RECHERCHES SUR RA POURRITURE DES FRUITS
à même de rectifier les erreurs et de suivre tous les accidents de l'expérimentation.
A ce point de vue, au point de vue de l’analogie de la pourriture avec les maladies virulentes, l’étude de cette altération des fruits peut offrir de l’intérêt.
Je vais maintenant montrer qu’elle peut en offrir un autre encore, car la pourriture n’est pas spéciale aux fruits ; les mêmes mucédinées produisent dans d’autres organes des végétaux vivants des altérations analogues à celles des fruits, et ce ne sont pas tant des conditions intérieures que des conditions extérieures qui favorisent la propagation de ces plantes destructives.
II. — Sur la pourriture des parties des végétaux vivants autres que les fruits
Les champignons qui envahissent les fruits et qui en déterminent la pourritin’e peuvent se développer et produire des altérations analogues dans le tissu des racines, des feuilles ou des tiges de certains végétaux. Les sept espèces de mucédinées que j’ai étudiées jusqu’aujourd’hui n’ont pas une égale aptitude à se propager sur tous les fruits. Ces espèces se développent avec plus ou moins de rapidité et de vigueur suivant que le parenchyme est plus ou moins consistant ou ramolli, plus ou moins sucré ou acide ; aussi arrivet-il fréquemment que pendant l’envahissement de la pourriture, d’après les conditions nouvelles dans lesquelles se trouve le fruit, unemucédinée se substitue à une autre. Une moisissure rosée, le trichothecium domesticum (Fries), qui s’empare des fruits desséchés, se propage très facilement par inoculation sur ceux qui sont encore verts et compacts, alors que 1 emucor n’y végète que très lentement. Les spores de ce trichothecium, qui se plaît mieux , si je puis dire ainsi, sur les tissus résistants que sur les tissus mous, insérées sous 1 épiderme des feuilles des plantes grasses, s’y dévelop-
PARASITISME, MICROBISME
peut rapidement. Ges feuilles dovieaueut demi-transparentes; elles se ramollissent, se rident, puis se dessèchent. L’altération s’arrête au point d'insertion de la feuille sur la tige. En trois ou quatrejours tout le parenchyme est envahi par le mycélium, et les spores ne se montrent qu’au point de l’inoculation. J’ai répété ces expériences plusieurs fois, avec le même succès, sur des feuilles de divers mesembrianlhemum pachyphytum, et sur celles de la joubarbe ( sempervivum tectorum , L.). Les spores du mucor mucedo se développent de même dans le parenchyme de ces feuilles ; mais les inoculations réussissent moins constamment qu’avec le trichothecium.
J'ai obtenu des résultats analogues sur les tiges de plusieurs plantes grasses, et principalement sur le stapelia europœa. Des spores de mucor insérées sur cette plante, à l’extrémité de liges longues de 6 centimètres, les ont complètement envahies en cinq jours. Ces tiges ramollies et réduites à l’état de putrilage, s’affaissent sur elles-mêmes, se crevassent et donnent issue aune abondante sérosité.
Certains fruits, tels que le concombre et certaines plantes grasses, le stapelia entre autres, opposent à l'inoculation un obstacle dont je dois parler : un suc gommeux très abondant sort de la petite plaie de l’inoculation et entraîne les spoi’es au dehors; j’ai pu obvier à cet inconvénient en chauffant fortement le point que je voulais inoculer; les spores y restent alors, germent, et le mycélium se propage de là dans toutes les parties saines.
L’envahissement de la pourriture causée par les mucédi nées est subordonné à l’introduction dans les tissus des spores ou filaments qui en proviennent. Comme on vient dele voir, l’expérimentation, pour arriver à ce résultat, peut avoir recours quelquefois à des procédés particuliers ; dans la nature, la condition la plus générale de cet envahissement est 1 humidité. Cette condition de la production de la pourriture peut être mise expérimentalement en évidence; c’est ce que j’ai fait en opérant sur des fruits à parenchyme peu humide. Après avoir