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Vibrioniens dans la putréfaction. Les fermentations

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provoquées par le développement des vibrioniens sont loin d’être bornées aux corps que nous venons de mentionner. Les matières animales et végétales qui ont cessé de vivre disparaissent à la suite de transformations auxquelles président la combustion directe et la putréfaction. Le premier de ces phénomènes n’agit qu’avec une certaine lenteur ; c’est à la putréfaction qu’est due principalement la destruction des substances organiques. Or, les recherches de M. Pasteur nous ont encore appris que la putréfaction n est autre chose qu’un acte ou une série d’actes successifs de l’ordre des fermentations accompli par des êtres de la famille des vibrioniens.

Les vibrio lineola, tremulans , subtilis, rugula, prolifer et bacillus décrits par les auteurs, sont tous des ferments de la putréfaction. Les conditions d’action de ces vibrions-ferments peuvent varier suivant que la substance putrescible est liquide ou solide, soumise ou soustraite au contact de l’air atmosphérique ; mais, quoi qu’il en soit, la disparition du gaz oxygène libre est due d’abord au développement du bacterium termo et de quelques autres infusoires. Lorsque tout l’oxygène libre a été absorbé, ces premiers infusoires périssent, ou bien ils continuent de vivre à la surface de la matière putrescible, préservant la masse du contact de l’oxygène atmosphérique. Alors se montrent les vibrioniens qui n’out, pas besoin de ce gaz pour respirer et la putréfaction se déclare. Ces vibrioniens, comme des ferments, s’emparent de l’oxygène combiné et transforment les matières azotées en produits plus simples, mais encore complexes. Hors du contact de l’air, ces produits se conservent inaltérés, mais au contact de l’air apparaissent de nouveau le bacterium termo et d’autres espèces d’infusoires qui comburent ces produits, achèvent de les détruire et les rendent à l’atmosphère et au règne minéral.

L’action des vibrioniens sur les milieux dans lesquels ils se développent n’est pas toujours aussi profonde, soit que les corps sur lesquels ils agissent comme ferments n’existent

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dans ces milieux qu’en petite quantité, soit que leur rôle se borne à l’emprunt d’un aliment.

3. Vibrioniens dans l’organisme des animaux. Les transformations profondes ou légères que provoque le développement des vibrioniens dans les substances organiques inertes, ne peuvent- elles être produites dans celles qui sont encore soumises à l’empire de la vie ? On ne peut douter que de telles transformations ne se produisent partout où les infusoires se développent et que l’importance de leurs effets sur l’économie animale ne soit en rapport avec l’importance de l’altération et avec celle du milieu. La question se l'éduit donc à savoir si des vibrioniens peuvent se développer dans les liquides ou les solides de l’économie vivante. Or, les liquides et les solides qui constituent le corps des animaux ne sont point tellement à l’abri du contact extérieur que les vibrioniens ne puissent les envahir; ils sont incessamment en rapport avec l’oxygène de l’atmosphère qui les pénètre plus profondément qu’il ne le ferait dans un vase inerte ; ils sont soumis enfin souvent à une température élevée, constante, et la plus favorable aux actes fermentatifs.

Outre les substances qui constituent l’organisme des animaux, il en est qui lui sont étrangères et qui sont rejetées ; telles sont les matières intestinales, le mucus, le pus, etc. Les matières intestinales contiennent normalement, chez beaucoup d’animaux etchez l’homme même, des vibrioniens de diverses espèces ; mais on conçoit que les changements produits dans la constitution de ces matières puissent n’avoir sur l’économie aucune action, au moins dans les conditions ordinaires. 11 n’en saurait être tout à fait de même des changements qui surviennent dans des liquides qui, sortis déjà de l’organisme, ont encore cependant un contact immédiat avec des surfaces dont l’absorption est très active ; tels sont les cas où les vibrioniens se développent dans le pus de certaines ulcérations, de plaies fistuleuses ou (loris des liquides renfermés dans une cavité naturelle comme la vessie, l’utérus, etc. Tou • tefois si l’induction fait présumer que ces petits êtres n’y

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sont point complètement inoffensifs, la science n a rien déterminé de positif a leur égard.

Passons maintenant aux faits :

Matières intestinales . — Dans les matières de 1 intestin chez i’homme, il existe des vibrioniens : mais à l’état normal ils y sont généralement peu nombreux. Ils augmentent au contraire considérablement de nombre dans la diarrhée; Leeuwenhoek , le premier, en signala 1 existence dans cette maladie.

M. Lebert les observa dans la dysenterie (1845) et ne leur attribua aucune importance au point de vue étiologique et symptomatique *.

J’en trouvai moi-même en nombre prodigieux et pendant plusieurs semaines de suite dans les selles diarrhéiques d’un phtisique.

J’ai déjà appelé l’attention sur ce fait, que ces petits êtres perdent leurs mouvements peu de temps après que les matières qui les contiennent se sont refroidies, et qu’ils diffèrent par conséquent spécifiquement de ceux qui réapparaissent quelques jours plus tard dans ces mêmes matières, bien que leurs caractères soient identiques h nos yeux1 2.

Déjections cholériques . — Le vibrio rugula a été signalé par M. Pouchet (1849) et ensuite par MM. Rainey et Hassall (1854) comme existant très communément dans les déjections alvines des cholériques. M. Rainey trouva ces infusoires dans les matières aussitôt après leur évacuation, ou dans celles des diverses parties de l'intestin jusqu’au duodénum, peu de temps après la mort ; mais ayant examiné ensuite les matières intestinales chez des individus qui avaient succombé à d’autres maladies, il y trouva également des vibrioniens, d’où il conclut que ces infusoires ne sont point en relation avec le choléra.

Le Dr Hassall fit des recherches semblables dans les selles

1 I.ebert, Anal, path., t. I, p. 220.

2 Davaine, Traité des entozoaires, p. 65, 1859.

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des cholériques et dans les matières contenues dans l'intestin, douze heures après la mort. Il en tira la conclusion que les vibrions se forment pendant la vie et qu’ils existent constamment en grand nombre dans les matières ayant l’apparence d’eau de riz. Il distilla ces matières et reconnut que les vibrioniens ne se dispersent point dans l’atmosphère avec les vapeurs. D’après cette observation et d’après la considération que ces infusoires sont extrêmement répandus dans la nature, il pensa que ces petits êtres ne sont point la cause du choléra, mais que toutefois leur nombre considérable dans les matières intestinales pourrait bien avoir une influence sur l’apparition et l’aggravation des symptômes.

Aucun fait positif ne nous permet d’attribuer à ces vibrioniens la propagation du choléra; cependant nous ferons observer que les vibrioniens des matières riziformes sont probablement d’une autre espèce que ceux qui sont répandus partout dans la nature, quoiqu’ils aient la même forme; que, s'ils ne se trouvent point dans l’atmosphère enlevés par la vapeur d’eau, ils peuvent s’y trouver à l’état de poussière, et que des recherches récentes tendent à établir que le virus du choléra existe dans les matières intestinales.

Urine. — Des vibrioniens peuvent se former dans l’urine encore contenue dans la vessie. Ayant trouvé, pendant plusieurs jours de suite, un grand nombre de ces infusoires dans l’urine d’un homme atteint de cystite chronique, je fis sonder cet homme et l’examen immédiat de l’urine me montra des vibrioniens en grand nombre1. M. Ordonez a constaté aussi la présence de bactéries dans l’urine au moment de l’émission, chez trois malades atteints d’un catarrhe vésical consécutif à un rétrécissement 2.

Matières purulentes. — Plusieurs observateurs, qui ont reconnu la présence de ces petits êtres dans les matières purulentes, ont pu croire qu’ils y jouent un certain rôle ou qu ils sont la cause de maladies contagieuses.

1 Davaine, Traité des entoxoaires , p. 2S9.

2 Robin, ou v. cit., p. 745.

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M. F. -A. Pouchet a vu des bactéries ou des vibrions d’espèces indéterminées dans les crachats d un homme affecté d'un catarrhe pulmonaire, dans les mucosités d’un autre atteint de coryza, enfin dans le pus d’une otite chronique. Chez les trois individus, des démangeaisons, un sentiment de formication ont paru coïncider avec la présence de ces infusoires.

M. Tigri a signalé la présence de bactéries dans l’inflammation du sac lacrymal et du conduit nasal.

M. Lebert dit à propos de l’action pathologique des infusoires : « Il m’a semblé que dans les ulcères putrides et dans la pourriture d’hôpital surtout, leur quantité était ordinairement très considérable; j’ai vu de plus dans mes expériences sur les grenouilles, qu’un certain nombre d’entre elles périssaient. n’offrant d’autre altération qu’un mauvais état des plaies pratiquées pour les expériences et qui étaient couvertes d’une innombrable quantité d’infusoires soit de très grands vibrions, soit d’amibes h »

Enfin, M. Onimus, ayant fait des expériences sur la génération spontanée des leucocytes, a vu que dans le liquide mis en expérimentation, l’apparition des vibrioniens empêchait le développement de ces corpuscules : « Ce fait, ajoute l’auteur explique bien pourquoi dans les suppurations de mauvaise nature on trouve fort peu de leucocytes. » Cette conséquence n’est point bien rigoureuse; le fait nous paraît néanmoins digne d’attirer l’attention des observateurs.

Pus syphilitique. — La virulence de certains liquides pathologiques a été attribuée quelquefois à la présence des vibrioniens. M. Donné commmuniqua en 1836 et en 1837, à l’Institut, des recherches qui semblaient venir à l’appui de cette opinion : « Le pus sécrété autour du gland affecté de chancres ou de simples balanites, dit ce savant, est le seul qui m’ait présenté au microscope des animalcules vivants; ces animalcules ne sont autres que le vibrio lineolci de

l Lebert, Traité d'anatomie pathologique générale et spéciale, in-fol. Parie, 1857 t. I, p. 396.

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Millier, qui se produit dans beaucoup d’infusions. Le pus sécrété en tout autre point du corps, quelque altéré qu’il fût, ne m’a jamais rien offert de semblable jusqu’à présent.

Du pus pris sur un chancre du gland et qui contenait des vibrions, ayant été inoculé, produisit une pustule; cette pustule fut ouverte et le liquide qui s’en échappa fut recueilli avant d’avoir subi l’influence de l’air : examiné au microscope, il présenta une grande quantité de ces mêmes vibrions. Le pus des bubons syphilitiques, celui des chancres secondaires situés ailleurs que sur le gland, ne contiennent pas d’animalcules, celui de la blennorragie n’en renferme pas non plus; il n’existe pas chez la femme dans le mucus vaginal à l’état normal; mais dans les vaginites, la matière de l’écoulement présente non seulement des vibrions, mais des animalcules particuliers ( trichomonas ).

Dans une seconde communication, M. Donné ajoute : « Le pus des chancres du gland et de la vulve est le seul dans lequel on trouve des vibrions ; c’est aussi le seul capable de produire d’une manière certaine par inoculation la pustule caractéristique. »

Suivant le même observateur, le pus de la blennorragie urétrale ne contient jamais d’animalcules d’aucune espèce ; mais M. Tigri (de Sienne), dans une communication à l’Académie des sciences (1866) dont nous n’avons qu’un résumé sommaire, dit « avoir signalé la présence des bactéries avec modifications morphologiques et vitales dans la gonorrhée virulente. »

L’espérance de M. Donné d’avoir découvert l'agent virulent des chancres syphilitiques n’a point été confirmée par de nouvelles recherches; et quant à la découverte de M. Tigri, nous ne sommes pas à même de la juger aujourd hui.

4. Vibrioniens dans le sang. Matières putrides; expérimentation. Si l’action nuisible des vibrioniens qui se développent dans des liquides rejetés par l’économie est encore incertaine, il n’en est pas de même pour ceux qui se développent dans les organes ou dans les liquides nécessaires à la vie.

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Mais les vibrioniens qui se trouvent dans un organisme vivant (je parle des animaux à sang chaud) ne sont pas ceux qui se produisent dans des infusions quelconques de substances végétales ou animales. Ils forment des espèces spéciales, comme l’histoire naturelle de ces végétaux peut le faire prévoir. C’est pour avoir oublié cette loi que des expériences, dont le but était de déterminer l’action des infusoires introduits dans l’économie des animaux, ont donné des résultats en apparence contradictoires. Les expériences faites avec des vibrioniens développés dans des substances animales putréfiées exposent à une autre cause d’erreur, c’est l’introduction des matières putrides ou septiques qui occasionnent par elles-mêmes des altérations indépendantes des vibrioniens qu’elles contiennent. Aussi voyons nous, dans des recherches de MM. Leplat et Jaillard, huit expériences faites avec des liquides provenant d’infusions diverses n’ètre suivies d’aucun accident, tandis que la neuvième faite avec du sang altéré occasionne la mort de l’animal. Ces expérimentateurs ont résumé les résultats de leurs recherches dans les propositions suivantes :

« 1° Les vibrioniens provenant d’un milieu quelconque ne produisent aucun accident chez les animaux dans le sang desquels on les a introduits, à moins toutefois qu’ils ne soient accompagnés d’agents virulents qui, eux seuls, sont respon sables des effets fâcheux qui peuvent survenir ;

« 2° Si le véhicule injecté qui les contient est putride et en trop grande quantité il y a empoisonnement scepticémique, mais il ne se développe pas de maladie virulente puisque les mêmes phénomènes ne se reproduisent pas par l’injection du sang contaminé.» (12 août 1864.)

Des expériences assez nombreuses que j’ai faites dans le but de rechercher quels rapports pourraient exister entre les vibrioniens de la maladie charbonneuse et ceux de la putrétaction, m ont donné des résultats conformes à ces conclusions Ils sont résumés dans la proposition suivante : « Les effets des substanches putréfiées ne vont pas au delà de l’animal

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chez lequel on ingère ces substances; l’agent toxique des matières putrides ne se régénère pas comme celui du sang charbonneux ; en un mot, la putréfaction agit sur l’économie animale comme un poison, le charbon agit comme un virus.» (22 août 1864.)

Deux professeurs à la Faculté de médecine de Strasbourg. MM. L. Coze et Y. Feltz, ont fait sur les vibrions de la putréfaction des expériences qui paraissent contradictoires à ces conclusions (1866). La mort étant la conséquence ordinaire de l’introduction des liquides putrides dans l’économie, des vibrioniens apparaissaient dans le sang pendantla vie, et l’inoculation de ce sang à d’autres animaux (lapins) reproduisait des vibrioniens et déterminait la mort encore plus sûrement et plus rapidement que par la première inoculation. En créant ainsi quelques générations infectieuses, disent ces expérimentateurs, on arrive à se convaincre que les éléments infectieux des dernières sont plus actifs que les matières putrides elles mêmes.

Avant d’aller plus loin, voyons quels sont les caractères de ces générations infectieuses : « Quel que soit le mode d’introduction des liquides putrides, toutes les fois que ces liquides déterminent la fièvre et une altération du sang, on constate dans le sang la présence d'éléments étrangers que l’on ne retrouve point dans le sang normal. Ces éléments se montrent sous la forme de corpuscules simples, doubles ou multiples, c’est-à-dire qu’à un fort grossissement et observés avec la plus grande attention, ils ont la forme d’une chaînette tout en conservant l’apparence de petits vers. Tantôt c’est un élément complet, dont la longueur est notable et l’aspect d’un gris transparent et brillanté, tranchant avec la couleur légèrement jaunâtre de la masse liquide observée; tantôt c’est un point pâle ou noirâtre, selon l’éclairage, paraissant et disparaissant dans le liquide. Ce point est ou un élément simple ou l’extrémité d’un élément complet vu de champ ; ce qui le prouve, c’est que ce point, s’étend, s’allonge et présente à l’œil un corpuscule d’une certaine longueur dont l’extrémité

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opposée apparaît aussi sous tonne de point, lorsque la partie vue d'abord plonge à son tour dans le liquide. D’autres fois ce sont deux éléments simples accoles 1 un a 1 autre, c est dans le sang du foie que nous avons rencontre les plus longs de ces éléments... Ces infusoires, eu égard à leur peu d’activité, nous paraissent appartenir plutôt au genre bacterium, qu’au genre vibrio. »

Ces résultats ne répondent point à la question du développement dans le sang vivant des infusoires spéciaux de la putréfaction. Quelles espèces de vibrioniens renfermaient les liquides putrides inoculés et quels étaient ces liquides ? C’est ce que les auteurs ne disent pas. Sans attacher une importance absolue aux formes des vibrioniens dans la détermination des espèces, il est permis de croire que les bacterium punctum du sang du lapin n’étaient point les descendants des vibrio lineola, rugula, bacillus ou des spirillum qui existaient probablement dans les liquides inoculés. Ces liquides putrides, indépendamment des vibrions, ont pu produire des altérations du sang, altérations qui ont fait apparaître le bacterium punctum ou catenula, d’autant que les bactéries se forment, suivant la remarque des expérimentateurs, toutes les fois que ces liquides déterminent la fièvre et une altération du sang.

Mais si ces expériences ne résolvent pas la question que nous examinons ici, elles ont un grand intérêt à un autre point de vue : elles nous font assister à la genèse d’une altération putride et infectieuse; elles nous montrent des éléments de nouvelle formation, vraisemblablement doués de vie et agents probables de la transmission delà maladie.

Quant à la contradiction qui existe entre les résultats de ces expériences et des nôtres, contradictions relatives à un virus putride transmissible, elle tient sans doute aux voies d’introduction des matières putréfiées qui, dans le plus grand nombre de cas, n’ont point été les mêmes et surtout à la dose de la substance ingérée.

Maladies charbonneuses. — La plus haute expression

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delà maladie charbonneuse est celle qui se voit chez le mouton et que l’on connait sous le nom de sang de rate. Le sang des moutons atteints du sang de rate offre toujours au microscope un grand nombre de corpuscules filamenteux sans mouvements, corpuscules que j’ai désignés sous le nom de bactéridies et dont les caractères ont été décrits ci-dessus, Ces filaments se trouvent constamment aussi chez les animaux qui deviennent malades à la suite de l'inoculation du sang de rate, et dans le sang de l’homme qui succombe à la pustule maligne ou bien à l’œdème malin, affections dont les relations avec le charbon sont depuis longtemps bien établies.

Quel rôle jouent les bactéridies chez les individus atteints du charbon ? Leur présence constante dans le sang ou dans les organes montre qu’elles ont avec cette affection une relation très étroite et, ce qui achève la démonstration, c’est que chez les animaux réfractaires à la transmission du charbon chez le chien et les oiseaux, le sang inoculé, quoique renfermant des bactéridies, n’en reproduit jamais dans leur sang,

Les bactéridies ne sont point autre chose que des vibrioniens, et personne ne nie aujourd’hui les transformations que ces petits êtres font subir aux milieux dans lesquels ils se développent. L’analogie nous porte donc à admettre que les bactéridies sont la cause de l’altération du sang qu’elles envahissent et de la maladie charbonneuse consécutive. Mais cette manière simple et claire de concevoir la transmission et le développement du charbon n’a point été adoptée par tout le monde : on aime mieux croire qu’il existe, à côté des bactéridies, un agent de la contagion, mystérieux, insaisissable, qui détermine l’altération du sang et consécutivement le développement des vibrioniens. 11 importe donc de donner ici les raisons qui nous font admettre que les bactéridies seules sont les agents de la transmission et du développement de la maladie charbonneuse :

1° Les bactéridies ne se produisent point après l’apparition des phénomènes delà maladie; elles les précédent au contraire. Des recherches faites à de courts intervalles chez des

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animaux inoculés, eu dissolvant les globules du sang sous le microscope soit par 1 eau, soit par une solution de potasse, m’ont mis plusieurs fois à même de constater 1 existence des bactéridies lorsque les animaux paraissaient encore trèsbien portants. Des animaux tués longtemps avant l’époque probable de l’apparition des phénomènes morbides, m’ont offert dans la rate et le foie des bactéridies nombreuses et parfaitement caractérisées.

2° Si le charbon a pour élément essentiel les bactéridies, ces infusoires doivent être aussi un élément constitutif de la pustule maligne. Leur absence dans cette pustule serait la négation du rôle qui leur est attribué dans la production du charbon, comme leur présence en serait la confirmation. Or, six pustules malignes que j’ai examinées m’ont offert des bactéridies par myriades.

3° Le sang charbonneux est apte à transmettre la maladie tant qu’il contient des bactéridies; il perd cette faculté lorsque, par suite de la putréfaction, ces corpuscules en ont disparu.

4° Enfin, il est une condition naturelle qui oppose un obstacle à la transmission des bactéridies, mais qui n’en opposerait pas à celle d'un virus subtil et insaisissable. Chez des animaux en gestation, j’ai vu, en effet, que les bactéridies ne passent point de la mère au fœtus. Si donc les bactéridies sont l’agent de la transmission du charbon, le sang du fœtus doit être incapable de propager cette maladie L’expérience suivante a donné un résultat conforme à ces prévisions :

Le 29 juin 1865, un cobaye en état de gestation très avan cée fut inoculé avec du sang provenant d’un cobaye inoculé lui- même avec le sang d’un homme mort de pustule maligne. Le cobaye en gestation mourut deux jours après l’inoculation. La matrice renfermait un selil fœtus. Le sang des organes delà mère et celui du placenta contenaient des myriades de bactéridies, mais le sang des organes du fœtus n’en contenait point.

Immédiatement après l’examen, un cobaye fut inoculé avec

Davaine. L’Œuvre.

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le sang du placenta, puis trois autres cobayes furent inoculés avec le sang du cœur, de la rate et du foie du fœtus.

Le cobaye inoculé avec le sang du placenta (qui contenait des bactéridies) mourut avec de nombreuses bactéridies. Les trois autres cobayes inoculés avec le sang du fœtus (qui ne contenait pas de bactéridies) n’ont offert aucun phénomène morbide et vivaient encore plusieurs mois après.

L’histoire des bactéridies charbonneuses, au point de vue de la pathologie, étant étroitement liée à celle du charbon, c’est à l’article de cette maladie que l’on trouvera les développements que nous ne pouvons donner ici.

Variole. — Les D" Coze et Feltz ont constaté l’existence de bactéries dans la variole directement soit chez l’homme, soit chez des animaux inoculés.

Chez l’homme, ces observateurs ont vu des bactéries :

1° Dans le sang d’un jeune homme non vacciné, audébutde la période de pustulation et dans le liquide transparent d’une pustule au début de son développement; 2° dans le foie d’un enfant de deux semaines qui avaitsuccombé à la variole, et dans les pustules de la peau de cet enfant. (Chez deux autres individus qui ont servi à leurs expériences, les auteurs ne font point mention de la recherche ou de l’existence de ces vibrioniens.)

Suivant ces expérimentateurs, chez le lapin inoculé avec le sang de l’homme par introduction de ce liquide dans les veines, sous la peau, dans le rectum, l’estomac ou les bronches, la mort arrive ordinairement en peu de temps et le sang de cet animal, devenu infectieux, tue les lapins auquels on l'inocule, dans un espace de temps encore plus court. Chez tous ces animaux on trouve des bactéries semblables à celles de la variole de l’homme.

« Les bactéries se présentent en grand nombre, disent ces observateurs, et c’est là un caractère spécial à l’infection variolique. Le sérum du sang nous montre un nombre incalculable de bâtonnets qui, par leur aspect, rappellent le bacterium bacillus de Pasteur et le bacterium lermo de Millier.

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Tantôt ce sont des éléments isolés, non striés, ni disposés en chaînettes, parfaitement lisses, plus ou moins fins, ressemblant à de petits rectangles, d’une épaisseur de 0mm,007; ces éléments ne sont pas complètement rigides, ils peuvent se courber par un mouvement vermiculaire et glissent avec lenteur sur le champ de l’instrument; tantôt ils sont accolés et comme articulés deux à deux.

« Le plus grand nombre de ces bactéries se rencontre dans la rate; on en trouve en grand nombre dans le sérum des petites vésicules de la périphérie. »

Après l’inoculation du sang de l’homme aux lapins, le premier phénomène appréciable est l’augmentation de la température. Plus la température s’élève rapidement, plus, dans un moment donné, on retrouve de bactéries dans le sang

L’analyse chimique démontre, dans le sang artériel et veineux une perte graduelle de l’oxygène libre. « Il nous semble disent a ce propos MM. les Drs Coze et Feltz, que les bactéries qui sont dans le sang varioleux en nombre incommensurable et qui ny sont pas facilement détruites, récoltent dans le poumon l’oxygène de l’air, ne se comburent pas dans cet organe et, jouant le rôle des globules, vont porter partout cet

oxygéné et produire ainsi dans l’organisme ces actes d’oxydation exagérée. »

Fièvre typhoïde. - Un médecin de Sienne qui s’est occupé e letude des infusoires dans les maladies, M. le Dr Tigri a fait à l’Académie des sciences, plusieurs communications sui ce sujet Dans l’une, il annonce que dans le sang de homme et dans des conditions spéciales de maladie, peuvent se développer durant la vie des infusoires du genre haute-

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bliées, au moins eu France, nous ne pouvons en donner que l’indication.

MM. Goze et Feltz ont aussi recherché les vibrioniens dans la fièvre typhoïde chez l’ homme et sur des lapins inoculés avec le sang de l’homme atteint de cette maladie (1866). Nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails de leurs expériences ; nous devons nous borner à ce qui concerne particulièrement les vibrioniens. Ces observateurs n’établissent pas bien clairement qu’ils aient toujours observé des bactéries dans le sang chez l’homme. C’est chez les lapins inoculés que les résultats qui suivent ont été obtenus : 1° Le sang humain typhoïde, non putréfié, pris sur le vivant, détermine sur l’organisme du lapin des effets très appréciables ; 2° Le sang du lapin infecté de cette manière peut infecter à son tour le sang d’animaux de même espèce; on reproduit ainsi des générations successives de bactéries, et plus ces générations sont répétées, plus ces bactéries sont actives et les accidents rapides ; 3° La zone immobile observée permet de diagnostiquer un sang malade1; 4° L’espèce de bactérie spéciale au sang typhoïde rappelle le bacterium caienula; ses dimensions en largeur et en longueur sont très petites; 5° De l’eau distillée mise en contact avec le sang typhoïde desséché et conservé, revivifie les bactéries et reproduit l'infection.

Ces recherches tendent donc à prouver que la variole et la fièvre typhoïde sont déterminées par des vibrioniens du genre bacterium. Ces petits êtres développés dans le sang expliqueraient la contagion de l’une des maladies et affirmeraient celle de l’autre ; leur rôle serait analogue à celui des ferments. Mais si l’on considère qu’il s’agit ici des vibrioniens les plus petits qui se réduisent quelquefois à un corpuscule punctiforme, corpuscule dont les caractères sont

l Les auteurs du mémoire ont donné le nom de zone immobile à une couche de Bâtonnets et de points situés dans un même plan et qui apparaissent à l’œil de l’observateur lorsque le liquide examiné n’est pas exactement au point. Ils pensent qu’elle est formée par des vibrioniens devenus inactifs. Pour moi, je pense que ce sont des vibrioniens agglutinés à la lame de verre. Certaines espèces sont beaucoup plus susceptibles que d’autres de s’agglutiner ainsi.

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souvent difficiles à apprécier, on sentira la nécessité de donner ces faits, ceux qui concernent la fièvre typhoïde surtout, avec une certaine réserve et d’attendre qu’ils soient confirmés par de nouveaux travaux.

Fièvre typhoïde du cheval. — La présence des bactéridies a été reconnue dans certains cas de maladie chez le cheval. Des faits de ce genre ont été signalés par MM. Signol et Mégnin. J’ai eu l’occasion d’en observer aussi un cas.

C’est dans la maladie désignée sous le nom de fièvre typhoïde que les bactéridies ont été observées. Cette maladie est mal définie, aussi porte -t-elle des noms divers et entre autres celui de maladie encore peu connue. Très grave ou très légère, elle est tantôt de longue durée, tantôt elle est rapidement mortelle.

M. Signol, dans une communication h l’Académie des sciences (1863), dit avoir rencontré maintes fois des bactéries dans la maladie du cheval qualifiée de diathèse typhoïde, influenza, et dont les modes de manifestation sont très différents, et aussi dans un cas de gangrène traumatique. Ces observations microscopiques ont été faites après la mort. Une seule fois la présence des infusoires a été constatée pendant la vie ; dans deux cas la maladie a pu être inoculée au mouton. Ces faits sont exposés d’une manière un peu confuse; mais ils ne peuvent laisser de doute sur l’existence des bactéridies dans certains cas de maladie chez le cheval et sur leur inoculahilité.

Un autre vétérinaire fort instruit, M. Mégnin, a fait à l’Académie des sciences, une communication sur la fièvre typhoïde du cheval (1866). La présence des bactéridies a été reconnue dans les cas graves de cette maladie, l’inoculation du sang aux lapins et aux cobayes a déterminé leur mort avec des bactéridies. On peut regretter aussi dans la communication de M. Mégnin l’absence de précision. 11 eût été impor tant de savoir si les bactéridies ne se trouvent jamais dans des cas légers ; à quelle époque de la maladie elles se montrent ; quelle est la proportion dans ces cas, etc.

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Je dois à l’obligeance d’un vétérinaire distingué, M. Dupuis, qui a bien voulu s’associer à moi pour quelques recherches sur les maladies du cheval, d’avoir observé trois cas de maladie qui pouvaient se rapporter à la fièvre typhoïde, un cas léger et deux cas mortels. Dans le cas léger et dans l’un des cas mortels, le sang ne contenait point de bactéridies ; inoculé à des cobayes, il n’a amené aucun résultat. Dans l’autre cas qui fut suivi de mort, le sang contenait des bactéridies ; ce sang fut inoculé à un cobaye qui mourut le lendemain avec des bactéridies semblables a celles du charbon.

Je noterai ici en passant que, chez le cheval, les globules sanguins sont naturellement agglutinatifs et que cette pro priété ne constitue point, chez cet animal, le caractère d’une maladie charbonneuse.

D’après tous ces faits, on peut juger que la maladie appelée fièvre typhoïde du cheval est tantôt inoculable, et tantôt ne l'est pas. Doit- on admettre, que dans ces deux conditions, la nature de la maladie soit la même? Les cas inoculables contiennent des bactéridies, ceux qui ne le sont pas n’en contiennent pas. Les bactéridies sont semblables par tous leurs . caractères à celles qui se trouvent dans les maladies charbonneuses, et les animaux inoculés meurent dans le même espace de temps que ceux qui ont été inoculés avec le sang de rate. Il me paraît donc présumable que les cas graves de fièvre typhoïde du cheval dans lesquels existent des bactéridies, ne sont point de la même nature que les autres cas et que l’on confond sous la même dénomination plusieurs maladies, dont l’une est le charbon. Ainsi les bactéridies de la fièvre typhoïde du cheval ne seraient autres que celles du charbon .

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PARASITISME, MICROBISME

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BACTKRIKS

neuse. Ibid., t. LXI, p. 523). — Signol. Présence des bactéries dans le sang. (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 10 août 1863; t. LVII, p.348). — Mégnin (J.-B.). Sur l'affection typhoïde du cheval. (Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXII, p. 1005; 30 avril 1866). — Leplat et Jaillard. Note sur la non-existence des bactéridies c^e: les lapins morts à la suite de l'inoculation du charbon avec le phénomènes du sang dératé (Comptes rendus de V Académie des sciences t. LXI, p. 298; 1865). — Du même. Nouvelles expériences pour démontrer que les bactéridies ne sont pas la cause du sang de rate. (Comptes rendus de l' Académie des sciences, t. LXI, p. 436; 1865). — Tigri (M.) de Sienne). Surlaprésence d'infusoires du genre bactérium dans le sang humain (Comptes rendus de V Académie des sciences, 12 octobre 1863, t. LVII, p. 633). — Du même. Note sur un nouveau cas de bactéries dans le sang d'un homme mort d'une fièvre typhoïde. (Comptes rendus de ! Académie des sciences, 16 novembre 1863, t. LVII, p. 833) — Du même. Considérations sur les infusoires du genre bactérium présentées à t'occasion des observations de MM. Leplat et Jaillard (Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LIX, p. 525 ; 19 septembre 1864). — Tigri. Nouvelles recherches sur les maladies caractérisées par la présence des bactéridies (Comptes rendus de V Académie des sciences, t. LXII, p. 294 ; 5 février 1866). — Leplvt et Jaillard. De l'action des bactéries sur l'économie animale (Comptes rendus de l' Académie des sciences, leraoût 1864; t. LIX, p. 250). — Coze (L.) et Feltz (V.). Recherches expérimentales sur la présence des infusoires et l'état du sang dans les maladies infectieuses. In-8°. Strasbourg, 1866.

PARASITISME, MICROBISME

RECHERCHES

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