‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 83 sur 132 · VI. — Parasites sur parasites ; parasites nouveaux · texte numérisé non relu

VI. — Parasites sur parasites ; parasites nouveaux

1. Parasites sur parasites. — Les animaux ou les végétaux qui vivent aux dépens des autres donnent parfois euxmêmes asile à des parasites. Mais il est clair que ceux-ci doivent être encore plus dégradés que leurs hôtes et que, par conséquent, ils appartiennent généralement aux espèces les plus infimes du règne organique ; c’est parmi les psorospermies les grégarines ou les infusoires, qu’il faut généralement les chercher; on en cite néanmoins quelques-uns déclassés plus élevées. Pagenstecher a trouvé sur 1 e nicolhoe du homard des

Davaine. L*(Euvre, » 3^

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vers nématoïdes appartenant an genre (eplodera. Chez les insectes, ce double parasitisme n’est point aussi rare, au moins dans la famille des pupivores (hyménoptères). Ainsi la larve de Yophion moderator se nourrit de celle d’un autre ichneumon, la p impi a strobilellœ Fabricius, elle -même parasite d’un autre insecte. Dans tous ces cas, le parasite du parasite n’est pas inférieur à son hôte L

Parmi les végétaux, j’emprunte les deux exemples suivants à de Candolle : « Le gui a été observé, d’après Pollini, sur le loranthus europœus, qui est lui-même parasite... Une espèce de lovant hus (L. telrandrus) est désigné comme vivant au Pérou et au Chili sur le loranthus buxifolius, qui est parasite. C'est le second, exemple de ce double parasitisme 1 2.»

En dehors de ce double parasitisme évident, si l’on considère les insectes gallicoles ou tant d’autres qui mènent sur les plantes un genre de vie de tous points semblable au parasitisme vrai, nous étendrons considérablement le champ de ce double parasitisme, car une foule d’insectes qui vivent de cette manière sur des plantes sont attaqués par d’autres qui, à l’état de larve, s’en repaissent et finissent par l'es détruire.

J’ai décrit des corps particuliers, voisins des psorospermies, vivant en parasites chez l’anguiHule de la nielle 3.

De même, un grand nombre de champignons qui peuvent être considérés comme des parasites sont atteints par d’autres champignons qui se nourrissent à leurs dépens 4.

Je dois mentionner ici, au point de vue historique, l’opinion relative au rôle des sporocystes et des cercaires qu’ils renferment, avant que l’on connût la succession des phases diverses de la génération des trématodes. Les premiers helmintholo gistes qui les observèrent, ayant reconnu dans les sporocystes les caractères de l’animalité, regardèrent, avec raison appa-

1 Article Ophion de l'Encyclopédie méthodique, et G. Cuvier, Le régne animal , Insectes, texte, p. 148, édition Fortin, Masson et C".

2 A.-P. de Candolle, Physiologie végétale, t. III, p. 1412 et 1414, 1832.

3 Mémoires de la Société de biologie, 2* série, t. III, pl. III. fig. 12, 1856.

■i Cooke et Berkeley, Les Champignons, in-8, p. 223. Paris, 1878.

PARASITES

rente, ces larves comme des parasites. Or, comme l’on constatait dans les sporocystes l’existence constante des cercaires, cette singularité attira l’attention des savants, qui considèrent le ver intérieur comme un parasite nécessaire. Mais chose bien inexplicable, chez le monostomum mutabile, par exemple, l’embryon encore renfermé dans l’œuf contient déjà son parasite nécessaire. Nous savons aujourd’hui, grâce aux travaux de Steenstrup, que ces divers parasites sont des larves qui représentent les phases successives du développement des trématodes.

Je mentionnerai encore, relativement à la question qui nous occupe, l’inclusion des individus d’un sexe dans ceux de l’autre sexe, inclusion qui a été regardée, par quelques helminthologistes, comme un fait de parasitisme. Ainsi, chez le trichosomum crassicaucla, un ou plusieurs mâles se rencontrent dans l’utérus de la femelle (Leuckart, Butschl).

Enfin, si l’on considère, suivant la théorie de Schwendener, dite aussi théorie algo lichénique, les lichens comme des parasites des plantes qui les portent, on pourrait voir encore là un nouvel exemple d’un double parasitisme h

-J. Parasites nouveaux . — L apparition de parasites inconnus jusqu’alors, qui envahissent en grand nombre les animaux ou les plantes, et qui causent des ravagesparfois désastreux, a été signalée plusieurs fois depuis moins d’un siècle. Ce n est pas à dire que de semblables apparitions n’aient point été observées antérieurement, mais celles qui ont pu précéder notre époque, n ayant point été étudiées avec des connaissances suffisantes, sont restées à peu près ignorées.

C’est comme maladies que ces invasions ont d’abord été signalées. Telle est celle qui attaqua les pommes de terre, et qui est causée par le peronospora infestans; celle, qui parut

sur la vigne, en 1845, et qui est du® à l'invasion de Yoidium Tuckeri.

1883V°yeZ L’’F‘ He“negUy’ LeS Lichens ^ése d’agrégation, p. 24-37. Paris,

Chose remarquable, à l’époque où toutes ces maladies apparurent, le parasite qui les détermine fut universellement regardé comme le produit et non comme la cause du mal. Il fallut de grands efforts de la part des savants pour faire abandonner ces opinions erronnées qui avaient le fâcheux résultat en dirigeant les efforts de préservation contre une cause imaginaire, de laisser l’auteur du mal se développer en toute liberté. Aujourd’hui des idées plus vraies, relatives au parasitisme, sont universellement adoptées par les savants et même par le vulgaire.

On peut citer un assez grand nombre d’exemples de maladies épizootiques ou épiphytiques survenues tout à coup, et dont les parasites qui en sont la cause étaient restés inconnus jusqu’alors.

Dernièrement on a signalé, en Allemagne, chez les écrevisses, une maladie qui dépeuple les rivières et qui est causée par un distome ( D . cirrigerum). On peut rencontrer jusqu’à deux cents individus de cet animal chez une seule écrevisse1.

La cécidoymie destructive (C. deslructor Wied. — C. tritici Latreille) a fait son apparition en Amérique pendant la guerre de l’Indépendance.

Le puceron lanigère qui a causé de grands ravages sur les pommiers, en Normandie, était inconnu au commencement de notre siècle.

Le -phylloxéra, comme chacun sait, est d’introduction toute récente; il en est de même pour un coléoptère, la leplinotarse ou doryphore.

Dans l’Inde, en 1870, un ustilago inconnu a causé de grands dégâts sur le riz. En Angleterre, dans ces dernières années, une puccinie s’est emparée des roses trémières, au point que les amateurs de cette plante d’ornement commençaient à craindre qu’elle ne soit avant peu complètement exterminée.

Pour expliquer l’apparition nouvelle de ces parasites, on

l llaitz, Ueber die sogen/inle Krebspesl, etc. (Fischerei Zeilung , Vienn, 1S80-

parasites

faisait intervenir autrefois la génération spontanée; cependant dans un certain nombre de cas, on peut reconnaître une importation étrangère. Ainsi la cécidoymie, qui causa de o-rands ravages en Amérique vers la fin du siècle dernier, avait été importée, à ce que l'on croyait, par les Hessois, qui faisaient alors partie de l’armée anglaise. On sait que 1 oiclium Tuckeri et 1 e phylloxéra sont venus d’Amérique. Le puccinia malvacearum qui détruit actuellement les roses trémièies en Angleterre est originaire de l’Amérique du Sud; il apparut ensuite dans les colonies anglaises de l’Australie. Introduit du Chili en Espagne en 1869, il s’est répandu depuis 1873 sur le continent européen et, en dernier lieu, en Angleterre.

Mais l’origine d’autres parasites nous est restee inconnue, et comme on ne peut croire à une création récente, on doit se demander comment ces espèces ont-elles pu acquérir tout à coup une puissance de propagation désastreuse ?

Or, l’adaptation du parasite à un nouvel hôte est la seule explication qui me paraisse satisfaisante, soit que le parasite ait été importé d’une contrée où il existe, sur quelque espèce appartenant à la famille de l’hôte envahi, soit que l’animal ou la plante aient été transportés dans le pays où se trouve le parasite. L’explication de l’apparition de ces maladies para sitaires inconnnes est due à l’adaptation d’un parasite sur un hôte d’espèce qui lui était étrangère. J'ai remarqué avec soin que le parasite envahissant un hôte qui lui est étranger n’atteint pas souvent toute la plénitude de son développement. Les peronospora, par exemple, produisent naturellement deux sortes de corps reproducteurs (conidies, oospores), dont l’un a la prédominance sur l’autre. Mais l’espèce parasite de la pomme de terre ne produit jamais que les corps reproducteurs de second ordre, montrant par ce fait que la pomme de terre n’est point la plante nourricière qui lui permet d’atteindre son développement complet.

L 'oïdium Tuckeri, qui se montre sur la vigne en Europe depuis 1845, est un erisyphe : or la fructification des erisyplies possède au moins cinq formes différentes. Celles qui ont

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été observées wivYoidvum Tuckeri sont des formes inférieures de telle sorte qu’il est permis de croire que la forme la plus élevée de Yerisyphe qui produit la maladie de la vigne se trouve sur une plante d’une autre espèce.

Les circonstances qui donnent à l’invasion de ces parasites une grande extension dans les pays où nous observons leurs ravages sont le rapprochement des plantes hospitalières parle fait de leur culture. On sait aussi que les plantes libres, qui sont transportées dans des contrées nouvelles, trouvent souvent des conditions de prospérité par lesquelles elles se substituent aux plantes autochthones : ne peut-il en être de même pour les plantes qui vivent sur les autres ?

Ce qui rend redoutable le peronospora de la pomme de terre, c’est que, introduit dans un point quelconque de la plante il l’envahit tout entière. Peut être ce parasite trouve-t-il dans l’organisation de son hôte naturel des obstacles à un envahissement total et des bornes à sa désastreuse influence.

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