plaie, grande conunme une pièce de 50 centimes, fut faite sur la cuisse gauche d’un lapin et recouverte de sang charbonneux ; trois quarts d’heure après, elle fut cautérisée avec le caustique de Vienne, et l’animal ne fut point malade.

La même opération fut faite à un autre lapin, le 6 août ; la plaie avait l’étendue d’une pièce de 1 fr. ; la cautérisation fut pratiquée une heure après, et l’animal survécut.

Le 9 août, la plaie faite à un autre lapin avait la dimension d’une pièce de 50 centimes ; la cautérisation fut pratiquée deux heures après, et l’animal survécut.

Le 14 août, deux lapins furent opérés en même temps : la plaie de l’un, située à la partie interne de la cuisse, avait la dimension d’une pièce de 1 franc ; celle de l'autre, située sur la partie externe de l’oreille, avait la dimension d une pièce de 50 centimes. La cautérisation avec le caustique

CHARBON, SEPTICEMIE

dft Vienne fut pratiquée deux heures après l’application du sang charbonneux. Le premier survécut ; le second mourut du charbon.

Le 25 août, une plaie, de la grandeur d’une pièce de 50 centimes ayant été faite à deux lapins, fut cautérisée une heure après. L’un de ces lapins mourut, l'autre survécut.

Le 30 août, sur un dixième lapin, la peau ayant été enlevée à la face externe de 1 oreille dans l'étendue d’une pièce de 1 franc, la cautérisation fut pratiquée au fer rouge trois heures après l’application du sang charbonneux, et l’animal survécut.

Les résultats de ces expériences sont bien différents de ceux qu’ont obtenus Renault et M. Colin. Dans leurs inoculations, pratiquées au moyen d’une petite incision sous-épidermique, tous les animaux ont été atteints parle virus; dans les miennes, la peau ayant été incisée dans toute son épaisseur, les deux tiers des animaux environ ont été préservés.

La raison de ces différences tient sans doute aux modifications que la circulation éprouve à la surface de plaies différentes. Dans la plaie sous-épidermique, un petit nombre de vaisseaux sont incisés, et la circulation est entretenue encore par les branches collatérales qui s’insèrent immédiatement au-dessous du vaisseau incisé; il se fait donc, dans ce vaisseau, un appel par l’effet duquel le virus, ayant pénétré dans sa cavité, est emporté ensuite dans la circulation générale. Le même effet ne se produit pas, sans doute, aussi facilement ou aussi généralement lorsque, dans une plaie plus étendue, la plupart des troncs vasculaires sont coupés.

(Juoi qu’il en soit de cette explication, l’expérience montre que l’absorption du virus n’est pas également rapide à la surface de toutes les plaies, et que la substance virulente reste parfois pendant plusieurs heures sur la blessure où elle a été déposée, sans pénétrer plus avant. Par conséquent, toute plaie réputée virulente peut être cautérisée, avec quelque chance de succès, plusieurs heures même après qu’elle a été faite.

PARASITISME, MICROBISME

RECHERCHES SUR l’ANGUILLULE DU BLÉ NIELLÉ CONSIDÉRÉE AU POINT DE VUE DE L’HISTOIRE NATURELLE ET DE L’AGRICULTURE 1

La maladie du blé, que les naturalistes connaissent sous le nom de nielle, est causée par des animaux d’une organisation semblable à celle des vers cylindriques qui vivent en parasites chez l’homme et chez les animaux vertébrés2. Le séjour de ces helminthes à l’intérieur delà graine du blé, la propriété singulière qu’ils possèdent de revenir à la vie par l’humidité après être restés longtemps, plusieurs années même, en état de dessiccation complète, ont attiré souvent l’attention des savants.

Si l’on examine, après la maturité du blé, un épi atteint de nielle, on trouve un certain nombre de grains, et souvent tous les grains, complètement déformés; ils sont petits, arrondis, noirâtres, et consistent en une coque épaisse et dure dont la cavité est remplie d’une poudre blanche. Cette poudre ne contient aucune trace de fécule ; elle est exclusivement formée de particules filiformes et. microscopiques, qui sont des anguillules sèches et roides. Plongées dans l’eau, ces anguillules sont agitées d’abord de mouvements hygroscopiques qui cessent bientôt. Si le blé est récent, toutes ces anguillules

1 Mémoires de la Société de biologie , 1856, et vol. in-8, chez J. -B. Baillière, 1857.

* Les vers nématoïdes ou helminthes némaloides, auxquels appartient l’anguilluel de la nielle, sont des animaux lililormes, cylindriques, semblables au ver de terre quant à l’apparence, mais non quant à l’organisation. Ces vers constituent un ordre extrêmement nombreux en espèces. La plupart de ces espèces vivent en parasites chez les animaux. Presque tous les vertébrés, sinon tous, donnent asile à quelquesuns de ces helminthes. Il en existe chez beaucoup d’invertébrés. Plusieurs vivent chez l’homme; ils sont surtout communs chez les entants. Plusieurs espèces existent à l’état libre : telles sont celles que l’on connaît sous le nom d’anguilles du vinaigre, anguilles de la colle de pâte, et d’autres que l'on trouve dans la terre végétale, dans les mousses, dans les rivières, etc.

PARASITISME, MICROBISME

ne tardent pas à offrir des mouvements d’un autre genre, variés et énergiques, véritables manifestations vitales; si le blé est ancien, ce n'est qu 'après plusieurs heures ou même après plusieurs jours, qu’elles reprennent le mouvement et la vie. Le nombre de ces vers, qui existent dans un grain de blé malade, est ordinairement de plusieurs milliers. On ne leur trouve aucun organe de génération qui permette de croire qu’ils se sont engendrés les uns les autres ; ils sont tous semblables pour la forme, pour la grandeur et pour l’organisation, qui est très simple et tout à fait analogue à celle des embryons que l’on voit dans l'œuf des nématoïdes vivipares.

C’est dans cette condition que les anguillules de la nielle ont fixé l’attention de la plupart des observateurs.

Mais si, quelque temps avant la maturité du blé, l’on examine un épi malade, on rencontre dans les grains niellés, avec ces anguillules, alors douées des manifestations de la vie, d’autres vers plus gros, en nombre variable, depuis deux jusqu’à douze environ, pourvus, les uns d'organes génitaux mâles, les autres d’organes génitaux femelles; ce sont les parents des anguillules dont nous avons parlé d'abord. D’où proviennent ces anguillules adultes qui donnent naissance aux autres? Elles ne peuvent être arrivées dans le blé comme ces larves d’insecte dont la mère a déposé l’œu f dans le parenchyme d’une plante qu’elle a percée de sa tarière ; on ne peut admettre non plus, comme l’ont supposé plusieurs naturalistes, qu’elles sont arrivées dans le grain du blé par les vaisseaux avec la sève, ni qu’elles y sont nées spontanément.

C’est pour répondre aux diverses questions que soulève l’isolement de ces animaux au centre d’un grain de blé, et pour étudier les intéressantes propriétés dont ils sont doués, autant que dans l'espoir de trouver un remède aux maux qu’ils causent à l’agriculture que j’ai entrepris les recherches dont je vais exposer les résultats.

Ces recherches ont été faites sous les auspices de M. Rayer, dont les conseils et la bienveillance m’ont servi de guide et d’appui.

RECHERCHES SUR L’ANGUILLUEE UU BEE NIEEEÊ

Dans la première partie de ce mémoire, je considérerai l’anguillule de la nielle, au point de vue de l’anatomie, de la physiologie, etc., en un mot, au point de vue de 1 histoire naturelle.

Dans la seconde partie, j’envisagerai la nielle comme maladie du blé; j’exposerai ses caractères, ses effets, sa fréquence et les moyens de la combattre.

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