NOUVELLES RECHERCHES SUR LES INFUSOIRES DU SANG DE RATE
un foyer actif de la production des bactéries, mais c’est sans doute en raison de sa grande vascularité. Après la rate viennent le foie, le rein, puis le poumon. Le cerveau, les muscles, les glandes et les ganglions lymphatiques en contiennent exclusivement dans les vaisseaux interposés à leurs tissus.
L’expérience ayant montré que l’apparition des bactéries dans le sang précède celle des phénomènes morbides, il est naturel de rattacher l’existence de ces phénomènes à celle des bactéries, lesquelles, jouissant d’une vie propre, s’engendrent et se propagent à la manière des êtres doués de vie. Tant que le sang ne les contient qu’en germe, tant que leur développement ne s’est pas effectué, les phénomènes morbides ne se produisent point non plus. Mais dans l’examen de ces questions, si l’on se place à un autre point de vue, il paraîtra probable que le sang dans lequel les bactéries n’ont point encore fait leur apparition sera incapable de les propager chez un nouvel animal ; c’est-à-dire que, pendant la période d’incubation, les bactéries ne pourraient être semées et la maladie du sang de rate ne pourrait être communiquée par l’inoculation.
L’expérience suivante confirme ces vues d’une manière péremptoire.
Un lapin que je désignerai par la lettre A, adulte et très vigoureux, fut inoculé avec trois ou quatre gouttes au plus du sang d’un lapin infecté de bactéries et encore vivant. Quarante-six heures après l’inoculation (le terme moyen de la mort étant outrepassé de six heures), j’examinai avec soin le sang de ce lapin A et je n’y trouvai aucune bactérie. Je tirai alors des veines de l’oreille douze à quinze gouttes de sang qui furent injectées dans le tissu cellulaire sous -cutané d un autre lapin âgé d’environ deux mois et demi et que je désignerai par la lettre B. Neuf heures après cette inoculation, j examinai de nouveau le sang du lapin A, et j’y constatai la présence d’un grand nombre de bactéries; immédiatement je tirai des veines de l’oreille un certain nombre de gouttes de
CHARBON, SEPTICÉMIE
sang que j injectai dans le tissu cellulaire sous-cutané d’un autre lapin, frère du lapin B et de même grosseur que lui. Je le désignerai par la lettre G.
Une heure environ après cette inoculation, le lapin A mourut; vingt heures après, le lapin C, le dernier inoculé et avec le sang contenant les bactéries, mourut aussi. L’examen de son sang permit d’y constater la présence des bactéries. Quant au lapin B, inoculé avec le sang du lapin A quarante-six heures après l’inoculation de ce dernier, dix heures avant sa mort, et lorsque son sang ne contenait pas encore de bactéries, le lapin B est vivant et bien portant aujourd’hui, huit jours après l'inoculation ; or, la plus longue durée de la vie après l’inoculation du sang de rate a été, parmi toutes nos expé riences, de soixante-dix-sept heures, soit trois jours.
Il n’est pas besoin, je pense, de faire ressortir par un résumé des faits exposés ci-dessus le rôle des bactéries du sang de rate. Personne, sans doute, dans l’état actuel de la science, ne cherchera en dehors de ces corpuscules l’agent de la contagion, agent mystérieux, insaisissable, qui se développerait et se détruirait dans les mêmes conditions que les bactéries, qui jouirait des mêmes propriétés physiologiques qu’elles. Cet agent est visible et palpable ; c’est un être organisé, doué de vie, qui se développe et se propage à la manière des êtres vivants. Par sa présence et par sa multiplication rapide dans le sang, il apporte dans la constitution de ce liquide, sans doute à la manière des ferments, des modifications qui font promptement périr l’animal infecté.
L’étude des bactéries du sang de rate soulève d’autres questions qui ont fait aussi l’objet de mes recherches ; mais les résultats en sont encore trop peu précis pour que j’en entre tienne aujourd’hui l'Académie.
RECHERCHES SUR LA MALADIE DU SANG DE RATE
NOUVELLES RECHERCHES SUR LA MALADIE DU SANG DE RATE1 — 1S03
Au mois de juillet dernier, je fis voir à la Société le sang de plusieurs animaux morts des suites de l’inoculation du sang d’un mouton qui avait succombé à la maladie connue sous le nom de sang de rate , maladie de nature charbonneuse. Le liquide sanguin, placé sous le microscope, offrait des myriades de corpuscules filiformes qui, comme je l’ai dit alors, s'étalent développés avant la mort des individus inoculés.
De nouvelles expériences m’ont permis de reconnaître que ces corpuscules se développent constamment pendant la vie des animaux et jamais après leur mort; elles m’ont permis de déterminer avec certitude, je crois, le rôle qu’ils jouent dans la production de la maladie du sang de rate.
Les animaux sur lesquels ont porté mes expériences sont aujourd’hui (décembre 1863) au nombre de 137. Je vais donner en résumé les résultats de ces expériences, me réservant de traiter plus tard, avec tous les détails qu’il comporte, ce sujet intéressant et encore neuf.
Les corpuscules qui existent dans le sang des animaux atteints du sang de rate sont des filaments droits quelquefois infléchis à angle obtus en deux ou trois ou quatre points, jamais rameux, libres, sans mouvement spontané, longs le plus ordinairement de 4 à 12 millièmes de millimètre Ces filaments, après avoir été desséchés, conservent leur forme et leur apparence; l’acide sulfurique, la potasse caustique ne
1 Mémoires de la Société de biologie , 1 SG3 , p. 19i<.
CHARBON, SEPTICÉMIE
leur font point éprouver de changement très notable; ils disparaissent par la putréfaction. Ces derniers caractères, que l’on peut aussi constater chez des conferves très simples, suffisent pour distinguer les filaments du sang de rate d’avec les cristaux qui se forment quelquefois dans le sang, et pour établir leur nature organique.
Dans une communication à l’Académie des sciences (27 juillet 18G3) j’ai cru devoir classer ces corpuscules parmi les infusoires filiformes, baclerium ou vibrions, car ceux que j’avais observés jusqu’alors en différaient seulement par l’absence de mouvements. Or (c’est une proposition qu’il serait trop long de discuter dans cette simple note), l’existence ou l’absence de mouvements ne peut constituer chez ces êtres inférieurs un caractère générique ou spécifique. Par cette raison, tenant compte de la forme et de la longueur des filaments du sang de rate, de leur mode de développement, du milieu dans lequel ils s’engendrent, je les classai parmi les bactéries. Mais de nouvelles observations ont mis sous mes yeux plusieurs cas dans lesquels un grand nombre de ces corpuscles avaient une longueur bien supérieure à celle qui est assignée aux baclerium et même aux vibrions. Leur longueur eût suffi à les faire classer parmi les conferves.
Je ne puis ici encore, dans ce rapide résumé, examiner à quel genre de conferves ces corpuscules appartiendraient; je dirai tout de suite qu’on ne peut les classer convenablement dans aucun des genres décrits jusqu’aujourd’hui. Leur habitat spécial, les phénomènes particuliers déterminés par leur propagation doivent nous faire regarder ces filaments comme une espèce bien définie, qu’on pourrait rapprocher des protozoaires filiformes par la manière dont elle s’engendre et se propage, des conferves filamenteuses par la forme, l’apparence et les dimensions, de certains ferments par les phénomènes qu’elle détermine.
On voit, d’après les considérations qui précèdent, que le nom de bactérie, par lequel j’ai désigné primitivement ces corps, ne peut leur convenir. Lorsque l’étude des êtres micro-
RECHERCHES SUR LA. MALADIE DU SANG DE RATE
scopiques qui jouent un grand rôle dans la fermentation, dans la putréfaction, etc., est à peine commencée, il serait prématuré de vouloir classer d'une manière définitive les corpuscules du sang de rate , qui ont avec ces êtres une analogie évidente. Je me bornerai donc, pour désigner ces corpuscules, à modifier légèrement le nom que je leur ai primitivement donné, et je les appellerai désormais des bactéridies. Cette expression, qui ne s’applique, je crois, à aucun autre corps organisé, aura ici l’avantage de n’être en quelque sorte point un nom nouveau ; elle aura en outre celui d'indiquer des rap portsentre les êtres qu elle désigné et les vibrions ou les bactéries, infusoires avec lesquels les filaments du sang de rate ont évidemment une liaison étroite et dont ils ne seront sans doute pas séparés lorsque la science aura fait sur ces ques tions de nouveaux progrès.
J’ai dit que les filaments du sang de rate ont le plus ordinairement de 4 à 12 millièmes de millimètre de longueur; il est des cas dans lesquels un grand nombre de ces filaments atteignent une longueur bien supérieure et qui peut aller jusqu’à 5 centièmes de millimètre; sous tous les autres rapports, ces longs filaments ne diffèrent point des courts. Dans d’autres cas, mais beaucoup plus rares, presque tous les filaments ont des dimensions excessivement petites ; les plus longs n’atteignent guère une longueur supérieure à 3 ou 4 millièmes de millimètre; alors ils sont agités de mouvements (probablement browniens), et leur apparence est tout à fait celle des bacterium termo.
Dans mes expériences, aucune condition soit d’espèce de l’animal inoculé, soit de température extérieure, soit de nourriture, soit d’âge, n’a pu rendre raison de ces variations.
Le nombre des bactéridies est très variable chez les divers individus ; il en est chez qui ces corpuscules se trouvent par myriades; il en est d’autres chez lesquels ils sont assez rares, au moins dans les gros vaiseaux, car le sang des capillaires en est généralement bien pourvu. Ces différences dans le nom-