‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 6 sur 132 · CHARBON, SEPT1CK.UIE · texte numérisé non relu

CHARBON, SEPT1CK.UIE

bre des bactéries n’a pu's’expliquer non plus par quelque cir constance appréciable; elles tiennent certainement à une condition individuelle.

Les globules du sang, dans la maladie qui nous occupe, ont acquis la propriété de s’agglutiner les uns aux autres, comme le feraient des globules de sarcode, de sorte qu’ils se présentent par îlots disséminés dans le sérum. C’est là certainement un état spécial à la maladie du sang de rate ou aux maladiescharbonneuses, et qui peut probablement être regardé comme caractéristique. Cet état du sang est plus apparent dans certaines espèces d’animaux; il est surtout très remarquable chez le cobaye. Rien de semblable ne s’observe chez les animaux qui ont succombé à L inoculation de matières putréfiées. J’ai remarqué même plusieurs fois, et ce phénomène est peut-être constant, que les globules primitivement agglutinés les uns aux autres dans le sang frais, se séparent et deviennent libres, comme à l’ordinaire, lorsque le sang infecté de bactéridies commence à se putréfier.

Le sang des capillaires est beaucoup plus riche en bactéridies que celui des gros vaisseaux; aussi trouve-t-on ces filaments en abondance dans l’oreille, la langue et les organes parenchymateux chez des animaux qui en montrent très peu dans le sang du cœur et de l’aorte. Serait-ce que ces filaments, comme des bâtons flottants, s’arrêtent et s’accumulent dans ces étroits canaux ? Quoi qu’il en soit, ils ne passent guère de la mère au fœtus, bien qu’ils puissent se trouver en quantité prodigieuse dans le placenta. C’est ce que j’ai vu chez un cobaye qui portait deux fœtus à terme au moment où je l’ino culai. Son sang, après sa mort, me montra un nombre immense de bactéridies et les globules agglutinés entre eux d’une manière très remarquable; il en fut de même du sang des placentas, mais celui des deux fœtus ne m’offrit aucune bactéridie; de plus, tous les globules rodaient libres et indépendants, formant avec ceux de la mère un contraste très frappant.

La production des bactéridies peut être observée plusieurs heures avant la mort de l’animal inoculé. 11 est possible alors,

recherches sur la maladie du sang DE RATE

si l’on examine le sang à de courts intervalles, de suivre la multiplication de ces corpuscules et leur accroissement en longueur. Lorsque la mort arrive, on constate facilement que le nombre et la longueur des filaments n augmente plus, et même, après un, deux ou trois jours, plus ou moins, suivant la chaleur atmosphérique, on peut voir que le sang renfermé dans les vaisseaux et a 1 abri du contact de 1 aii , contient de moins en moins de ces corpuscules. Il arrive un moment où la production des vibrioniens, par suite de la putréfaction, pourrait rendre cette observation incertaine, mais on évitera facilement l’erreur si 1 on met quelque suite dans cette recherche et si 1 on tient compte des mouvements dont sont doués les filaments de nouvelle formation.

Lorsque le sang commence à se putréfier et que les bactéridies n’y sont plus reconnaissables, ce liquide perd la faculté d’inoculer le sang de rate. Si la quantité de sang putréfié qui est inoculée est assez considérable, l’animal peut, il estvrai, devenir malade et périr, mais c’est avec des symptômes tout autres que ceux de la maladie du sang de rate; en outre, il ne se produit point chez lui des bactéridies et les globules sanguins ne deviennent jamais agglutinait fs, comme ils le sont d’une manière si remarquable dans la maladie du sang de rate. Enfin, lorsqu’un animal a été inoculé avec du sang de rate putréfié (sang qui a contenu des bactéridies, mais qui n’en contient plus par suite de la putréfaction), le sang de cet animal, qu'il soit pris pendant la vie ou après la mort, ne donne jamais lieu, chez un animal auquel on l’inocule, au développement delà maladie du sang de rate et des bactéridies.

Il résulte donc de tous ces faits que la maladie du sang de rate (maladie charbonneuse) n’est point de nature putride, comme on l’a conclu d’après des expériences faites sans examen microscopique. Plusieurs expérimentateurs, en effet, ont inoculé sous la peau, ou bien ont injecté dans les veines des matières animales putréfiées, et, d’après les phénomènes toxiques qui se sont montrés dans la plupart des cas, ils ont

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cru à l’identité de nature entre le virus charbonneux et celui de la putréfaction. Cette opinion règne encore aujourd’hui dans la science, comme on peut le lire dans un excellent Traité des maladies charbonneuses récemment couronné par l’Académie de médecine. Après avoir parlé des expériences dont il vient d’être question, l’auteur de ce traité, le Dr Raimbert, ajoute : « Les résultats de l’expérimentation prouvent donc d’une manière incontestable la nature putride des affections charbonneuses, du principe qui leur donne naissance et les constitue l. » Or, en contradiction avec cette conclusion, mes expériences montrent que le sang vivant ou frais transmet les bactéridies et la maladie du sang de rate, tandis que la putréfaction détruit dans le sang la faculté de transmettre les bactéridies et donne aux phénomènes morbides, s’il s’en produit, un caractère tout différent de ceux de la maladie du sang de rate.

L’espace de temps pendant lequel le sang, après la mort, conserve la faculté de propager les bactéridies est plus ou moins long, suivant la température atmosphérique. Par les grandes chaleurs de l’été, cette faculté peut disparaître en moins de deux jours : dans la première quinzaine du mois d’août, la température étant de 28° à 32° C., je fis les expériences suivantes : Du sang de quatre animaux morts du sang de rate, et dans lequel on avait constaté la présence des bactéridies, fut conservé dans des bocaux. Ce sang, après qua rante-trois, quarante-deux, cinquante, trente-cinq heures, étant déjà fétide, fut inoculé à quatre lapins forts et bien portants. Les trois premiers de ces lapins moururent avec des phénomènes divers, sans rapport avec ceux de la maladie du sang de rate; leur sang ne contenait aucune bactéridie, et les globules n’offraient aucune altération caractéristique de cette maladie. Le quatrième lapin survécut.

C’est sans doute en s’opposant à la putréfaction que la des-

1 Ouvrage cité, page 15.

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situation conserve au sang infecté de bactéridies la faculté de propager ces corpuscules ; nous avons dit, en effet, qu on 1etrouve dans le sang desséché les bactéridies intactes ; toutefois, pour obtenir ce résultat, il faut que la dessiccation se fasse rapidement, car elle ne rend pas au sang pourri la faculté qu’il a perdue.

On ne pourra juger que dans l’avenir de la durée du pouvoir de propagation des bactéridies à l’état sec. Il y a quelques jours, j’ai inoculé un rat blanc avec du sang conservé sec depuis quatre mois et demi et un cobaye avec du sang conservé sec depuis cinq mois : le premier de ces animaux n’a rien éprouvé, mais le second est mort avec un grand nombre de bactéridies.

Le sang, parfaitement desséché, conserve sa faculté d’inoculation lorsqu’on le soumet à une température voisine de 100°; il n’en est pas de même lorsqu’il est liquide, quoique j’eusse pu croire le contraire au début de mes recherches. De nouvelles expériences m’ont fait voir que le sang frais chauffé à 100u environ perd la faculté de transmettre la maladie du sang de rate.

La dessiccation des bactéridies ne modifie nullement l’apparence des générations qui succèdent à celle qui a été des séchée; les successions dans ces générations, la diversité des espèces auxquelles elles sont transmises, les hautes ou basses températures des diverses saisons n’ont aucune influence appréciable sur l’apparence des bactéridies. C’est ce que j’ai constaté dans une série de trente inoculations pratiquées successivement du mouton au lapin, au cobaye et au rat. Sept fois le sang inoculé avait été pris sur l’animal encore vivant; une fois il était desséché depuis cinq jours ; dans les autres cas il avait été pris après la mort.

Les bactéridies se transmettent d’un animal h l’autre par l’inoculation du sang sous la peau. La quantité du sang inoculé ne m’a paru avoir aucune influence sur 1 durée de l’incubation ni sur le nombre des bacéridies qui surviennent chez l’animal inoculé. Une quantité de sang très

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petite et bien intérieure a une goutte suffit à transmettre la maladie.

Le sang desséché inocule moins certainement que le sang frais ; sur dix inoculations pratiquées avec du sang desséché, quatre fois la transmission n’a pas eu lieu.

11 est probable que des bactéridies sèches introduites dans les voies respiratoires transmettraient la maladie du sang de rate; c’est sans doute ainsi que se fait la contagion dans les troupeaux, mais une expérience que j’ai tentée sur un cobaye n’a donné aucun résultat.

La maladie du sang de rate et les bactéridies se transmettent par les voies digestives, avec moins de certitude toutefois que par le tissu cellulaire sous-cutané. Sur cinq animaux auxquels j’ai fait manger le foie et la rate tout frais d’animaux morts du sang de rate , trois moururent avec des bactéridies; ce sont : un rat, une souris et un cobaye. Les deux qui ont survécu sont : un lapin et un rat. Dans les trois cas de mort, la durée de l’incubation a été notablement plus longue que par l’inoculation sous-cutanée.

Chez tous les animaux qui ont mangé les viscères remplis de bactéridies, viscères tout frais et pris au moment de la mort, on n’a observé aucun dérangement dans les fonctions des voies digestives.

D’après mes expériences, toutes les espèces des animaux supérieurs ne sont pas susceptibles de contracter la maladie du sang de rate. Deux poulets ont été inoculés à plusieurs reprises avec du sang infecté de bactéridies; ils ont mangé pendant plusieurs semaines des chairs fraîches d’animaux morts de cette maladie, sans offrir aucun phénomène morbide ; ils sont, au contraire, devenus gros et gras. Un moineau, un pinson et un verdier, traités de même, sont restés également bien portants. Huit grenouilles ont été inoculées vainement. Or, si l’on a admis la transmission des maladies charbonneuses à ces divers animaux, c’est que sans doute les expérimentateurs, confondant ces maladies avec celles que

RECHERCHES SUR I A MALADIE DU SANG DE RATE

déterminent les substances animales putréfiées, auront inoculé des matières corrompues.

Quant aux mammifères, j’ai inoculé le sang de rate à des lapins, à des cobayes, des rats et des souris, et tous ces ani maux ont contracté la maladie. Cependant tous les individus ne la contractent pas avec la même facilité; quelques-uns ont été inoculés plusieurs fois, quelques -uns même ont été tout à fait réfractaires : sur soixante-cinq lapins, trois ont résisté à des inoculations pratiquées pendant trois mois avec des intervalles de une à deux ou trois semaines.

La durée de l’incubation, dans mes expériences d’inoculation pratiquée avec du sang frais , a été en rapport avec la taille des animaux : sur soixante -deux individus, lapins, cobayes, rats, souris, la plus longue durée de la vie après l’inoculation a été quatre-vingt-onze heures donnée par un lapin; la plus courte dix-sept heures donnée par un rat et une souris. Les moyennes ont été pour le lapin quarantetrois heures, pour le cobaye trente-huit heures, pour le rat vingt-huit heures, pour la souris vingt-six heures.

Dans une même espèce, la rapidité de la mort m’a paru n’avoir aucun rapport avec le nombre des bactéridies développées dans le sang : tel individu meurt rapidement avec un nombre ordinaire de ces corpuscules ; tel autre met le double de temps à mourir qui n’en offre ni plus ni moins. Il y a là, comme sous d’autres rapports dont nous avons déjà parlé quelque chose de spécial à l’individu, une susceptibilité particulière, une véritable idiosyncrasie.

Le nom de sang de raie donné à la maladie qui nous occupe, vient de l’opinion, déjà ancienne, que le foyer du mal est la rate; aussi, d'après cette opinion, toutes les inoculations primitivement pratiquées pour reconnaître la nature contagieuse de la maladie ont été faites avec le sang ou la substance de la rate. J’ai déjà donné les raisons qui me portaient à croire que le siège de la maladie est le sang ; mais, afin d’élucider plus complètement cette question, je fis les ex- Davaikk. L'CEuvvo. a

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périences suivantes : sur deux rats engourdis par le chloroforme, j’enlevai la rate sans en laisser la moindre parcelle, puis j’inoculai ces animaux avec du sang infecté de bactéridies. Les deux rats se remirent promptement et reprirent leur agilité ordinaire. Le lendemain, ils n’offraient rien de particulier dans leur manière d’être, mais vers le soir l’un des deux devint languissant et tomba dans la torpeur particulière aux petits animaux qui vont succomber au sang de rate. Une heure ou deux après, vingt-six heures après l’inoculation, il mourut sans phénomènes particuliers; son sang, examiné aussitôt, contenait un nombre considérable de bactéridies. L’autre rat, qui était resté très agile, tomba tout à coup, quelques heures plus tard que le précédent, dans cet état de langueur, puis de torpeur sans somnolence qui annonce l’invasion des bactéridies ; en effet, il mourut bientôt (trente et une heures après l'inoculation), et l’examen microscopique lit constater la présence des bactéridies dans son sang.

Les recherches exposées ci-dessus suffisent à montrer le rôle des bactéridies dans la maladie du sang de rate; elles montrent, en effet, la présence constante des bactéridies dans cette maladie; la transmission par l’inoculation d’un état morbide particulier suivi de mort, état morbide qui est constamment accompagné des filaments que nous avons décrits; elles montrent la présence de ces filaments intacts dans le sang desséché qui a conservé le pouvoir d’inoculer la maladie, l’absence de ces filaments dans le sang putréfié qui a perdu le pouvoir d’inoculer cette môme maladie. Je puis donc dire aujourd’hui, avec plus de certitude encore, ce que j’ai dit il y a quatre mois dans une communication à l’Académie des sciences : « Personne, sans doute, dans l’état actuel de la • science, ne cherchera en dehors de ces corpuscules l’agent de la contagion, agent mystérieux, insaisissable, qui se développerait et se détruirait dans les mêmes conditions que les bactéridies, qui jouirait des mêmes propriétés physiologiques qu’elles. Cet agent est visible et palpable ; c’est un être orga-

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nisé, doué de vie, qui se développe et se propage à la manière des êtres vivants. Par sa présence et par sa multiplication rapide dans le sang, il apporte dans la constitution de ce liquide, sans doute à la manière des ferments, des modifications qui font promptement périr l’animal infecté. »

Avant de terminer cette note, je répondrai à des réclamations de priorité faites en faveur d’un savant regrettable, le professeur Delafond, bien que le style de ces réclamations et la manière dont elles se sont produites eussent pu me dispenser de m’en occuper.

En 1860, Delafond a fait à la Société de médecine vétéri naire une communication sur la présence de corps particuliers dans le sang des animaux atteints du charbon; ce sont les bactéridies que j’avais observées dix ans auparavant chez des moutons atteints de sang de raie. Delafond a vu que ces corpuscules se transmettent par l’inoculation, mais il n’a pas été au delà de cette simple observation; voici, en effet, textuellement la conclusion de sa communication : « Je suis loin de prétendre, dit ce savant, que ce soient ces productions qui engendrent le charbon, et que la nature propre du virus qui transmet la maladie soit due à leur existence ; mais je dois faire remarquer que le sang des animaux charbonneux me paraît avoir acquis une constitution morbide favorisant essentiellement la multiplication de ces productions. »

On le voit, Delafond n’a nullement élucidé l’importante question du rôle des bactéridies dans les maladies charbonneuses, et c’est ce que je crois avoir fait d’une manière évidente. Enfin les recherches du savant vétérinaire datent de 1860, tandis que mes premières observations sont consignées dans nos Mémoires pour l’année 1X50.

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NOUVELLES RECHERCHES SUR LA NATURE DE LA MALADIE CHARBONNEUSE CONNUE SOUS LE NOM DE SANG DE RATE1 — 18(i4 —

Depuis les communications que j’ai faites à l’Académie (juillet et août 1863) sur les infusoires du sang de rate2, j’ai vérifié par de nouvelles expériences les résultats annoncés dans ces communications, et j’ai abordé plusieurs questions nouvelles.

L’examen du sang de cent cinquante animaux environ inoculés avec le sang de rate ne m’a laissé apercevoir, dans les filaments qui s’y trouvent, aucune variation, aucune modification nouvelle. La description quej'ai donnée de ces filaments reste donc parfaitement exacte; toutefois, d’après des différences de longueur que l’on voit dans quelques cas à ces filaments, et que j’ai signalées dans ma seconde communication à l’Académie (10 août 1863), j’ai cru convenable de ne plus classer ces corpuscules dans le genre bactérie. Cependant l’ensemble de leurs caractères, qui les rapproche plus des vibrioniens que d’aucun autre genre d’infusoires ou même que des conferves, m’a engagé à n’apporter qu’une simple modification dans le nom par lequel j’avais primitivement désigné ces filaments, et je les ai appelés des bactéridies. J’ai donné dans les Mémoires de la Société de biologie , avec plus de détails que n’en comporte ma communication d’aujourd’hui, les raisons qui m’ont déterminé à l'adoption de ce nom nouveau.

J’ai confirmé par de nouvelles expériences le fait que les

1 Comptes rendus de l'Académie des sciences, 22 août 1804.

2 Voir pages 31 et 36.

RECUISE. CIIKS SUR LA MALADIE CHARBONNEUSE

corpuscules du sang de rate se développent pendant la vie et jamais après la mort des animaux, qu’ils se développent dans le sang même et non dans la rate; j’ai pu, en effet, transmettre des bactéridies à des animaux auxquels j’avais enlevé cet organe.

Un autre résultat de mes nouvelles recherches, qui a peut-être de l’intérêt au point de vue de l’indépendance de la circulation de la mère et du fœtus, c’est la non-transmission des bactéridies de l’un à l’autre : j’ai vu chez deux cobayes, qui portaient chacun d’eux fœtus à terme au moment où je les inoculai, que le sang de ces fœtus était tout à fait exempt de filaments du sang de rate, tandis que celui des mères et celui de leurs placentas mêmes en contenaient par myriades.

J’ai déjà dit que le sang rapidement desséché renferme des bactéridies intactes, et que l’inoculation de ce sang desséché transmet et propage ces corpuscules. Il était intéressant de savoir si le sang sec conserve longtemps cette faculté : or du sang gardé sec depuis plus de onze mois a transmis des bactéridies à des animaux, qui m’ont ainsi mis à même de continuer cette année mes travaux de l’an dernier.

J’ai cherché un moyen de rendre facile l’observation de la disparition des bactéridies dans le sang qui se putréfie. Lorsqu’on examine ce liquide conservé à l’air libre, les vibrioniens qui s’y développent par le fait de la putréfaction rendent l’observation très difficile et incertaine ; j 'étais arrivé à des résultats plus concluants en examinant à de courts intervalles le sang renfermé dans les vaisseaux, à l’abri du contact de l’air ; mais ce procédé même demande un examen soutenu et très minutieux. J’ai pu dégager enfin cette observation de toute obscurité, en introduisant le sang frais dans des tubes capillaires, comme on le fait pour la conservation du vaccin, puis en scellant ces tubes à la lampe, sans y laisser d’air. Au bout de peu de jours, s’il fait chaud, toutes les bactéridies disparaissent, et aucun infusoire nouveau ne vient, en s’y développant, troubler l’observation.

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J’ai déjà appelé l’attention sur ce fait, que le sang duquel les bactéridies ont disparu est incapable de donner lieu à la propagation de ces corpuscules et de faire naître les phéno mènes ou les accidents de la maladie du sang de rate. J’ai constaté de nouveau que l’inoculation du sang charbonneux putréfié, sang qui ne contient donc plus de bactéridies, est tout à fait inoffensive aux faibles doses qui suffisent à transmettre les bactéridies du sang frais. En exagérant les doses, si 1 on produit des accidents, ce ne sont point les phénomènes de la maladie du sang dératé, mais ceux que détermine l’introduction de matières putrides dans l’économie, , et l’on ne voit se produire aucun infusoire dans le sang des animaux qui succombent.

L’espace de temps qui suffit à faire disparaître du sang les bactéridies et à faire perdre à ce liquide la faculté de déterminer les accidents du charbon est moindre qu’on n’eût pu le croire ; il est, au reste, en rapport avec la température atmosphérique. Dans les grandes chaleurs de l’été, lorsque le thermomètre marquait de 28 à 32" G., j’ai vu disparaître la faculté dont il s’agit en quarante ou cinquante heures, une fois en trente-cinq heures.

Par des expériences faites l’automne dernier, et dont j’ai entretenu la Société de biologie, j’ai reconnu que la maladie du sang de rate est transmissible par l’alimentation. Celte année, j’ai communiqué des bactéridies à des lapins, des cobayes, des rats et des souris, en leur faisant manger le foie ou quelques autres viscères d’animaux qui avaient succombé au sang dératé. Ces viscères ont toujours été ingérés avant qu’ils eussent été atteints par la putréfaction. La proportion des animaux qui ont contracté la maladie par l’alimentation a été, dans ces expériences, de trois sur quatre. 11 suffit d’une très faible quantité de ces viscères, de 2 ou 3 grammes même, pour tuer un cobaye ou un lapin. La connaissance de ce fait me paraît être d’une importance réelle au point de vue de l’hygiène publique. Chez les animaux qui suit soumis à cette alimentation, on ne remarque aucun désordre dans les fonc-

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