RECHERCHES SUR LA MALADIE CHARBONNEUSE
lions digestives, ni aucune lésion dans un organe quelconque; ils meurent un peu plus tardivement, mais avec les memes phénomènes que ceux qui ont contracté la maladie par l’inoculation, et leur sang renferme des bactéridies en nombre non moins considérable.
Aujourd’hui encore c’est une opinion généralement reçue parmi les médecins que le virus, c’est-à-dire l’agent toxique du charbon, est un produit de la putréfaction, ou, si l’on veut, les affections charbonneuses et celles qui résultent de l’introduction de matières putrides dans l’économie seraient de même nature. Déjà, dans mes expériences de l’année dernière, j’ai reconnu que l’agent toxique du charbon et celui de la putréfaction sont complètement distincts ; je crois pouvoir établir aujourd’hui ce fait sur des expériences que je rangerai en trois catégories :
1° Du sang sain que j’ai laissé pourrir a été inoculé à des lapins ou à des cobayes à très faible dose, une goutte par exemple, dose qui suffît cependant à transmettre la maladie du sang de rate ; et généralement aucun accidentn’est survenu. Une dose plus forte, dix, quinze gouttes, tue assez souvent ces animaux, mais ils meurent avec des accidents très variables : tantôt la diarrhée, tantôt la pneumonie, tantôt la paraplégie, etc., accidents sans rapports avec ceux du sang de rate. Le sang de ces animaux, examiné au moment de la mort, ne m’a jamais offert aucun infusoire.
2° La seconde catégorie d’expériences a consisté à faire manger à des lapins et à des cobayes du foie encore frais d’animaux qui avaient succombé au sang de rate et du foie provenant d’animaux sains, mais que j’avais laissé se putréfier; c’était du foie de bœuf ou de lapin arrivé à un degré de fétidité difficile à supporter. La dose, que je leur fis avaler de force, a été assez faible pour qu’elle ne dût pas être dans tous les cas nécessairement mortelle.
Sur huit lapins ou cobayes qui avalèrent chacun 5 grammes de foie pourri, sept vécurent, un mourut.
Sur six lapins ou cobayes qui avalèrent chacun 5 grammes
CHARRON, SEPTICEMIE
de foie frais d’animaux morts du sang de rate, cinq moururent, un vécut.
Le lapin qui mourut après avoir avalé le foie putréfié avait une pneumonie et je ne trouvai dans son sang aucun infusoire. Les animaux qui moururent après avoir avalé le foie charbonneux n'avaient aucun organe malade, mais leur sang était infesté de bactéridies.
Ainsi, l’introduction dans l’économie de matières putréfiées est incomparablement moins toxique que l’introduction des substances envahies parles bactéridies; elle n’est point suivie des mêmes phénomènes morbides ; enfin elle ne donne point lieu à une génération consécutive d’infusoires filiformes dans le sang.
La troisième catégorie d’expériences achèvera de montrer la différence profonde qui existe entre les deux agents pathologiques .
3° J’ai inoculé plusieurs fois le sang d’animaux qui venaient de succomber à l’infection par des substances putréfiées; six fois j’ai fait manger la rate et le foie de ces mêmes animaux à des lapins et à des cobayes. Dans aucun cas ces animaux n’ont éprouvé le moindre trouble fonctionnel appréciable ; il ne s’est manifesté chez eux aucun phénomème pathologique et leur sang est resté exempt de tout infusoire.
Les effets des substances putréfiées ne vont donc pas au delà de l’animal chez lequel on ingère ces substances ; l'agent toxique des matières putrides ne se régénère pas comme celui du sang charbonneux; en un mot, la putréfaction agit sur l'économie animale comme un poison, le charbon agit comme
un virus.