RECHERCHES SUR LES V1BRI0N1ENS
des modifications profondes dans les matières où ils se développent, vinrent donner à l’étude des vibrioniens une importance qu’elle n’avait pas eue jusqu’alors.
Il y a plusieurs années déjà l’observation de quelques faits nouveaux m’avait porté à penser que les vibrioniens ont plus de rapport avec les végétaux qu'avec les animaux, et, en outre, que leurs caractères physiques sont insuffisants pour faire distinguer toutes leurs espèces. J’ai déjà énoncé ces opinions en 1859 dans quelques passages de mon Traité des entoz o air es.
1° Les vibrioniens ne sont point des protozoaires : ils n’ont point d’organe de digestion ni de locomotion ; ils sont homogènes dans toute leur étendue; les deux extrémités, généralement semblables, n’ont aucun caractère particulier qui puisse y faire distinguer la tète ou la queue, et leur progression, qui se fait aussi bien et indifféremment par l’une ou par l’autre de ces extrémités, prouve qu’il n’y a point entre elles de distinction. En cela même, les vibrioniens se séparent nettement des animaux chez lesquels les segments isolés, des tronçons expérimentalement détachés suivent toujours, dans leur progression, la direction que leur eût donnée la tète. Par ces différents caractères, les vibrioniens se rapprochent des conferves filamenteuses; ils s’en rapprochent encore par leur constitution chimique, car j’ai vainement cherché à trouver par l’action de divers réactifs (acides sulfurique, nitrique, potasse caustique, iode, etc.) quelque différence entre les vibroniens qui se produisent dans les organes des animaux ou dans les infusions d eau douce et les conferves qui se développent dans les mêmes milieux. Reste donc, comme caractère distinctif des vibrioniens, la faculté de locomotion ; mais cette faculté se retrouve chez beaucoup de conferves : des diatomées possèdent, comme les bactéries, un mouvement oscillant; des oscillaires, et en pai ticulier des sulfuraires, ont, comme les vibrions, un mou- \ ement ondulatoire ; et le mouvement circulaire si remarquable des spirillums, je 1 ai observé chez une conferve d’une source sulfureuse de Saint-Amand, conferve disposée en une longue
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et élégante hélice (G. spirulina ? Ivützing). Enfin chez toutes ces conferves comme chez les vibrioniens, la progression a lieu indifféremment et souvent alternativement par l'une ou par 1 autre des extrémités.
Mais chez les vibrioniens les mouvements ne sont point aussi constants qu’on pourrait le croire; j’ai vu que beaucoup de ces êtres sont tout à fait immobiles dans la dernière période de leur développement, et que, de nouveau, ils restent immobiles dans la dernière période de leur vie, après qu’ils ont été précipités au fond d’une infusion avec la croûte où ils s’étaient formés. J’ai vu, en outre, que plusieurs espèces de ces infusoires sont toujours dénuées de mouvement. Quant aux vibrions qui tombent en état d’inertie, on pourrait dire qu’ils ont perdu le mouvement parce qu’ils ont perdu la vie ; il n’en est rien, car j’ai observé que ces vibrioniens immobiles restent dans cet état quatre et cinq jours sans subir d’altération, tandis que, après la mort, ils s’altèrent et sont détruits souvent en moins d’un jour. J’ai constaté ce dernier fait par plusieurs expériences parmi lesquelles je citerai les suivantes : elles ont consisté à changer le liquide d’une infusion tout en respectant la pellicule formée de vibrioniens qui surnageait. Ainsi, de l’eau pure fut substituée à l’eau fétide, de l’eau de mer à de l’eau douce, et réciproquement. Dans ces cas, les vibrioniens sont profondément altérés ou tout à fait détruits en moins d’un jour.
Quant aux vibrioniens qui n’ont de mouvements spontanés à aucune période de leur vie, j’en ai vu, et les espèces n’en sont pas rares, dans l’intestin des animaux supérieurs; j’en ai vu encore dans diverses infusions d’eau de mer. On chercherait vainement chez ces infusoires, parmi des myriades, un seul individu doué de mouvements spontanés. Ces espèces immobiles se développent dans les mêmes milieux dans les mêmes conditions que les vibrioniens doués de mouvement; elles ne se distinguent par aucun caractère déformé, de longueur, de constitution, etc. Evidemment, tous les infusoires filiformes sont de la même famille; le mouvement, chez ceux qui en sont doués ,