‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 63 sur 132 · RECHERCHES SUR LES VIBRIONIENS · texte numérisé non relu

RECHERCHES SUR LES VIBRIONIENS

n’est le plus souvent qu'un phénomène transitoire et, de plus, automatique comme chez les confère es, 0"\ ec lesquelles un peu plus de longueur les eût fait depuis longtemps classer.

2° Des recherches que j’ai faites, en 1853, sur les infusoires dans le choléra, m’ont fait reconnaître dès cette époque l’insuffisance des caractères extérieurs pour distinguer certaines espèces de vibrion iens.

Chez les cholériques, il existe dans les matières intestinales des infusoires filiformes que i\I. Pouchet, qui les a observés le premier, a rapportés au vibrio rujula. L’étude que j'en ai faite en 1853 m'a moritrè que ces vibrioniens perdaient le mouvement dès que les matières étaient refroidies et qu’ils périssaient. Cependant de nouveaux individus apparaissaient deux ou trois jours après dans ces mêmes matières, et l’on ne pouvait, d’après leur aspect, les distinguer des premiers.

J’ai fait les mêmes remarques pour les vibrions qui se développent dans la diarrhée et dans la dysenterie.

Dans l’intestin d’un grand nombre de mammifères et d’oiseaux, j’ai observé des infusoires qui appartiennent aux trois genres des vibrioniens. Beaucoup de leurs espèces sont semblables, en apparence, à celles des infusions; cependant elles ne peuvent vivre hors de l’intestin ; elles perdent le mouvement et périssent plus ou moins vite, suivant que la température atmosphérique est plus ou moins basse. Les vibrioniens que le refroidissement tue ne peuvent être spécifiquement les mêmes que ceux qui naissent dans ces matières refroidies ou dans des infusions froides; toutefois, ils ne se distinguent les uns des autres par aucun caractère extérieur, et, suivant la classifi cation de Dujardin, ils appartiendraient aux mêmes espèces.

Mais ce n’est pas seulement le refroidissement qui tue les vibrioniens de l’intestin que l’on examine : j’ai observé, chez des courtilières, des vibrioniens remarquables par la vivacité de leurs mouvements et que j’eusse rapportés au vibrio bacilles des infusions; ils périssaient en dix minutes au plus dans l’eau ordinaire.

L influence du milieu sur la variabilité des espèces n’est pas

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moins remarquable dans l’expérience suivante. J’ai préparé diverses infusions comparativement avec de l’eau douce et avec de l’eau de mer. Dans un certain nombre j’obtins des vibrioniens en apparence de même espèce. Ayant substitué, avec des soins convenables, l’eau douce d’une infusion à l’eau de mer d’une autre, et réciproquement, tous les vibrioniens, d’un côté comme de l'autre, perdirent bientôt les mouvements, et dès le soir même ou le lendemain ils étaient complètement détruits.

Ces faits, qui ne sont pas les seuls que j’eusse pu citer, montrent que, dans des milieux différents et suivant des conditions différentes, les espèces de vibrioniens sont différentes, bien qu’elles puissent manquer à nos yeux de caractères distinctifs, ce qui, au reste, tient sans doute à l’insuffisance de nos moyens actuels d’observation.

Il ressort encore de ces faits que les espèces ne peuvent se substituer les unes aux autres; aussi les expérimentateurs qui veulent éclairer certaines questions de pathologie ne doivent point espérer de déterminer des phénomènes identiques en introduisant dans l'organisme des vibrions pris à diverses sources. Pour obtenir de ces petits êtres quelque modification dans un milieu, modification qui, dans l’économie animale, se traduit par une maladie, il faut que l’espèce introduite puisse s’y développer; il faut, si je puis m’exprimer ainsi, qu’elle soit normale à ce milieu.

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