‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 4 sur 132 · NOUVELLES RECHERCHE 5 SUR LES INFUSOIRES DU SANG DE RATE · texte numérisé non relu

NOUVELLES RECHERCHE 5 SUR LES INFUSOIRES DU SANG DE RATE

encore observées, avaient atteint jusqu’à cinq centièmes de millimètre de longueur. Chez quelques animaux ces corpuscules sont généralement plus longs que dans les cas ordinaires, mais ils n’offrent aucune différence autre que celle-là; leur nombre alors est généralement moindre. La longueur qu’acquièrent parfois ces filaments engagerait à les classer parmi les conserves, mais je laisse pour le moment cette question, qui n’a pas ici grande importance.

Le nombre des bactéries est très variable d’un animal à l’autre ; après mes premières inoculations ce nombre décrût très rapidement et devint huit ou dix fois moindre que celui des corpuscules sanguins. J’ai pu croire alors que la puissance de propagation des bactéries allait s’affaiblissant chez le lapin, mais je me suis convaincu plus lard qu’il n’en était rien; en effet, sur une série de onze individus inoculés successivement les uns des autres, le dixième m’offrit dans son sang des myriades de bactéries comme le premier. Je ne puis m’expliquer ces variations que par celles de la température atmosphérique, qui s’est abaissée puis relevée pendant la durée de ces expériences.

Dès que l’animal infecté meurt, les bactéries cessent de se multiplier et de s’accroître ; dans le sang conservé hors des vaisseaux, elles se détruisent, comme je l’ai déjà dit, ou se transforment. Dans tous les cas, en même temps qu’elles perdent leur apparence primitive, elles perdent la faculté de se propager chez l’animal vivant : deux inoculations pratiquées, l'une avec du sang de mouton conservé depuis huit jours, l’autre avec du sang de lapin conservé depuis dix jours, n'ont déterminé ni la maladie du sang de rate, ni la formation de bactéries.

Lorsque du sang frais est desséché rapidement à l’air libre, les bactéries conservent la faculté de s’inoculer; c’est ce que j ai constaté par plusieurs expériences : ce sang desséché peut supporter une chaleur de 95 à 100°, sans qu’elles perdent pour cela leur faculté.

Du sang frais fut renfermé dans un tube qui fut maintenu

CHARBON', SEPTICÉMIE

pendant, dix minutes dans de l’eau en ébullition ; ce sangayant été introduit ensuite sous la peau d’un lapin, l’animal mourut avec des bactéries au bout de trente et une heures. La cuisson serait donc insuffisante pour détruire leur vitalité.

Sur quatorze lapins, la durée moyenne de la vie, depuis l’inoculation jusqu’à la mort, a été de quarante heures ; la durée la plus courte de dix-huit, et la plus longue de soixante-dix-sept heures. Cette durée est plus longue chez les animaux adultes et vieux que chez les jeunes.

Dans cet espace de temps l’apparition des bactéries est très tardive ; mais du moment où elles apparaissent, l’animal n’a plus que quelques heures à vivre : le plus long intervalle que j’aie constaté entre l’apparition des bactéries et la mort de l’animal inoculé a été de cinq heures; la durée moyenne de l’incubation serait donc de trente-cinq heures.

Dans cette période d’incubation, l’animal n’a rien perdu de sa force et de son agilité ; ce n’est que dans les deux dernières heures, alors que les bactéries existent en quantité notable, que le lapin cesse de manger et de courir ; il reste couché sur le ventre, s’affaiblit rapidement et meurt sans aucun autre phénomène apparent ; quelquefois la mort est précédée de légers mouvements convulsifs.

L’autopsie, pratiquée immédiatement, laisse voir tous les organes sains; le cœur et les gros vaisseaux sont toujours distendus par des caillots très consistants. La coagulation du sang est la seule cause apparente de la mort. Le microscope donne déjà pendant la vie les indices de cette coagulation ; en effet, dès que les bactéries se multiplient d’une manière notable, les globules rouges semblent acquérir un certain degré de viscosité qui les fait s’agglutiner les uns aux autres par petits amas.

Les organes ne renferment des bactéries qu’en raison de leur vascularité : la rate est celui de tous qui en contient le plus, et ces corpuscules y sont toujours en nombre véritablement prodigieux. Cet organe, sain en apparence, est cependant un peu plus volumineux qu’à l’état normal; il paraît être

Page 1